Lettre 1705 : Pierre Des Maizeaux à Pierre Bayle

[Londres, mars-avril 1706]

 

Réponse de Mr. Des-Maizeaux à Mr Bayle,

contenant quelques éclaircissemen[t]s

sur la Vie de Mr de S[ain]t Evremond, etc.

 

Vous ne pouviéz m’obliger plus sensiblement, Monsieur [1], qu’en me communiquant les remarques que vous avez faites sur la Vie de Mr de S[ain]t Evremond  [2]. J’ai toujours été très éloigné du genie de ces ecrivains, qui, au lieu de reconnoître de bonne foi les fautes, qui leur sont echap[p]ées, s’imaginent sottement qu’il y va de leur honneur de n’en pas convenir ; et tâchent ensuite de les pallier par toutes sortes d’artifices. La bizarrerie du sort a bien pu me faire auteur ; mais elle ne sauroit me faire imiter, sur ce point, la plupart de mes confreres.

Vous êtes surpris que j’aie dit, que Mr d’Aubigny etoit neveu du comte de Lénox [3]. Cette inadvertence vous portera sans doute à croire, que j’ai écrit ce petit ouvrage un peu à la hate ; et je vous avouerai, Monsieur, qu’étant extrémement pressé par le libraire, et aiant d’autres affaires, j’envoiois les feuilles en Hollande, à mesure que je les composois, sans en garder même de copie. Il ne faudra pas être surpris, après cela, si le stile en est un peu négligé ; si j’ai passé trop légérement sur certaines choses ; si j’en ai, peut-être, omis d’autres ; si quelques endroits ne sont pas assez exacts, etc. Ne croiez pourtant pas, Monsieur, que je fasse cet aveu pour excuser les fautes qui se sont glissées dans cet ecrit. Vous allez voir, que je suis bien résolu, de ne leur faire aucun quartier.

Pour commencer par celle qui regarde Mr d’Aubigny, je vous prie de la corriger, en mettant, comme vous l’avez très bien remarqué, qu’il étoit oncle du dernier duc de Richemond et de Lénox. A la page 88, effacez depuis ces mots de la 2 e ligne, il couroit jusqu’à ceux-ci de la 15e ligne, il fut enterré et mettez à la place : « Quelque tems auparavant, il [4] avoit donné un volume manuscrit de ses ouvrages à Mylord Godolphin [5], grand thrésorier d’Angleterre, et un autre à Mr Silvestre. Il ne parla point de ses livres, ni de ses manuscrits, dans son testament ; mais après sa mort, ils furent remis à Mr Silvestre, par ordre de Mr le comte de Galway [6], qu’il avoit choisi pour son exécuteur testamentaire. Il mourut dans sa quatre vin[g]t dixieme année, s’il est vrai qu’il soit né dans le tem[p]s que je vous ai dit. Il fut enterré etc. »

Il y a trois choses à réformer dans l’endroit où je parle d’ Isaac Vossius [7]. 1) J’ai dit, que « le roi l’avoit appellé en Angleterre, dès l’année 1673, pour le faire chanoine de Windsor » : mais cela n’est pas exact. Je devois dire, qu’« il etoit venu, en Angleterre en 1670, où il avoit reçu le degré de docteur aux Loix ; et que le roi l’avoit fait chanoine de Windsor en 1673. 2) J’ai remarqué que « son doien, assisté du Dr W*** [8], ne put jamais l’engager à recevoir la communion, etc. » : et c’est ce que des personnes graves m’avoient assuré. Cependant, aiant fait de nouvelles recherches, j’ai enfin découvert, que ce refus de communier étoit chimérique. On ne le lui proposa pas seulement. Il étoit trop éloigné de la situation d’esprit qu’il faut, pour faire une action aussi sainte et aussi religieuse, que celle-la. Je vous prie donc, Monsieur, d’effacer dans votre exemplaire toute la période, dont je viens de rapporter le commencement. Vous pourrez, si vous voulez, y substituer les paroles suivantes : « Quelques soins, quelques precautions que l’on prit, on ne put jamais l’engager à reconnoitre en général les vérités de la religion chrétienne. Il s’obstina à garder là-dessus un profond silence. Et cependant, etc. » Au reste, je suis bien aise que vous approuviés la réfléxion que j’ai faite sur la sotte crédulité de Vossius, qui se piquoit d’être esprit fort [9]. J’ai toujours cru, qu’on ne pouvoit pas rendre un plus grand service à la religion, qu’en faisant voir le peu de discernement des incrédules. Ces Messieurs nient les vérités les plus assurées, pendant qu’ils donnent dans des préjugés, qu’un ecolier de philosophie auroit honte d’avouër. Hobbes avait peur des lutins [10] ; et Vossius goboit tout le merveilleux ridicule, qu’on pouvait attribüer à la Chine [11]. Selon lui, il n’y avoit point d’art, point d’invention, en Europe, dont les Chinois n’eussent une parfaite connoissances, depuis plusieurs milliers d’années, etc. 3) Enfin, j’ai noté à la marge de la même page, que Mr Vossius étoit mort à Windsor ; et cependant, il est sûr, qu’il mourut à Londres [12]. Mr Wood a fait la même faute dans son Athenæ Oxonienses [13].

Vous voiez par là, Monsieur, la difficulté qu’il y a de parvenir à la certitude des faits historiques [14]. Tous les soins, toutes les précautions, que l’on prend, pour ne rien dire que de véritable, n’empêchent pas qu’on n’y soit trompé fort souvent. Car, sans parler des fautes, qu’on peut faire soi-même, manque d’attention ou de mémoire, combien peu de gens y a-t-il dont le rapport soit fidèle ? Les meilleure guides s’égarent quelquefois eux-même ; et qu’est-ce que l’interêt, les préjugés et les passions ne déguisent pas ? Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que certains faits extraordinaires, qui ont dû faire de l’eclat, soient différemment rapportez par des auteurs contemporains ; niés par les uns et affirmez par les autres. La dispute des deux Raynolds  [15] est de ce genre. L’épigramme d’ Alabaster [16], qui les devait connoître particulierement, jointe au témoignage d’ Heylin [17], qui la rapporte et qui passe pour être fort exact sur ces sortes de choses, sembloit la mettre hors de doute. Cependant, Mr Wood l’a contredite [18], et vous me dites aujourd’hui « qu’après plusieurs discussions, vous avez trouvé que le fait regarde Guillaume Rainold, et un autre de ses freres ; mais non pas le fameux Jean Rainold, qui a été professeur en théologie. Vous avez, ajoutez-vous, une piece imprimée, qu’il écrivit à son frere Guillaume, où il y a bien des choses qu’il n’eût pas osé dire, s’il avait été quelque tem[p]s papiste, et s’il ne s’étoit converti qu’à cause des objections que Guillaume, alors protestant, lui auroit faites ». Enfin vous m’apprenez, qu’« aiant consulté l’oraison funebre, ou la vie de Jean Rainold, vous n’avez point trouvé qu’il eut jamais eté papiste, ni qu’il se fut converti apres avoir disputé avec un frere protestant [19] ».

Je n’ai présentement rien de nouveau à ajouter à ce que j’ai dit là-dessus, dans une des remarques sur le Colomésiana [20]. Je remarquerai seulement :

I. Que la double conversion de ces deux freres passe ici pour une tradition constante, et que des personnes d’une vaste lit[t]érature m’ont dit qu’elles n’en doutoient nullement.

II. Que supposé que ce fait ne regarde pas Jean Rainold, on ne devra pas non plus le rapporter à Guillaume, son frere, si on veut bien en croire le jésuite Persons [21], qui a donné toute une autre idée de la conversion de Jean au papisme.

Que ferons-nous donc de l’épigramne d’Alabaster ? Je n’en sai rien. Ce fait me paroît, à l’heure qu’il est, si embrouillé, que je ne vois pas comment on pourroit le démêler. Il y a de quoi exercer le critique le plus laborieux, et le plus aguerri. Je tacherai néanmoins de l’approfondir davantage, s’il m’est possible.

J’oubliois de vous dire, Monsieur, qu’il y a cinq ou six petites notes dans ce Melange, où je n’ai aucune part. Elles étoient dans les editions précédentes des pieces où elles se rapportent et je ne sai comment elles ont passé dans celle-ci. Les deux, dont vous me parlez, sont de ce nombre [22] ; et ainsi je vous prie de ne pas mettre sur mon compte les fautes, que vous y avez trouvées. Vous ne me feriés pas moins de tort, si vous croiiés que toutes les pieces qui composent ce recueil fussent de mon choix. Le libraire a jugé à propos d’y en mettre plusieurs, que j’avois rejettées. Il a voulu grossir le volume ; et peut-être s’est-il flat[t]é, que le plus grand nombre des lecteurs trouveront ces pieces-là aussi bonnes que les autres. Il auroit dû neanmoins en excepter cette maniere d’epitaphe, ou d’eloge funebre de Mr de Saint-Evremond, par le sieur de Mirabel [23], qu’il a fourré à la fin de sa Vie ; car, sans parler de l’esprit de libertinage qu’on y découvre, les pensées en sont si triviales et les vers si fort au-dessous du médiocre, qu’il n’y a pas d’apparence qu’elle trouve beaucoup d’approbateurs. Et qui est-ce, je vous prie, qui auroit le goût assez depravé, pour souffrir ces vers ?

En Angleterre il fut bien reçu des Savans,

Des Peuples, des Riches, des Grands ;

Et dans ce Beau Païs, ou règne, l’Abondance,

L’honnête Liberté, le Bon Gout, la science,

Saint-Evremond passa le reste de ses jours ;

Y fit de sa Raison un merveilleux Usage ;

Aussi bien de ces Jeux, des Plaisirs, des Amours.

C’etoit un Bel-esprit, un noble Personnage,

Un Homme Universel, un véritable Sage,

Un Auguste Vieillard détrompé des Erreurs,

Exempt sur tout des Craintes, des Frayeurs,

Qui tiennent les Humains dans un triste Esclavage,

Et les privent de l’Avantage,

De jouter en repos les riantes Douceurs.

Avec tout cela, je serois plus excusable d’avoir publié cette piece, apres avoir eu le malheur de la faire, que de lui avoir donné le jour, sans y avoir eu aucune part. Le même amour-propre, qui nous aveugle sur nos productions, nous fournit assez de lumieres sur celles des autres : et celui qui publie un méchant ouvrage qui n’est point de lui, est très capable d’en faire un infiniment plus mauvais.

Voila, Monsieur, quelques corrections, que vous aurez la bonté de marquer dans vôtre exemplaire de la Vie de Mr. de Saint-Evremond. Je vous prie des les communiquer à Mr *** [24], qui en fera un bon usage. Il n’est pas de ces curieux, qui n’ont que des bibliotheques de parade ; ni de ces savans, qui croiroient gâter un livre, s’ils chargeoient le texte de corrections, et les marges de remarques. Erasme n’avoit pas grande opinion de cette espece de savan[t]s. Neque, disoit-il à un de ses amis, hi mihi Libros amare videntur, qui eos intactos, ac Scriniis abditos servant : sed, qui nocturnâ juxta ac diurnâ Contrectatione sordidant, corrugant, conterunt : qui Margines passim Notulis, hisque variis, oblinunt : qui Mendi rasi Vestigium, quàm mendosam Compositionem malunt [25] . Un pauvre auteur a beau faire des errata, il a beau envoier des corrections à ces sortes de lecteurs, ce ne sera que de la peine perdue. Ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est que de cent lecteurs, il y en a quatre-vint dix-neuf, qui leur ressemblent.

Je finis, Monsieur, en vous suppliant de me communiquer les nouvelles remarques que vous aurez faites sur ce que je viens de publier. Vous ne saurés me donner des marques plus forte de vôtre amitié, comme je vous l’ai déjà dit. Je suis, etc.

Notes :

[1] La lettre est annoncée comme une lettre adressée à Bayle par l’intermédiaire de Jacques Bernard. Plus loin, Des Maizeaux demande à Bernard de communiquer sa lettre à Bayle (voir ci-dessous, n.24).

[2] Des Maizeaux répond à la lettre de Bayle du 19 janvier (Lettre 1695).

[3] Voir Lettre 1695, note critique c. Il s’agit de Ludovic Stuart d’Aubigny (1619-1665), l’ami de Port-Royal et de Saint-Evremond. Les Stuart d’Aubigny étaient établis en France depuis 1422, la seigneurie d’Aubigny (château de la Verrerie, Aubigny-sur-Nère) dans le Berry ayant été accordée à John Stuart de Darnley par Charles VII en récompense de son soutien contre les Anglais. Le grand-père de Ludovic Stuart d’Aubigny, Esmé Stuart, septième seigneur d’Aubigny, et premier duc de Lennox, était cousin germain d’ Henry Stuart, Lord Darnley, second époux de Marie Stuart. Le père de Ludovic, également nommé Esmé, était donc cousin issu de germain du roi Jacques VI d’Écosse, qui devint Jacques I er d’Angleterre. Par sa mère, Catherine de Balzac d’Entragues, Esmé était également cousin germain de Catherine Henriette de Balzac d’Entragues, maîtresse d’ Henri IV que celui-ci nomma marquise de Verneuil. Ludovic naquit à Londres, à March House, Drury Lane, le 14 octobre 1619, quatrième fils d’Esmé Stuart, huitième seigneur d’Aubigny, et de Catherine Clifton, fille de Sir Gervase Clifton. En février 1624, Esmé fut élevé à la pairie et succéda à son frère comme troisième duc de Lennox : il ne pouvait alors continuer à détenir la seigneurie d’Aubigny en tant que sujet français, et son second fils, Henry, fut choisi pour y succéder. Henry et ses frères cadets, George et Ludovic, furent envoyés à Aubigny pour y suivre une éducation catholique sous l’autorité de leur grand-mère, Catherine de Balzac d’Entragues, veuve du premier duc de Lennox, septième seigneur d’Aubigny. Ludovic y arriva en 1624. Il entra très jeune dans les ordres et exprima dès 1640 son ambition d’être cardinal. Son frère Henry, neuvième seigneur d’Aubigny, mourut à Venise et son frère George, qui héritait du titre, fut tué à la bataille d’Edgehill. Ludovic s’empara alors du titre, en 1643, écartant les droits de son neveu Charles, fils de George, qui n’avait que deux ans. En 1646, une plainte devant la Chambre des Lords aboutit à un accord à l’amiable. Quant aux ducs de Lennox, nous avons vu que le grand-père de Ludovic Stuart d’Aubigny, Esmé Stuart (1543-1583), septième seigneur d’Aubigny devint premier duc de Lennox en 1581 ; son fils cadet Esmé (1579-1624) succéda à son frère Ludovic (1583-1623) comme troisième duc de Lennox en 1623 ; son fils James (1612-1655) lui succéda en 1624, et le fils de ce dernier, Esmé (1649-1660) le suivit en 1655 ; ce dernier Esmé étant mort jeune, son cousin Charles Stuart (1639-1672) lui succéda au titre de duc de Lennox en 1660 : il fut, en effet, le neveu de Ludovic Stuart d’Aubigny. Sur la carrière de ce dernier, qui était un membre du cercle de Saint-Evremond à la fin de sa vie, voir le Dictionnaire de Port-Royal, s.v. (art. A. McKenna).

[4] Il s’agit évidemment de Saint-Evremond.

[5] Sidney Godolphin (1645-1712) s’était allié avec Robert Spencer (1641-1702), 2 e earl de Sunderland, du temps de Charles II et même après la mise à l’écart de Sunderland en 1681, Godolphin fut nommé Lord Treasurer. Lors de l’accession de Jacques II, il fut promu Lord High Treasurer, toujours allié politiquement avec Sunderland. La « Glorieuse Révolution » le mit en mauvaise posture et ses ennemis politiques ne manquèrent pas, par la suite, de l’accuser d’avoir pris le parti du roi Jacques. Cependant, Guillaume III avait trop besoin de fonds et trop confiance en la compétence financière de Godolphin pour l’écarter : il fut nommé à la commission des Finances, ce qui déclencha l’hostilité des Whigs, occasionnant même la démission éphémère de Godolphin en mars 1690. La confiance du roi Guillaume lui permit cependant de reprendre les rênes du Trésor au mois de novembre de la même année et il entra en même temps au Conseil privé du roi et au Conseil des neuf – des conseillers politiques de la reine Mary en cas d’absence de Guillaume. Sa responsabilité principale fut alors de financer les efforts militaires de Guillaume III : sa tâche fut immense et le conduisit à donner sa démission en 1696, non sans avoir gagné une expérience précieuse des mécanismes financiers du monde politique. Malgré les accusations de Lord Carmarthen et de l’historiographie ultérieure, superficielle, de Macaulay, il n’existe pas de preuves de la fidélité de Godophin à l’égard du roi Jacques II, et son statut politique s’améliora lorsque son fils Francis épousa Henrietta Churchill, la fille de Marlborough, en 1698. Rappelé au Trésor en 1700, Godolphin négocia la neutralité de la Suède dans la guerre de Succession d’Espagne. Poussé à la démission de nouveau en novembre 1701, Godolphin revint au devant de la scène après la mort de Guillaume III, le 8 mars 1702, et lors de l’accession de la reine Anne, qui appela Marlborough et Godolphin auprès d’elle. Godolphin fut de nouveau nommé Lord High Treasurer le 8 mai 1702 et détenait une autorité politique sans égale. Pendant huit ans, il devait combattre l’alliance de la France et de l’Espagne sous le règne du petit-fils de Louis XIV, le duc d’Anjou, Philippe V, en finançant les efforts militaires des alliés conduits par Marlborough, malgré la situation financière critique créée par l’administration très approximative du roi Guillaume, aggravée par les exigences de la guerre. Cette politique financière délicate exigeait également un jeu d’équilibre entre les partis des Torys et des Whigs, qu’il réalisa par son alliance avec Robert Harley. Les victoires militaires de Marlborough à Blenheim (Höchstädt) en août 1704 et à Ramillies en mai 1706 récompensèrent cette stratégie, malgré les lenteurs et les hésitations des alliés hollandais. La victoire de l’amiral John Leake à Barcelone en avril 1706, confirmant la prise de cette ville par Peterborough l’année précédente, semblait aller dans le même sens, mais la politique espagnole de Godolphin fut un échec lorsque les alliés portugais manquèrent à l’appel et Charles III se révéla un candidat indigne du trône. Mais les alliances de la politique intérieure, qui avaient poussé Godolphin à obtenir la nomination du Whig Charles Spencer (1675-1722), 3 e earl de Sunderland, comme secrétaire d’Etat, finirent par aliéner la reine et asseoir le pouvoir de Harley. Certes, allié de Marlborough, Godolphin devait obtenir le renvoi de Harley en février 1708, mais ce ne fut là qu’une victoire ponctuelle et limitée, fragilisée par les péripéties d’une guerre coûteuse. Les victoires de Marlborough à Oudenarde (juillet 1708) et à Ghent (janvier 1709) ne pouvaient compenser le désaccord entre Godolphin et Marlborough sur la stratégie à l’égard des alliés hollandais et de la poursuite de la guerre. Cette situation confuse devait profiter à Harley en 1710. Godolphin quitta la vie politique en août 1710 et mourut deux ans plus tard le 15 septembre 1712. Voir R.A. Sundstrom, Sidney Godolphin : servant of the State (Cranbury, N.J. 1992), et ODNB, s.v. (art. de R.A. Sundstrom, consulté le 8 décembre 2014).

[6] Henri de Massue (le fils), marquis de Ruvigny, devenu Lord Galway : voir Lettres 1026, n.7, 1080, n.5, et 1282, n.6.

[7] Sur Isaac Vossius (1618-1689), chanoine de Windsor en 1670, voir Lettre 13, n.4, F.F. Blok, Isaac Vossius and his circle. His life until his farewell to Queen Christina of Sweden, 1618-1655 (Gröningen 2000), et E. Jorink et D. van Miert (dir.), Isaac Vossius (1618-1689) between science and scholarship (Leiden 2012). Cette « réponse » de Des Maizeaux ne correspond à aucune remarque de Bayle dans sa lettre du 19 janvier (Lettre 1695) : Marchand semble avoir ajouté a posteriori une formule sur Vossius au manuscrit de cette dernière lettre pour annoncer et justifier la « réponse » de Des Maizeaux dans la présente lettre.

[8] Le doyen de Windsor en 1689, date de la mort de Vossius, était Gregory Hascard (?-1708), chanoine de Windsor de 1671 à 1684, puis doyen jusqu’à sa mort en 1708. Vossius avait connu également les doyens Bruno Ryves (1596–1677), doyen de 1660 à sa mort, John Durell (ou Jean Durel), doyen de 1677 à 1683, et Francis Turner (1637–1700), doyen de 1683 à 1684. Le « Dr W*** » est sans doute John Wickart, D.D. (?-1722), chanoine de Windsor de 1684 à 1722 et doyen de Winchester de 1693 à 1722. Il avait été également chapelain ordinaire de Jacques II en 1684. Il est possible aussi qu’il s’agisse de William Cave, D.D. (1637-1713), l’érudit célèbre par ses travaux sur la patristique et par sa querelle avec Jean Le Clerc, chanoine de Windsor à partir de 1684. Ce sont les deux seuls des douze chanoines de Windsor de l’époque d’Isaac Vossius dont le nom commence avec « W ». Cependant, nous ne savons pas sur quel témoignage Des Maizeaux fonde sa remarque : il se peut qu’il se soit trompé sur les termes et qu’il ait compris que le doyen était en compagnie du chanoine W*** alors qu’il s’agissait en fait du doyen de Windsor W[indesoriæ].

[9] Sur les opinions religieuses de Vossius, voir E. Jorink et D. van Miert, « Epilogue : Isaac Vossius in Context », in idem (dir.), Isaac Vossius (1618-1689) between science and scholarship, p.311-317, en particulier, p.313-316, qui soulignent son attitude rationaliste. Il recherchait toujours des explications naturelles des phénomènes – dans les limites de la science de son temps – et ses hypothèses sur le mécanisme de la nature ont pu parfois paraître naïves ou crédules. Sa méthodologie alliait la philologie des humanistes et la réflexion scientifique des « nouveaux philosophes » tels que Descartes et Huygens. Les auteurs du recueil cité ci-dessus évoquent d’après Niceron le mot célèbre de Charles II – tout en soulignant qu’il est mal authentifié : « This man believes everything as long as it is not in the Bible. / Cet homme croit tout ce que l’on veut pourvu que ce ne soit pas dans la Bible. » Voir Jean-Pierre Niceron (1685-1738), Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres dans la république des lettres, avec un catalogue raisonné de leurs ouvrages (Paris, 1727-1745, 8°, 43 vol.), xiii.127-144, ici p.133.

[10] Voir le DHC, art. « Hobbes (Thomas) », rem. N : « On a dit aussi qu’il avoit peur des fantômes et des démons. »

[11] Sur cette question, voir K. Davids, « In the shadow of Jesuits : Isaac Vossius and geography », in E. Jorink et D. van Miert (dir.), Isaac Vossius (1618-1689) between science and scholarship, p.189-206 ; T. Weststeijn, « Vossius’ Chinese Utopia », ibid., p.207-242.

[12] Des Maizeaux reprend cette remarque dans l’édition de la Vie de M. de Saint-Evremond dans les Œuvres meslées (Londres 1709, 4°, 3 vol.), i.XLIX : « Isaac Vossius mourut à Londres le 20 e de février 1688. Mr Wood s’est trompé lorsqu’il a dit dans son Athenæ Oxonienses qu’il était mort à Windsor. » Il soulève ainsi une question curieuse. Il semble bien qu’Isaac Vossius soit mort le 21 février 1689 (date grégorienne : le 11 février 1688 en style julien et selon l’année anglaise) à Windsor et qu’il y ait été enterré à la chapelle de Saint-George. Beverland semble le confirmer lorsqu’il déclare qu’il est venu pour assister Vossius au moment de sa mort. Nous avons même deux témoignages de Beverland : d’abord à Grævius : « Quondam tuus, nuperque meus hospes, postquam continuis lucubrationibus esset confectus (vigilabat per totas noctes usque ad ipsum mane) in sua initia resolutus est. In extremo conflictu vigens ei erat intellectus tantisque pollebat viribus ut tres strenui viri vix illum potuerint retinere in lecto. Ἀλώπεκος ægre restituebat istud depositum reposcenti ». Traduction : « Celui qui fut autrefois votre hôte, et récemment le mien, rendit l’âme après s’être épuisé en des travaux nocturnes continuels (il veillait toutes les nuits jusqu’au matin même). Dans son dernier combat on le sentait vigoureux et il avait tellement de force que trois hommes énergiques pouvaient à peine le maintenir dans son lit. Le renard [ alopex : en hollandais, vos] rendait difficilement le dépôt à celui qui le réclamait. » (minute autographe : Epistolæ familiares, La Haye, KB, ms 131 G 25, f.20 r-v ; copie de la lettre même, Oxford, Bodley, ms d’Orville 480, p.24-25). Ensuite, une lettre de Beverland au neveu de Vossius, Gerardus Johan le jeune, du 11 février 1689 [en style ancien] : « Cum Decanus Vindes[oriæ] illum in mortis confinio invisitaret urbaneque eum ad S[anctam] Coenam invitaret, dixit Vossius : Doceto quomodo possim meos colonos compellere ad solvendas suas pensiones. Hoc facito ! » traduction : « Lorsque le doyen de Windsor vit qu’il était aux confins de la mort et l’invitait à communier, Vossius dit : “Apprenez-moi comment je pourrais réunir mes métayers pour leur faire payer leur loyer. Faites [plutôt] cela !” » (minute autographe : Epistolæ familiares, La Haye, KB, ms 131 G 25, f.19 v) ; copie de la lettre même : Oxford, Bodley, ms d’Orville 480, p.23). Ces deux témoignages semblent indiquer Windsor comme lieu de la mort de Vossius. Cependant la copie de cette lettre de Beverland à Gerardus Joannes le jeune, datée du 11 février 1689 [en style ancien], composée alors qu’il était aux côtés du cadavre d’Isaac Vossius [ Adsideo cadaveri, nec exinde plus commoveor, ac si adsiderem dormienti / « je suis assis auprès du cadavre et je ne suis pas plus ému que si j’étais assis à côté d’une personne endormie »], indique Londres comme lieu d’envoi. De plus, Constantin Huygens le jeune désigne également Londres comme le lieu de sa mort : « Hoorde dat Vossius doot was, en te London gestorven, onder treckingen en convulsien » / « J’ai entendu que Vossius était mort, décédé à Londres, avec des contractions et des convulsions » : notation dans son Journal du 21 février 1689 : http://www.dbnl.org/tekst/huyg007jo.... Il y a une contradiction entre ces indices qui est soulignée par l’insistance de Des Maizeaux sur la correction à faire. Cette contradiction peut s’expliquer de plusieurs façons : on pourrait invoquer une erreur possible du copiste, mais il se peut aussi, par exemple, que Beverland ait composé sa lettre à Windsor mais qu’il ait adressé sa lettre de Londres sachant qu’il allait la confier à la poste à Londres, puisqu’il s’agissait d’une lettre internationale. Il reste à savoir néanmoins pourquoi Des Maizeaux était si fermement convaincu que Vossius était mort à Londres. Il est possible que Beverland – bien connu de Bayle et proche du milieu de Saint-Evremond que fréquentait également Des Maizeaux – lui ait montré la minute de sa lettre et que Des Maizeaux ait retenu l’adresse d’envoi. Nous ne saurions aller plus loin dans les hypothèses. Voir aussi Chaufepié, s.v., et ODNB, s.v. (art. de T. Seccombe, revu par F.F. Blok) ; R. de Smet, Hadrianus Beverlandus (1650-1716), non unus e multis peccator : studie over het leven en werk van Hadriaan Beverland (Brussel 1988), p.54, et surtout, du même, « Hadriani Beverlandi epistolæ XVII. Edition critique et commentaire », in R. Smet, H. Melaerts et C. Saerens (dir.), Studia varia Bruxellensia, Ad orbem græco-latinum pertinentia (Leuven 1990), p.29-56, ici p.43-47. Nous remercions Dirk van Miert, Karen Hollewand et Astrid Balsem pour leur aide dans l’enquête sur cette question.

[13] Anthony à Wood, Athenæ Oxonienses : an exact history of all the writers and bishops who have had their education in the most antient and famous university of Oxford (London 1691-1692, folio ; 2 e éd., London 1721, folio, 2 vol.). Il y a plusieurs allusions à Isaac Vossius dans cet ouvrage monumental – en particulier, à propos de son oncle, François Du Jon (Junius) le fils – mais aucune ne comporte de précisions concernant sa mort.

[14] Des Maizeaux reprend un des thèmes favoris de Bayle et, à l’instar de Bayle, combat le « pyrrhonisme historique », prétendant bien rectifier ses erreurs d’historiographie.

[15] Sur la « controverse » et la conversion réciproque des deux frères Reynolds , voir Lettre 1695, n.13.

[16] Sur l’épigramme de William Alabaster, voir Lettre 1695, n.17.

[17] Il s’agit certainement de Peter Heylin (1599-1662), auteur de l’ « Ecclesia restaurata », the history of the Reformation of the Church of England (3 e éd., London 1674, folio), et de l’ « Examen historicum », or a Discovery and examination of the mistakes, falsities and defects in some modern histories occasioned by the partiality and inadvertencies of their severall authours (London 1659, 8°). Moréri, art. « Rainold (Guillaume) », cite son témoignage mais ne donne pas la référence exacte, que nous n’avons pas réussi à préciser.

[18] Anthony à Wood, Athenæ Oxonienses (London 1691-1692, folio), i.233-235 : voir Lettre 1695, n.16.

[19] Nous n’avons su identifier cet ouvrage : voir Lettre 1695, n.18.

[20] Voir cette remarque de Des Maizeaux sur le Colomesiana, Mélange curieux, i.259.

[21] Robert Persons (ou Parsons) (1546-1610), supérieur des jésuites clandestins en Angleterre en 1580, auteur de De persecutione anglicana libellus (Rome 1582, 12°). Nous n’avons pas trouvé d’allusion à la conversion des frères Reynolds dans les ouvrages du Père Persons. Sur lui, voir P.J. Norris, Robert Parsons, S.J., (1546-1610) and the Counter Reformation in England : a study of his actions within the context of the political and religious situation of the times (thèse Ph.D. University of Notre Dame 1984 ; Ann Arbor 1988).

[22] Il s’agit des deux questions soulevées par Bayle concernant les Dialogues des morts attribués à Boileau-Despréaux – son Dialogue des héros de roman – et une erreur sur le duc de Longueville (et non pas d’ Orléans) : voir Lettre 1695, n.9 et 10.

[23] Mirabel, « Epitaphe, ou Eloge funèbre de Messire Charles de S[ain]t-Denis, chevalier, seigneur de Saint-Evremond », imprimé à la fin de la Vie de Saint-Evremond par Des Maizeaux dans le Mélange curieux (Amsterdam 1706, 120°, 2 vol.), i.[106-107] ; le même texte est publié dans les Œuvres meslées de Saint-Evremond (Cologne 1708, 4°), i.95-96.

[24] Bayle. Sur la fiction conventionnelle de la lettre adressée à Jacques Bernard, voir ci-dessus, n.1.

[25] Erasme, Opus Epistolarum Des. Erasmi Roterodami, éd. P.S. Allen, tome I : 1484-1514 (Oxford (1906) 1992), Lettre 31, p. 123 : « A mes yeux, les amateurs de livres, ne sont pas ceux qui les gardent cachés dans leurs coffres et ne les manipulent jamais, mais ceux qui, par un usage quotidien aussi bien que nocturne, les salissent en les feuilletant, les froissent, les usent, ceux qui remplissent les marges de toutes sortes d’annotations et préfèrent avoir un exemplaire raturé par leurs corrections plutôt qu’une édition propre mais pleine de fautes. »

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 196835

Institut Cl. Logeon