Lettre 1689 : Pierre Bayle à Pierre Des Maizeaux

A Rotterdam, le 1 er de decembre 1705

Pour Monsieur Des-Maizeaux

Je recus hier votre lettre du 1 er du mois passé [1], Monsieur, avec les deux livres [2] que vous avez eu le bonté de m’envoier. Il ne fut jamais un ami plus officieux que vous l’etes. Soiez persuadé qu’il n’en fut jamais de plus recon[n]oissant ni de plus disposé à vous rendre ses services que je le suis.

Il n’est plus possible de rien changer dans les remarques que j’ai faites sur le livre de Mylord arch[evêque] de Dublin sur les extraits de Mr Bernard [3], elles contiennent plusieu[rs] feuilles, et en tout cas si le journaliste n’a pas bien representé les dogmes de ce prelat, ce sera à lui à en repondre, et non pas à moi puis que j’avertis dès l’entrée que je ne con[n]ois son livre que par les Nouvelles de la rep[ublique] des lettres. Le memoire que Mr Bernard a inseré dans son mois de novembre [4] est rempli d’une affectation qui s’est fait sentir à tous ses lecteurs. Je n’y compren[d]s rien, et j’y entrevois d’un coté beaucoup de presomption, et de l’autre beaucoup de mauvaise volonté, mais je ne m’en mets pas autrement en peine.

J’ai inseré une partie de ce que les journalistes de Paris ont dit du livre de Mr King [5], mais ce n’est que dans • l’endroit où j’allegue des exemples de gens qui ont cru que ces matieres ne doivent point etre soumises au tribunal philosophique, et qu’il faut s’y comporter comme saint Paul. O Profondeur ! /

Mr de La Roche [6] m’a fait savoir qu’il avoit eté emploié à la traduction angloise de plusieurs feuilles de mon Diction[n]aire [7] et que Mr l’archeveque de Cantorberi [8] que l’on avoit prevenu contre l’ouvrage cessoit de s’op[p]oser à l’edition. Je lui ai ecrit [9] pour le prier de m’envoier par la premiere commodité un pamfleet qui a pour titre Hollands-Politick [10]. Si vous le voiez et que vous puissiez l’aider dans cette petite commission, je vous prie Monsieur d’avoir cette bonté là. Je paierai ce qu’il aura fal[l]u debourser.

J’oubliai de vous marquer dans ma derniere lettre qu’on m’avoit ecrit de Paris que le plaidoier de Mr Sachot pour Mad[ame] Mazarin [11] fut imprimé en ce tem[p]s-là et qu’il parut aussi un Factum pour elle [12]. J’avois insinué qu’au cas que Mr Sachot eut publié ses defenses[,] on me les envoiat, mais on s’est contenté de me repondre qu’il avoit publié. On a d’ailleurs mille peines à faire venir des livres de France.

Les 2 nouveaux tomes de la Reponse aux questions d’un Provincial seront achevez d’imprimer dans une quinzaine de jours [13]. Je vous en enverrai un exemplaire dans le bal[l]ot que le libraire en fera tenir à son correspondant de Londres qui est je croi[s] Mr Vaillant [14]. Mais comme je ne me declare pas pour l’auteur[,] non pas meme en simple conversation, vous ne direz pas s’il vous plait, que je vous en aie envoié un exemplaire, car c’est une demarche d’auteur qui avouë son ouvrage, que d’en faire des presen[t]s. Par cette raison, je n’en ferai point. Vous y verrez la refutation des nouvelles repliques de Mr Le Clerc tant sur / l’origenisme que sur les formes plastiques [15].

J’ai jetté les yeux sur le S[aint] Evremond de Londres [16]. L’edition est magnifique, il s’y est glissé quelques fautes d’impression, mais peut etre ne sont elles que dans les endroits qui me sont tombez sous les yeux. Je voudrois que le 2 e tome ne fut pas si notablement plus gros que le premier. J’attribuë à votre honneteté et à votre obligeante amitié les endroits où je me suis veu soit au texte, soit aux remarques [17], et je vous en remercie tres humblement.

L’ Histoire des juifs par Mr Basnage [18] sera en 4 volumes, les 2 premiers sont achevez d’imprimer, et le 3 e est assez avancé. [Il] y aura beaucoup de recherches et d’erudition dans cet ouvra[ge ;] il sera plus pour les savan[t]s que pour ceux qui ne demandent qu’une histoire des faits, telle que celle de Joseph [19] dont celle-ci doit etre en quelque maniere la continuation.

Je finis Monsieur en vous assurant de ma reconnoissance, et du zele ardent avec quoi je suis votre tres humble et tres obeissant serviteur Bayle

J’ai lu dans les gazettes que Mylord Schatesbury avoit pris seance à la Chambre des Seigneurs apres le serment accoutumé [20]. Cela signifieroit qu’il y a fait cette annnée sa premiere entrée, mais je suis fort trompé s’il n’a deja assisté à d’autres seances. Quand vous le verrez je vous prie de lui parler du profond respect que j’ai pour lui, et de ma parfaite reconnoissance de toutes ses bontez. /

Je vous demande la grace de faire savoir à Mr Rival ministre à Londres [21] qu’il n’y a rien de plus faux que ce qu’il a oüi dire que mon Diction[n]aire se rimprime[,] les additions incorporées dans l’ouvrage. Il peut compter et vous pouvez l’asseurer qu’il ne se rimprime point, et que si on le rimprime un jour[,] les additions se vendront à part [22].

 

A Monsieur / Monsieur Farettes à / la grand’poste / A Londres

Notes :

[1] Cette lettre de Des Maizeaux du 1 er novembre 1705 est perdue.

[2] Les lettres de Des Maizeaux étant perdues, nous ne pouvons identifier ces deux livres, dont il ne sera plus question dans la suite de la correspondance connue, à moins que l’un des deux ne soit celui mentionné plus loin de William King (voir la note suivante). Bayle l’avait déjà remercié de l’envoi d’une caisse de livres de la part de Shaftesbury au mois d’octobre : voir Lettre 1683, n.1.

[3] Il s’agit de l’ouvrage de William King (1650-1729), De Origine mali (Londini 1702, 8°), traduit sous le titre An essay on the origin of evil [...] translated from the Latin, with notes ; and a dissertation concerning the principle and criterion of virtue and the origin of the passions (2 e éd. London 1732, 8°, 2 vol.) ; l’ouvrage fut recensé par Jacques Bernard dans les NRL, mai 1703, art. V, et juin 1703, art. I. Voir RQP, §LXXIV ( OD, iii.839) : « Réflexions sur un ouvrage touchant l’origine du mal. Si l’on peut dire que Dieu a créé le monde pour sa gloire » ( OD, iii.650), où Bayle déclare expressément : « On vous a fait un si grand éloge d’un livre latin imprimé à Londres l’an 1702, et composé par Mr King [alors évêque de Londonderry et depuis archevêque de Dublin] sur l’origine du mal, que vous avez une curiosité extrême de le lire, et que n’aiant pû le faire venir, vous souhaitez passionnément que pour le moins je vous apprenne ce que j’en pense. Mais savez-vous bien que c’est un livre que je n’ai point lû ? Je ne laisserai pas de vous en entretenir, car je le connois par les analyses que Mr Bernard en a données. Je m’y fie d’autant plus, qu’il paroît avoir redoublé à l’égard de ce livre son attention et son travail, à cause des difficultez et de l’importance de la matiere, et à cause qu’il la trouvoit profondément discutée par un habile homme. » Apparemment, après avoir lu ces lignes, Des Maizeaux s’était proposé pour fournir l’ouvrage à Bayle, mais celui-ci déclare qu’il n’est plus possible de modifier son texte – à moins que l’un des deux ouvrages envoyés par Des Maizeaux ne soit précisément celui de de King (voir la note précédente).

[4] Voir les NRL, novembre 1705, art. VII : « Extrait de diverses lettres », p.591-593, où le journaliste insiste longuement sur le fait que Bayle ne connaît du livre de William King que les comptes rendus de Jacques Bernard et des Acta eruditorum. Cet article fait donc suite aux comptes rendus des NRL, mai 1703, art. V, p.554-578, et juin 1703, art. I, p.603-635. Bernard – qui est sans doute l’auteur de la lettre anonyme qu’il publie – s’en prend à l’analyse de l’ouvrage de King dans la RQP, II e partie, ch. LXXIV, parue én décembre 1705. On pourrait s’étonner de la chronologie de ces interventions, puisque le compte rendu de Bernard paraît avant la publication de la II e partie de la RQP, mais on voit que la Préface de Bayle porte sur les II e et III e parties de cet ouvrage, qui ont paru en même temps ; on peut supposer que, la II e partie ayant été achevée d’imprimer dès le mois de novembre, elle a été confiée tout de suite à Bernard pour compte rendu – à des fins publicitaires. Nous remercions Maxime Jacqueline d’avoir attiré notre attention sur ce point.

[5] RQP, §CLXII : « Ce que les journalistes des savants ont dit du livre de Mr King sur l’origine du mal » : Bayle cite le JS du 16 mars 1705.

[6] Michel de La Roche, probablement originaire de Châtellerault dans le Poitou, huguenot réfugié à Londres alors qu’il était encore « très jeune », naturalisé Anglais en juin 1701 : voir Lettre 1617, n.16. Il avait fait une grande partie de ses études en Angleterre et avait étudié les mathématiques sous la direction du huguenot réfugié Abraham de Moivre (1667-1754). Après sa naturalisation, il fit un « grand tour » de l’Europe, rencontra Louis Tronchin, Jean-Robert Chouet et Jean-Alphonse Turrettini à Genève et passa certainement à Rotterdam, où il fit la connaissance de Bayle, sans doute en 1702 ou 1703 (Memoirs of literature, iv.100 ; Mémoires littéraires de la Grande-Bretagne, vii.261-262). Il fut le rédacteur principal de plusieurs périodiques de renom : Memoirs of literature containing a weekly account of the state of learning, both at home and abroad (London 13 mars 1710-6 septembre 1714) ; Memoirs of literature, or the English and foreign library (London janvier-avril 1717) ; Bibliothèque angloise ou histoire littéraire de la Grande-Bretagne (Amsterdam 1717-1719) ; Mémoires littéraires de la Grande-Bretagne (La Haye 1720-1724) ; New memoirs of literature containing an account of new books printed both at home and abroad, with dissertations upon several subjects, miscellaneous observations, etc. (London 1725-1727) ; A Literary Journal or a continuation of the memoirs of literature (London janvier 1730-juin 1731). Proche de Samuel Clarke, il connaissait aussi William Whiston et Benjamin Hoadly. Tout en louant l’ouverture d’esprit des théologiens genevois qu’il avait rencontrés personnellement, La Roche se fit connaître comme farouchement anti-calviniste : la liberté d’esprit avec laquelle il publia des documents sur la condamnation de Servet par Calvin le fit accuser d’être « animé contre Calvin et contre les réformés ; d’être partial en faveur de l’Eglise anglicane ; et d’avoir trop d’indulgence pour l’Eglise romaine » (Mémoires littéraires de la Grande-Bretagne, Avertissement, p.V). Ses déclarations sur Bayle sont intéressantes : « La mémoire de Bayle me sera toujours chère parce qu’il eut beaucoup d’amitié pour moi dans les dernières années de sa vie » (Bibliothèque angloise, iii.1.189). Il porte un jugement nuancé sur les opinions religieuses de Bayle : « Je suis persuadé que s’il avoit étudié la Bible exactement, nous aurions vu moins d’objections répandues dans son Dictionnaire historique et critique » (Mémoires littéraires de la Grande-Bretagne, vii.261-262). En même temps, il minimisait l’étendue de l’hétérodoxie de Bayle : « Nous remarquons ici par occasion, qu’on ne doit point accuser l’illustre M. Bayle de n’avoir pas cru le premier article de la religion. Il m’a dit un jour dans une longue conversation que j’eus avec lui quatre ans avant sa mort, que les athées ne sauraient énerver les preuves de l’existence d’un Dieu, fondées sur les caractères de Sagesse et de Puissance, que l’on remarque dans les diverses parties de l’univers » ( ibid., ii.484). Ailleurs, il déclare : « Mr Bayle was more orthodox than many people fancy » (Memoirs of literature, iv.100). Bayle ayant adopté une position résolument hostile à la théologie rationaliste dans tous ses écrits depuis 1693, on comprend que La Roche entend ce qu’il veut entendre et, dans son souvenir ému de l’amitié de Bayle, rapproche sa position de celle des théologiens anglicans qu’il connaissait. Il fait également mention de lettres qu’il avait reçues de la part de Bayle ( ibid.), mais il ne les publie pas et elles sont apparemment perdues. Nous apprenons ici qu’il faisait partie de l’équipe des traducteurs du DHC en anglais ; il semble, en effet, avoir été proche de Des Maizeaux. Voir J.H. Broome, « Une collaboration : Anthony Collins et Desmaizeaux », Revue de littérature comparée, 30 (1956), p.161-179 ; M.D. Thomas, The Life and works of La Roche (thèse université de Londres, Birkbeck College, 1978) ; du même auteur, « Michel de La Roche : a Huguenot critic of Calvin », SVEC, 238 (1985), p.97-195 ; J. Sgard, Dictionnaire des journalistes, s.v. (art. de M.D. Thomas) ; J. Dybikowski, The Correspondence of Anthony Collins, p.256, n.416.

[7] Sur les traductions anglaises du DHC, voir Lettre 1544, n.11, et 1755, n.2. Des Maizeaux ajoute ici une note intéressante sur les défauts de la première traduction : « La traduction angloise du Dictionnaire de Mr Bayle parut en 1710 en 4 volumes in folio. Les Anglois qui y travaillèrent s’en acquitterent si mal, qu’on fut obligé de faire traduire de nouveau, ou [de] corriger ce qu’ils avoient traduit : mais malgré tous les soins des réviseurs, il y reste une infinité de fautes. On châtra quelques articles ; entr’autres celui du poëte Simonide ; ce qui ayant été bien-tôt découvert, personne ne vouloit acheter cette traduction, et les libraires eurent bien de la peine de se dédommager des avances qu’ils avoient faites. Cependant la réputation de l’auteur l’a fait rechercher ; et elle est devenuë si rare, qu’elle se vend dix guinées. »

[8] Thomas Tenison, transféré depuis Lincoln le 6 décembre 1694, archevêque de Cantorbéry jusqu’au 14 décembre 1715, date de sa mort : il était de conviction latitudinaire et maintenait une attitude de grande souplesse à l’égard des dissenters, conformément à la volonté de Guillaume III : voir Lettre 1313, n.4. Sur son hostilité initiale à l’égard du DHC – dont il semble que Bayle lui eût envoyé un exemplaire, comme aussi à Henry Compton, évêque de Londres – voir Lettre 1327, n.1. William Wake, transféré lui aussi de Lincoln, devait succéder à Tenison dès le mois de décembre 1715 et rester archevêque de Cantorbéry jusqu’à sa mort le 24 janvier 1737.

[9] La lettre de Bayle à Michel de La Roche est perdue.

[10] The D[utc]h politicks examin’d ; or, the danger of a defensive war to the confederates : in reflections on the duke of Marlborough’s letter to the S[tate]s General of the United Provinces, as well as on those of Mons. D’Auverquerque [Henry Nassau, Lord Auverquerque] and D[eputie]s of the S[tate]s, on the subject of not attacking the French ; also some remarks on a letter from Altea, inserted in the Post-Man, Sept. 1 (London 1705, 8°). Voir le compte rendu dans les Mémoires de Trévoux, mars 1706, art. XXVII : « The Deutch Politicks examined [...], Examen de la politique des Hollandois, ou le danger d’une guerre défensive pour les alliez. A Londres 1705 in 4° », p.345-367. Il s’agit d’un pamphlet polémique, s’attaquant aux tergiversations des troupes hollandaises qui compromettraient les efforts de Marlborough. Les Mémoires de Trévoux y consacrent un long article afin de mettre en évidence les dissensions entre les alliés et donc la fragilité de leur alliance anti-française.

[11] Sur le plaidoyer de Sachot en faveur de la duchesse de Mazarin, voir Lettre 1663, n.16.

[12] Sur ce Factum, voir Lettres 1631, n.9, 1654, n.12, et 1663, n.16.

[13] Ces deux volumes de la RQP devaient paraître ensemble en ce même mois de décembre 1705 : voir Lettre 1678, n.6, et 1683, n.7.

[14] François Vaillant, libraire à Londres : voir Lettre 1178, n.2.

[15] Sur la réfutation des articles de Jean Le Clerc, voir Lettre 1656, n.11, 1667, n.7 et 10, 1683, n.11 et 20, et 1685, n.5.

[16] Saint-Evremond, Mélange curieux des meilleures pièces attribuées à M. de Saint-Evremond et de plusieurs autres ouvrages rares ou nouveaux, éd. Pierre Silvestre et Pierre Des Maizeaux (Amsterdam 1706, 12°, 2 vol.) : voir Lettre 1441, n.4.

[17] Pierre Des Maizeaux, « La Vie de Monsieur de Saint-Evremond. A Monsieur Bayle », in Saint-Evremond, Mélange curieux, op. cit., et dans Saint-Evremond, Œuvres meslées [...], publiés sur les manuscrits de l’auteur. Seconde édition reveüe, corrigée et augmentée (Londres Jacob Tonson 1709, 4°, 3 vol.), i.III-LXXIV, datée du 15 novembre 1706. Par commodité, nous utilisons cette dernière édition. Des Maizeaux s’adresse à Bayle dès le début de sa narration : « la maniere obligeante, Monsieur, dont vous avez bien voulu recevoir la « Vie de M. de Saint-Evremond », que j’eus l’honneur de vous envoyer il y a un an [donc en 1705], m’a engagé à la revoir, et à tacher de la rendre un peu plus digne de l’aprobation que vous lui avez donnée. » Dans les notes du texte, il renvoie au DHC 2, art. « Louis XIII », rem. V (p.XIX), à la RQP, i.182 (p.XLII) et i.224 (p.LVI) et à nombre d’autres articles, ainsi qu’au Commentaire philosophique (ii.368). Il s’étend plus longuement sur l’intervention de Saint-Evremond après la publication du Jugement de l’abbé Renaudot : « Le Diction[n]aire historique et critique parut en Angleterre au commencement de l’année suivante (1697). Madame de Mazarin étoit charmée de cet ouvrage ; et tout ce qu’il y avoit de gens d’esprit et de bon goût à Londres, en faisoient un cas tout particulier. M. de Saint-Evremond le lût avec tant de plaisir, que le Jugement de l’abbé Renaudot lui étant tombé entre les mains, il voulut y faire une réponse. Mais comme l’écrit de cet abbé n’étoit qu’une pure déclamation, il crût qu’il suffisoit pour le réfuter, d’employer une ironie délicate. On verra plus particulièrement dans une lettre que M. de Saint-Evremond me fit l’honneur de m’écrire, en me renvoyant la seconde édition du Diction[n]aire critique combien il étoit touché des beautés de cet ouvrage, et l’estime qu’il avoit pour son auteur. » (p.LXI). Des Maizeaux fait allusion à la lettre ironique de Saint-Evremond en réponse à Renaudot (voir notre tome XI, annexe II), et à celle qu’il adressa à Des Maizeaux, que nous citons Lettre 1582, n.9.

[18] Jacques Basnage, L’Histoire et la religion des juifs, depuis Jésus-Christ jusqu’à présent, pour servir de supplément et de continuation à l’histoire de Joseph (Rotterdam 1706-1707, 12°, 5 vol.) : voir Lettre 1631, n.18-19.

[19] Flavius Josèphe (38 ?-100 ?), Histoire ancienne des juifs, traduite du grec par J. Weill sous la direction de T. Reinach, éd. E. Nodet, avec la collaboration de G. Berceville et d’E. Warschawski (3 e éd., Paris 2000-2001, 2 vol.), éd. F. Hilliers (Clermont-Ferrand 2014, 5 vol.). A l’époque de Bayle, on connaissait surtout la traduction de Robert Arnauld d’Andilly, Histoire des juifs, écrite par Flavius Joseph, sous le titre des « Antiquitez judaïques ». Traduite sur l’original grec reveu sur divers manuscrits (Paris 1667, folio).

[20] Bayle avait lu la Gazette de Rotterdam du 26 novembre 1705, p.3 : « Aujourdhui le comte de Shalsburi [ sic] a prêté le serment dans la Chambre des Seigneurs, et y a pris place selon son rang. » Le Parlement avait été dissout le 14 mars 1705 et la santé de Shaftesbury ne lui avait pas permis de prendre place dans la Chambre des Lords avant cette date. Il passa l’année 1705 dans le Dorset jusqu’au mois d’août et envoya une lettre de Chelsea le 4 septembre, en déclarant qu’il y résidait « depuis quinze jours ». La nouvelle séance du Parlement s’ouvrit le 25 octobre, mais Shaftesbury ne prêta serment que le 9 novembre. Il était de retour à St Giles’ le 15 novembre et adressa une lettre à Henry Wilkinson à Rotterdam où il l’informa qu’il quittait la ville après avoir donné sa procuration au Parlement et qu’il comptait passer l’hiver à St Giles’. Voir le Journal of the House of Lords (London 1767-1830), xviii.14 [en ligne : http://www.british-history.ac.uk/lo...] : « 9 November 1705 : « Shaftsbury takes the oaths. This day Anthoney Ashley earl of Shaftesbury took the oaths [of Allegiance and Supremacy], and made and subscribed the declaration [against Transsubstantiation], and took and subscribed the oath of abjuration [of the opinion that Princes excommunicated or deprived by the pope, or any other authority of the see of Rome, may be deposed or murdered by their subjects, or by any person whatsoever] pursuant to the statutes. »

[21] Pierre Rival, ministre de la chapelle royale française du palais de Saint-James : voir Lettre 1613, n.5.

[22] Plusieurs projets d’articles du DHC semblent avoir trouvé leur chemin jusqu’à la RQP, mais Bayle avait bien constitué un dossier d’ajouts au DHC, dont une partie est publiée en annexe et une partie insérée dans le corps du texte, avec indication des différentes étapes du DHC, dans l’édition établie par Prosper Marchand (Rotterdam, Michael Böhm 1720, folio, 4 vol.) ; ces ajouts sont insérés dans le corps du texte dans la quatrième édition, mais sans indication des différentes étapes (Amsterdam, Pierre Brunel et al. 1730, folio, 4 vol.), comme aussi dans la cinquième édition (Amsterdam, Pierre Brunel et al. 1740, folio, 4 vol.). Sur ces modifications du DHC, voir C. Berkvens-Stevelinck, « La cabale de l’édition 1720 du Dictionnaire de Bayle », De Gulden Passer, LVII (1979), p.1-61 ; de la même, « Les éditions du Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle jusqu’en 1740 avec ses éditions pirates », in H. Bots (dir.), Critique, savoir et érudition à la veille des Lumières : le « Dictionnaire historique et critique » de Pierre Bayle (Amsterdam, Maarsen 1998), p.17-25 ; H.H.M. van Lieshout, The Making of Pierre Bayle’s « Dictionnaire historique et critique » (Amsterdam, Utrecht 2001), p.47-54, et le commentaire de M. van der Lugt, « Pierre Bayle or the ambiguities » : Bayle, Jurieu and the « Dictionnaire historique et critique » (D. Phil. Oxford 2014), ch. 5 : « Round Two », § « Changements ».

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