Lettre 1626 : Mathurin Veyssière La Croze à Pierre Bayle

[Berlin, le] 21 avril 1704

A Monsieur Bayle

Monsieur

Je n’ai point eû d’autre intention, quand je me suis donné l’honneur de vous adresser mes remarques [1], que de contribuer autant que je le pourrais à la perfection d’un ouvrage que j’estime infiniment. Les louanges que vous me donnez sont d’autant plus superflües que je suis persuadé que je ne les merite point. Je n’ai pas grande opinion de moi meme, et je me rends justice. Je ne vois pas d’ailleurs qu’il faille un grand effort d’esprit pour lire un livre avec attention et tacher d’y suppléer quelque chose, sur tout lorsqu’on est aidé d’une bonne bibliothéque. Ainsi, Monsieur, je ne reçois vos complimen[t]s que comme une marque de vôtre politesse et de vôtre amour pour la vérité. •

Je vous suis bien obligé de m’avoir appris la source du blasféme de Frischlinus, et je suis bien fâché que Beze y ait donné lieu [2]. J’avois reproché cent fois cela aux Luthériens ; et ce n’est pas pour la premiere fois que je m’aperçois qu’il y a bien des choses qu’il ne faut jamais nier positivement sous prétexte qu’elles paroissent incroiables, avec tout cela, il y a de la mauvaise foi dans la citation de Frischlinus.

J’ai découvert l’erreur de la citation sur le fait de Sixte IV [3] par le moyen d’un petit ouvrage intitulé Mus exenteratus [4]. C’est un livre écrit du style des lettres Obscurorum virorum [5], contre Jean Pistorius déserteur du lutheranisme. L’auteur s’appelle Guillaume Holderus. J’en ai une edition de 1677, mais la premiére doit être de 1593. Il y a un abbrégé de la vie de Sixte IV à la page 121. Volaterran, Stella, Balæus, Agrippa, Catal. Test. Verit. Wessel, Groning, y sont cités pêle-mêle au bas de la page pour divers faits et de là vient la confusion. Si vous avez ce livre-là, vous verrez d’abord la vraie source de l’erreur de Jean Lydius [6].

Je crois qu’on ne sauroit rien ajoûter à ce que vous avez dit dans vôtre Diction[n]aire à l’article de Sixte IV. Nous avons parmi les manuscrits du roi un journal de ce pontife écrit en italien par un auteur contemporain. Il n’y est point épargné : mais cette vilaine concession ne s’y trouve point. Il est fait mention dans Wesselius [7] d’une dispense condamnable accordée par Sixte IV, mais cela regarde la religion du serment. Je ne sai d’où Wolfius [8] et Balæus [9] ont pris cette vilaine histoire. /

Je ne trouve rien qui puisse vous obliger à changer de sentiment, sur la prétendue prophétie de Jean Hus [10]. Je crois que Luther en est le premier auteur. Il la rapporte dans un sermon prêché en 1531 sur le chap[itre] 5, v[ersets] 5 et 6, du Deuteron[ome] [11]. Voici ses termes traduits de l’alleman[d] : « S[ain]t Jean Hus a prophetisé de moi, lorsqu’il êtoit en prison écrivant en Boheme. Ils brûleront maintenant une oye, mais dans cent ans, ils entendront chanter un cygne. Il faudra qu’ils l’endurent. » Cela est surprenant, car dans les lettres de Jean Huss, on ne trouve rien de cette prophétie, non pas même dans celles que Luther fit imprimer à Wittemberg l’an 1537 et qu’il accompagna d’une préface de sa façon [12]. Je ne crois pas plus certaine l’autre fameuse prophétie, Post centum annos Deo respondebitis et mihi [13]. Je l’ai vûe sur des médailles : mais je jurerois bien qu’elles ne sont pas contemporaines au supplice de Jean Huss. Le dessein en est trop bien executé. D’ailleurs la Relation de la mort de Jerôme de Prague • lui attribuë cette prophétie [14]. L’auteur de cette relation dit qu’il a été présent au supplice de Jérôme. •

Voici une partie du titre du livre dont vous me demandez des nouvelles. Je dis une partie, car il seroit trop long de le copier tout entier. Il occupe une page in 4° selon la louable coûtume des doctes de ce païs-ci : Florum Flaminiorum Romanensium, Bapalium, sive Papalium, Decas una Autore 1607 FReDRICo BRaUnBoM PPæhofensI Hanoviæ MDCXIII. Le vrai nom de l’auteur est Braunbaum [15] : il a changé l’orthographe de la derniere syllabe, pour quelque raison prophetique, que je n’ai pas crû devoir examiner. C’est un archifanatique, et de tous les commentateurs de l’Apocalypse, le plus ridicule et le plus insupportable. Sa cabale et ses lettres numerales lui font trouver par tout des mysteres ridicules, et des prédictions extravagantes. Les sauterelles de l’Apocalypse sont, selon lui, la grosse verole. Elles doivent durer cinq mois, c’est à dire, cinq fois trente ou 150 ans. Leur fin est jointe avec la chute de Rome, qu’il avoit fixée, sur ce beau fondement, à l’an 1641, et la fin du monde à l’an 1711. Je n’ai rien trouvé qui pût faire connoître qui il etoit, ni d’où il etoit. Mais il y a de l’apparence qu’il etoit de Papenhoffen, et que l’incommodité de quelque lettre lui a fait abbreger le mot. A la tête du X e et dernier livre, il écrit ainsi son nom : Fridrici Braunbaumii PPæhofIensIus .

Depuis ma derniere lettre j’ai étudié avec plus de soin cette écriture qui est à la tête du Jord[anus] Brunus de la bibliothèque du roi. Voici ce que j’en ai déchiffré : après les mots pertimuisset tamen : Itaque ei id 0Ωριγένους salvos iri aut et beatos iam esse Δαίμονας .

Itaqui de umbris ideisque Λούλλιον tum illuminavit, idem est cum illo pass[us] tamen non censuram solam, sed et hanc ultimam τοῦ= κριτικοῦ πυρός. Et sic umbra facta est. /

Cum Lutetiæ ordinarii professores cogantur sacro adesse : ita inter eos l[...] non reperit : scripsit ibi Bestiam Triumphantem. Cum ergo hic ostend[...] coævos Geometras : nec non modo Copernicum, sed et Eliseum Rosslin, i[...] Christophorum Rotman, et Bathen Machliniensem Mathematicum. Miror non notuisse Fr. Vietæ. Ac si non Scalichii talia vidisse potuit [16] . Quelque galimathias que soit ce latin on en peut tirer quelque chose. Cela m’a donné lieu de feuilleter les œuvres de Paul Scalichius, prétendu prince de l’Escale [17]. J’ai trouvé que sa methode a bien du rapport à celle de Jordanus Brunus. Si vous aviez envie de parler de ce Scaliger hongrois dans la continuation de vôtre Diction[n]aire je pourrois vous fournir des particularités assez curieuses, outre ce que Scioppius en a dit dans son Scalig. Hypobolim [18].

J’ai fait vos complimen[t]s à Mr Chauvin. Il ne continue plus le journal [19]. Il n’y en a que trois années d’imprimées. Si je trouve une occasion favorable[,] je vous envoierai les deux dernieres, avec Le Sadeur imprimé à Vannes [20], qui m’est tombé entre les mains depuis peu. Cette prétendue impression de Vannes est véritablem[ent] de Généve. Elle n’est différente de celle de Paris qu’en ce que la der[niere a ré]formé le style, et retranché quelques impertinences de l’auteur. [Je] vous ferai aussi tenir le troisieme tome des Eloges de Mr  Teissier  [21]. Il y a joint le Pithœana [22] comme je vous le mandai derniérement [23]. Mr de Marsilly parle d’aller bientôt en Hollande [24]. Si cela est, je profiterai de l’occasion de son départ. Si vous souhaittez d’avoir le Mus exenteratus, je vous le ferai aussi tenir.

Afin de ne point laisser de vuide, je vais vous faire part de quelques nouvelles remarques qui me sont venuës dans l’esprit depuis ma derniére lettre.

Je ne sai si on doit croire que Constantin de la Fuente n’ait pas été confesseur de Charle[s] Quint [25]. Outre l’autorité de Cardan [26] que vous rapportez page 2479 et celle de Gonsalvus Montanus [27] qui paroît l’avoir connu particuliérement, Cypriano de Valera autre contemporain, en parle ainsi dans le traitté Del Papa y de su autoridad. pag[e] 209. Este dotor Constantino fue de los dotissimos y eloquentissimos hombres que en muchos tiempos tuvo nuestra España : fue Confessor y Predicador del Emperador y Rey de España Don Carlos etc [28]. Les auteurs espagnols qui ont assuré le contraire ont eû leurs raisons pour cela. Mais ces deux Espagnols et Cardan sur tout n’avoient aucune raison de donner à Constantin une qualité qui ne lui appartint pas.

Pag[e] 508. Le Specimen Bibliosophistarum Gedanensium de Schelgvigius [29] que vous auriez bien voulu consulter, ne vous auroit rien appris de nouveau. Ce n’est qu’un méchant extrait du livre intitulé Amores Baudii  [30]. Il y a dans ce livre-là deux autres dissertations qui ne valent pas grand chose. /

[Pa]g[e] 790. A • Paniceus. Il faut lire Jacobus Caviceus. C’est l’auteur [d’] un petit livre italien qui a pour titre Il Peregrino [31]. Vous le trouverez dans le catal[ogue] de la biblioth[eque] d’Oxford [32]. Dans mon édition d’ Agrippa il y a Caviceus. C’est l’ed[ition] de Cologne 1531 [33].

Pag[e] 1177. Esope. Cette Histoire d’Alexandre est à la bibliotheque du roi imprimée en lettres gothiques [34]. Mr Gaulmin la cite chap[itre] 8 du livre 1 er de ses remarques sur la vie de Moyse [35]. Cet auteur est assez ancien. Le Patriarche Eutychius tome I de ses Annales [36], page 288 raconte des fables qui se trouvent dans cet ouvrage. Un de mes amis l’a [en] m[anu]s[crit] en [h]ebreu, et il me l’a fait voir. Je l’ai vû aussi m[anu]s[crit] en vers latins • elegiaques. C’est le faux Callisthène traduit en latin [37]. Voyez Mr Gaul[min], l[oc]. c[it].

Page 1176. Esope. Mr Bentley dans une tres belle Dissertation angloise qu’il a écritte sur les epîtres de Phalaris et les fables d’ Esope [38], soûtient que la laideur de ce dernier • est une tradition fabuleuse. Mr Boyle dans le livre anglois qu’il opposa à cette Dissertation, accuse Mr Bentley d’a[voir] pris cela dans la Vie d’Esope écritte par Mr de Meziriac. Je ne [sais] ce qui en est. Mais l’opinion de cette laideur, vraie ou fausse, a passé jusqu’aux Orientaux. Le paraphraste de l’Alcor[an] dont Golius a fait imprimer • un chapitre traduit en latin, à la fin de la Grammaire d’ Erpenius [39], paraphrase ainsi le verset 11 du • chap[itre] 31 de l’Alcoran : Equidem largiti sumus Locmano Baoræ filio, homini per se despecto ob corporis formam, et fortunæ mancipio vili, sapientiam etc [40] . Il n’y a personne qui ignore que les Orientaux donnent le nom de Locman à Esope [41].

La maniére concise dont vous vous exprimez tant à l’article d’Eschyle qu’à celui d’Euripide [42], pourroit faire croire à quelqu’un qu’avant les soins de Canterus, les vers de ces poëtes étoient imprimés comme de la prose. Cependant les ïambes ont toûjours êté distingués dans toutes les éditions. Canterus n’a fait que reformer les chœurs qui n’étoient pas assez exacts.

J’ai peur, Monsieur, que toutes ces minuties ne vous fatiguent. Je finis de peur de vous ennuyer davantage. Je me remettrai bientôt à la lecture de vôtre Diction[n]aire, et je tâcherai de vous envoier tout d’un coup le reste de mes remarques. Je ne vous écrirai point qu’elles ne soient finies, à moins que vous ne me fassies l’honneur de m’ordonner quelque chose. Pour peu que cela vous incommode ne m’écrivez point, je prendrai toûjours votre silence en bonne part. Je ne voudrois pas cependant que les frais de la poste vous incommodassent par rapport à moi. Je suis assez à mon aise par la grace de Dieu. Je suis avec un parfait devouement à vôtre service, Monsieur, vôtre tres humble et tres obeissant serviteur La C[roze]

à Berlin le 21 e avril 1704

Notes :

[1] Nous ne connaissons pas les trois premières lettres de Veyssière La Croze à Bayle, mais nous connaissons la réponse de Bayle à sa troisième lettre, celle du 19 février : voir Lettre 1618, n.1 et 2.

[2] Nous ne connaissons pas le passage de Frischlinus dont il s’agit, mais nous connaissons la source de son « blasphème », que Bayle indique dans les Œuvres de Théodore de Bèze : voir Lettre 1618, n.7-10.

[3] L’erreur commise sur la citation de Sixte IV était grave et c’est Lydius qui s’en était rendu coupable : voir Lettre 1618, n.14-17.

[4] Wilhelm Holder (1542-1609), Mus exenteratus : hoc est, Tractatus valde magistralis, super quæstione quadam theologicali, Spinosa et subtili scriptus pro redimenda vexa ad Johannem Pistorium, per Wilhelmum de Stutgardia (Tubingæ 1593, 4° ; Lipsiæ 1677, 12°) ; la deuxième édition porte le titre encore plus explicite : Mus Exenteratus, hoc est, tractatus valde magistralis, super quaestione quadam theologicali, Spinosa, et multum subtili, ut intus scriptus pro redimenda vexa, ad magnificum, scientificum, doctrinatiuumque, et catholico zelo ignitum virum, Johannem Pistorium Nidanum, Theologum sicut abyssi maris profundum (Tubingæ 1687, 1688, 8°). Jean Pistorius de Nidde, médecin et jurisconsulte, correspondant d’ Erasme, chancelier du marquisat de Bade, abjura le luthéranisme et se convertit au catholicisme ; il convertit également le prince Jacques, marquis de Bade, et fit l’objet de plusieurs ouvrages hostiles, dont trois sont signalés par Adrien Baillet dans les Jugemens des savans sur les principaux ouvrages des auteurs, éd. Bernard de La Monnoye (Paris 1722-1730, 4°, 8 vol.), vii.106-110 : « Les satires personnelles qui portent le titre d’Anti » : §32 : « Anti-Pistorius ». Voir aussi J. Janssen, E. Paris et L. Freiherr von Pastor, L’Allemagne et la Réforme : la civilisation en Allemagne depuis la fin du Moyen âge jusqu’au commencement de la guerre de Trente ans [complété et publié par Louis Pastor ; traduit de l’allemand par E. Paris] (Paris 1887-1914, 9 vol.), v.437 sqq. : « Pistorius contre Luther ».

[5] Les Epistolæ Obscurorum Virorum constituent un recueil célèbre de lettres latines qui parut pour la première fois à Hagenau en Allemagne entre 1515 et 1519. Elles prenaient la défense du savant humaniste allemand Johann Reuchlin et se moquaient des doctrines et des mœurs des savants scolastiques et des moines. Elles prenaient la forme de lettres écrites par des théologiens chrétiens fanatiques qui se demandaient si tous les livres juifs ne devaient pas être brûlés comme anti-chrétiens. Le point de départ de cette campagne fut la bataille de Reuchlin contre l’autorisation obtenue par le juif converti Johannes Pfefferkorn de la part de l’empereur Maximilien I er en 1509 de brûler tous les exemplaires connus du Talmud. Le recueil publié par Reuchlin à cette occasion porte le titre Clarorum virorum epistolæ latinæ, græcæ et hebraicæ variis temporibus, missæ ad Joannem Reuchlin (Tubingæ 1514, 8°) et comporte des lettres savantes et érudites d’éminents humanistes allemands tels que Ulrich von Hutten, Johann Crotus, Konrad Mutian, Helius Eobanus Hessus et d’autres, afin de montrer qu’ils soutiennent la position de Reuchlin. La plupart des Epistolæ obscurorum virorum adressent des accusations grotesques et satiriques à Hardwin von Grätz à Deventer, qui incarnait l’obscurantisme et le conservatisme théologique aussi bien que laxisme moral. Le premier recueil comportait quarante et une lettres, mais d’autres furent ajoutées dans les éditions ultérieures : elles sont attribuées à Crotus Rubeanus sous le pseudonyme de Johannes Jäger, à Ulrich von Hutten, à Erasme et à Reuchlin. Voir F.W. Kampschulte, Commentatio de Joanne Croto Rubiano (Bonn 1862) ; W. Brecht, Die Verfasser der « Epistolæ Obscurorum Virorum » (Straßburg 1904) ; A. Bömer (éd.), Die « Epistolæ Obscurorum Virorum » (Heidelberg 1924, 2 vol.) ; K. Buchholz, Ulrich von Huttens lateinische Schriften und die Dunkelmännerbriefe (Frankfurt am Main 1926) ; R.P. Becker, A War of Fools ; "The Letters of Obscure Men" : a study of the satire and the satirized (Bern 1981).

[6] Dans l’annotation de cette lettre, Des Maizeaux donne le détail de l’erreur de Lydius : « Voici le passage de Lydius où se trouve la citation qui avoit embarrassé Mr Bayle : Quid dixisset pia fœmina, si Sixti Quinti audivisset impietatem, qui Cardinali Lucia Sodomiam tribus mensibus calidioribus permisit : teste Volaterrano in Declam. ad Leu. L’erreur de cette citation se réduit à ceci. Dans le livre intitulé Mus exenteratus, imprimé à Stugard [ sic] en 1593, on parle de la prétenduë dispense de Sixte IV en faveur de la sodomie, et on cite à la marge, Volater. Lib. 22. Antrop. Stella in Sixte IV. Joh. Baleus Anglus. Agrippa in Declam. ad Lovanienses etc. comme des auteurs qui ont rapporté ce fait. Lydius, ou quelqu’un avant lui, copia cette citation ; mais 1. au lieu d’écrire tout au long Lovanienses, on mit seulement Lov. 2. soit par la faute de l’imprimeur, de Lydius, ou de celui qui lui avoit fourni cette citation, on sauta tous les mots qui s’y trouvent entre Volater. et in Declam. ad Lov. 3. Enfin, ce dernier mot Lov. ayant été changé par les imprimeurs en Leu, tout cela produisit la citation de Lydius : Volaterranus in Declam. ad Leu. » Rappelons que Bayle traite longuement de cette allégation à l’égard de Sixte IV dans le DHC, art. « Sixte IV », rem. C et D.

[7] Bayle consacre un article du DHC à Johan Wessel, dont le véritable nom est Wessel Harmensz Gansfort (vers 1419-1489) : il était originaire de Groningue et fit ses études à Zwolle dans la communauté de Saint-Jérôme (clercs réguliers) : il ne devint pas moine, « mais alla bride en main quand il se fut apperçu de quelques superstitions qui lui déplurent ». Il poursuivit ses études à Cologne et « traversoit souvent le Rhin pour aller lire dans le monastère de Duytz les ouvrages de l’abbé Rupert, dont il étoit grand admirateur ». « Parce qu’il étudia beaucoup la philosophie platonique, et que cela lui fit mépriser celle d’ Aristote, il se rendit fort désagréable aux professeurs scholastiques. » Il fit quelques leçons de philosophie à Heidelberg, mais, ne voulant pas s’engager dans « l’état de cléricature », il dut repartir à Cologne, et de là se rendit à Louvain et à Paris. « Les disputes de philosophie furent alors très-échauffées entre les Réaux, les Formaux et les Nominaux. Il tâcha de convertir les principaux chefs des Formaux en les attirant à la secte des Réaux, et puis il passa lui-même dans la secte des Formaux ; et ne l’aiant pas trouvé plus raisonnable que l’autre, il embrassa le parti des Nominaux. » Il s’attacha ensuite à Francesco della Rovere, général des frères mineurs (franciscains) et assista à la fin du concile de Bâle (1431-1443). Son protecteur ayant été élu pape Sixte IV, il le quitta et retourna à Groningue. Voir le DHC, art. « Wesselus (Jean) », rem. I : « On ne peut douter qu’en plusieurs choses ses sentimen[t]s ne fussent contraires à ceux de Rome », où Bayle évoque un éloge de Wessel par Luther qui figure à l’article « Sixte IV », n.20. Voir aussi Wessel Gansfort, Opera, éd. Petrus Pappus von Tratzberg (Groningen 1614 ; fac-similé Nieuwkoop 1966) ; G.A. Benrath (dir.), Reformtheologen des 15. Jahrhunderts : Johann Pupper von Goch, Johann Ruchrath von Wesel, Wessel Gansfort (Gütersloh 1968) ; F. Akkerman, G. Huisman, et A. Vanderjagt (dir.), Wessel Gansfort (1419-1489) and Northern Humanism (Leiden 1993) ; F. Akkerman, A.J. Vanderjagt, and A.H. van der Laan (dir.), Northern Humanism in European Context, 1469-1625. From the « Adwert Academy » to Ubbo Emmius (Leiden 1999) ; J. van Moolenbroek, « The correspondence of Wessel Gansfort. An Inventory », Dutch Review of Church History, 84 (2004), p.100–130.

[8] Johann Wolf (Wolfius : 1537-1600), Lectiones memorabiles et reconditæ : liber rarus, car[us], ex sacræ Scripturæ et Venerandæ antiquitatis arcanis exaratus (Francofurti ad Mœnum, Hemipoli, Lipsiæ 1672, folio), ouvrage exploité par Bayle à plusieurs reprises dans le DHC.

[9] John Bale (Balæus : 1495-1563), Acta Romanorum Pontificum, a dispersione discipulorum Christi usque ad tempora Pauli Quarti, qui nunc in Ecclesia tyrannisat, ex Joannis Balei, [...] majore catalogo anglicorum scriptorum desumpta (Basileæ 1558, 8°), exploité par Bayle dans les articles « Aristote (philosophe) », rem. H ; « Ochin », rem. V ; « Origene », rem. D ; et surtout, pour la question soulevée ici, « Sixte IV », rem. C.

[10] Veyssière La Croze répond à la lettre de Bayle du 1 er mars : voir Lettre 1618, n.19.

[11] Cette citation ne provient pas du sermon prêché sur Deut. 5, 5-6, mais de la Glosse auf das vermeinte kaiserliche Edikt de 1531 : Martin Luther, Werke (Weimar 1883–2009, 8°, 120 vol.) [ Weimarer Ausgabe], WA 30/III, p. 387 : « Sanct Johannes Hus hat von mir geweissagt, da er aus dem gefegnis jnn Behemerland schreib, Sie werden j[e]tzt eine gans braten (den Hus heisst eine gans), Aber uber hundert jaren werden sie einen schwanen singen hören, Den sollen sie leiden. » / « Saint Jean Hus a prophétisé à mon égard, car il écrivit du fond de sa prison en Bohème : Vous allez maintenant brûler une oie (car Hus signifie oie), mais d’ici une centaine d’années vous entendrez chanter un cygne, et vous devrez le tolérer. » Sur le rapport de Luther à Hus, voir J. Janssen, L’Allemagne et la Réforme (Paris 1887-1911, 8 vol.), ii.85-88 : « Luther se déclare hussite, 1520 », et J.-M. Valentin (dir.), Luther et la Réforme (Paris 2001), s.v.

[12] Jean (ou Jan) Hus, Etliche Brieve Johannes Huss des Heiligen Merterers, aus dem Gefengnis zu Costentz, an die Behemen geschrieben, avec un avant-propos de Martin Luther, traduction par Johannes Agricola (Wittenberg 1537, 4°).

[13] « Dans cent ans vous répondrez devant Dieu et devant moi. »

[14] Voir Prosper Marchand, Dictionnaire historique, ou Mémoires critiques et littéraires (La Haye 1758-1759, 2 vol.), art. « Palladino ou Palladini (Jacques) », rem. E : « Mais, il n’y a rien là apparemment de plus certain ni de mieux établi, que dans ce qu’on débite depuis si long-tem[p]s, que le même Jean Huss [ sic] a prophétisé peu avant son supplice. Que dans cent ans ses juges en répondraient à Dieu et à lui ; et encore, Qu’on bruloit bien l’oye alors, mais, qu’au bout de cent ans, il s’éléveroit un cigne, qu’on ne pourroit pas bruler de même : ce qui se rencontre à-peu-près en ces termes dans différen[t]s auteurs. [...] Prophétie, probablement imaginée après coup sur quelque impie jeu de mots (54), ou sur quelque saillie imprudente de prédicateur indiscret [...] ». Dans la note 54, Marchand rappelle qu’en bohémien, « hus » signifie « oie » ; il reproduit une médaille avec cette « prophétie » de Jean Hus et examine de près les différents témoignages, dont celui de Jérôme de Prague (1379-1416), disciple de John Wycliffe et de Jean Hus, condamné pour hérésie et brûlé vif le 30 mai 1416.

[15] Veyssière La Croze répond à la question de Bayle dans sa lettre du 1 er mars : voir Lettre 1618, n.20. Dans le DHC de 1720, un article « Braunbom (Frédéric) » est ajouté au Supplément ; il est intégré dans le corps du DHC dans les éditions ultérieures : « Braunbom (Frédéric), auteur protestant, et allemand, publia en 1613, avec un grand faste, un livre qu’il croioit rempli de nouvelles découvertes sur l’explication des prophéties du Vieux et du Nouveau Testament. Il détermina tous les périodes du regne de l’Antechrist, sa naissance, son adolescence, le plus haut point de sa force, le commencement de son déclin, sa décrépitude, sa mort. [...] Il n’est pas besoin d’avertir que Braunbom appliqua à la papauté tout ce qui se trouve dans l’Ecriture, touchant l’Antechrist, et touchant la grande Paillarde : j’observerai seulement qu’il publia son ouvrage la même année, où, selon d’autres théologiens, le monde devoit finir. Cela fournira une digression contre ceux qui ont tant de fois prédit la chute prochaine du papisme, sans profiter de la disgrace de leurs compagnons. Il faudoit les renvoier à l’école d’un poëte paien, qui ne vouloit pas qu’on consultât les nombres de Babylone, et qui trouvoit que Dieu avoit fort sagement couvert d’une nuit obscure le tem[p]s à venir. Notez que je ne connois l’ouvrage de Braunbom, que par les extraits qu’en a donnez Adam Contzen, jésuite, qui l’a réfuté. » Bayle conclut : « [...] pendant que les catholiques et les non catholiques seront dans l’état [...] où ils sont encore au début du XVIII e siècle, c’est vouloir introduire le massacre et le carnage partout que de parler d’accomplir les prophéties. Les ouvrages sur ces oracles de saint Jean sont de l’huile au feu. » L’ouvrage de Friedrich Braunbom s’intitule, comme l’indique Veyssière La Croze, Florum Flaminiorum, Romanensium, Bapalium sive Papalium decas una, autore, 1607, Fredrico Braunbom (Hanoviæ 1613, 4°).

[16] Traduction : après les mots « a pourtant redouté » : « c’est pourquoi, pour lui, et selon l’opinion d’Origène, ces âmes seront sauvées et sont déjà bienheureuses. C’est pourquoi la lecture d’Origène a alors illuminé d’ombres et d’idées Raimond Lulle, auquel il arriva la même chose : non seulement d’être blâmé, mais encore d’être dans un état de fièvre critique. Et c’est ainsi que l’ombre fut. Alors que les professeurs ordinaires de Paris s’efforcent de participer au culte [de rester dans le giron de l’Eglise], lui-même ne figure pas parmi eux. Il écrivit à ce propos La Bête triomphante. Quand il met en avant des géomètres contemporains, non seulement Copernic, mais aussi Elisée Rosslin, Christophe Rotman et Bathen ( Henri Bate) mathématicien de Malines, je m’étonne que François Viète ne l’ait pas remarqué et que Scalichius ait pu ne pas voir de telles choses. » La transcription de la formule initiale est conjecturale et le sens du premier paragraphe reste obscur. Le latin mâtiné de grec est, en effet, très confus.

[17] Paulus Scalichius (1534-1573), humaniste et encyclopédiste croate connu sous les noms de Paul de Lika, alias princeps de la Scala et Huns, alias Scaliger, Primi tomi Miscellaneorum, de rerum caussis et successibus atque secretiori methodo ibidem expressa, effigies ac exemplar, nimirum vaticiniorum et imaginum Joachimi, abbatis Florensis Calabriæ, et Anselmi, episcopi Marsichani, super statu summorum pontificum Rhomanæ Ecclesiæ, contra falsam, iniquam, vanam, confictam et seditiosam cujusdam pseudomagi, quæ nuper nomine Theophrasti Paracelsi in lucem prodiit, pseudomagicam expositionem, vera, certa et indubitata explanatio (Coloniæ Agripinæ 1570-1571, 4°) ; le second tome porte le titre Miscellaneorum tomus secundus, sive Catholici epistemonis, contra quondam corruptam ac depravatam encyclopædiam, libri XV, quibus universus orbis, tam sacrarum quam prophanarum disciplanarum, omnisque omnium sectarum et philosophiæ doctrina catholice declaratur [...] Ejusdem pro Rhomana Ecclesia, adversus Neopistorum vesaniam, oratio [...] Accessit etiam Theodori Graminæi in Esaiam et prophetiam sex dierum Genesæos oratio (Coloniæ Agripinæ 1571, 4°). Voir aussi son ouvrage antérieur, Encyclopædiæ, seu Orbis disciplinarum, tam sacrarum quam prophanarum, epistemon Pauli Scalichii de Lika, [...] Ejusdem theses mysticæ philosophiæ, Eulogus, seu de anima separata ejusque passione (Basileæ 1559, 4°).

[18] Gasparus Scioppius (1576-1649), Scaliger hypobolimæus, hoc est Elenchus epistolæ Jos. Burdonis Pseudoscaligeri de vetustate et splendore gentis Scaligeræ (Moguntiæ 1607, 4°).

[19] Sur Etienne Chauvin, voir Lettre 716, n.7. En 1695, il avait accepté la chaire de philosophie au collège français de Berlin ; en 1708, il devait être nommé inspecteur perpétuel du collège français et réformer les structures de l’ Athenaüm Fredericianum Gallicum sur le modèle des académies réformées. A l’époque de la présente lettre, il participait à la création de la Société royale des sciences, future Académie des sciences de Berlin, dont il fut l’un des premiers membres. Le journal en question est le Nouveau journal des savants, lancé à Rotterdam en 1694 et poursuivi à Berlin jusqu’en 1698 (Rotterdam et Berlin 1694-1698, 8°, 4 vol.).

[20] Gabriel de Foigny, La Terre australe connue, c’est-à-dire la description de ce pays incon[n]u jusqu’ici, de ses mœurs et de ses coutumes, par M. Sadeur. Avec les aventures qui le conduisirent en ce continent, et les particularitez du sejour qu’il y fit durant trente-cinq ans et plus, et de son retour. Réduites et mises en lumière par les soins et la conduitte de G. de F. (Vannes [Genève] 1676, 12° ; éd. P. Ronzeaud, Paris 1990). Voir le DHC, art. « Sadeur (Jaques) » et Lettre 1279, n.7. L’édition de Paris mentionnée est celle établie par l’abbé François Ragueneau (Paris 1692, 16°).

[21] Antoine Teissier, Nouvelles additions aux éloges des hommes savans tirez de l’« Histoire » de M. de Thou [...] Tome troisième [...] (Berlin 1704, 12°) : voir Lettre 1564, n.5. Dans le DHC, Bayle avait soulevé des objections aux récits de Teissier (cités dans de très nombreux articles), auxquelles celui-ci répondit dans cette nouvelle publication. Bayle devait y répliquer par un mémoire publié dans l’HOS, mai 1704, art. VI (et OD, iv.175-179).

[22] Pithœana, sive Excerpta ex ore Francisci Pithœi, anno 1616 (20 p.) : ce texte paraît à la fin du tome III de la première édition et à la fin du premier volume de l’édition ultérieure (Leyde 1715, 8°, 4 vol.). Il est suivi de la mention : « Tout ceci a été copié sur l’original qui est à Paris dans la bibliothèque de Mr Desmarets, écrit de la propre main de François Pithou, neveu de Pierre et de François Pithou. » Les frères Pithou, huguenots, étaient proches d’ Antoine Loysel, de Jacques Auguste de Thou et de Claude Dupuy. François Pithou (1543-1621) publia le Glossarium ad libros capitularium (s.l. 1588, 8°) – à la suite des Caroli Magni, Ludovici Pii et Caroli Calvi Capitularia – et des Lettres d’un Francois, sur certain discours faict n’aguères, pour la préséance du roy d’Hespagne. Ensemble, un Traicté, de la grandeur, droicts, prééminences, et prérogatives des roys, et du royaume de France (s.l. 1587, 8°). Son frère Pierre (1539-1596), avocat et érudit, participa à la rédaction de la Satyre Ménippée et publia des ouvrages juridiques et historiques, ainsi que des éditions de plusieurs auteurs anciens : voir ses Opera sacra juridica historica miscellanea collecta, éd. Charles Labbe (Paris 1609, 4°). Ils eurent deux frères jumeaux Jean (1524-1602) et Nicolas (1524-1598) ; ce dernier est connu par la publication de C.-L.-B. Recordon, Le Protestantisme en Champagne, ou récits extraits d’un manuscrit de M. Pithou, concernant l’histoire de la fondation et du développement de l’Eglise réformée de Troyes, de 1539 à 1595 (Paris 1863). Ils sont mentionnés par R. Pintard, Le Libertinage érudit dans la première moitié du XVII e siècle (Paris 1943 ; 2 e éd. Genève 1983), p.92, 182, 559. Une nouvelle édition des Pithœana devait paraître dans un recueil : Scaligerana, Thuana, Perroriana, Pithœana, et Colomesiana ou remarques historiques, critiques, morales et littéraires (Amsterdam 1740, 12°, 2 vol.).

[23] La lettre antérieure de Veyssière La Croze est perdue : voir ci-dessus, n.1.

[24] Sur Pierre Salbert de Marcilly, ami de Du Rondel, autrefois lieutenant-colonel dans l’armée des Etats Généraux des Provinces-Unies, voir Lettres 232, n.9, 1343, n.6. Nous apprenons ici qu’à la date de la présente lettre, il séjournait à Berlin, ce qui suggère qu’il jouait un rôle comme intermédiaire entre les communautés de réfugiés huguenots.

[25] Il s’agit des sentiments religieux de Charles Quint au moment de sa mort et du statut auprès de lui de Barthélemy Carranza, soupçonné d’avoir exercé une influence luthérienne sur le roi. Voir le DHC, art. « Carranza (Barthelemi) », rem. C, et « Charles Quint », rem. R et S. Veyssière La Croze désigne comme Constantin de la Fuente le confesseur de Charles-Quint que Bayle appelle Constantin Ponce .

[26] Bayle consacre au confesseur un article dans le DHC, art. « Ponce (Constantin) » : « brûlé en effigie à Séville l’an 1559, [il] s’appeloit Constantin de la Fuente, en latin Constantinus Fontius ». A la remarque H, il invoque, en effet, l’autorité de Cardan (1501-1576), De Subtilitate (Lugduni 1580, 8°), lib. XIX, pag. 691.

[27] Veyssière La Croze désigne un ouvrage classique du protestantisme espagnol : Reinaldo González de Montes (ou Reginaldo Gonsalvio Mantano, Reginaldus Gonsalvus Montanus), Sanctæ inquisitionis hispanicæ artes aliquot detectæ, ac palam traductæ : Exempla aliqvot, præter ea que suo quoq[ue] loco in ipso opere sparsa sunt, seorsum reposita, in quibus easdem Inquisitorias artes veluti in tabulis quibusdam in ipsi porrò exercitio intueri licet. Addidimvs appendicis vice piorum quorumdam martyrum Christi elogia [...] inquisitores eos suis artibus perfidiæ ac defectionis infamarint (Heidelberg, Michael Schirat 1567, 8°), traduit en français dès l’année suivante : Histoire de l’Inquisition d’Espagne : exposée par exemples pour estre mieux entendue en ces derniers temps (s.l. 1568, 8°), ainsi que, par la suite, en allemand : Der tyrannischen hispanischen Inquisition Heimligkeiten durch Gottes sonderbare Schickung offenbaret, und zu diesen letzten Zeiten der Welt entdecket, trad. Joachim Beringer (Amberg 1612, 8°) ; nouvelle traduction : Die Praktiken der spanischen Inquisition, trad. F. Goldscheider ( 1914) ; en néerlandais : De Heylighe Spaensche inquisitie, met haer loosheyt, valscheyt ende arghelisten ontdect, wtgestelt ende int licht gebracht : voorts met veel exempelen wter oeffeninghe ende exercitie der selven genomen, als in eenen spiegel vertoont. Ende eyndelijck by een cleyn martelaren boecxken [...] also claer bewesen als een dach, trad. « Maulumpertum Taphæa, (een liefhebber der waerheyt) » (Ghedr. tot Londen 1569, 8° ; n lle trad. ’s-Gravenhage 1620, 8°), et en espagnol Artes de la Santa Inquisición española, trad. F. Ruiz de Pablos (Sevilla 2008), et Artes de la inquisicion espanola, éd. Luis de Usoz (1851), mise à jour par D. González Romero (Cordoba 2010). Voir aussi El « Reginaldo Montano » : primer libro polémico contra la Inquisición española, éd. et trad. N. Castrillo Benito, avec un avant-propos de J. Pérez Villanueva (Madrid 1991), et C. Giesen, « Las Artes de la Inquisicion Española de Reinaldo González de Montes », Espacio, tiempo y forma, serie IV, Historia moderna, 14 (2001), p.11-148. Il semble que ce soit par erreur ou par simple spéculation que, dans la référence de la traduction néerlandaise à la Koninlijke Bibliotheek de La Haye, Reinaldo González de Montes est signalé comme le pseudonyme de Casiodoro de Reina (vers 1520-1594).

[28] Cypriano de Valera (1531 ?-1625 ?), Dos tratados, el primero es del papa y de su autoridad, colegido de su vida y dotrina, y de lo que los dotores y concilios antiguos y la misma Sagrada Escritura enseñan ; el segundo es de la missa, recopilado de los dotores y concilios y de la Sagrada Escritura (s.l. 1588, 8° ; 2e éd. s.l. 1599, 8°).

[29] Voir le DHC, art. « Baudius (Dominique) », rem. K, in fine, sur le fait que « le vin et les femmes ont été les deux écueils sur lesquels sa réputation a fait naufrage » : « Voiez Spizelius [ Théophile Spitzel (1639-1691), Felix literatus ex infelicium periculis et casibus, sive de vitiis literatorum commentationes historico-theosophicæ (Augustæ Vindelicorum 1676, 8°), p.11], qui cite un livre que j’aurois bien voulu consulter : il fut imprimé l’an 1675 » sous le titre Specimen Bibliosophistarum Gedanensium, sive eruditæ colloquia, in Bibliotheca publica [...] habita, [...] nunc plenius delineata, a S. Schelgvigio [...] Accessit invitatio ad frequendam Bibliothecam de Schelgvigius [ Samuel Schelwig] (Gedani 1675, 8°).

[30] Voir le DHC, art. « Baudius (Dominique) », rem. K, où Bayle cite le recueil intitulé Dominici Baudii Amores, edente Petro Scriverio, inscripti Th. Graswinckelio (Amstelodami 1638, 12°).

[31] Jacopo Caviceo (1443-1511), Libro del peregrino (Vinegia 1527, 1531, 1533, 12°). Voir L. Vignali, Il Peregrino di Jacopo Caviceo e il lessico del Quattrocento (Milano 2001).

[32] Sur le catalogue de la Bodléienne, voir Lettres 601, n.24, et 926, n.10.

[33] Henri Corneille Agrippa de Nettesheim, Opera [...] et nunc denuò sublatis omnibus mendis, in philomuson gratiam accuratissime recusa (Lugduni [vers 1531], 8°, 2 vol. ; Baseleæ 1578, 8°, 2 vol. ; éd. R. Popkin Hildesheim 1970, 2 vol.).

[34] Voir le DHC, art. « Esope, auteur grec d’une histoire romanesque d’ Alexandre le Grand », que Bayle cite d’après Barthius et Freinsheimius et dénonce comme un « roman forgé dans les siècles de la barbarie ». Il avait consacré la remarque B de l’article précédent, « Esope, auteur d’un éloge de Mithridate », à la dénonciation des erreurs de Moréri sur cet ouvrage.

[35] Gilbert Gaulmin, De vita et morte Mosis libri tres ; Gilbertus Gaulmum... primus hebraice edidit, ex mss. exemplaribus primus hebraice edidit, latina interpretatione et notis illustravit (Parisiis 1628-1629, 8°, 2 parties). Traduction latine et annotations du Sepher Dibré ha iamim, dont le texte forme la deuxième pièce : 1629 (1 re partie), 1628 (2 e partie : texte hébraïque).

[36] Eutychii, patriarchæ Alexandrini, Annales [...], interprete Edwardo Pocockio (Oxoniæ 1658-1659, 4°, 2 vol.). Sur l’éditeur, voir C. Gallien, « Edward Pococke et l’orientalisme anglais du XVII e siècle : passeurs, transferts et transitions », XVII e siècle, 268 (2015), p.443-457.

[37] Au II e siècle de notre ère, les bibliothécaires d’Alexandrie réunirent de nombreux récits, des témoignages, des lettres et des discours prêtés à Alexandre le Grand. Ils attribuèrent cette compilation de textes à Callisthène, ami d’ Aristote et compagnon d’armes d’ Alexandre. Traduit en latin par Julius Valerius Polemius au IV e siècle et par Léon de Naples au XI e siècle, le pseudo-Callisthène se répandit dès le quatrième siècle dans tout le bassin méditerranéen, pour constituer la source de la Geste d’Alexandre. Voir les différentes éditions et traductions : F. Pfister, Der Alexanderroman des Archipresbyters Leo (Heidelberg 1913) ; G. Bounoure et B. Serret (trad.), Le Roman d’Alexandre (Paris 1992) ; A. Taller-Bonvalot (trad.), Le Roman d’Alexandre (Paris 1994) ; F. Foubert (éd.), La Geste d’Alexandre le Grand. Version latine de Julius Valerius Polemius (Louvain 2014). Voir aussi G. Bohas, A. Saguer, A. Sinno, Le Roman d’Alexandre à Tombouctou. Histoire du Biscornu (Lyon 2012).

[38] Il s’agit cette fois de l’article consacré à « Esope, le premier ou le principal auteur des apologues », rem. O, sur la Vie d’Esope de Méziriac. Sur cet ouvrage, que Valhébert avait envoyé à Bayle, voir Lettres 1445, n.4 et 20, 1461, n.8 et 20, et 1631, n.24. Veyssière La Croze cite l’ouvrage de William Wotton, Reflections upon ancient and modern learning The second edition [...] with large additions. With A dissertation upon the epistles of Phalaris, Themistocles, Socrates, Euripides ; etc. and Æsop’s Fables, by Dr [Richard] Bentley (London 1697, 8°), où Bentley réfute la tradition sur la laideur d’Esope. Charles Boyle, dans Dr Bentley’s Dissertations on the Epistles of Phalaris and the Fables of Aesop examin’d (London 1698, 8°), accusa Bentley d’avoir plagié Méziriac sur ce point. Des Maizeaux insiste ( OD, iv.839, n.10) sur la rareté de l’ouvrage de Méziriac, que ni Bentley ni Boyle n’auraient pu se procurer en Angleterre.

[39] Il s’agit de Jacobus Golius (1596-1667), originaire de La Haye, qui donna une nouvelle édition augmentée de l’ouvrage de Thomas van Erpe (Erpenius : 1584-1624), Arabicæ linguæ tyrocinium, id est Thomæ Erpenii Grammatica arabica, cum varia praxios materia [...] Fabulæ Locmani sapientis, Sententiæ quædam arabicæ, Adagia arabica, duæ ex Corano suratæ, Dissertatio ex Hariræo (Lugduni Batavorum 1656, 4°).

[40] « Evidemment, nous avons accordé une large place à Locman, le fils de Bacra, un homme certes méprisable par la difformité de son corps, vil esclave de la fortune, mais plein de sagesse. »

[41] Locman, Loqman ou Luqman est le nom d’un sage pré-islamique à qui on attribue des apologues. Erpenius publia les Locmani Sapientis Fabulæ et selecta quædam Arabum Adagia. Cum interpretatione latina et notis (Leidæ 1615, 12°), qui connurent plusieurs réimpressions. Cette édition comporte trente-quatre fables, dont la plupart appartiennent au corpus des fables d’ Esope, de sorte que La Fontaine mentionne Locman dans l’Avertissement du Livre VII de ses Fables choisies (Paris 1668, 12°) : « Seulement je dirai par reconnaissance que j’en dois la plus grande partie [des sujets] à Pilpay, sage indien. Son livre a été traduit en toutes les langues. Les gens du pays le croient fort ancien, et original à l’égard d’Esope, si ce n’est Esope lui-même sous le nom du sage Locman. » Voir La Fontaine, Fables, éd. J.-C. Darmon et S. Gruffat (Paris 2002), p.203 et 472.

[42] Voir le DHC, art. « Eschyle », rem. L : « Enfin Guillaume Canterus publia une nouvelle edition à Anvers l’an 1580, dans laquelle il corrigea une infinité de fautes, et disposa chaque vers selon son ordre, ce qui n’avoit point été fait encore. » Et art. « Euripide », rem. HH : « L’édition de Plantin in-16°, à Anvers, 1571, contient une chose qui manquoit aux précédentes : les vers y sont démêlez, chacun est placé dans sa ligne selon sa mesure et sa longueur. Guillaume Canterus fit ce partage. »

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