Lettre 1677 : Mathieu Marais à Pierre Bayle

• à Paris le 5 e d’aoust 1705

Vostre lettre du 16 e d’avril 1705 [1] est demeurée sans reponse, parce que je voulois, Monsieur, lire vostre ouvrage de la Continuation des cometes, que j’ai / enfin trouvé, et vous en dire mon sentiment. Vous y traités les matieres les plus grandes et les plus difficiles à manier qui soient entre les hommes. Vous ruinés l’argument du consentement universel des peuples sur l’existence de Dieu [2], par ce que ce consentement n’est pas universel, et même l’autorité du grand nombre ne vous paroit pas une grande autorité. De là vous passés à l’astrologie judiciaire [3], où il n’est pas jusques à nostre Le Noble [4] (ce nouveau La Sevre [5]) que vous ne loüiiez, et vous develop[p]és fort curieusement l’almanach d’Hollande sur la revolution d’Angleterre [6]. Enfin dans le second tome vous poussés vostre preuve de la préférence de l’athéisme à l’idolatrie [7] dans tous les recoins où la raison, la philosophie et l’histoire la peuvent mener, et la politique aussi n’y est pas oubliée. Tout cela, Monsieur, est si fort[,] si convaincant, et deduit avec un tel agrement[,] une telle perspicuité et un si bel ordre qu’il est impossible de n’estre pas pour vous, quand on devroit estre contre tous les hommes, et certainement vous avés raison d’attaquer l’autorité du grand nombre, puisque vous seul seriez le grand nombre et rameneriez tout le monde à vostre autorité. Les foibles, qui se scandaliseroient aisément de voir donner quelque preéminence à l’athéïsme, et que ce mot mesme d’athéïsme effraye, ne doivent point entrer dans ces contestations. Ils ne comprennent pas que c’est une question qui ne touche point à la religion, qu’il s’agit ici d’un paralelle, et qu’il a toujours esté permis de disputer ou d’approfondir de deux maux lequel est le pire. Il est vrai, que peut estre / l’esprit humain n’avoit pas encore porté la liberté de la dispute et de la discussion si loin et dans une dissertation si suivie, quoi que plusieurs auteurs en aient parlé avant vous, et lâché quelques petits mots sur cela comme un coup de pistolet en passant. Mais on ne doit pas envier à l’esprit de l’homme une telle liberté, quand elle n’enleve pas les bornes de la religion, et qu’on les regarde toujours comme sacrées. C’est donc ici une matiere polemique, ou si le payen est vaincu, l’athée ne triomphe pas pour cela, et il ne remporte qu’une victoire qui le laisse toujours dans un party plein d’op[p]robre, de deshonneur et de malediction [8]. L’armée des chrestiens, et de toutes les sectes, qui croyent un Dieu, l’attendent à deux pas pour le défaire.

Voila, Monsieur, ce que je pense sur ce dernier livre. Vous promettés un 3 e tome [9], que j’atten[d]s avec impatience pour comparer tout le corps de l’ouvrage. Je n’ai pas laissé échap[p]er l’endroit où vous dites que vous avés fait un article de la papesse Jeanne [10]. Cela est de bonne foi, et je vois par là que nous avons encore un sup[p]lément à esperer. Où en estes-vous contre Mr Jaquelot le Lycophronien [11] ? Je l’appelle ainsi parce que ses livres m’ont paru obscurs et embarrassés. Le titre de celui qu’il a fait contre vous [12] est un veritable Anti et je ne doute pas que vous ne le refutiés comme il le merite. Quant au titre doublé, De la conformité de la raison avec la religion, comment accorder cette conformité avec l’Ecriture, qui en parle comme d’une / folie. Laissons aux déclamateurs à trouver ces convenances, et avouons que la raison ne voit gout[t]e où la foi éclaire.

Vostre livre des Reponses aux questions d’un Provincial a esté imprimé à Trevoux fort correctem[en]t [13] et mieux mesme que nos imprimeurs n’ont accoutumés [ sic]. Vous voyez le cas que l’on fait, Monsieur, de vos productions. L’inquisition cesse dèz qu’il faut donner quelque chose qui vient de vous, et c’est un passeport suffisant pour la surintendance des livres.

Je ne puis vous envoyer presentement la Reponse à la lettre à Madame de Lyonne  [14]. Cela viendra dans quelq[ue] tem[p]s. Pour les vers de Mr Despreaux [15] ils commencent ainsi :

Mes Reverends Peres en Dieu.

Et mes Confreres en Satyre etc.

et finissent par ces vers :
Apprenez un mot de Regnier

Nostre célèbre devancier.

Corsaires attaquant Corsaires

Ne font pas, dit-il, leurs affaires.

Mr De[s]preaux dit que c’est un trait de satyre d’avoir mis les jesuites avec Regnier, qui est un auteur sale.

Je m’étonne que cela n’ait pas passé dans vostre pays, et que l’on y ait ignoré l’auteur des Lettres du Suisse [16], mesme que l’on n’y ait pas vû ces Lettres où il est vrai que la Maison d’Autriche est fortement / attaquée. Mais les traits sont bons et bien apprêtez. Il y a des morceaux d’éloquence dans ces Lettres, qui sont surprenan[t]s, et bien des choses qui ne sont pas indignes de réponse. Mais le bruit de la guerre étouffe toutes ces raisons, et quand la paix est venuë, il n’est plus tem[p]s de repondre aux manifestes. Voila pourquoi on n’y repond gueres ou on y répond mal.

Mr Le Noble continue toujours ses E[n]tretiens politiques [17]. Mais il n’y a gueres que le bas nouvelliste qui les lise. Tous les colporteurs en sont chargés et en etourdissent les oreilles, sans qu’on s’empresse de les lire, non plus que le Mercure galant, qui eut esté un livre très utile s’il ne s’etoit point jetté dans les nouvelles, et empieté sur les droits du gazetier.

Vostre nouvelliste de La Haye [18], avec toute sa vivacité, est bien loin de la grandeur et de l’élévation de l’ abbé de Polignac. J’ai regardé son Discours prononcé le 2 e d’aoust 1704 [19] comme un chef d’œuvre de l’esprit humain. L’evenement de la succession d’Espagne y est representé si noblement qu’il semble avoir entré dans le conseil de Dieu qui l’a ainsi arrangé, et il est beau d’attacher les nations à un tel spectacle. C’est dommage qu’il se soit étendu sur des matieres roulantes, variables et periodiques. Mais prenant son discours dans son point de vuë, il n’a rien dit qui ne se pût dire, et il l’a dit avec des expressions d’un homme de qualité, et d’un homme de négociation, sans s’assujettir à des / termes academiques qu’il a meprisé[s]. Je n’ai point vû ce qu’en a dit le nouvelliste des Cours [20]. Ce qu’il en a dit ne fera point changer de sentiment.

Le jugement que vous portés, Monsieur, sur l’ordonnance de Mr l’archevêque de Cambray, et sur la reponse qu’on y a faite [21] est très juste. C’est une conqueste pour le pyrrhonisme, que cette matiere si scavamment agitée depuis longtem[p]s sans que de part et d’autre aucun ait voulu céder. Mr de Cambray ne s’en est pas tenu là. Il a fait quatre volumes nouveaux [22], où il a mis dans un trés beau jour l’infaillibilité de l’Eglise dans le jugement des textes qui corrompent ou qui conservent la foi. Il répond à tous ses adversaires en même tem[p]s ; il montre leurs contrarietés entre eux, il s’appuie de la Tradition ; il fait voir que la signature du formulaire que l’Eglise exige prouve qu’elle se croit infaillible dans la pratique. Il y a dans tout cet ouvrage des tours si beaux, si sensibles et un tel dégagement des matieres qu’on lui donne cause gagnée jusques à ce que ses adversaires reviennent, et par des discours peut estre moins purs, mais plus robustes et plus vigoureux, renversent tout ce qu’il a dit, rompent la chaîne de la Tradition, en fassent une contraire, enfin rap[p]ortent des faits auxquels on ne peut repliquer, et qui detruisent toute la conviction que le prelat avoit formée dans l’esprit. Entre les ouvrages de ces derniers on admire celui qui a pour titre : La Deffense de tous les theologiens et en / particulier des disciples de s[ain]t Augustin etc [23]. L’auteur y a ramassé dans un petit livre tout ce qui est historique et dogmatique dans la matiere du jansenisme. Si ce party est dans le tombeau co[mm]e on le dit, voila de belles fleurs jettées sur ce tombeau et le P[ère] Quesnel a trouvé là un associé, qui n’est pas indigne de lui. Vous remarqués fort bien que le meilleur parti pour ceux qui promettent le silence serait de se taire. Mais ils vous diront qu’on les oblige à parler dés qu’on ne veut pas accepter ce silence comme un acquiescement vallable. Parmi nous autres jurisconsultes, si je fais des offres, que ma partie n’accepte pas, je puis les revoquer et plaider de nouveau.

Je ne scais ce qu’écrit Mr Perizonius pour Quinte-Curse [24] [ sic]. Mr Le Clerc dans le 3 e vol[ume] de la Bibliotheq[ue] choisie le maltraite fort en disant qu’il n’en sera rien [25]. Il y a bien de la raison dans ce Mr Le Clerc. Mais je dis de lui ce que Mr Despreaux disoit un jour à Mr Racine dans une dispute qu’ils avoient ensemble et où Mr Despreaux n’avoit pas le droit de son costé : j’aime mieux avoir tort que d’avoir si orgueilleusement raison [26] . La critique veut estre riante, agréable, quelquefois salée, mais on ne l’aime pas orgueilleuse, et ce Mr Le Clerc décide plecisement sur toutes choses, parle de ses goûts, de ses travaux, de ses ouvrages, comme de ce qui doit regler toute la littérature. Il y a là bien du moi, pour parler Paschal et Nicole [27]. On est forcé d’avoir / de l’estime pour un homme si sçavant et si laborieux. Mais le cœur ne dit rien pour lui, et on ne l’aime pas, parce qu’il est vain.

Il est seur que les plaidoyers de Mr Sachot dans l’affaire de Mad[am]e de Mazerin ont esté imprimez [28], et il y eut encore une espece de Factum fait pour elle [29], que l’on donna à part. Apparamment on n’aura pas oublié dans la nouvelle édition d’Angleterre des ouvrages de S[ain]t Evremont le beau Factum qu’il fit pour cette duchesse [30]. J’atten[d]s au premier jour cette édition, et nous verrons ce qu’on y aura ajoûté. Vous tranchés presque le mot sur le chapitre de ce philosophe, que vous dites estre mort athée [31]. J’ai oui dire qu’il dit à un ministre qui l’exhortoit : Je ne veux estre ni remontrant, ni remontré. La preface de ses œuvres doit le justifier sur cela, et prendre parti contre vostre remarque [32].

Mr le duc de Bourgogne vient de publier un livre d’ Elemen[t]s de géométrie où il a mis son nom [33]. Voila une nouveauté singuliere, qui grossira le catalogue des princes auteurs. Je n’ai point encore veu le livre, qui ne fait que de paroitre. Il n’est pas de l’impression du Louvre, mais de celle de Trevoux. Mr Le Clerc va estre bien fasché, lui qui parle si mal des Peres de Trevoux, et qui leur oste jusqu’aux vertus des payens [34].

L’abbé Faydit a publié un livre de Remarques sur Virgile et sur Homére, qui est le plus foux [ sic] de tous les livres [35]. Ce sont des histoires et des contes sur diverses personnes, qu’il finit par des vers de Virgile qu’il / paraphrase en autres vers françois. Il • trouve Virgile plus theologien que le P[ère] Mallebranche ; il veut faire passer ce Pere pour un socinien. Il insulte le P[ère] Simon, Mr Le Clerc, et le citoien et l’étranger[,] tout ce qu’il trouve dans son chemin, le livre est supprimé, l’ap[p]robateur privé de sa pension et on a bien fait. Cet abbé est l’auteur de la Telemacomanie et d’autres ouvrages pleins d’une science dure, amere, extravagante [36] et telle qu’elle seroit parmi les sauvages, s’ils avoient etudié.

Mad[am]e de Pringy vient de faire la Vie du Pere Bourdalouë [37]. Cela ne convient-il pas bien à une femme ? Aussi s’en est-elle acquittée en femme. C’est une brochure. Elle est imprimé chés Ribou, qui imprime toutes les comédies et les romans.

Je finis en vous assurant toujours d’une parfaite consideration, d’un respect infini, et que personne n’est plus veritablement que moi, Monsieur, vostre etc.

 

Je ne veux pas laisser l’envelop[p]e inutile. La reine Marguerite de Valois si belle, si scavante [38], et dont l’histoire a esté si singuliere, merite bien qu’on revienne à elle plus d’une fois. J’ai trouvé son épitaphe latine faite par Mr Servin avocat general [39] et qui est dans la voute de l’église des Augustins reformés aux [ sic] fauxbourg S[ain]t Germain. Elle est dans le Commentaire de m[ait]re Laurent Bouchel sur les coutûmes de Senlis, Clermont et Valois, sur l’article I er de la Coutume de Senlis, où il fait l’histoire des ducs de Valois, pag[e] 34 et 35. Le livre est imprimé à Paris in 4° 1631 chez Rolet Boutonné [40]. Cette epitaphe est un vrai panegyrique, et Mr Servin auroit bien pû estre le rival de Pibrac. Je ne vous l’envoye pas toute entiere / aujourd’hui. Si vous la souhaittés, je vous l’envoyerai. Voici le commencement qui regarde son mariage.

Deo O[ptimo] M[aximo] S[upremo] et Æternæ Memoriæ Margaritæ Valesiæ Reginæ Christianissimorum Regum filiæ, nepoti, Sorori, bono Francorum natæ anno Domini M D L III quæ Henrico Antonii Borbonii et J. Albretiæ Navarræ Superioris et Inferioris Reginæ filio suprâ omnes Heroas retro fortissimo, publicarum nuptiarum vinculo Liberis ad Regiæ prosapiæ posteritatem quærendis conjunx data, aliquandiù in matrimonio advixit. Dein post excessum Henrici III Regis Christianiss[imi] Henrico IV conjuge ad regnum Francorum jure sanguinis delatum. Divinitùs vocato nec magno Principe Galliæ Restitutore inclitâ prole orbato Franciæ labasceret Antiqui moris fœmina, quoniam illiberis erat, de publicâ salute quam de suâ dignitate sollicita patriæ consulens, matrimonium ob affinitatis impedimentum solvi consensit, hisce regiis usa verbis : Hoc Reipublicæ causa facio. J[oannæ] Reginæ Philippi Augusti uxoris et B. Burgundæ Caroli. Pulchri Conjugis Exemploquæ sese Catholicæ Ecclesiæ Rectori Summo Pontifici, et sedis A.R. notioni de eâdem re permiserant. Unde Henrico illi, Magno ex Maria Mediceâ florentissima Augustâ, quam Ecclesiâ dispensante, et Gallo Francorum disponente voto uxorem duxit justi liberi a Deo parentum • virtutibus suppares surrexere [41]

Le reste de l’épitaphe parle de ses vertus, de ses aumônes, de ses largesses envers les gens de lettres, les moines et les prisonniers, de son hospitalité, Francorum virtutem [42] , / du soin qu’elle eut d’ordonner qu’on payât ses creanciers, de ses dernieres heures qu’elle passa avec un crucifix en main occursantibus labiis adorans [43]. Ainsi elle mourut à 62 ans, 10 mois et 13 jours le 27 e de mars 1615. Exacto ab exortu regni Francisci I Valesii sæculo. Inter Valesiæ gentis heroïnas ab antiquâ Regis Sancti Ludovici stirpe prognatas insignis Margarita, de Gallia Patria, de Francorum regno, de Paternâ et Avita gente et de omni Christianorum genere meritissima. Ludovicus Servinus Advocatus Regius Catholicus faciebat [44] .

Memoria justi, cum Laudibus. Salomon Rex in Proverbiis [45] , cap. 10, v. 7. Que diroit-on plus d’une sainte à canoniser ?

Je vous ai parlé autre fois d’une inscription de S[ain]t Maur [46]. Voici ce que j’ai remarqué. Sur la façade du chateau, qui est bâti de la main du fameux De Lorme, et qui a esté construit par les soins du cardinal Du Bellay alors évesque de Paris et abbé de S[ain]t Maur, et qui estoit comme vous le sçavés grand édificateur, il y a une inscription au dessous d’un buste en bronze de François I er . A peine se peut-elle lire. La voici :

Hunc tibi, Francisce, assertas ob Palladis artes

Secessum, vitas si forte, Palatia, gratæ

Diana, et charites, et Sacravere Camenæ [47].

Entre le buste et le bronze il y a un bas relief de pierre où sont representées les Muses et les Graces. Le milieu du bas relief est vuide. On voit bien que l’on en a enlevé quelque chose. Les gens du pays disent que c’etoit un Priape. Mais personne ne dit l’avoir vû. Au dessous de l’inscription / et tout du long du frontispice du chateau est écrit en anciennes lettres latines fort grosses ce vers de Virgile :
Carpe manu namque ipse volens facilisque sequetur [48] ;
Et on pretend qu’il avoit esté mis par allusion au Priape. Ce qui pourroit plustost s’appliquer aux sciences, il falloit pourtant qu’il y eut dans le bas relief quelque chose qui se pût prendre avec la main comme un laurier. Mais si c’etoit un laurier, pourquoy l’auroit-on ôté ? Il est difficile de prendre parti. Ce qui est certain, c’est que Catherine de Medicis n’a nulle part à tout cela. La terre de S[ain]t Maur ne lui est venue que depuis ce tem[p]s là par une [ sic] échange qu’elle fit avec le cardinal, qui d’ailleurs etoit un gaillard, puisque Brantome remarque qu’il étoit marié secrettement. Vous ferés de cela, Monsieur, tel usage que vous voudrez. Un ancien chanoine m’a assuré que dans le retour d’un vieux pavillon qui a esté abattu, et au lieu duquel il y en a un autre de basti, il y avoit encore le commencement du vers suivant : si te fata vocant [49]. Ce qui feroit croire que l’allusion étoit entierement pour les sciences. Vous aurés toujours les trois vers du cardinal, qui serviront à prouver qu’il etoit bon poëte et grand ami des Lettres et aimant fort les bastimen[t]s.

Voici le titre du livre de l’abbé Faydit [50] : Remarques sur Virgile et sur Homére et sur le style poetique de l’Ecriture Sainte, où l’on refute les inductions pernicieuses que Spinosa, Grotius et Mr Le Clerc en ont tirées ; Et quelques opinions particulieres du Pere Mallebranche, du s[ieu]r Lelevel, et de Mr Simon. A Paris chez Jean et Pierre Cot, fondeurs de caracteres d’imprimerie, et libraires rue S[ain]t Jaques, etc. 1705 in 12 pag[e] 606.

J’ai / comparé depuis peu le Comte de Gabalis, avec les Lettres de Borri [51], et je suis tenté de croire que l’abbé de Villars est un plagiaire. Si ces lettres ont esté imprimées dès 1666 comme on le dit, le fait sera trés vrai, et Mr l’abbé a volé cette réputation qui a fait passer son livre pour original. Il n’y a pourtant gueres d’italianismes dans son françois. Je vous en parlerai une autre fois. C’est une matiere digne de la critique.

Notes :

[1] Lettre 1666.

[2] Voir la CPD, §IV : « Que la multitude d’approbateurs n’est pas une marque de vérité » : Bayle poursuit cette question jusqu’au §XXXVIII : « Pourquoi je me suis si fort étendu à disputer contre la preuve tirée du consentement général. Qu’elle a été réfutée par des théologiens orthodoxes. Examen d’une pensée de M. de La Bruyère ».

[3] Voir la CPD, §XXXIX : « Si je persiste encore dans le mépris que j’ay témoigné pour l’astrologie », argumentation maintenue jusqu’au §XLVI : « Confirmation de ce qui a été dit contre la prétendue fatalité de certains noms, dans les Pensées diverses ».

[4] Voir la CPD, §XL : « On sait que Mr Le Noble n’est point bigot, ou superstitieux, ou engagé dans les erreurs populaires, qu’il a infiniment d’esprit, beaucoup de lecture, qu’il sait traiter une matiere galammant, cavalierement, qu’il connoit l’ancienne et la nouvelle philosophie : cependant, il a bien voulu faire savoir au public, non pas qu’il adopte toutes les chimeres des astrologues, mais qu’il croit qu’ils peuvent prédire les évenemen[t]s contingen[t]s. Il se vante d’avoir fait beaucoup d’horoscopes qui ont réussi, et il s’attache avec beaucoup de soin à maintenir le crédit de l’astrologie judiciaire. Son ouvrage fut imprimé à Paris l’an 1697. » Il s’agit de l’ouvrage d’ Eustache Le Noble, Uranie, ou les tableaux des philosophes (Paris 1694-1697, 12°, 3 vol.), livre V, ch. 20 jusqu’à la fin du livre VI.

[5] Le passage en question de la CPD, est au § XL : « On sait que Mr Le Noble n’est point bigot, ou supersticieux, ou engagé dans les erreurs populaires, qu’il a infiniment de l’esprit, beaucoup de lecture, qu’il sait traiter une matiere galamment, cavalierement, qu’il connoit l’ancienne et la nouvelle philosophie : Cependant il a bien voulu faire savoir au public, non pas qu’il adopte toutes les chimeres des astrologues, mais qu’il croit qu’ils peuvent prédire les évenemens contingen[t]s. Il se vante d’avoir fait beaucoup d’horoscopes qui ont réussi, et il s’attache avec soin à maintenir le crédit de l’astrologie judiciaire. » La note renvoie à un de ses ouvrages : « Voyez son Uranie, ou les tableaux des philosophes depuis le 20. chap. du 5. livre, jusques à la fin du 6. livre. » Nous avons cherché en vain un satiriste et propagandiste du nom de La Sevre, précurseur d’ Eustache Le Noble. Sur ce dernier, voir Lettre 772, n.8. Il semble probable que le copiste a commis ici une erreur de lecture. Puisque Le Noble a publié, à côté de ses « folies mensuelles », l’ouvrage intitulé Uranie ou les tableaux des philosophes (Paris 1694-1697, 12°, 3 vol.) auquel Bayle renvoie, il est possible que Marais évoque comme son précurseur Nicolas Le Sueur, qui avait publié Urania de oratore perfecto Marco Tullii Ciceronis ad Marcum Brutum (Parisiis 1548, 4°), aussi bien que des éditions des Opera omnia de Pindare (Parisiis 1582, 8°) et des Satyræ de Perse (Parisiis 1603, 12°). Une erreur de lecture de La Sevre pour Le Sueur semble bien possible, et Marais aura voulu faire montre de sa culture en rapprochant Eustache Le Noble de Nicolas Le Sueur.

[6] Voir la CPD, §XLIV : « D’un almanach imprimé à Amsterdam pour l’année 1688. Lettre prétendue d’un quaker ».

[7] Voir la CPD, §LXXIII : « Quel est l’état de la question dans le parallele que j’ai donné de l’idolâtrie et de l’athéisme ». Bayle multiplie les objections et les réponses jusqu’au dernier §CLVI : « Réponse à la neuvième objection qui est que les païens eussent été beaucoup plus méchan[t]s s’ils n’eussent eu nulle religion ».

[8] On voit ici que l’interprétation de la CPD par Mathieu Marais, un des plus fervents lecteurs de ses œuvres, est une lecture non seulement chrétienne mais aussi farouchement hostile à l’athéisme sur le plan moral, et il n’a aucun doute que c’est là une interprétation fidèle aux intentions de l’auteur. On peut conclure que, sur ce point au moins, son admiration de la philosophie de Bayle se fonde sur un malentendu évident.

[9] Bayle avait l’intention de composer un troisième tome de la CPD, mais ce projet ne fut pas réalisé : voir Lettre 1643, n.4.

[10] Voir la CPD, §IV, in fine, où Bayle renvoie à l’article « Papesse (Jeanne la) », qui fut intégré par Prosper Marchand dans l’édition de 1720 du DHC.

[11] Marais compare Jaquelot à Lycophron, un sophiste contemporain d’ Aristote réputé pour son obscurité : voir Lettre 1363, n.19.

[12] Isaac Jaquelot, Conformité de la foi avec la raison ; ou défense de la religion, contre les principales difficultez répandues dans le « Dictionaire historique et critique » de Mr Bayle (Amsterdam 1705, 8°), ouvrage publié par Henry Desbordes : voir Lettres 1651, n.8, et 1656, n.12.

[13] Nous n’avons pas trouvé trace d’une édition de la RQP qui affiche son origine à Trévoux, mais les recherches de Jean-Michel Noailly nous permettent d’affirmer qu’il existe au moins deux éditions de la RQP sous l’adresse Rotterdam, Reinier Leers, 1704. Comme l’une de ces éditions intègre dans le texte les corrections et additions de l’autre qui sont signalées dans une rubrique « Errata », on peut considérer celle avec l’ errata comme la « première » édition et celle sans errata comme la « deuxième » édition. Or, il y a eu un travail assez important de modification entre la première et la deuxième édition : corrections, tables scindées en deux parties, notes en bas de pages (et non plus en marge) d’où mise en page différente. La « première » édition présente tous les éléments d’une édition hollandaise et rien n’empêche de penser qu’il s’agit de l’édition originale imprimée par Reinier Leers. La « deuxième » édition n’est pas une édition hollandaise et on peut penser qu’il s’agit, comme l’affirme Mathieu Marais dans la présente lettre, qu’il s’agit d’une édition de Trévoux.

[14] Marais répond à la demande de Bayle dans sa lettre du 16 avril : voir Lettre 1665, n.2. Il s’agit de la « lettre maligne écrite contre M me de Lyonne », signalée par Bayle dans la RQP, §XXXII, et de la « réponse qui fut faite alors et qui n’a pas beaucoup paru », voir Lettre 1654, n.4 et 5.

[15] Marais répond à une nouvelle remarque de Bayle dans ses lettre du 16 avril, qui répondait à une citation dans la lettre de Marais du 6 février : voir Lettre 1654, n.9, et 1666, n.3. Les vers sont tirés de Nicolas Boileau-Despréaux, Poésies diverses et épigrammes, LXIV : « Aux révérends Pères auteurs du Journal de Trévoux », éd. A. Adam et F. Escal (Paris 1966), p.269-270.

[16] Sur cet ouvrage de Jean de La Chapelle, voir Lettre 1654, n.31.

[17] Sur le périodique d’ Eustache Le Noble, Nouveaux entretiens politiques (1702-1709), voir Lettre 1666, n.8.

[18] Nicolas Gueudeville, rédacteur de L’Esprit des cours de l’Europe : voir Lettre 1524, n.14, et 1554, n.10.

[19] Sur cette « harangue de Melchior de Polignac lors de son entrée à l’Académie française le 2 août 1704, voir Lettre 1666, n.12, et sur le démenti que constitua pour lui la défaite de Höchstädt, voir Lettre 1650, n.5

[20] Voir Nicolas Gueudeville, L’Esprit des cours de l’Europe, août 1704, « La Hollande », p.223-241, sur la bataille de Höchstädt (ou de Blenheim) : « On nous annonce une grande victoire remportée sur le Danube... », avec la liste des Français « faits prisonniers à discrétion ». Il revient sur ce récit dans le numéro de septembre 1704, p.289-303, en publiant des lettres échangées entre les dirigeants alliés et, un peu plus loin, les plans de la bataille (pages non numérotées). Encore en janvier 1705, Gueudeville souligne la portée de la victoire des alliés : « Il est tem[p]s de toucher la grosse corde, et de rap[p]eller le souvenir de ce qui s’est passé en Allemagne. C’a été là, on peut le dire sans se rendre suspect d’enthousiasme, ni d’exageration, c’a été là que la fortune de la France, parlons-en plus nettement, que la constante et invariable fortune de Louis quatorze a reçû une furieuse entorse. [...] » (p.37-38). Sur la harangue de Polignac à l’Académie française, voir Lettre 1666, n.13.

[21] Marais répond au passage de Bayle dans sa lettre du 16 avril sur le « cas de conscience » : voir Lettre 1666, n.18 (et 1664, n.15 et 16).

[22] Après son Ordonnance et instruction pastorale [...] portant condamnation d’un imprimé intitulé « Cas de conscience » (Paris 1704, 12°), Fénelon avait publié une Seconde instruction pastorale [...] pour éclaircir les difficultez proposées par divers écrits contre sa première instruction pastorale du 10 février 1704 (Valenciennes 1705, 12°), une Troisième instruction pastorale [...] contenant les preuves de la tradition sur l’infaillibilité de l’Eglise touchant les textes orthodoxes ou hérétiques (Valenciennes 1705, 12°, 2 vol.) et une Quatrième instruction pastorale [...] où l’on prouve que c’est l’Eglise qui exige la signature du Formulaire, et qu’en exigeant cette signature elle se fonde sur l’infaillibilité qui est promise pour juger des textes dogmatiques (Valenciennes 1705, 12°).

[23] Sur cet ouvrage de Jacques Fouillou (1670-1736), Def[f]ense de tous les theologiens et en particulier des disciples de saint Augustin, contre l’ordonnance de M. l’évêque de Chartres, du 3 d’août 1703 (s.l. 1704, 12°), voir Lettre 1613, n.13. Bayle revient sur la question de l’attribution dans sa lettre à Marais du 28 décembre (Lettre 1692, n.3).

[24] Sur l’édition de Quinte Curce par Perizonius, voir Lettre 1666, n.24.

[25] Voir le compte rendu par Jean Le Clerc de l’édition de Quinte Curce par Perizonius dans la Bibliothèque choisie, tome III (1704), art. III, p.171-250.

[26] Marais répond à un propos de Bayle dans sa lettre du 16 avril (Lettre 1666), n.20. L’anecdote devait circuler dans les milieux de l’Académie française, mais c’est ici, semble-t-il, la première version écrite : Marais devait la donner de nouveau dans sa lettre au président Bouhier du 19 mars 1727 (éd. H. Duranton, Saint-Etienne 1981, n°163, ix.147) ; elle réapparaît dans les Bolæana ou bons mots de M. Boileau, avec les poésies de Sanlecque (Amsterdam 1742), p.103, et dans les Mémoires sur la vie et les ouvrages de Jean Racine (Lausanne, Genève 1747), II e partie, p.194 ; éd. R. Picard (Paris 1950, 1969), i.65 ; éd. G. Forestier (Paris 1999), i.1170. A partir de cette publication de 1747, elle surgit partout, dans les éditions des œuvres de Racine, de Boileau, de Molière, et dans les Anecdotes littéraires (p.ex. Paris 1750, ii.174) de toutes sortes.

[27] Antoine Arnauld et Pierre Nicole, La Logique, ou l’art de penser (2 e éd., Paris, Charles Savreux 1664, 12°), livre III, ch. 19, §6, p.341-342 ; éd. D. Descotes (Paris 2011), p.474 : « Feu Mr Pascal, qui savoit autant de véritable rhétorique que personne en ait jamais su, portoit cette règle jusques à prétendre qu’un honnête homme devoit éviter de se nommer, et même de servir des mots de je et de moi, et il avait accoûtumé de dire sur ce sujet que la piété chrétienne anéantit le moi humain, et que la civilité humaine le cache et le supprime. » Voir aussi le commentaire de J. Mesnard dans son édition de Pascal, Œuvres complètes (Paris 1664-2015, 4 vol. parus), i.993-994. Le célèbre fragment « Le moi est haïssable. Vous Mit[t]on, le couvrez, vous ne l’ôtez point pour cela ; vous êtes donc toujours haïssable. [...] » (éd. P. Sellier et G. Ferreyrolles, Paris 2000, n° 494) fut inclus dans l’édition dite « de Port-Royal » des Pensées (Paris, Guillaume Desprez 1670, 12°), section XXIX.27, avec cet avertissement : « Le mot de moy dont l’autheur se sert dans la pensée suivante, ne signifie que l’amour-propre. C’est un terme dont il avait accoûtumé de se servir avec quelques-uns de ses amis. »

[28] Marais répond à la demande de Bayle dans sa lettre du 16 avril : voir Lettre 1666, n.29, et, sur les plaidoyers de Sachot, Lettre 1663, n.16.

[29] Marais fait peut-être allusion au Plaidoyer prononcé au grand conseil [par Hérard] pour Monsieur le duc Mazarin contre Madame la duchesse Mazarin, son épouse ; avec la réplique au plaidoyer de l’avocat de Madame Mazarin (M e Sachot), et l’arrêt intervenu sur ces plaidoyers, le 29 de décembre 1689 (s.l.n.d.[1689], 4°) ou à un Factum distinct que nous n’avons su découvrir : voir Lettre 1663, n.16.

[30] Sur les publications successives de ces pièces parmi les œuvres de Saint-Evremond, voir Lettre 1663, n.16.

[31] Bayle était frustré par le propos très évasif de Des Maizeaux sur les sentiments religieux de Saint-Evremond au moment de sa mort : voir Lettre 1671, n.6. Nous n’avons pas la lettre de Bayle à Marais où il aurait « tranché le mot » sur ce philosophe en le disant « mort athée ».

[32] Marais ne veut pas croire qu’un grand homme tel que Saint-Evremond eût pu mourir athée. Pour le récit de Des Maizeaux, dans sa Vie de M. de Saint-Evremond, dédiée à Bayle, voir Lettre 1672, n.5.

[33] Sur cette publication, faite sous le nom de Malezieu, voir Lettre 1675, n.18.

[34] Allusion à la querelle assez vive qui opposa Jean Le Clerc au jésuite Despineul, un des rédacteurs des Mémoires de Trévoux, qui avait recensé dans le journal des mois de janvier-février 1701, p.58-77, l’ouvrage de Le Clerc, Harmonia evangelica cui subjecta est historia Christi ex quatuor Evangeliis concinnata (Amstelodami 1699, folio) en grec et en latin ; une deuxième édition de cet ouvrage avait paru l’année suivante (Lyon [Altorf 1700, folio), en latin seulement et avec une préface de Michel Langius. Le rédacteur jésuite est très sévère, accusant l’histoire de Jésus-Christ selon Le Clerc de n’être qu’un tissu d’interprétations calviniennes et sociniennes, non seulement forcées mais grossières. Le Clerc répondit par des « Réflexions sur l’article VIII, où il est parlé de l’ Harmonie évangélique de M. Le Clerc » dans l’édition amstellodamoise des Mémoires de Trévoux, s’attirant une réplique du jésuite dans les Mémoires des mois de mai et juin 1701 ; la polémique se poursuivit ainsi dans les Mémoires de Trévoux et dans l’édition amstellodamoise des ces mêmes Mémoires jusqu’en 1705. Sous le titre de Difficultés, une autre critique de Despineul, désavouée par Le Clerc mais publiée dans l’édition amstellodamoise des Mémoires en mars 1703, parut sous le nom de Jonston et s’attira également une réponse du père jésuite. Voir A. et A. de Backer, Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus (Liège 1853-1861, 4°, 7 vol.), v.167, et Sommervogel, s.v.

[35] Sur cet ouvrage de Faydit, voir Lettre 1675, n.14.

[36] Faydit, La Télémacomanie, ou la censure et critique du roman intitulé « Les Aventures de Télémaque » (Eleutérople 1700, 12°) : sur les ouvrages critiques de Faydit, voir Lettre 1461, n.18.

[37] Jeanne-Michelle de Pringy, « Eloge du Père Bourdaloue », Mercure galant, juin 1704, p.41-52 ; en effet, l’éloge fut aussi publié à part sous forme de brochure : La Vie du pere Bourdaloue, de la compagnie de Jésus (Paris, Pierre Ribou 1705, 4°).

[38] Bayle avait consacré un article à Marguerite de Valois, mais il n’y était guère question de sa culture : voir le DHC, art. « Usson ». A la mort de la reine en 1615, son cœur fut confié à la chapelle des Louanges du couvent des petits-augustins (anciennement des augustins-déchausssés), et sa dépouille fut déposée dans la chapelle du couvent des grands-augustins, d’où elle fut transférée en la basilique Saint-Denis, dans la rotonde des Valois. En 1719, lorsqu’on détruisit la rotonde, son corps fut transféré, avec celui de ses frères, dans le nouveau caveau de ses parents, Henri II et Catherine de Medicis. Le 18 octobre 1793, lors des profanations révolutionnaires de la basilique, ses restes furent jetés dans une fosse avant de retrouver une place dans l’ossuaire en 1817. L’épitaphe latine fut composée par Louis Servin, avocat-général au Parlement de Paris, pour le monument où fut enseveli son cœur ; ce monument fut détruit avant la constitution du Musée des monuments français en 1795 (devenu par la suite l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts) ; les quelques débris qui en furent retrouvés dans la basilique Saint-Denis finirent par disparaître.

[39] Différentes interventions de Louis Servin, avocat-général au Parlement de Paris, figurent dans la Bibliotheque historique de la France avec des notes critiques et historiques de Jacques Lelong et de Charles-Marie Fevret de Fontette (nouvelle édition, Paris 1778, 5 vol.), iii.32.972-32.980.

[40] Les Coutumes générales des bailliages de Senlis, comté de Clermont en Beauvaisis et duché de Valois. Dernière édition, commentée par M. Laurent Bouchel (Paris 1631, 4°).

[41] « Au Dieu suprême, très-haut, très grand et à la mémoire éternelle de la reine Marguerite de Valois, fille, petite-fille et sœur de Rois très-chrétiens, née pour le bien des Français en l’an du Seigneur 1553, qui fut donnée en mariage, par les liens d’une noce publique, à Henri, fils d’ Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, reine de Haute et de Basse-Navarre, prince surpassant de loin par son courage tous les héros, des enfants étant souhaités pour assurer la postérité de cette famille royale, elle vécut assez longtemps auprès de son mari. Puis, après la mort d’ Henri III, roi très-chrétien, le royaume de France échut, par le droit du sang, à son mari Henri IV. Comme ce grand prince, appelé par un effet de la volonté divine, restaurateur de la France, était notoirement privé de postérité, afin que la France ne chancelle pas sur ses bases, cette femme de mœurs antiques, puisqu’elle ne pouvait avoir d’enfant, consciente de l’intérêt commun et de sa propre dignité qui la faisait s’inquiéter du sort de la patrie, consentit à ce que son mariage fût annulé à cause du trop grand degré de parenté des époux. Elle eut ces mots dignes d’une reine : “Je fais cela pour le bien de l’État”, à l’exemple de la reine Jeanne, l’épouse de Philippe Auguste et de Blanche de Bourgogne, femme de Charles le Bel, qui avaient obtenu pour cette affaire la permission du Saint-Siège A. R. et du Souverain Pontife, chef de l’Église catholique. De là, grâce à une dispense de l’Église, et conformément au vœu des Français, ce grand prince Henri prit pour épouse Marie de Médicis, vénérable florentine, et put, grâce à Dieu, faire des enfants légitimes, dignes des vertus de leurs pères. » Comme l’indiquent P.-T.-N. Hurtaut et Magny dans leur Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs (Paris 1779, et Genève 1973, 4°, 4 vol.), i.398 : « [...], il y a en cet endroit de l’épitaphe [...], une faute, qui, selon toutes apparences, vient du graveur ; car M. Servin étoit trop instruit, pour ignorer que Philippe-Auguste n’avoit point eu de femme qui portât le nom de Jeanne : c’est peut-être d’ Agnès de Méranie dont on a voulu parler ; et en ce cas, la comparaison avec la reine Marguerite n’est pas juste. L’exemple de Jeanne de France, femme de Louis XII, étoit entièrement semblable à celui de la reine Marguerite ; mais c’est précisément celle-ci qu’on n’a point alléguée. Quant à celui de Blanche de Bourgogne, femme de Charles le Bel, il est amené ici avec plus de justesse qu’on n’oseroit le dire. » En effet, des trois épouses de Philippe II Auguste, aucune ne s’appelait Jeanne. Il se peut qu’il s’agisse d’ Ingeburge de Danemark, que le souverain répudia après une nuit de noces pour des raisons obscures ; l’annulation de ce mariage par un assemblée d’évêques permit au souverain d’épouser Agnès de Méranie, mais cette annulation fut déclarée illégale par les papes Célestin III et Innocent III, et ce dernier imposa en 1200 l’interdit sur la France, ce qui impliquait la suspension de toutes les activités du clergé. Philippe Auguste fit semblant d’obtempérer, reprit Ingeburge, mais l’enferma à Dourdan et resta auprès d’Agnès. Quant à Blanche de Bourgogne, mariée avec Charles le Bel en 1307 ou 1308, elle fut condamnée pour adultère en 1314, lors de l’affaire dite « de la tour de Nesle » ; elle fut enfermée dans la forteresse du Château-Gaillard, mais son mariage ne fut pas rompu et Charles ne put se remarier.

[42] « vertu des Français ».

[43] « approchant les lèvres pour l’adorer ».

[44] « un siècle s’étant écoulé depuis le début du règne de François I er de Valois. Parmi les héroïnes de la famille des Valois issues de l’antique souche du roi saint Louis, la remarquable Marguerite a bien mérité de la patrie, du royaume des Français, de la famille ancestrale de ses pères, et de tous les chrétiens. Fait par Louis Servin, avocat catholique royal. »

[45] « La bénédiction du Seigneur est sur la tête du juste » (trad. Sacy, Pr 10,7).

[46] Sur cette inscription au château de Saint-Maur, au sens détourné par un courtisan afin d’en faire un trait satirique – à la manière d’ Ausone – contre Catherine de Médicis, voir Lettre 1554, n.15, et 1654, n.25.

[47] « C’est à toi, François, pour avoir rétabli les arts de Minerve, que Diane, les Grâces et les Muses reconnaissantes ont consacré ce séjour, si d’aventure tu veux te retirer loin de la Cour. » Autre traduction, en vers : « Pour avoir les Arts rétablis / Et de richesses ennoblis, / François, les Graces et Diane, / Loin du tumulte de la Cour / Et des yeux du peuple profane / Ont à vostre repos consacré ce sejour. » Voir aussi Rabelais, Œuvres, éd. C. Esmangart et E. Johanneau (Paris 1823, 9 vol.), ii.331, où il est suggéré que Rabelais, pour dépayser son lecteur, place son abbaye de Thélème en pays de Touraine, berceau du cardinal Du Bellay et le sien, mais qu’il s’agit en fait dans le roman d’une représentation du château construit par le cardinal Du Bellay à Saint-Maur-des-Fossés.

[48] Virgile, Enéide, VI, 146 : Avant de descendre aux Enfers, la sibylle recommande à Énée de se munir d’un rameau d’or : « Que ta main le cueille [selon les rites] ; car il se laissera cueillir facilement. »

[49] « si le destin t’appelle ».

[50] Sur cet ouvrage de Faydit, voir Lettre 1675, n.12, et 1682, n.9.

[51] Voir le DHC, art. « Borri (Joseph François) », rem. H : « On imprima à Genève, en 1681, quelques écrits qu’on lui attribue. Ils peuvent être réduits à deux, à des Lettres sur les matieres de chymie, et à des Réflexions politiques. Le premier de ces deux ouvrages est intitulé La Chiave del gabinetto del Cavagliere Gioseppe Francesco Borri Milanese. Il contient dix lettres, dont les deux prémieres, datées de Coppenhagen l’an 1666, ne sont autre chose en substance que le Comte de Gabalis, que M. l’ abbé de Villars publia l’an 1670. Je donne à examiner aux curieux lequel de ces deux ouvrages doit passer pour l’original. Les autres lettres roulent sur des questions de chymie, excepté la derniere ; car on soutient dans celle-ci l’opinion de Mr Des-Cartes sur l’ame des bêtes. L’autre traité a pour titre Istruzioni politiche del Cavagliere Gioseppe Francesco Borri Milanese, date al Re di Danimarca. Ce sont quelques aphorismes de politique, accompagnez d’un assez long commentaire. [...] » La question est intéressante, en effet, mais Marais se trompe sur la date de publication : l’ouvrage de Giuseppe Francesco Borri (1627 ?-1695), comportant des lettres datées de 1666, ne fut publié qu’en 1681 ; or, l’abbé de Villars mourut mystérieusement en 1673. C’est l’aventurier milanais Giovanni Girolamo Arconati Lamberti (vers 1645-1733) qui publia La Chiave del gabinetto del cavagliere Gioseppe Francesco Borri milanese. Col favor della quale si vedono varie lettere scientifiche, chimiche, e curiosissime con varie istruzioni politiche, ed altre cose degne di curiosita, e molti segreti bellissimi. Aggiuntavi una Relazione esatta della sua vita (Colonia [Genève] 1681, 12°). Sur l’identité compliquée de l’éditeur, véritable « aventurier de la plume », bien connu de Bayle et de Nicolas Gueudeville, voir Lettre 499, n.2. Il ne fait pas de doute que sa publication est une supercherie littéraire, comportant des lettres plagiées à partir de l’ouvrage de l’abbé de Villars et de L’Ame des bêtes de Dilly (1676) : voir l’article très dense consacré par S. Rotta à Borri dans le DBI. Quant à Nicolas-Pierre-Henri de Montfaucon (1635-1673), abbé de Villars, auteur du Comte de Gabalis (Paris 1670, 12° ; éd. R. Laufer, Paris 1963) et de la première critique des Pensées de Pascal dans son ouvrage De la délicatesse (Paris 1671, 12°), il était demi-frère de Bernard de Montfaucon et cousin de Jean-François de Montfaucon de La Péjan, sieur de Roquetaillade, gentilhomme du diocèse d’Alet, qui avait été élevé auprès de Nicolas Pavillon. Tandis que l’abbé de Villars s’alliait avec le jésuite Dominique Bouhours dans sa bataille grammaticale et lexicale contre Port-Royal, son cousin Montfaucon de La Péjan devint gouverneur, avec Claude Lancelot, des jeunes princes de Conti , avant d’être renvoyé parce que, fidèles aux préceptes de Port-Royal, les deux gouverneurs refusaient de conduire leurs élèves au théâtre : voir Lettre 1107, n.7, et le Dictionnaire de Port-Royal, art. « Montfaucon de La Péjan » (art. d’A. McKenna), ainsi que, du même, « Ménage et Bouhours », in I. Leroy-Turcan et T.R. Wooldridge (dir.), Gilles Ménage (1613-1692), grammairien et lexicographe. Le rayonnement de son œuvre linguistique (Lyon, 1995), p.121-139. Voir aussi l’édition moderne de l’ouvrage de Borri, Libro del cavalier Borri dove si descrivano molte operazioni de secreti della natura, manipulazioni di metalli, oglii, balsami, quinte essenze et il modo per potere operare li vegetabili con sperimenti, éd. A. Boella et A.Galli (Roma 2012), et celle de la traduction italienne du livre de l’abbé de Villars, Il conte di Gabalì : Ragionamenti sulle scienze segrete, éd. C. Miccinelli et C. Animato (Genova 1986) – reproduction de l’édition de 1751 qui n’apporte cependant pas de lumière sur la question du plagiat.

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