Lettre 1727 : Pierre Bayle à Jean Bruguière de Naudis

A Rotterdam chez Mademoiselle Vander-Meersch

le 5 e de septembre 1706

Pour repondre à votre lettre du 21 e de juillet dernier [1], je vous dirai M[onsieur] M[on] T[rès] C[her] C[ousin] qu’il y a si peu de seurté à confier des livres dont on veut faire present de 3 ou quatre cen[t]s lieues que par l’expérience que j’ai faite de l’infidelité des libraires et à cause de plusieurs autres dif[f]icultez, je n’ai pu juger à propos de vous envoier par Geneve mon Diction[n]aire [2]. La voie de la mer qui a ses dif[f]icultez parce que les maitres de navire veulent qu’on leur réponde des evenemen[t]s en cas qu’un livre soit de contrebande comme l’est en France mon Diction[n]aire, est fermée pendant la guerre qui est entre la France et la Hollande depuis quatre ans. Ne doutez point que si les dif[f]cultez avoient pu être surmontées, je ne vous eusse envoié ce livre et tous les autres que j’ai publiez.

Le livre sur les falsifications de la Bible de Geneve ne m’est con[n]u que par le Mercure galant [3], et je suis seur qu’il n’est con[n]u en ce païs ci que par ceux qui lisent ce Mercure dont le nombre est tres petit. Mais quand il seroit con[n]u à tous nos theologiens, je ne pense pas qu’aucun s’avisat de le refuter, car il ne trouveroit point de libraire qui voulut imprimer la refutation, les livres de controverse etant ici d’un rebut incroiable. Si l’on repond à ce livre-là, ce sera sans doute à Genève.

Je suis ravi d’ap[p]rendre votre attachement à l’etude et je vous rends mille vœux en echange de ceux que vous faites pour ma santé. /

J’ai recu deux lettres de notre ami de l’Ile de Ré datées du camp devant Turin, et j’ai repondu à l’une et à l’autre [4]. J’ai seu par la derniere qui est du 11 e d’août que vos deux fils [5] se portoient bien, ce qui m’a donné une extreme joie. Dieu veuille que depuis ce tem[p]s là jusques à la fin du siege ils soient preservez des coups à quoi le metier les expose. J’ai ecrit à un colonel d’infanterie qui a été autrefois mon disciple [6], et je lui ai recommandé fortement tant l’oncle que les neveux. Il sert au siège de Turin et il est fort con[n]u à la Cour et dans les armées. Je suis infiniment redevable au souvenir de Madame la marquise d’Usson [7], et je vous prie de lui marquer que je l’honore autant que son merite le demande[,] c’est-à-dire, infiniment. Je ne suis point surpris qu’elle soit contente de votre puiné [8] ; il se rend digne de son ap[p]robation sans doute par son esprit et par son assiduité à cultiver le disciple qu’on lui donne à elever.

Je n’aurois peut-etre jamais seu sans votre lettre la route que le roi d’Espagne et son armée ont tenuë depuis la levée du siège de Barcelonne [9]. Les nouvelles que l’on recoit ici de Paris, je veux dire les gazettes de Paris, imprimées et manuscrittes [10] ont gardé un profond silence là dessus aussi bien que le Mercure galant. La France a besoin de la paix : ses ennemis se soucient peu que la guerre dure ou qu’elle finisse. C’est une charge qui ne leur pèse point sur les epaules, et qui leur donne de frequen[t]s sujets de faire des feux de joie, à quoi l’on est si sensible en ce païs ci qu’il n’y a point de depense que l’on ne soit prêt à faire avec plaisir à ce prix là. Le / seul moien de degouter de la guerre les ennemis de la France seroit qu’ils n’eussent que de mauvais succès.

Je publiai l’année passée la 2 e et la 3 e partie de la Reponse aux questions d’un Provincial [11], et c’est là que j’ai repoussé les attaques de trois fameux ministres, Mr Bernard, auteur des Nouvelles de la rep[ublique] des lettres qui s’impriment tous les mois à Amsterdam, Mr Jaquelot chapelain du roi de Prusse, et Mr Le Clerc, professeur au college des arminiens à Amsterdam [12]. Si ma santé me le permet il me faudra rentrer en lice [13], car Mr Jaquelot a sous la presse une replique qu’il m’a faite [14], Mr Bernard fait imprimer aussi une replique [15] et Mr Le Clerc vient de produire ses [der]nieres defenses [16]. Je fais actuellement imprimer le 4 e tome de la Reponse au Provincial où je refute ce que Mr Bernard a critiqué dans le 2 e tome de la Continuation des pensées diverses [17]. Nos ministres refugiez ecrivent peu : Mr Basnage acheve son Histoire des juifs [18] qui contiendra 6 tomes in 12. Je vois par les Mémoires de Trévoux que Mr l’eveque de Mirepoix n’a pas ecrit nommement contre lui, mais en general pour expliquer les dif[f]icultez que les nouveaux convertis peuvent avoir sur les dogmes de l’Eglise romaine [19], et s’il trouve que Mr Basnage ait fait quelque remarque spécieuse, il l’examine.

Adieu mon tres cher cousin ; j’embrasse de tout mon cœur ma cousine votre epouse, et ma cousine votre fille, et vous souhaite à tous une infinité de prosperitez.

 

A Monsieur / Monsieur le Maître de la poste / de Toulouse / Pour faire tenir à Monsieur de / Naudis, au Carla au comté de / Foix / A Toulouse •

Notes :

[1] Cette lettre de Jean de Naudis ne nous est pas parvenue.

[2] Bayle avait envoyé un exemplaire de la première édition du DHC par la « voie de Genève » à Claude Nicaise et le paquet avait, en effet, mis très longtemps pour parvenir jusqu’à Dijon : voir Lettre 1237, n.13, 1249, n.10, 1287, n.12, 1348, n.17, 1393, n.2, 1377, n.5, 1393, n.2, et 1407, n.2. Naudis avait déjà reçu la première édition ; il s’agit ici évidemment d’un exemplaire de la deuxième édition.

[3] Mercure galant, mai 1706, p.83-87 : « Mr Jollet, imprimeur-libraire, demeurant sur le Pont Saint-Michel, au Livre royal, a mis depuis peu en vente un livre intitulé : Recüeil des falsifications que les ministres de Genêve ont faites dans l’Ecriture Sainte, en leur derniere traduction de la Bible, avec les motifs pour lesquels il paroist qu’ils les ont faites. Et la refutation de leurs excuses sur ces faits [Paris 1706, 12°]. Mr l’abbé [Zacharie] Chardon de Lugny [1643-1733], nommé par le Roy et le clergé de France pour les controverses, est auteur de cet ouvrage, qui est dedié à Messieurs de la République de Genêve. Il leur met devant les yeux une infinité de falsifications de l’Ecriture, faites par leurs ministres ; et il démontre, d’une maniere à n’en pouvoir pas douter, l’infidelité de ceux-cy. Cet ouvrage a tant de force, qu’il peut toucher les protestan[t]s, et confirmer les nouveaux réünis dans les bonnes dispositions où la révocation de l’Edit de Nantes les a fait entrer. L’auteur combat les principes de la prétenduë Reforme jusque dans ses fondemen[t]s, et fait connoistre qu’il entend parfaitement bien la controverse. Il attaque de toutes les manieres les ministres protestan[t]s : il leur fait des défis, et leur reproche avec beaucoup de feu, qu’ils ont toûjours évité de venir conferer avec nos controversistes : ce qu’il regarde comme une preuve de leur foiblesse. Il fait voir enfin qu’ils sont bien éloignez d’avoir la pure parole de Dieu dans leurs Bibles, comme ils le pretendent, puisqu’elles sont pleines de changemen[t]s et d’additions qu’on y a faits en divers temps ; et que même on en a retranché les textes les plus formels et les plus ruïneux pour le protestantisme. Mr Chardon se declare le deffenseur de nostre Bible vulgate ; et les raisons qu’il rapporte pour en soûtenir l’autorité sont décisives. La lecture de ce traité de controverse peut estre tres-utile à tous les catholiques zelez, puisqu’outre plusieurs traits d’une érudition fort recherchée, il renferme une source de consolation pour eux, et des principes propres à fortifier leur foy. D’ailleurs l’ouvrage est écrit avec beaucoup de pureté, et d’une maniere fort interessante. »

[4] Aucune lettre de Gaston de Bruguière ne nous est connue ; la dernière lettre de Bayle à son cousin de l’île de Ré date du 4 décembre 1698. Le siège de Turin durait depuis le 14 mai 1706 et allait prendre fin lors de la bataille du 7 septembre (deux jours après la date de la présente lettre), car le prince Eugène et Victor-Amédée II de Savoie devaient mettre en fuite les forces françaises.

[5] Nous ne connaissions que deux fils de Jean Bruguière de Naudis : Charles et Claude Jean-François : voir Lettre 427, n.46, mais dans la suite de ce paragraphe Bayle fait allusion au fils puîné de Naudis, précepteur d’un enfant de la famille d’Usson : Naudis aurait donc eu trois fils, dont l’aîné et le cadet servaient dans l’armée française au siège de Turin ; le puîné, Charles, protégé de Bonrepaux, séjournait à Paris et revenait parfois – sans doute avec son protecteur – au pays du Carla.

[6] Cette lettre de Bayle est perdue. Nous ne saurions identifier le capitaine d’infanterie, autrefois « disciple » (élève) de Bayle. Bayle avait été en contact avec Lenoir de Hinlee à Sedan en 1679, mais il ne s’agit certainement pas de lui dans la présente lettre : voir Lettre 651, n.1. La question est intéressante, car nous ne connaissons pas un grand nombre des anciens élèves de Bayle : Johan van Zoelen, le neveu de Paets, élève à Sedan (Lettre 195, n.3) ; Adam de La Basoge, baron de Heuqueville, élève à Sedan (Lettre 289, n.11) ; Le Jeune, élève à Sedan (Lettre 478, n.1) ; Antoine de Guiscard, élève à Sedan (Lettre 1675, n.4) ; Jan Vroesen, auteur du Traité des trois imposteurs, élève à Rotterdam (Lettre 943, n.8) ; Jean Brutel de La Rivière, neveu d’Etienne Chauvin, élève à Rotterdam (Lettre 1733, n.3) ; James Vernon fils, élève à Rotterdam (voir James Vernon père à William Blathwayt, le 4/15 mai 1693 : lettre inédite publiée en annexe du présent tome de notre édition). De ceux-ci, seul Antoine de Guiscard a été militaire et a pu être désigné comme un « colonel d’infanterie », mais il s’était engagé du côté des Alliés et n’aurait eu aucune influence utile à l’oncle ou aux neveux de Bayle. Le colonel d’infanterie en question ne peut donc être identifié selon l’état actuel de la documentation.

[7] Il s’agit sans doute de la mère de Jean-Louis d’Usson de Bonnac, Esther de Jaussaud, veuve de Salomon d’Usson, marquis de Bonnac (mort en 1698) : voir Lettre 1378, n.8, 1638, n.1 et 17, et 1690, n.5.

[8] Le fils puîné de Naudis, Charles, aurait donc été précepteur d’un enfant que lui aurait confié la marquise d’Usson : c’était une famille très étendue et cet enfant est difficile à identifier précisément. Il s’agit sans doute ici d’un petit-enfant de François d’Usson, mais nous ne saurions guère aller plus loin. Rappelons que Joseph Bayle avait été autrefois le précepteur de Claude-François, marquis de Bonnac, et de son frère Jean-Louis de Lastours, tous deux fils de Salomon d’Usson : voir Lettre 221, n.9. Charles de Bruguière, protégé de Bonrepaux, revenait sans doute avec son protecteur au pays du Carla. On peut penser que c’est de sa fille – ou même de sa petit-fille, puisqu’elle est née en 1737 – qu’il est question dans le Journal encyclopédique, juillet 1766, p.90-97 : « Eloge de Madame Bruguière de Lavaysse, petite nièce de Bayle ». Celle-ci naquit au Carla en 1737 ; sa mère mourut peu après sa naissance et son père quelques mois plus tard ; elle fut élevée chez les sœurs de sa mère. « Dès sa plus tendre enfance elle se montra digne, par ses talents et par son caractère vraiment philosophique, du célèbre Bayle son oncle. La grammaire françoise, la géographie et la musique furent les jeux de son enfance ; à douze ans elle connoissoit les ouvrages de Bayle, et sans en adopter toutes les opinions et tous les paradoxes, elle sçavoit discerner ce qu’ils renferment d’utile d’avec ce qu’ils contiennent de dangereux ou de hardi. » Elle se lia avec le fils du « célèbre M. Lavaysse, avocat au parlement de Toulouse », mais le frère de son fiancé étant enveloppé dans l’accusation de la famille Calas, il fut emprisonné, puis relâché lors de la découverte de l’innocence de la famille. Elle épousa alors son fiancé, mais celui-ci, ébranlé par les malheurs de son frère, mourut peu après. M me Bruguière de Lavaysse se retira alors chez ses tantes et poursuivit ses lectures. « Elle sçavoit presque par cœur les Eléments de la philosophie de Newton. La langue latine commençoit à lui être familière ; on pouvoit la comparer à l’illustre Mad. la marquise du Châtelet, que M. Voltaire avoit formée ; c’étoit un disciple qu’il acquéroit à 100 lieues de lui : elle lui écrivoit quelquefois. On a retrouvé une réponse de M. de Voltaire, qui commence ainsi : “vous avez droit à mes hommages par l’immortel Bayle, dont vous êtes la nièce, et encore plus par votre mérite et par votre esprit”. Elle mérita cet hommage, en composant un ouvrage sur le fanatisme. Elle écrivit l’histoire de ses malheurs, ou plutôt des malheurs d’autrui devenus les siens, et peut-être ces manuscrits verront-ils le jour. » (p.95-96). « Tous les habitants du Carlat la chérissoient et la révéroient. » Elle tomba malade et fut portée chez M me de Sénovert, sa belle-sœur ; elle mourut au mois de mars 1766. Cet article, qui témoigne d’une ambition hagiographique certaine mais qui se fonde sur des faits historiques, fut traduit en allemand et publié dans le Hannoverisches Magazin, n° 73 du vendredi 12 septembre 1766, p.1153-1160. Nous remercions Christine Jackson-Holzberg de nous l’avoir signalé. La lettre de Voltaire existe, en effet, adressée à Jeanne-Marie Lavaysse, née Bruguière, le 13 décembre 1763 : « au château de Ferney en Bourgogne, par Genêve 13e [décem]bre 1763. Si je n’étais pas depuis longtemps malade, Madame, et menacé de perdre entièrement la vue, j’aurais certainement répondu plutôt à la lettre dont vous m’avez honoré. Vous avez de grands droits à mes hommages par l’immortel Bayle dont vous êtes parente, et par un mari qui portait le nom de Lavaisse, nom devenu si cher pour m[oi par] l’avanture des Calas, et par l’abominable jugement [de] Toulouse. Mais vous en avez encor d’avantage par [votre] esprit et par vos sentiments. Je voudrais être à portée de vous témoigner ceux que vous m’inspirez. La grande distance qui nous sépare, et le triste état où je suis, ne me laissent pas l’espérance de jouïr d’un commerce aussi agréable que le vôtre, mais si vous avez quelques ordres à me donner, je tâcherai de vous prouver par mon éxactitude les respectueux sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Madame, vôtre très humble et très obéïssant serviteur Voltaire gentilhome ord. de la chambre du roy. » ( Electronic Enlightenment Correspondence, Bodleian Libraries, Université d’Oxford, 2008-20015, consulté le 19 février 2015).

[9] Après la victoire du siège de Barcelone en septembre 1705, Charles III, le candidat Habsbourg des alliés au trône d’Espagne – rival du candidat Bourbon, Philippe V, soutenu par la France – fit de Barcelone la capitale de son gouvernement. De son côté, Philippe V appela Louis XIV à l’aide et amassa des troupes à Zaragoza sous le commandement du duc de Berwick ; il prit lui-même la tête de son armée pour reprendre Barcelone, accordant le sous-commandement au maréchal de Tessé – ce qui, aux yeux des historiens anglais, constitua une grave erreur de jugement. Ils entrèrent en Catalogne le 8 mars 1706 à la tête de plus de vingt mille hommes. Du côté des alliés, Peterborough organisait la résistance et conseilla à Charles III de se rendre au Portugal et de marcher sur Madrid à la tête de vingt-cinq mille hommes, les forces françaises de ce côté étant bien moindres, mais le jeune prince refusa de suivre ce conseil et resta parmi les Catalans qu’il exhorta à la résistance avec une grande ferveur religieuse. Peterborough rassembla les miquelets, dirigés par le comte de Cifuentes, avec quelque deux mille soldats d’infanterie et six cents cavaliers dans les collines environnantes. Ralenties par le harcèlement des miquelets, les troupes françaises arrivèrent au début du mois d’avril devant Barcelone, où elles furent rejointes par le duc de Noailles, commandant des troupes de Roussillon, et par trente vaisseaux de guerre sous le commandement du comte de Toulouse. Les troupes du maréchal de Tessé reprirent Montjuïc et dirigea le tir des canons sur Barcelone. Peterborough ne pouvait tenir avec ses maigres forces et attendait les renforts que devait lui apporter Stanhope, qui commandait les troupes amenées par la flotte de l’amiral John Leake, celles-ci devant être secourues par l’arrivée d’autres troupes commandées par l’amiral Byng. Leur arrivée fut, en effet, déterminante et le comte de Toulouse dut gagner le large face à une flotte très supérieure à la sienne. Le maréchal de Tessé hésitant quant à l’attaque de la ville de Barcelone, l’arrivée des troupes de Stanhope rendit cette option également impossible et le siège fut aussitôt levé, le 11 mai 1706. Philippe V dut se réfugier à Perpignan, avant de se rendre ensuite, au mois de juin, en passant par Pampelune, à Madrid. Les batailles avec les alliés pour la possession de la capitale devaient durer plusieurs mois. Entre temps, le 23 mai, Marlborough remporta la victoire de Ramillies : tous les Pays-Bas espagnols reconnurent Charles III comme souverain et Marlborough comme gouverneur. Même désarroi des Français en Italie, après la défaite de Turin : ils étaient en mauvaise posture. Les négociations traînaient en longueur, mais la situation devait évoluer de façon décisive en septembre 1709 lors de la bataille de Malplaquet et en décembre 1710 avec la défaite des alliés à Brihuega et à Villaviciosa en Espagne : la cause de Charles III était désormais perdue et le trône de Philippe V sauvé. En 1711, Charles devint l’empereur Charles VI après la mort soudaine de son frère Joseph : les perspectives et le jeu des alliances furent totalement bouleversés. Voir P. Stanhope, History of the war of the Succession in Spain (2 e éd., London 1836), ch. V, p.173-218 ; J. Hélie, Les Relations internationales dans l’Europe moderne : conflits et équilibres européens 1453-1789 (Paris 2008), ch. 9.

[10] Outre la Gazette française et le Mercure galant, Bayle suivait apparemment les « lardons » et les nouvelles manuscrites : voir F. Moureau, Répertoires des nouvelles à la main. Dictionnaire de la presse manuscrite clandestine, XVI e-XVIII e siècle (Oxford 1999).

[11] Sur la publication de la RQP, voir Lettres 1611, n.4, 1736, n.4-5, et 1740, n.8.

[12] Sur la bataille entre Bayle et les trois « rationaux », Bernard, Jaquelot et Le Clerc, voir Lettres 1656, n.11, 1667, n.7 et 10, 1683, n.5 et 11, 1717, n.19, 1723, n.8.

[13] Nouvelle annonce des Entretiens de Maxime et de Thémiste, que Bayle avait sans doute déjà commencé à composer à cette date. Ils ne devaient paraître qu’après sa mort, en 1707 : voir Lettres 1651, n.9, 1740, n.13, et 1743, n.12.

[14] Sur cette nouvelle attaque de Jaquelot, Examen de la théologie de M. Bayle [...] (Amsterdam 1706, 12°), voir Lettre 1655, n.8, 1656, n.13, et 1704, n.2 ; cet ouvrage devait être recensé par Jacques Bernard dans les NRL, octobre 1706, art. III. Jaquelot devait aussi répondre aux Entretiens de Maxime et de Thémiste par sa Réponse aux entretiens composés par M. Bayle contre la conformité de la foy avec la raison, et l’examen de sa théologie (Amsterdam 1707, 12°).

[15] Jacques Bernard avait déjà publié des comptes rendus de la CPD : NRL, février 1705, art. I, et mars 1705, art. III ; et de la RQP, dans les NRL, janvier 1706, art. IV, février 1706, art. II. Il devait publier dans les NRL, janvier 1707, art. I, février 1707, art. II, mars 1707, art. II, avril 1707, art. III, mai 1707, art. IV, et juin 1707, art. III, un compte rendu très long et très critique de la RQP, tome IV. En juillet 1707, il ajoute une « Dissertation où l’on fait voir, par l’idée que l’on donne d’une société toute composée de vrais chrétiens, qu’elle seroit très propre à se maintenir ; quoiqu’entourée de peuples ou infidèles, ou chrétiens à la mondaine » (art. IV), nouvelle critique des Pensées diverses de Bayle. Il revient sur la RQP, tome IV, dans les NRL, août 1707, art. III, et septembre 1707, art. IV. En octobre 1707, il propose un compte rendu favorable de la Réponse de Jaquelot aux Entretiens de Maxime et Thémiste de Bayle (art. II). Après ces dix mois de polémique soutenue, Bernard considère que la victoire est acquise et met fin à son attaque.

[16] Dans la Bibliothèque choisie, Le Clerc avait publié de nombreuses défenses de Cudworth : voir Lettre 1656, n.11, 1667, n.7 et 10, et 1683, n.5 et 11. Il avait recensé l’ouvrage de Jaquelot, La Conformité de la foy avec la raison : tome VI (1705), art. VI p.412-427, et l’ Examen de la théologie de Mr Bayle, ibid., tome XI (1707), p.401-408, ainsi que sa Réponse aux « Entretiens » composez par Mr. Bayle, contre la « Conformité de la foi avec la raison », et l’« Examen de sa théologie », ibid., tome XIII (1707), p.416-418 (et celle de La Placette, ibid., p.415-416). Il s’était aussi attaqué directement à Bayle : « Remarques sur ce que Mr Bayle a répondu à l’art. IV du tome V de la Bibl. choisie, dans l’Histoire des ouvrages de savans, art. VII du mois d’août 1704 », ibid., tome VI (1705), art. VII, p.422-427 ; « Défense de la bonté et de la sainteté divine, contre les objections de Mr. Bayle », ibid., tome IX (1706), art. III, p.103-171 ; « Remarques sur les chap. CLXXIX et CLXXX des Réponses de Mr Bayle aux questions d’un Provincial », ibid., art. X, p.361-386 ; « Remarques sur la réponse pour Mr. Bayle au sujet du III e et X e article [du 9 e tome] de la Bibliothèque choisie », ibid., tome X (1706), art. VIII, p.364-426. Les attaques de Le Clerc ne devaient pas s’arrêter après la mort de Bayle : « Défense de John Locke contre Mr Bayle », ibid., tome XII (1707), p.105-123 ; et de très longues et très agressives « Remarques sur les Entretiens posthumes de Mr Bayle, contre la Bibliotheque choisie », ibid., tome XII (1707), p.198-386.

[17] Bayle, RQP, tome IV (Rotterdam, Reinier Leers 1707, 12°), paru en novembre 1706 : il s’agit de la III e partie ( OD, iii.897-988) ; les §§IX-XXIX sont consacrés à la critique des commentaires de Jacques Bernard sur la CPD.

[18] Sur cet ouvrage de Jacques Basnage, voir Lettre 1631, n.18-19.

[19] Voir les Mémoires de Trévoux, avril 1706, art. XXXIX, p.554-564 : « Instructions pastorales de Monseigneur l’evêque de Mirepoix, aux nouveaux réünis de son diocéze sur l’eucharistie (Toulouse 1705, 4°) ». Il s’agissait de Pierre de La Broue (1644-1720), évêque de Mirepoix depuis 1679 ; proche de Port-Royal, il devait opposer en 1714 un Mandement à l’ Instruction pastorale des quarante prélats de l’assemblée qui cherchaient à imposer la bulle Unigenitus. En 1717, il devait se joindre à l’appel de Charles-Joachim Colbert de Croissy, évêque de Montpellier, de Pierre de Langle, évêque de Boulogne, et de Jean Soanen, évêque de Senez.

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