Lettre 1650 : Pierre Bayle à Jean-Baptiste Dubos

A Rotterdam, le 15 e de decembre 1704

Depuis la derniere lettre que j’ai eu l’honneur de vous ecrire [1], Monsieur, j’ai attendu d’ordinaire en ordinaire l’effet de la priere que je vous faisois de donner ordre que Mr le chevalier Des Tournelles [2] fut prié par son correspondant de lui envoier par la poste le livre que je vous ai destiné [3]. Il n’est venu aucun ordre là dessus, et c’est la seule raison pourquoi ce livre ne vous a pas eté envoié. Apres une longue attente je vous renouvelle aujourd’hui la meme priere. Mr le chevalier des Tournelles se fera un vrai plaisir de contribuer à l’envoi, il a pour vous une estime tres particuliere, et il a lu aussi bien que moi avec admiration un livre que tout le monde vous attribue meme en ce païs ci [4]. Chacun convient que c’est l’ouvrage d’un tres habile homme, et ceux qui peuvent envisager les af[f]aires generales sans passion ou sans preoccupation avoüent que les conjectures que l’auteur a faites sur les desavantages qui arriveroient à l’Angleterre etoient fondées sur les ap[p]arences les plus plausibles. Si l’evenement a refuté jusqu’ici ces conjectures[,] vu que depuis Edoüard III et sa victoire de Creci l’Angleterre n’avoit point eu d’aussi grands sujets de triomphe qu’elle en a eu dans la guerre presente, il ne faut point en faire de procez à cet écrivain, il n’a pas eté obligé de deviner un avenir si peu ap[p]arent ni les caprices de la fortune qui se plaisent à confondre la prudence humaine avec une espece d’affectation. /

La fortune est comme le vice, elle ne s’ap[p]rivoise jamais de bonne foi, un moment de sa mauvaise humeur est plus funeste quelquefois que 30 ans de sa faveur n’ont eté utiles. C’est pour quoi vos poetes et vos orateurs ne devoient pas la representer d’un ton si af[f]irmatif comme irreconciliable avec les ennemis de la France ; elle les a refutez cette année lors qu’à peine la harangue de Mr l’abbé de Polignac [5] etoit eclose. Je vis, il y a 2 jours un docteur anglois qui a servi de chapelain dans l’armée de myl[ord] Marlborough, et qui se prepare à faire imprimer à Londres, dès qu’il y sera de retour une relation de cette campagne [6]. Il me montra en manuscrit la relation que le prince Eugene a faite de la bataille d’Hocstet [7], et un imprimé que le mar[échal] de Villeroi avoit envoié par un trompette à mil[ord] Marlborough. C’est la relation que le mar[échal] de Tallard a faite de la meme bataille, et qui a eté imprimée à Strasbourg [8]. On a eté surpris qu’il l’ait faite si sincerement. Toutes ces relations avec quelques lettres interceptées des officiers francois rechap[p]ez de la bataille entreront dans l’ouvrage du docteur anglois qui l’ornera le mieux qu’il pourra pour mettre dans un grand jour tout le brillant de cette victoire, et des suites qu’elle a euës qui sont le recouvrement du tiers de l’Empire, c’est à savoir de tous les païs situez entre l’archeveché de Saltzbourg et la Foret noire, tout le cours du Danube depuis sa source jusques à Passau, la basse Alsace, la plupart du païs de Treves et du Palatinat. Il fera un parallele entre les suites de cette / bataille et celles de la bataille de Leipsic remportée par le roi Gustave sur le comte de Tilli [9]. Je ne sais s’il relevera une chose dont je pense que l’auteur du Mercure galant s’est mordu les doigts, et qui devoit etre réservée comme une pierre d’attente et non pas etre emploïée avant sa saison. Je parle d’un endroit du Mercure de juillet dernier qui porte que myl[ord] Marlbor[ough] dit à la table de l’électeur de Maïence qu’il alloit ap[p]rendre aux Alleman[d]s à vaincre les Francois [10]. Cela eut eté bon à reprocher en cas qu’il n’eut rien fait sur le Danube, mais presentement il se peut glorifier (supposé qu’il ait parlé de la sorte de quoi je doute) qu’il a tenu parole.

Je vous envoie un imprimé qui m’aiant paru rempli de faux faits me donna l’envie d’abord de savoir ce qui peut y etre censuré mais quelque soin que j’aie pris de demander cette critique, je n’ai pu recevoir aucune reponse. Les reflexions sont attribuées à Mr Jurieu avec raison, ce me semble [11].

Puisque vous avez lu la Reponse aux questions d’un Provincial vous savez, Monsieur, ce qui a été publié touchant une medaille que l’on pretend avoir eté consacrée au diable par Catherine de Medicis, et etre dans le cabinet de Mr le comte d’Avaux [12]. Le journal de Mr de B[e]auval dans l’extrait de ce livre là a mis ce comte dans une espece de necessité de se declarer là-dessus [13], de sorte que comme on n’ap[p]rend point qu’il ait fait aucun desaveu, on s’imagine que le fait est veritable. Personne n’est plus en etat que vous de deterrer ce que c’est. /

Il paroit depuis peu un petit livre intitulé : L’Oraison funebre de tres-haute, tres-excellente et tres puissante princesse Monarchie universelle. Prononcée le 25 aout 1704 dans la chapelle du chateau de Versailles. A ce seul titre vous jugerez que c’est une satire bien insultante [14]. On a publié aussi : Histoire anecdote de la cour de Rome [15]  ; la part qu’elle a eu[e] dans l’affaire de la succession d’Espagne, la situation des autres cours d’Italie, et beaucoup de particularitez de la derniere et de la présente guerre de ce païs là. L’auteur ne se nomme point mais je sai que c’est un catholique romain natif de la Franche Comté, et qui est venu en ce païs depuis quelques mois. Il est tout à fait dans les interets de la Maison d’Autriche, mais il garde assez de menagement dans ses expressions, quoi qu’il pique quelquefois vivement l’autre parti. Je vous copie un endroit de cet ouvrage dans le billet ci-joint [16].

On a publié depuis peu une Relation de la Guinée [17] et une autre de l’île Formosa [18]. L’auteur de cette derniere se dit natif de cette île, et s’est fait protestant épiscopal. Vous aurez vu le precis de son ouvrage dans les Nouvelles de Mr Bernard [19]. Les dif[f]icultez proposées à Mr de Cambrai sur son Ordonnance contre le cas de conscience [20] sont si fortes que je ne sai pas comment il y pourra satisfaire. C’est un in 12 de 126 pages.

Je continuë à vous prier de faire mes complimen[t]s à M rs Jannisson, Pinsson, etc.

 

L’ Histoire anecdote de la cour de Rome est un dialogue entre le cardinal de Furstenberg, et l’abbé Scarlati. L’abbé aiant dit que l’empereur et le roi d’Espagne repondoient telle et telle chose au pape qui les pressoit de faire la paix avec la France, le cardinal réplique ces propres termes, pag[es] 64, 65 :

« Je leur aurois bien suggeré une autre excuse bien meilleure, qui est qu’ils ne pouvoient faire la paix avant que le Roi tres chrétien eut remis le roi Ja[c]ques sur le trone d’Angleterre, ne voulant point etre la cause qu’il demeurat parjure en violant le serment solennel qu’il en avoit fait, quand il le recut à Versailles, et deposa son epée sur l’autel pour en aut[h]entiquer le vœu, jurant de ne la jamais remettre dans le fourreau qu’il ne l’eut executé ».

On vous sup[p]lie, Monsieur, de vous informer de ce fait [21]. S’il est veritable, il faut le laisser passer : s’il est faux il en faut arreter le progres en faveur de l’histoire, c’est à dire le dementir publiquement et par des preuves. La posterité sera redevable à ceux qui se donneront la peine d’etouf[f]er les gros mensonges à mesure qu’ils naissent.

 

A Monsieur / Monsieur l’abbé Du Bos / chez Mr Le Gras proche de la place des Victoires / A Paris

Notes :

[1] La dernière lettre connue de Bayle à Dubos est celle du 27 février 1702 (Lettre 1551) ; nous ne connaissons aucune lettre de Dubos à Bayle depuis celle du 26 février 1699 (Lettre 1420) : de nombreuses lettres de l’un et de l’autre doivent être perdues.

[2] Le chevalier Destournelles (ou Des Tournelles), sans doute un huguenot réfugié à Rotterdam, correcteur à l’imprimerie de Reinier Leers, était l’une des rares personnes qui devaient avoir la permission de fréquenter Bayle chez lui jusqu’à sa mort en décembre 1706. Dans sa lettre à Dubos du 27 janvier 1707, il précise qu’il partageait ce privilège avec quelques rares amis intimes de Bayle : Jacques Basnage, Reinier Leers, Adriaen Paets, fils de l’ancien « patron » de Bayle, et « quelques autres » (Lettre 1748), parmi lesquels on pourrait compter André Terson (voir Lettre 1741). En effet, Bayle devait s’isoler pour ne pas avoir « la tête rompue par le peuple des réfugiés » et pour se protéger contre les visites de voyageurs curieux de voir le « philosophe de Rotterdam ». Destournelles servait régulièrement d’intermédiaire entre l’abbé Dubos et Bayle, mais nous n’avons pas d’informations plus précises sur lui. Son nom est mentionné dans le Briefwisseling d’ Anthonie Heinsius 1702-1720, xii.695 : allusion à un « chevalier Tournelle » qui réside à Rotterdam et s’occupe de gazettes françaises (28 janvier 1712) ; quelques jours plus tard, il est désigné comme un « espion français » (xiii.19 : 4 février 1712) : voir http://resources.huygens.knaw.nl/br.... Il se peut qu’il ait été occupé par la veuve Ceinglein (ou Saint-Glain), qui imprimait le Journal historique. Gazette de Rotterdam. Voir E. Labrousse, Pierre Bayle, i.266n et 267 ; H. Bost, Pierre Bayle (Paris 2006), p.503 ; G. Cerny, Theology, politics and letters at the crossroads of European civilization : Jacques Basnage and the Baylean Huguenot refugees in the Dutch Republic (Dordrecht 1987), p.111 ; O.S. Lankhorst, Reinier Leers (1654-1714), Uitgever en boekverkoper te Rotterdam. Een Europees « Libraire » en zijn fonds (Amsterdam, Maarssen 1983), p.30 ; A. Lombard, L’Abbé Du Bos : un initiateur de la pensée moderne (1670-1742) (Paris 1913) ; H.H.M. van Lieshout, « The library of Pierre Bayle », in E. Canone (dir.), Bibliothecæ selectæ. Da Cusano al Settecento (Firenze 1993), p.281-297, n.29, lui donne le prénom de Jean-Joseph, d’après sa lettre à Dubos datée du 27 janvier 1707, éditée par P. Denis, RHLF, 20 (1913), p.447, mais nous ne trouvons pas trace de ce prénom dans le mansucrit de cette lettre ni dans l’édition proposée par P. Denis.

[3] Il s’agit d’un exemplaire de la CPD, dont Dubos remercie Bayle dans sa lettre du 5 mars 1705 (Lettre 1660). Bayle précise dans sa lettre du 24 février 1705 qu’il a envoyé à l’abbé Dubos le mémoire qu’il avait fait publier dans l’HOS, août 1704, art. VII : « Mémoire communiqué par Mr Bayle pour servir de reponse à ce qui le peut interesser dans un ouvrage imprimé à Paris sur la distinction du bien et du mal, et au 4 e article du 5 e tome de la Bibliotheque choisie ». Sur cette querelle autour du livre du chartreux Alexis Gaudin, voir Lettre 1656, n.11. Cependant, ce n’est pas le « livre » qui est désigné ici : une lettre ultérieure de Bayle à Dubos a dû se perdre.

[4] Il s’agit certainement du livre de Dubos, Les Intérêts de l’Angleterre malentendus dans la guerre présente. Traduits du livre anglais intitulé « England’s interest mistaken in the present war » (Amsterdam 1703, 12°), ouvrage dont Bayle avait annoncé la publication au duc de Noailles (Lettre 1635) et qu’il avait commenté de nouveau dans sa lettre du 9 octobre 1704 (Lettre 1642).

[5] Allusion à la bataille de Höchstädt (ou de Blenheim), où la fortune des troupes françaises avait montré, en effet, sa « mauvaise humeur » : voir Lettre 1638, n.15. La « harangue de Polignac » désigne son discours à l’occasion de sa réception à l’Académie française le 2 août 1704 : il y avait été élu le 26 mai en remplacement de Bossuet : voir la Gazette, n° 32, nouvelles de Paris du 9 août 1704, le Mercure galant, août 1704, p.348-364, et les NRL, octobre 1704, p.472. Mathieu Marais relève la phrase pertinente dans son Journal de Paris, sous la date du 15 décembre 1722 : « Fontenelle dit au cardinal de Bissy : “Monseigneur, dépêchez-vous de vous faire recevoir, car ma harangue ne vaudrait plus rien.” Il avait en vue ce qu’il dit de l’enchaînement de l’Europe que le cardinal a su rendre comme immobile. Et on a des avis qu’elle se remue, à l’occasion de Florence et de Parme qui ne veulent pas s’en tenir au traité qui les fait fiefs de l’Empire. L’orateur ne voulait pas être dans le cas de l’abbé de Polignac qui insultait dans sa harangue, en 1704, à sa réception, les Puissances Alliées. “ Vous voulez donc la guerre, peuples insensés, eh bien ! vous l’aurez, mais au fond de vos provinces, sera la consternation et le carnage”, disait-il. Et, ce même an, nous perdîmes la bataille de Höchstädt.” » (éd. H. Duranton et R. Granderoute, Saint-Etienne 2004, ii.589). Nicolas Gueudeville se moque longuement de Polignac dans L’Esprit des cours de l’Europe, janvier 1705, p.158-192, reprenant le récit des Mémoires de Trévoux, octobre 1704, art. CXLVII, p.1703-1710, et Gueudeville devait s’en prendre de nouveau au discours semblable de réception à l’Académie française de Fabio Brûlart de Sillery, évêque de Soissons, du 7 mars 1705 : voir L’Esprit des cours de l’Europe, juillet 1705, « Nouvelles de la cour de France », p.91-117.

[6] Témoignage intéressant sur la rencontre de Bayle avec Francis Hare (1671–1740), auteur de The History of the campaign in Germany, for the year 1704. Under the command of his grace John Duke of Marlborough, Captain General of Her Majesties forces. With an impartial account of the two famous battels of Schellenberg and Bleinheim ; and lists of the kill’d, wounded and taken prisoners. From the time of his Grace’s setting out, to his return to Whitehal (London 1705, 4°) ; ce récit devait être suivi de son ouvrage hagiographique The Life and glorious history of John duke and earl of Marlborough (1705), rédigé sans doute sur commande. L’auteur avait été le précepteur, non pas, comme le voudrait une tradition (que la chrononologie de leurs études à Cambridge rend invraisemblable), d’ Anthony Collins, mais de Robert Walpole et du fils de Marlborough, le marquis de Blandford. En 1704, il devint le chapelain de Marlborough en Flandres, puis chapelain de la reine Anne. C’est au cours de ses pérégrinations auprès de Marlborough que Francis Hare rencontra Bayle et, lors de ce même séjour aux Provinces Unies qu’il confia à l’imprimeur Thomas Johnson, à La Haye, un livre de Richard Bentley, qui devait comporter une préface de Pieter Burman, professeur d’Utrecht et qui constituait une violente attaque contre la philologie et contre la tyrannie critique de Jean Le Clerc. En 1712, dans le contexte de la controverse sur l’arianisme – qui entraîna la chute de William Whiston et la rédaction par Samuel Clarke, autre disciple de Newton et pilier du parti des latitudinaires, de son ouvrage The Scripture Doctrine of the Trinity (1721) – Francis Hare prit la défense des théologiens latitudinaires persécutés dans son écrit The Difficulties and discouragements which attend the study of Scripture (1714), plaidoyer pour la tolérance et contre l’étroitesse de la censure religieuse. En 1715, il devait être nommé doyen de la cathédrale de Worcester et, en octobre 1726, de celle de Saint-Paul à Londres. Entre temps, vers 1718, il dut quitter ses fonctions de chapelain royal à cause de sa prise de position hostile à Benjamin Hoadly dans la « controverse de Bangor ». Le 19 décembre 1727, il fut consacré évêque de Saint-Astaph et, en 1731, évêque de Chichester. En 1736, Robert Walpole, son ancien élève, le proposa comme successeur de l’archevêque de Cantorbéry, William Wake : Lord Hervey s’opposa avec succès à cette nomination. Voir J.H. Monk, The Life of Richard Bentley (London 1833, 2 vol.), i.272-280 ; ODNB (art. de A. Pettit) ; R.D. Horn, « Marlborough’s first biographer : Dr Francis Hare », Huntingdon Library Quarterly, 20 (1957), p.145-162 ; A. Pettit, « The Francis Hare controversy of 1732 », British Journal for eighteenth-century studies, 17 (1994), p.41-53 ; J.E. Force, William Whiston : honest Newtonian (Cambridge 1985) ; J.-P. Ferguson, An eighteenth-century heretic : Dr Samuel Clarke (London 1976) ; M. Watts, The Dissenters in England from the Reformation to the French Revolution (Oxford 1985) ; O.P. Grell, J.I. Israel et N. Tyacke (dir.), From persecution to toleration : the Glorious Revolution and religion in England (Oxford 1991) ; J.A.I. Champion, The Pillars of priestcraft shaken. The Church of England and its enemies, 1660-1730 (Cambridge 1992) ; A. McKenna, « Francis Hare, Lettre sur les difficultés et découragements, qui se trouvent dans le chemin de ceux qui s’appliquent à l’étude de l’Ecriture d’une manière à ne se fier qu’à leurs propres yeux (1714) », in M. Clément (dir.), La Fécondité de la dissension religieuse (Saint-Etienne 1998), p.85-126 ; J. Dybikowski, The Correspondence of Anthony Collins, p.317, n.572.

[7] Il y eut plusieurs relations en allemand de la bataille de Höchstädt : Ausführliche Relation von der herrlichen und grossen Victorie welche die Kayserl. und hohe Alliirten gegen die Chur-Bäyrische und Französische Armee, den 13. Augusti dieses 1704 ten Jahrs in der Gegend Hochstädt-bey Donawerth erhalten (s.l.n.d. [1704], 4°), Wahrhaffte Beschreibung Deß blutigen Treffens und herrlichen Siegs, so die Kayserl. und hohe Alliirte durch Göttliche Hülff den 13. Augusti 1704 negst bey Höchstätt erhalten haben (Dillingen 1704), Accurate und ausführliche Vorstellung und Relation, der zwischen Seiner Kayserlichen Majestät und Dero Hohen Alliirten Sonderlich unter Heldenmütiger Anführung Sr. hoch-fürstl. Drl. Printz Eugenii und deß duc de Marleborow eines und dann des französis. General de Tallard und Sr. Chur-Fürstl. Durchl. in Bayern andern Theils ohnweit Höchstätt vorgegangenen sehr blutigen Action und von jenen mit unsterblichen Ruhm und Tapfferkeit erfochtenen herrlichen Victori welche der Allerhöchste den 13. Augusti 1704. den bishero äusserst bedrangt und verfolgt gewesenen Schwaben und Francken gnädig geschencket (Nürnberg 1704, 4°) et Henry Garnet, An den Generalen zu Rom aus der Vorhöhle abgelassen und bey victorienser Occupirung des französisch und chur-bayerischen Lagers zu Höchstädt unter eines sichern Beichtvaters obermelten Ordens Scripturen gefundenes Schreiben, nebst einem Anhang von remarquablen Sachen (s.l. 1704), et d’innombrables « chants de triomphe », tels que : Poetisch-Theologischer Triumph-Schall über die zum andermahl erhaltene herrliche Victorie der hohen Reichs-Alliierten gegen die Frantzösisch-Bayrische Armee : geschehen bey Höchstädt am 13. Augusti 1704 (s.l.n.d. [1704], 4°), Wunder-Krafft des Gebets der Kinder, wodurch die streitbare Hände der Kayserlichen und dero hohen Bundes-Verwandten Armeen, In der großen Schlacht bey Höchstädt, Anno 1704 den 13. Augusti, Eben an dem Kinder Buß- und Frieden-Fest, in Augspurg, gestärket worden (Augbourg 1704), Ein neues Lied Von der herrlich- und weit berühmten Victori, so zwischen den Allierten Frantzosen und Bayern den 14. Augst A. 1704. bey Höchstätt geschehen : im Thon : « Mit dem Jäger ich es halte » (s.l. 1704), et Dietrich Hermann Kemmerich, Ein teutscher Panegyricus, welcher wegen der den 13. Augusti 1704. bey Höchstädt glücklich erhaltenen grossen Victorie denen Sieghafften überwindern, vornehmlich denen durchlauchtigsten Fürsten, und tapffern Kriegs-Helden Eugenio, Printz von Savoyen, Johanni Hertzog Marleborough, und Friderico, Erb-Printz von Hessen-Cassel zu immerwährenden Nachruhm geschrieben, und in einer zu Leipzig florirenden Redner-Gesellschaft gehalten (Leipzig 1704, 4°), et et un « plan de bataille » : Plan der Bataille bey Hochstet welche Anno [1704 d. 13.ten August] zwischen den Kayserlichen und Ihren Alliirten mit den Franzosen und Baiern ist geliefert worden (s.l.n.d. [1704]). Du côté français, on diffusa une Relation de la battaille qui s’est donnée le 20 me de septembre 1703 sur la plaine de Höchstet entre l’armée françoise, et bavaroise sous les ordres de S.A.E. de Bavière, et celle des Impériaux commandée par le Feldmarechal comte de Styrumb (Paris 1704, 8°), qui signale d’abord le rôle de « Mr Dusson lieutenant general des armées du Roy » [Jean d’Usson, marquis de Bezac : voir Lettre 155, n.8] et présente ensuite l’issue de la bataille en ces termes : « Il est certain, que les ennemis ont eu plus de 3 000 hommes tuez sur le champ de battaille, le nombre des prisonniers va à 4 500 hommes, ils ont perdu toutte leur artillerie consistant en 34 pieces de fonte [...]. Le butin que l’armée à fait est tres considerable [...]. Cette victoire, qui ne sçauroit étre plus complette est encore tant plus glorieuse pour les armes du Roy, et de S.A.E. et tant plus considerable, que nôtre perte est tres mediocre, et n’excede pas le nombre de 500 hommes. »

[8] Relation de la bataille de Blenheim, ou Lettre écrite par un aide de camp [Feuquières] du maréchal de Tallard, à Monsieur de Chamillard, ministre d’Etat en France ; et interceptée, et envoyée à un ministre étranger, en Angleterre. Dans laquelle plusieurs particularitez de cette mémorable journée sont mieux circonstanciées, que dans aucune relation qui ait encore vu le jour. En françois et anglois (Londres [1704], 4°), accompagnée de la version anglaise : Mareschal Tallard’s aid-de-camp [Feuquières] : his account of the battle of Bleinheim : in a letter written by him from Strasburg, to Monsieur de Chamillard, a minister of State in France ; and intercepted, and sent over to a foreign minister, residing in England. Wherein some passages of that memorable day, are more fully and impartially related, than in any relation yet made publick. Both in French and English (London 1704, 4°). Cette Relation provoqua une réaction allemande : Frankreichs Konsolation an den gefangenen General Monsieur de Tallard (s.l. 1704, 4°). Voir aussi la Campagne de Monsieur le maréchal de Tallard en Allemagne. L’an M.DCC.IV. Contenant les lettres de ce maréchal [...] au Roi, et à Mr. de Chamillart [...] avec les réponses du Roi et de ce ministre, etc. (Amsterdam 1763, 12°). Sur Camille d’Hostun de La Baume, comte (puis duc) et maréchal de Tallard, qui, fait prisonnier à Blenheim, devait passer sept ans prisonnier à Nottingham, voir Lettre 1452, n.23. Son aide-de-camp fut Antoine de Pas de Feuqières (1648-1711), lieutenant-général des armées du Roi, petit-fils de Manassès de Pas (1590-1640), marquis de Feuquières, cousin et ami de Robert Arnauld d’Andilly ; le fils de Manassès, Isaac de Pas (1618-1688), gouverneur de Verdun, épousa, en 1647, Anne-Louise de Gramont, dont il eut au moins sept garçons et une fille. Celle-ci, Louise-Catherine de Pas de Feuquières, sœur d’Antoine, fut pensionnaire aux petites-écoles de Port-Royal. Voir Antoine de Feuquières, Mémoires (Londres, Paris 1737, 12°, 4 vol.), et le Dictionnaire de Port-Royal, s.v. (art. d’A. McKenna).

[9] A l’époque, on désignait parfois comme la « bataille de Leipzig » celle de 1631, où le comte de Tilly, commandant les armées catholiques, qui avaient envahi la Saxe à la fin août 1631, fut défait par l’alliance de Gustave II Adolphe, roi de Suède, avec l’électeur Jean-Georges I er de Saxe. Il s’agit en fait de la bataille de Breitenfeld du 17 septembre 1631, qui fut la première victoire majeure des protestants lors de la guerre de Trente Ans. La bataille de Leipzig, connue aussi comme la « seconde bataille de Breitenfeld », eut lieu les 23 et 24 octobre 1642. L’armée suédoise, sous les ordres de Lennart Torstenson, y défit l’armée alliée des Impériaux et des Saxons dirigée par l’archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg et par Ottavio Piccolomini.

[10] Le Mercure historique et politique, juillet-août 1704, fait un récit très circonstancié de la bataille de Höchstädt (ou de Blenheim), accompagné de nombreuses lettres échangées entre Marlborough et les Hautes Puissances des Provinces-Unies et avec la reine Anne d’Angleterre. Cependant, nous n’y avons pas trouvé le mot cité par Bayle. Le Mercure galant, juillet 1704, donne aussi un récit substantiel de la guerre en Allemagne, mais ne cite pas ce mot de Marlborough.

[11] Il s’agit sans doute du pamphlet de trente-quatre pages de Pierre Jurieu, Avis à tous les alliez, protestan[t]s et catholiques romains, princes et peuples, souverains et sujets, sur le secours qu’on doit donner aux soûlevez des Cevennes (s.l. 1705, 4°), qui comporte plusieurs passages susceptibles de heurter les convictions de Bayle : Jurieu cite un ouvrage de Jean-Paul de Cerdan, paru d’abord en 1677, puis de nouveau en 1685, « dont le seul titre étoit une prophétie : L’Europe esclave si l’Angleterre ne brise ses fers » p.4) ; « Il faut avouer que l’Angleterre est aujourd’huy le plus glorieux Etat qui soit au monde, par la jonction avec les Provinces-Unies, qui la secondent admirablement » (p.15) ; il consacre un chapitre à « l’usage des armes pour défendre la religion » (p.20) et défend « le droit de résistance à la tyrannie » (p.22 sqq.). Voir Kappler, Bibliographie de Jurieu, n° 8, p.63. Tous ces passages vont à l’encontre des positions assumées par Bayle dans l’ Avis aux réfugiés, mais il ne souhaite pas réveiller la furieuse querelle avec Jurieu à ce sujet ; c’est sans doute la raison pour laquelle il formule si prudemment ses critiques dans la présente lettre : voir Lettres 1632, n.4. Sur le pamphlétaire Cerdan, résidant à Amsterdsam, qui fit l’objet d’une tentative d’arrestation par les « dragons » français, voir Jan Wagenaar et Eobald Toze, Allgemeine Geschichte der Vereinigten Niederlande [...]. Aus dem Holländischen übersetzt (Leipzig 1756-1767, 8 vol.), vi.377-379. Le titre du pamphlet de Cerdan devait être détourné en 1704 : L’Europe esclave si les Cevenois [sic] ne sont pas prom[p]tment secourus (Liège 1704, 12°). La formule initiale est attribuée au duc de Rohan par le commerçant amsterdamois Willem Heysterman : voir sa lettre à Shaftesbury du 9/20 décembre 1720, in Shaftesbury, Correspondence, à paraître.

[12] Voir la RQP, §LIV : « Si Catherine de Medicis a fait frapper une medaille pour marquer le culte qu’elle rendoit au Démon ».

[13] Basnage de Beauval, HOS, juillet-août 1703, art. II, compte rendu de la RQP, première partie.

[14] Nous n’avons pu localiser un exemplaire de ce pamphlet, mais son existence est confirmée par le Catalogue des livres de feu M. Millet, seigneur de Montarbi [...] dont la vente se fera rue de Richelieu [...] le lundi 14 janvier 1782, et jours suivants (Paris 1781, 8°), n° 5068, et par le Catalogue des livres imprimés, manuscrits, estampes, dessins et cartes à jouer, composant la bibliothèque de M[onsieur] C. Leber : avec des notes par le collecteur (Paris 1839, 2 vol.), n° 4589 : Oraison funebre de tres-haute, tres-excellente et tres puissante Monarchie universelle, prononcée le 25 aout 1704 dans la chapelle du chateau de Versailles (Cologne [Hollande] 1705, 12°), où il est signalé qu’il s’agit d’un exemplaire de Charles Nodier et qu’il est précisé que « L’Oraison funèbre fait allusion à la désastreuse bataille d’Hochstet, perdue par l’armée française le 13 août 1704. » D’autres catalogues de bibliothèques privées confirment ce titre. Le thème n’était pas nouveau et héritait d’une longue liste de pamphlets politiques : François-Paul de Lisola, Bouclier d’estat et de justice contre le dessein manifestament découvert de la monarchie universelle sous le vain pretexte des pretentions de la reyne de France (Francfort-sur-le-Main 1667, 12°) – sur ce pamphlétaire, voir C.-E. Levillain, Le Procès de Louis XIV. Une guerre psychologique (Paris 2015) ; Gratien Courtilz de Sandras, Nouveaux interets des princes de l’Europe : où l’on traite des maximes qu’ils doivent observer pour se maintenir dans leurs etats, et pour empecher qu’il ne se forme une monarchie universelle (Cologne 1685, 12°) ; Gregorio Leti, La Monarchie universelle de Louys XIV. Traduite de l’italien de M. Leti (Amsterdam 1689, 12°, 2 vol.) ; L’Europe resucitée du tombeau de Mr. Leti, ou Response à la monarchie universelle de Louis XIV, par I.D.M.D.R. (Utrecht 1690, 12°).

[15] Casimir Freschot (1640 ?-1720), Histoire anecdote de la cour de Rome : la part qu’elle a eu dans l’affaire de la succession d’Espagne. La situation des autres cours d’Italie et beaucoup de particularités de la derniere et de la presente guerre de ce pais-là (Cologne, chez Jacques le Jeune 1704, 8° ou 16°). L’ouvrage connut une deuxième édition : [...] ouvrage en forme d’entretien entre le cardinal de Furstenberg et l’abbé Scarlati sur les rives de l’Acheron, augmenté en cette seconde édition d’un nouvel entretien où l’amirante de Castille découvre les motifs de sa retraite en Portugal (Cologne, Jacques le Jeune 1706, 12°).

[16] Voir le texte recopié par Bayle en fin de lettre.

[17] Bayle avait déjà évoqué cet ouvrage dans sa lettre au duc de Noailles du 27 octobre 1704 : voir Lettre 1646, n.11. Il s’agit de Willem Bosman (1672- ?), Voyage de Guinée, contenant une description nouvelle et très-exacte de cette côte où l’on trouve et où l’on trafique l’or, les dents d’elephant, et les esclaves [...]. Enrichie d’un grand nombre de figures. Description de la côte de Guinée (Utrecht, Antoine Schouten 1705, 12°).

[18] N.F.D.B.R., Description de l’île de Formosa en Asie. Du gouvernement, des loix, des mœurs et de la religion des habitans : dressée sur les Memoires du s[ieu]r George Psalmanaazaar, nâtif de cette île. Avec une ample et exacte relation de ses voyages dans plusieurs endroits de l’Europe, de la persécution qu’il y a soufferte, de la part des jesuïtes d’Avignon, et des raisons qui l’ont porté à abjurer le paganisme, et à embrasser la religion chretienne reformée. Enrichie de cartes et de figures (Amsterdam 1705, 12°), publiée par Etienne Roger. L’ouvrage est attribué à George Psalmanaazaar (1679-1763), mais les initiales du rédacteur ne sont pas interprétées et le nom de l’auteur est tenu pour un pseudonyme. L’ouvrage fut recensé dans les Mémoires de Trévoux, avril 1705, art. LII. Voir aussi les Eclaircissemen[t]s, nécessaires pour bien entendre ce que le s[ieu]r N.F.D.B.R. dit être arrivé à l’Écluse en Flandres par rapport à la conversion de Mr. George Psalmanaazaar, Japonois, dans son livre intitulé, « Description de l’isle Formosa » (La Haye 1706, 8°) d’ Isaac d’Amalvi, et la réponse, An enquiry into the objections against George Psalmanaazaar of Formosa : in which the accounts of the people, and language of Formosa by Candidius, and the other European authors, and the letters from Geneva, and from Suffolk, about Psalmanaazaar, are proved not to contradict his accounts. With accurate and authentick maps of Formosa and the isles adjacent, as far as Leuconia, China, and Japan. With two other very particular descriptions of Formosa. To which is added, Ggorge Psalmanaazaar’s answer to Mons. D’Amalvy of Sluice (London 1710 [?], 8°), qui comporte le faux titre (p.55) : L’Eclercisseur eclercy, or an answer to a book entitled « Eclercissements sur ce que, etc. » By Isaack D’Amalvy, [...]. By G. Psalmanaazaar.

[19] NRL, novembre 1704, art. III.

[20] Sur le « cas de conscience » et sur Jacques Fouillou, auteur des Difficultés sur l’ordonnance et l’instruction pastorale de M. l’archevêque de Cambrai (1704), voir Lettre 1642, n.5.

[21] Sur les circonstances de la fuite de Jacques II lors de la « Glorieuse Révolution » et sur son rôle entre Louis XIV et le pape Innocent XI, voir R. Walcott, « The later Stuarts (1660-1714). Significant works of the last twenty years (1939-1959) », American Historical Review, 67 (1962), p.352-370, et B. Neveu, « Jacques II médiateur entre Louis XIV et Innocent XI », Mélanges d’archéologie et d’histoire, 79 (1967), p.699-764. Nous n’y avons pas trouvé confirmation de l’anecdote évoquée par Bayle. Sur le cardinal Guillaume-Egon de Fürstenberg-Heiligenberg, voir Lettre 102, n.50. L’abbé Scarlati était ministre de l’électeur de Bavière : voir Lettres historiques sur ce qui se passe de plus important en Europe, et les réflexions nécessaires sur ce sujet, janvier 1694, p.586.

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 196835

Institut Cl. Logeon