Lettre 1666 : Pierre Bayle à Mathieu Marais

• A Rotterdam le 16 e d’avril 1705

Vostre lettre du 6 e de fevrier [1], Monsieur, seroit un ornement admirable dans un volume de la Réponse aux questions d’un Provincial tant elle est pleine d’esprit, de bon goût, de solidité, etc. et sans doute l’on vous demanderoit la permission de l’inserer, si après que l’on en auroit retranché vos flatteries ingenieuses pour moi, comme il faudroit le faire necessairement, les liaisons du reste ne se trouvaient trop interrompuës.

• Si l’on peut avoir la réponse à la lettre de Madame de Lyonne [2], on lui cherchera une place convenable.

Je n’ai jamais vû les vers de Mr Despreaux sur certaine critique repandue dans le Journal de Trévoux [3], ce n’est que par quelque coup de hasard que les meilleures choses qui courent dans Paris parviennent jusqu’à nous. Ce hasard ne nous a point favorisés encore quant aux Lettres que Mr de La Chapelle publie comme faites en Suisse [4], ni quant / à cette pièce en vers et en prose addressée à Mr le comte de Grammont [5], et de laquelle vous me donnés une idée si avantageuse. J’ai vû ce que les journalistes de Trevoux ont dit des premieres Lettres du Suisse [6] ; ils en parlent avec eloge ; j’avois soupçonné que Mr Le Noble [7] en estoit l’auteur ; mais vous m’avés détrompé, et un libraire d’Amsterdam qui a esté à Paris depuis peu m’a confirmé qu’elles sont de Mr de La Chapelle. Les Entretiens politiques que Mr Le Noble [8] commença de publier tous les mois en 1702, et dont je vis une année presque entiere[,] m’avoient fait juger qu’il pour[r]oit bien estre l’auteur de ces Lettres là, parce que les journalistes de Trevoux les représentoient comme remplies de feu et d’accusations atroces contre la Maison d’Autriche. C’est le caractére des Entretiens politiques de Mr Le Noble. Je ne scais s’il les continuë, et en ce cas là je m’imagine qu’il a esté bien embar[r]assé depuis la bataille d’Hochtet [9] ; car comme il ne se contentoit pas de parler de choses passées, mais qu’il anticipoit continuellement sur l’avenir, et qu’il le prédisoit funeste de plus en plus aux alliés, il a pû voir par cette unique journée le peu de fond qu’il faut faire sur les apparences les plus f[l]at[t]euses. Si tous les poëtes et les orateurs de l’Academie françoise avaient eû la retenuë dont vous vous estes servi, Monsieur, en me parlant des Lettres du Suisse, le reste, dites vous, est entre les / mains du Dieu des armées, ils n’auroient pas esté insultés comme ils l’ont esté.

Je n’ai pas veu les vers latins que l’université d’Oxford fit présenter pour etrennes à la reine Anne, le 1 er de janvier dernier [10] ; mais je scais que l’un de leurs poemes a pour titre : Mercurius Parisinus , et je conjecture que l’auteur du Mercure galant, faux prophete continuel, y est fort maltraité [11].

Je voudrois qu’en faveur des belles pensées et de l’eloquence que Mr l’abbé de Polignac étala le 2 e d’aoust 1704, lorsqu’il fut receu à l’Academie françoise, on lui eut fait grace sur les menaces qu’il faisoit aux alliez, et qui furent refutées par eux si terriblement onze jours après [12]. Mais nostre nouvel[l]iste de La Haye l’a insulté impitoiablement sur cet article [13]. Ce nouvel[l]iste est celui qui donne tous les mois depuis 5 ou 6 ans, L’Esprit ou les Nouvelles des cours de l’Europe [14]. • C’est lui qui a composé tous les volumes de la Critique de Telemaque. Il est de Roüen, et a esté benedictin. Il se nomme Gue[u]deville [15].

Ceux qui vous ont dit que j’ai composé quelque chose contre cet ouvrage de Mr de Cambray, se trompent en toutes les manieres [16] ; vous pouvés compter là dessus très certainement.

Mon libraire n’envoye rien aux Pays Bas espagnols, tant on est difficile par rap[p]ort aux livres de Hollande. Si la chose eust eté faisable, j’aurois / eu le soin de vous envoyer un exemplaire de la Continuation de mes Pensées sur les comettes, laquelle contient deux petits tomes en grand in-12 petit caractere [17].

Mais à propos de Mr de Cambray, je dois vous dire que j’ai lû son ordonnance contre le cas de conscience ; elle a esté inserée dans le recueil que l’on vient de publier à Amsterdam en 3 vol[umes] in-12 sous le titre de L’Histoire du cas de conscience [18]. On ne peut pas, ce me semble, reduire à l’absurde avec plus d’adresse et avec plus de force les jansenistes sur la distinction du fait et du droit que l’a fait Mr l’archeveq[ue] de Cambray, et cependant les nottes marginales, dont son ordonnance est bordée dans cette nouvelle edition (et qui sont si amples qu’elles ne laissent quelques fois que deux ou trois lignes de la page au texte) reduisent à l’absurde ceux qui nient la distinction du fait et du droit. Je ne dis rien du 3 e tome (de cette Histoire du cas de conscience) qui n’est presque qu’une refutation de l’ordonnance du mesme prelat et qui lui propose des doutes qu’il ne paroit pas possible qu’il resolve. Ainsi cette distinction du fait et du droit est une matiere de pyrr[h]onisme [19].

Je ne sçaurois me deffendre des impressions de la vanité en apprenant ce que vous me dites de Mr Despreaux [20]. Je vous dirai qu’il est admiré en Angleterre, où comme disoit Mr de S[ain]t Evremond [21], on / n’est pas grand admirateur des etrangers. Ce qui a confirmé les Anglois dans l’estime particuliere qu’ils avoient conçuë pour ses ouvrages est de voir qu’il s’est declaré pour les Anciens [22].

On ne parle plus de l’impression du Petrone de Mr Venette [23].

Je suis ravi d’apprendre que Mr L’Aisné, qui a travaillé sur le même auteur, soit rechap[p]é d’une dangereuse maladie [24].

Mr Perizonius fait quelque chose pour repliquer à Mr Le Clerc, au sujet de leur different sur le merite de Quinte-Curce [25].

Le Pere Quesnel, champion infatigable du jansenisme, écrit nuit et jour et ne laisse presque rien à quoi il ne replique : il vient de publier sa justification contre l’imprimé qui contient le procès que l’ archevêque de Malines lui a fait faire [26]. C’est un trés scavant homme et une trés belle plume, mais il est à craindre que l’entêtement ne se mesle enfin dans de si longues disputes, et que l’on ne fasse par la haine du party contraire ce que l’on croit faire par • zéle de la verité.

Iliacos extrà muros peccatur, et intrà [27]. Il me semble que le meilleur moyen de s’acquitter de la promesse que les jansenistes ont faite d’avoir un silence respectueux à l’egard du fait, seroit de se taire, et non pas de publier incessamment avec fracas, qu’ils n’ont promis que le silence, et de faire imprimer des décisions signées par 40 docteurs qu’il suffit en parlant toujours de promettre le silence / respectueux [28]. Contradiction in adjecto [29].

Je vous supplie de m’apprendre si les plaidoyers de Mr Sachot pour Mad[am]e de Mazarin [30] ont esté imprimez.

Je m’en vais composer quelque chose pour répliquer à un ministre nommé Mr Jacquelot, qui a publié un livre sur la Conformité de la raison et de la religion, où il m’attaque à fer émoulu [31]. Tout ce qu’il dit pour resoudre les difficultés sur l’origine du mal est foible et facile à refuter.

Je suis bien fasché qu’une aussi longue lettre que celle-ci soit si seiche et si décharnée. Et j’en suis d’autant plus confus, qu’elle sert de reponse à une lettre que j’ai sous les yeux et qui est toute brillante et parsemée de choses exquises. Ne me faites pas un crime de ma sterelité [ sic]. Pardonnés là je vous en conjure à mes bonnes intentions ; et à l’honneur que j’ai d’estre, Monsieur, vostre etc.

Notes :

[1] Lettre 1654.

[2] Sur la « Lettre maligne écrite contre M me de Lyonne », signalée par Bayle dans la RQP, §XXXII, et sur la « réponse qui fut faite alors et qui n’a pas beaucoup paru », voir Lettre 1654, n.4 et 5.

[3] Sur ces vers de Boileau-Despréaux contre les jésuites, voir Lettre 1654, n.9.

[4] Sur les Lettres d’un Suisse à un François de l’académicien Jean de La Chapelle, voir Lettre 1654, n.31.

[5] Sur l’ Epistre à M. le comte de Grammont (s.l. 1705, 4°), voir Lettre 1654, n.14.

[6] Voir les Mémoires de Trévoux, mars 1703, art. XXXIX, p.417-428 : le rédacteur y loue ces Lettres qui auraient réuni « les suffrages de toute l’Europe » (p. 575). Le compte rendu se poursuit en octobre 1705, art. CLXVIII, p.1785-1789, et se conclut en juin 1710, art. LXXXIX, p.1085.

[7] Eustache Le Noble , auteur infatigable d’innombrables dialogues satiriques sur les affaires du temps au service de la politique française : voir Lettre 772, n.8.

[8] Eustache Le Noble, Nouvaux entretiens politiques, périodique qui parut mensuellement à Paris entre juillet 1702 et juillet 1709 (87 numéros en tout) ; chaque numéro portait le titre d’une fable ou d’un proverbe ; il s’agissait en fait de nouvelles et de propagande concernant la guerre de Succession d’Espagne. Voir J. Sgard, Dictionnaire des journaux, n° 997 (art. P. Hourcade) et, du même, Dictionnaire des journalistes, s.v. (art. de P. Hourcade).

[9] La bataille d’Höchstädt (ou de Blenheim) du 13 août 1704, perdue par l’armée française et bavaroise sous le commandement de Tallard, de Villeroy et de l’électeur de Bavière, face aux forces alliées commandées par le duc de Marlborough, par le prince Louis de Bade et par le prince Eugène : voir Lettres 1638, n.15, et 1650, n.5-10.

[10] La présente lettre de Bayle est la source donnée par les historiens pour cette information. Nous n’avons trouvé trace de ce recueil de poésies latines donné par l’université d’Oxford à la reine Anne.

[11] Mercurius Parisinus : Jean Donneau de Visé, rédacteur du Mercure galant, très engagé dans la propagande guerrière de Louis XIV. Sur ce journaliste, avec qui Bayle avait été en contact à l’époque où il rédigeait lui-même les NRL, voir Lettre 126, n.9.

[12] Sur la « harangue » de Melchior de Polignac, lors de sa réception à l’Académie française, à la gloire des troupes françaises et sur le démenti que constitua pour lui la défaite de Höchstädt, voir Lettre 1650, n.5

[13] Nicolas Gueudeville, L’Esprit des cours de 1’Europe, janvier 1705, p.158-192, reprenant le récit des Mémoires de Trévoux, octobre 1704, art. CXLVII, p.1703-1710.

[14] Bayle connaissait bien Nicolas Gueudeville, semble-t-il, et il avait déjà mentionné son périodique dans sa lettre au duc de Noailles du 14 août 1704 (Lettre 1635), n.9. Sur ce journaliste ex-bénédictin, voir Lettre 1554, n.10. De son côté, Gueudeville cite Bayle explicitement dans L’Esprit des cours de l’Europe, septembre 1705, p.265.

[15] Sur ces publications de Gueudeville, voir Lettre 1554, n.10, et A. Rosenberg, Nicolas Gueudeville and his work (La Haye 1982).

[16] Voir la remarque de Mathieu Marais dans sa lettre du 6 février 1705 sur la critique du Télémaque attribuée à Bayle : Lettre 1654, n.17.

[17] Sur la publication de la CPD, voir Lettre 1638, n.3. Sur les difficultés que Bayle éprouvait à diffuser ce livre en France, voir Lettre 1664, n.9.

[18] Sur cet ouvrage de Jacques Fouillou et de Pasquier Quesnel, qui comporte une critique de l’ordonnance de Fénelon contre le « cas de conscience », voir Lettre 1664, n.15 et 16.

[19] La distinction entre le « droit » et le « fait » fut opposée en 1661 par les théologiens de Port-Royal à l’obligation de signer le Formulaire dénonçant les « cinq propositions » de Jansénius dans son ouvrage Augustinus : le droit – savoir, si la condamnation papale de ces propositions était légitime – était, en effet, indiscutable, mais le fait – savoir, si ces propositions se trouvaient effectivement dans l’ouvrage en question – ne relevait pas de l’autorité papale et était impossible à résoudre. En effet, puisque les propositions ne figuraient pas en toutes lettres dans le texte de Jansénius, l’authentification du « fait » exigeait une certaine interprétation de la lecture d’ Augustin par Jansénius : or, l’examen de cette interprétation ouvrait la voie à un débat infini. Bayle suggère qu’il en est de même du « cas de conscience » et déclare donc que cette distinction, tout en étant nécessaire, ouvre la voie à un doute insoluble, au « pyrrhonisme ». Voir aussi l’application de cette même analyse à la question cruciale de l’« examen » dans la théologie réformée : M.-C. Pitassi, « Fondements de la croyance et statut de l’Ecriture : Bayle et la question de l’examen », in H. Bost et A. McKenna (dir.), Les « Eclaircissements » de Pierre Bayle (Paris 2010), p.143-160.

[20] Sur le compliment de Boileau-Despréaux, qui déclarait que les œuvres de Bayle étaient marquées « au bon coin », voir Lettres 1363 (tome xi.290) et 1654, n.22.

[21] Bayle a sans doute retenu une formule de la Lettre de Mr de La Fontaine à Madame la duchesse de Bouillon (iii.135-140), dans les Œuvres meslées de Saint-Evremond (Londres, Jacob Tonson 1709, 4°, 3 vol.), iii.135-140 (ici, p.136), et la détourne : « On m’a mandé que Votre Altesse étoit admirée de tous les Anglois, et pour l’esprit, et pour les manieres, et pour mille qualités qui se sont trouvées à leur goût. Cela vous est d’autant plus glorieux, que les Anglois ne sont pas de fort grands admirateurs : je me suis seulement apperçu qu’ils connoissent le vrai mérite, et en sont touchés. » Sur l’attitude des Anglais à l’égard des étrangers, voir aussi la lettre de Shaftesbury à Jacques Basnage du 1 er février 1707 : Lettre 1751, n.8.

[22] Bon nombre des écrits de Saint-Evremond portent sur la comparaison entre la littérature ancienne et moderne, mais son jugement semble être plus nuancé que celui que Bayle lui prête ici ; voir en particulier, les Observations sur Saluste et sur Tacite (ii.46-52), la Lettre à Mr le maréchal de Créqui, qui m’avoit demandé en quelle situation étoit mon esprit, et ce que je pensois sur toutes choses dans ma vieillesse, § « De la lecture et du choix des livres », ibid., p.118-119 : « Nos auteurs font toujours valoir le siécle d’Auguste, par la consideration de Virgile et d’Horace ; et peut-être plus par celle de Mécénas qui faisoit du bien aux gens de Lettres, que par les gens de Lettres même[s]. Il est certain neantmoins que les esprits commençoient alors à s’affoiblir aussi bien que les courages. La grandeur d’âme se tournoit en circonspection à se conduire, et le bon discours en politesse de conversation : encore ne sai-je à considerer ce qui nous reste de Mécénas, s’il n’avoit pas quelque chose de moû qu’on faisoit passer pour délicat. [...] Auguste lui-même ne nous laisse pas une grande opinion de sa latinité. Ce que nous voyons de Térence, ce qu’on disoit à Rome de la politesse de Scipion et de Lélius, ce que nous avons de César, ce que nous avons de Cicéron, la plainte que fait ce dernier sur la perte de ce qu’il appelle sales, lepôres, venustas, urbanitas, amœnitas, festivitas, jucunditas ; tout cela me fait croire, après y avoir mieux pensé, qu’il faut chercher en d’autres tem[p]s que celui d’Auguste le bon et agréable esprit des Romains, aussi bien que les graces pures et naturelles de leur langue. On me dira qu’Horace avoit très bon goût en toute chose ; et c’est ce qui me fait croire que ceux de son tem[p]s ne l’avoient pas : car son goût consistoit principalement à trouver le ridicule des autres. Sans les impertinences, les affectations, les fausses manieres dont il se moquoit, la justesse de son sens ne nous paroîtroit pas aujourd’hui si grande. » Voir aussi, pour des jugements qui semblent aller dans le même sens et favoriser les Modernes, De la tragédie ancienne et moderne (ii.154-162), Sur les tragédies (ii.197-200), et Observations sur le goût et le discernement des François (ii.452-456), le Jugement sur quelques auteurs françois (iii.232-233) et surtout le petit essai Sur les poemes des Anciens (iii.69-75) : « La verité n’étoit pas du goût des premiers siécles : un mensonge utile, une fausseté heureuse, faisoit l’interêt des imposteurs, et le plaisir des crédules. C’étoit le secret des grands et des sages, pour gouverner les peuples et les simples. Le vulgaire, qui respectoit des erreurs mistérieuses, eût méprisé des verités toutes nuës : la sagesse étoit de l’abuser. Le discours s’accommodoit à un usage si avantageux : ce n’étoient que fictions, allégories, paraboles ; rien ne paroissoit comme il est en soi : des dehors spécieux et figurés couvroient le fond de toutes choses ; de vaines images cachoient les réalités, et des comparaisons trop fréquentes détournoient les hommes de l’application aux vrais objets, par l’amusement des ressemblances. Le génie de notre siécle est tout opposé à cet esprit de fables et de faux mistéres. Nous aimons les verités déclarées ; le bon sens prévaut aux illusions de la fantaisie ; rien ne nous contente aujourd’hui que la solidité, et la raison. Ajoutez à ce changement de goût, celui de la connoissance. Nous envisageons la Nature autrement que les Anciens ne l’ont regardée. [...] ». Et Des Maizeaux conclut dans sa Vie de Mr de Saint-Evremond, ibid., i.XLIII : « Dans les Réflexions sur les tragédies il fait d’abord l’éloge des tragédies de Corneille, et en préfére même quelques unes à toutes celles de l’Antiquité. Il ajoûte que les anciens poëtes tragiques ont beaucoup mieux reussi à exprimer les qualités de leurs heros qu’à peindre la magnificence des grands rois, et à former des caractères qu’à découvrir les secrets mouvement[t]s du cœur, et rechercher le principe des actions, comme a fait nôtre Corneille. » et i.LIX : « On parloit souvent chez Madame de Mazarin de la dispute qui s’éleva en France touchant les Anciens et les Modernes ; et comme M. de Saint-Evremond faisoit ordinairement l’éloge de nos meilleurs auteurs, cela engagea Madame Mazarin de lui demander son jugement sur le Parallele de M. Perrault, et sur Malherbe, Voiture, Sarrasin, Benserade, Corneille, Racine, Moliere, Despreaux, et La Fontaine. Il fit aussi dans ce tem[p]s-là une petite piece en vers, où il soutient qu’en matiere de philosophie, d’esprit, et de galanterie, les Modernes l’emportent sur les Anciens. » Le poème évoqué par Des Maizeaux s’intitule Sur la dispute touchant les Anciens et les Modernes (iii.234-240), qui conclut : « Modernes reprenez courage, / Vous remporterez l’avantage. »

[23] Mathieu Marais avait évoqué les travaux de Venette sur Pétrone ; ils ne furent jamais publiés : voir Lettres 1515, n.17, et 1527, n.14. Lettre 1654, n.28.

[24] Marais avait évoqué la maladie d’ Alexandre Laisné de Montaumont et ses travaux sur Pétrone : voir Lettres 1120, n.11, 1527, n.13, et 1654, n.29.

[25] Bayle suit toujours la lettre de Marais du 6 février : voir Lettre 1654, n.20, la mention de Perizonius à propos des Nouvelles réflexions de Boileau sur Longin. Bayle fait allusion à un compte rendu par Le Clerc dans la Bibliothèque choisie, tome III (1704), art. III, p.171-250, portant sur l’édition de Quinte-Curce par Perizonius, Jacobi Perizonii Q. Curtius Rufus Restitutus in integrum et Vindicatus Per modum Speciminis a Variis Accusationibus et Immodica atque Acerba nimis Crisi Viri Celeberrimi Joannis Clerici (Lugduni in Batavis 1703, 8°), où le professeur de Leyde s’en prenait au traitement critique de Quinte-Curce dans la troisième partie du grand ouvrage de Le Clerc, Ars critica, in qua ad studia linguarum latinæ, græcæ et hebraicæ via munitur (Amstelodami 1696, 8°, 2 vol.). Voir M.C. Pitassi, Entre croire et savoir. Le problème de la méthode critique chez Jean Le Clerc (Leyde 1987), p.64-65 ; DEDP, art. « Perizonius », par R. de Smet, et Lettre 464, n.7.

[26] Pasquier Quesnel, Anatomie de la sentence de l’archevesque de Malines contre le P. Quesnel, où l’on en découvre les injustices et les nullités, fondée sur les calomnies et les artifices de son fiscal et sur les défauts essentiels de la procédure (s.l. 1705, 12°). Ce ne devait pas être le dernier des ouvrages de Quesnel contre Humbert de Precipiano (1627-1711), archevêque de Malines, qui avait été responsable de son arrestation et de son emprisonnement à Bruxelles en 1703. Quesnel, déguisé en femme, avait réussi à s’évader de la prison archiépiscopale le 13 septembre de la même année et s’était retiré aux Provinces-Unies, où Pierre Codde, vicaire apostolique de la Mission de Hollande, lui avait offert l’hospitalité de la Mission. Quesnel s’était établi à Amsterdam, où il poursuivait la bataille contre la bulle Vineam Domini (1705) du pape Clément XI, qui refusait le « silence respectueux » et exigeait la signature du Formulaire condamnant les cinq propositions de Jansénius. Voir le Dictionnaire de Port-Royal, art. « Quesnel, Pasquier » et « Hollande, Mission de » (articles de H. Schmitz du Moulin).

[27] Horace, Épîtres, I, 2, v. 16 : « A l’intérieur des murs de Troie et au-dehors, il n’y a que péché. »

[28] Sur la déclaration de quarante docteurs de Sorbonne sur le « silence respectueux » à l’égard de la question du « fait » dans la controverse sur les propositions de Jansénius et dans le débat sur le « cas de conscience », voir Lettre 1642, n.5.

[29] In adjecto : terme de rhétorique : forme d’oxymore, contradiction qui porte en elle-même sa propre contradiction, en ce qu’elle développe des arguments opposés entre eux.

[30] Bayle reprend une question soulevée dans sa lettre à Des Maizeaux du 3 avril sur les plaidoyers pour et contre Hortense Mancini, duchesse de Mazarin : voir Lettre 1663, n.16.

[31] Sur le livre d’ Isaac Jaquelot, voir Lettre 1651, n.8. Voir aussi la lettre de Kuiper à Galland du 16 avril 1705 (éd. M. Abdel-Halim, lettre CCXbis [p.494]) : « Mr Bayle n’est pas mort, mais est en pleine santé, à ce que Mr Jurieu m’a mandé. Il s’est attiré un habile adversaire sur le bras : c’est M. Jaquiot [ sic], ministre à la cour du roy de Prusse, qui a publié contre luy un livre, dont voicy le titre : Conformité de la foi avec la raison, ou défense de la religion contre les principales difficultez répandues dans le « Dictionnaire historique et critique » de Mr Bayle, à Amsterdam, chez Henry Desbordes et Daniel Pain, 1705, in-8°. » Galland lui répond le 10 juillet (lettre CCXVI) : « J’avois desjà appris que M. Bayle n’estoit pas mort avant la réception de vostre lettre. Ce bruit s’estoit respandu dans Paris, sans qu’on ait pu apprendre qui en estoit l’auteur. »

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