Lettre 1740 : Jacques Basnage à Adrien Maurice, duc de Noailles

[Rotterdam,] le 23 [décem]bre 1706 Monseigneur J’ap[p]rends dans ce moment que vous estes de retour à Versailles et vous voulez bien me permet[t]re de vous faire souvenir de moy. Je me suis donné l’honneur de vous ecrire à Perpignan, mais je n’ay osé continuer parce que les nouvelles publiques nous apprenoient que vous estiés occupé par des af[f]aires importantes [1] que je craignois de vous importuner par mes longues lettres. Vous n’estes peutestre pas plus en repos à la Cour, mais je ne laisse pas de profiter de cette circonstance pour renouveler les assurances de mon respect. Je voudrois que la paix dont on parle fort icy [2] se fit, afin de vous procurer une tranquillité que vous ne pouviez gouter dans les emplois que Sa Majesté vous a confiez et que vous soutenez si glorieusement, mais elle n’est pas aisée à faire cette paix. Les nations qui doivent y entrer ont des interets si differen[t]s qu’on auroit besoin d’une personne aussy intelligente et aussy habile que vous pour concilier les esprits. La maison de Noailles s’est distinguée par un grand nombre d’ambassades et de negotiations delicates, mais celle-cy serait le couronnement, si vous en estiez chargé, parce que je suis persuadé que[,] con[n]oissant parfaitement les interets de l’Espaigne et aiant un esprit plein d’equité[,] vous feriez sans peine la juste balance de l’Europe qu’on cherche depuis longtemps sans pouvoir la trouver. /

On a imprimé • cette année un assés grand nombre de bons livres. M. le baron de Spanheim, ambassadeur en Angleterre[,] y a fait faire une • nouvelle edition de ses Medailles [3]. Au lieu d’un in quarto il y a deux volumes infolio dans cette nouvelle edition dont le premier tome vient de paroitre[.] Il y a inseré un grand nombre de remarques qui marque [ sic] qu’il a toujours une grande presence d’esprit à l’age de 76 ans[.] On ne peut pousser plus loin l’erudition sur cette matiere qu’il a fait. Si vous souhaitez un extrait de cet ouvrage • j’en feray un que je vous envoieray, si vous ne me donnez plus tost l’ordre d’acheter l’ouvrage pour vous.

On a rimprimé en ce pays l’ Onomasticon de Pollux [4] qui estoit devenu si rare et on y a ajouté un grand nombre de remarques et de dissertations qui le rendent plus curieux. Ce sont diverses mains qui y ont travaillé, mais elles n’en sont pas moins bonnes, car l’une a decouvert ce qui est echap[p]é à l’autre. Il y a pourtant un defaut, c’est que les autheurs de la pluspart de ces dissertations sont allemands et l’erudition qui vient de ce pays-là sent toujours le terroir.

On vient de publier aussy la Notitia orbis antiqui de Cellarius [5]. C’est un professeur de Hall[e] qui entend parfaitement les langues orientales et qui donna au public il y a quelques années des remarques sur les Samaritains [6], mais • il s’est attaché depuis à ce qui regarde la geographie. • Voicy le plan de son ouvrage. Il en distingue trois parties[ :] l’une regarde la geographie ancienne jusqu’à Constantin, c’est cette premiere partie qui vient de paroitre. Il examine avec beaucoup d’exactitude tout ce que Ptolomée et Strabon ont dit sur cette matiere • et les corrige souvent par le temo[i]gnage des autres autheurs qu’il a compilez et on peut dire qu’il ne manque à la premiere partie qu’un plus grand nombre de cartes et un peu plus d’etendue, car les passages qu’il cite se trouvant entassez les uns sur les autres, sans estre liez par quelque raisonnement fatiguent beaucoup les lecteurs et demandent une grande attention. Il promet une seconde partie de la geographie du Moyen Age depuis Constantin jusqu’au dixieme siecle et en suite il finira par celle du Bas Age qui sera moins difficile parce qu’on a beaucoup plus de secours.

Nos scavan[t]s de ce pays sont aux mains sur l’origine du mal et la Republique des Lettres se trouve partagée sur cette question que les philosophes persans, egyptiens, • grecs et latins ont agitée, sans pouvoir la resoudre. M. Bayle a donné lieu à cette • controverse [7] en avouant qu’on ne pouvoit repondre aux manicheens qui ont admis deux principes, l’un bon et l’autre mauvais, qu’en se retirant derriere l’Ecriture Sainte • et en soumettant sa raison à la foy. Il a traité • / amplement cette matiere dans l’article des « Pauliciens » et c’est ce qui luy met aujourd’huy un si grand nombre d’ennemis sur les bras. M. Bernard autheur des Nouvelles de la république des lettres a commencé à le chagriner par quelques extraits qui ne luy estoient pas avantageux [8] et dans lesquels il a fait intervenir d’autres questions • que M. Bayle a traitées dans ses Reponces aux questions d’un Provincial. • Il a rejetté le sentiment de toutes les nations sur l’existence de Dieu et a soutenu • que le • fait estoit faux, que tous les peuples du monde crussent qu’il y avoit un Dieu, mais quand il seroit veritable et qu’on pourroit en estre assuré, la preuve[,] dit M. Bayle[,] ne seroit pas bonne, parce qu’il faudroit demeurer à meme temps d’accord que l’idolatrie est une de ces verités naturelles qu’on ne peut rejetter, puisque presque toutes les nations ont cru la pluralité des dieux ou adoré la creature avec le createur et le plus grand nombre n’a pas toujours raison.

M. Jacquelot [9][,] autheur d’un Traité de l’existence de Dieu et de quelques Dissertations sur le Messie[,] est venu ensuite attaquer de front le • principe de M. Bayle par un livre intitulé L’Accord de la foy avec la raison. Il a pretendu lever les difficultez qui naissent de la profondeur de nos mysteres et satisfaire aux objections des prophanes. Ce premier traité a esté suivy d’un autre qui a pour titre La Religion de M. Bayle[.] Ce titre ap[p]rend assés que l’autheur se bat en retraite et qu’en mettant à quartier la religion • il se reduit à convaincre personnellement M. Bayle de n’estre pas orthodoxe. En effect c’est le fort de ce dernier livre • dans lequel on a recueilly tous les endroits du Dictionnaire de M. Bayle qui peuvent donner une • idée desavantageuse de sa foy et persuader qu’il ne se fait un bouclier [10] de l’Ecriture Sainte [que] pour se mettre à couvert des traits des theologiens et rire en seureté des succés de ses objections.

M. Le Clerc [11] est • entré dans la dispute avec beaucoup de chaleur et ne laisse plus echap[p]er aucun volume de sa Bibliotheque universelle ny aucun des ouvrages qu’il manie, sans lancer quelque trait contre M. Bayle. Ce dernier ne se tient pas en repos. Ne Hercules quidem contra duos [12], mais M. Bayle fait face à tout. • A peine un volume a[-t-]il paru contre luy qu’il • publie rapidement une reponce. Il est attaqué d’un mal de poitrine et d’une consomption qui le tuera, mais il consacre ses derniers jours à ces combats [13] et veut, malgré la mort qui le talonne, demeurer le dernier sur le champ de bataille. Si natura negat facit indignatio versum [14], la verité est que sa philosophie ne se soutient pas assés dignement dans ces disputes[ :] il s’echauf[f]e et il salit son papier par des injures qui marquent que son cœur est violem[m]ent emu. Ses ennemis • attaquent sa personne d’une maniere odieuse et M. Jurieusilicernium vetus [15] n’a pas laissé de reprendre la plume et de demander dans Le Philosophe de Rotterdam / qu’on le condamne à estre brulé comme un impie [16]. Et si les autres ne vont pas jusqu’au feu, ils n’oublient rien de ce qui peut le rendre odieux. J’avoue que M. Bayle a tort de se plaire à faire des difficultez et à leur donner un tour nouveau au lieu de travailler à les resoudre. Il chicane sur les preuves de la divinité l’une apres l’autre, à meme temps qu’il proteste qu’il faut estre fou pour ne convenir pas de son existence et de ses perfections [17]. Il refute le spinosisme et le manicheisme comme des erreurs monstrueuse[s], mais à meme temps il develop[p]e les endroits foibles de la religion chretienne avec tout l’art dont il est capable, mais la plus part de ses ennemis ne paroissent irritez contre luy que parce qu’ils ont cru que leur semipelagianisme estoit fort propre à lever toutes les difficultez sur la cause du mal et qu’ils s’apercoivent qu’il • n’est pas plus à l’epreuve des coups de l’heretique que notre sentiment. Ces M[essieur]s s’imaginoient qu’avec la liberté d’indif[f]erence et leur grace suffisante ils pouvoient parer à tout. M. Bayle les a chassez de ces deux retranchemen[t]s[.] • Ils en ont esté surpris et jaloux de leur systeme [18][,] ils en ont pris la defence avec chaleur.

Je vous ay fait, Monseigneur, un detail peutestre trop long de cette af[f]aire, mais j’ay cru que vous ne seriez pas faché de vous epargner la lecture de tant de livres et de vous instruire d’une question qui fait aujourd’huy tant de bruit. Vous estes, Monseigneur, une de ces personnes equitables qui conservez de l’estime pour le grand genie de M. Bayle, à meme temps que vous rejettez ce qu’il y a de mauvais et d’impur dans ses ecrits. On a tort de vouloir abreger sa vie • car je crains qu’elle ne finisse avant qu’il ait donné le troisieme tome de son Diction[n]aire [19].

Si vous m’ordonnez, Monseigneur, de vous envoier ces livres et ceux qui paroissent[,] je m’acquit[t]eray de vos ordres avec beaucoup de plaisir. Je prends • la liberté, Monseigneur, de vous en presenter un qui vient de paroitre et qui porte mon nom. C’est une Histoire des juifs pour servir de sup[p]lement à Joseph [20], car je ne la commence qu’à J[ésus] Christ. J’explique leurs dogmes, leurs rites, leurs ceremonies. Je les suis dans toutes leurs dispersions de siecle en siecle en Orient et en Occident. C’est un terroir plein d’epines que je me suis donné la peine de defricher : difficiles nugæ [21], mais j’ay cru que cela estoit necessaire afin de donner plus de jour à l’ Histoire des heresies • anciennes à laquelle je travaille [22], parce que la pluspart sont sorties du judaisme et l’ouvrage a grossy insensiblement sous la plume jusqu’à six petites volumes in 12 • Je vous prie, Monseigneur, de les accepter comme une marque de mon respect[.]

Je suis, Monseigneur, votre tres humble et tres obeissant serviteur Basnage A Rotterdam ce 23 e [décem]bre 1706

Notes :

[1] Au cours de l’année 1706, le duc de Noailles fut promu lieutenant général des Armées du Roi et eut le commandement en chef des troupes qui étaient sur le frontière de Catalogne, du côté du Roussillon. Il avait l’ambition de reprendre l’initiative après la chute de Barcelone aux mains des alliés conduits par Peterborough (voir Lettre 1688, n.2). Voir le récit des actions de Noailles dans la Gazette, nouvelles de Perpignan du 14 février 1706, de Figuières du 16 février, de Paris du 20 février, de Perpignan du 1 er mars, de Madrid du 3 mars et du 4 juin, de Paris du 17 avril, de Versailles du 4 juin, et dans L’Esprit des cours de l’Europe, avril 1706, p.383 sqq.

[2] La paix ne devait se faire qu’en 1714 par le traité d’Utrecht. Basnage pense à la paix sans doute dans la perspective de l’échec du siège de Turin par les Français en mai 1706 et aux pertes que leur avaient infligées les troupes conduites par le prince Eugène et par le duc Victor-Amédée II de Savoie, puisque les troupes françaises durent alors se retirer du Piémont. Il se peut aussi qu’il se souvienne des négociations conduites par Yves d’Alègre, prisonnier aux Provinces-Unies et négociateur plénipotentiaire de la France avec les alliés : voir Lettre 1721, n.5. Le cours de la guerre devait cependant se retourner déjà au mois d’avril 1707 par la victoire des troupes franco-espagnoles conduites par le duc de Berwick à Almansa sur les troupes des alliés commandées par Lord Galway et par le marquis des Minas.

[3] Ezéchiel Spanheim, Dissertationes de præstantia et usu numismatum antiquorum. Editio nova [...] (Amstelædami, R. et G. Wetstenios 1706, folio). Ezéchiel Spanheim devait mourir en 1710 et le deuxième volume de cette nouvelle édition fut préparé par Isaac Verburg (1680-1745) : Dissertationum et usu numismatum antiquorum volumen alterum, in quod relatum est quidquid pertinet ad illustrationem rerum romanorum opus posthumum [...] editum [...] ab Isaaco Verburgio (Amstelædami, R. et G. Wetstenios 1717, folio).

[4] Julius Pollux, Onomastikon, éd. Joannes Henricus Lederlin and Tiberius Hemsterhuis (Amsterdam, 1706).

[5] Christoph Cellarius (1638-1707), Notitiæ orbis antiqui sive Geographia plenioris tomus alter Asiam et africam antiquam exponens Christophorus Cellarius ex vetustis probatisque monimentis collegit, et novis tabulis geographicis, singulari cura et studio delineatis illustravit. Adjectus est index copiosissimus rerum et locorum (Lipsiæ 1706, 4°).

[6] Cellarius, Collectanea historiæ Samaritanæ, quibus præter res geographicas, tam politia hujus gentis, quam religio et res litteraria explicantur (Cizæ 1688, 4°).

[7] Allusion à la bataille de Bayle avec les théologiens rationalistes Isaac Jaquelot, Jacques Bernard et Jean Le Clerc, provoquée par les articles « Manichéens » et « Pauliciens » du DHC, puis par ses critiques d’ Alexis Gaudin et de William King dans la RQP. Voir Lettres 1619, n.12, 1656, n.7, 9, 11, 12 et 13, 1667, n.7 et 10, 1683, n.5, et 1727, n.16 ; E. Labrousse, Pierre Bayle, ch. XII, ii.346-386 ; Jean-Pierre Jossua, Pierre Bayle ou l’obsession du mal (Paris 1977) ; G. Mori, Bayle philosophe, p.81-87.

[8] Jacques Bernard, NRL, juin 1702, art. IV : compte rendu du DHC, 2 e édition (Rotterdam 1702, folio, 3 vol.) ; novembre 1703, art. IV : compte rendu de la RQP, tome I (Rotterdam 1704, 12°) ; février 1705, art. I, et mars 1705, art. III : compte rendu de la CPD (Rotterdam 1705, 12°) ; janvier 1706, art. IV : compte rendu de la RQP, tome second (Rotterdam 1706, 12°) ; février 1706, art. II : compte rendu de la RQP, tome III (Rotterdam 1706, 12°). A ces « extraits » concernant les œuvres de Bayle s’ajoutent ceux des ouvrages de Jaquelot : mars 1705, art. IV : compte rendu de Jaquelot, Conformité de la foi avec la raison [...] Amsterdam 1705, 8°) ; octobre 1706, art. III : compte rendu de Jaquelot, Examen de la théologie de Mr. Bayle [...] (Amsterdam s.d. [1706], 12°).

[9] Sur la part de Jaquelot dans ce débat, voir Lettre 1651, n.8 et 9, et 1656, n.12.

[10] Bayle avait utilisé cette expression « bouclier de la foi » dans la deuxième édition du DHC, art. « Charron (Pierre) », rem. L : Charron dénonce la superstition populaire en soulignant que tous les hommes se vantent à tort d’avoir une religion qui vient de Dieu : « Il faut que les religions soient apportées et baillées par révélation extraordinaire et céleste, et prises et reçues par inspiration divine, et comme venant du Ciel. Ainsi aussi disent tous qui la tiennent et la croient, et tous usent de ce jargon, que non des hommes, ni d’aucune créature, mais de Dieu. Mais à vrai dire, sans rien flatter ni déguiser, il n’en est rien. Elles sont, quoi qu’on dise, tenues par mains et moyens humains. [...] si vous lui objectez qu’il fait des remarques qui donnent atteinte à la religion, et qui témoignent qu’il était plus persuadé de la force de ses remarques que des vérités qu’elles attaquent, il peut vous répondre : Je serais tel que vous dites, si je me réglais sur les petites lumières de ma Raison ; mais je ne me fie point à un tel guide, je me soumets à l’autorité de Dieu, je captive mon entendement à l’obéissance de la foi. » Et Bayle conclut : « ces paroles lui peuvent servir de bouclier contre tous les traits de ses ennemis ». La formule même de « bouclier de la foi » était très courante dans les controverses théologiques depuis l’ouvrage de Pierre I Du Moulin, Bouclier de la foy, ou Défense de la confession de foy des églises réformées du royaume de France (Charenton 1618, 8°), qui connut de nombreuses éditions ultérieures.

[11] Sur les attaques de Le Clerc contre Bayle dans le cadre de ce débat, voir Lettre 1656, n.11, 1667, n.7 et 10, 1683, n.5 et 11, et 1727, n.16.

[12] « Hercule lui-même contre deux adversaires (n’y arriverait pas) ».

[13] En effet, Bayle devait mourir cinq jours plus tard, sans avoir achevé ses Entretiens de Maxime et de Thémiste.

[14] Juvénal, Satires, I, v. 79 « Si la nature lui en refuse le don, c’est l’indignation qui dictera au poète ses vers. »

[15] « vieux cadavre ambulant ».

[16] Plusieurs passages du dernier livre de Pierre Jurieu, Le Philosophe de Rotterdam, accusé, atteint et convaincu (Amsterdam 1706, 8°), appelaient au châtiment de l’athée : « Je ne doute pas qu’on pût trouver dans les livres de ce personnage incomparablement plus de preuves de son athéïsme. Mais nous croyons que cela suffit. Ceux qui ne se laisseront pas ouvrir les yeux sur cette vérité par nos preuves, ne méritent pas que nous leur en donnions davantage : car ce sont des aveugles volontaires, et par conséquent incurables. Mais ce qui nous reste à faire, c’est de lever deux ou trois voiles qu’il a répandus sur son athéïsme pour le rendre invisible aux simples : il n’ignore pas que quelque grand que soit le relâchement de severité dans ce siecle, on n’en est pas encore venu à regarder l’athéïsme avec indifference. Il est encore punissable par les plus severes peines. Il n’y a pas encore long-temps qu’on brula vif à Paris un de ces malheureux nommé Petit. C’est pourquoy, quand le Dictionnaire historique et critique fut soûmis à l’examen par les conducteurs de l’Eglise de Rotterdam, il n’y eut bassesses, faux sermen[t]s, promesses frauduleuses, et feintes humiliations, qu’il n’ait employées pour éviter le jugement et la condamnation de ses impietez. Il promit tout ce qu’on voulut [...] Et de tout cela il n’en a pas tenu la moindre chose : pour tout ecrit de rétractation il fit imprimer une douzaine d’exemplaires d’une demi feuille de galimathias, qui ne contenoit aucune retractation, mais seulement des excuses palliatives [...]. » (art. V, éd. Paris 1997, p.191-192). « Je suis persuadé que toutes les raisons contenuës dans ce dernier article et dans le precedent, sont capables de faire voir clairement que nôtre philosophe ne soûmet la raison à la foy, et ne nous renvoye à la grace, que pour éviter les justes peines que les loix imposent aux athées. » (art. VII, éd. citée, p.224). « C’est assez, à mon avis, poursuivre cet homme [...]. Ainsi, las de parler de luy, je conclus que tous les écrits qui ont été faits en faveur de l’impieté, ne sont pas à beaucoup près aussi pernicieux que les écrits de cet homme. L’auteur du livre des Trois imposteurs, si l’ouvrage a jamais été au monde, ou s’il y est encore, les ecrits de Vaninus athée, qui fut brûlé à Toulouse, ceux de Hobbes, et enfin ceux de Spinoza, et de tous les spinosistes, n’ap[p]rochent pas du poison des ecrits de nôtre philosophe pour plusieurs raisons. » (art. IX, éd. citée, p.251-252).

[17] Dans les Entretiens de Maxime et de Thémiste, s’exposant de nouveau aux accusations d’athéisme par ses attaques contre la théologie rationaliste des ses adversaires, Bayle restait fidèle au « fidéisme » des Eclaircissements.

[18] Basnage prend ses distances par rapport au fidéisme de Bayle et également par rapport à la théologie rationaliste de ses adversaires. G. Cerny, Theology, politics and letters at the crossroads of European civilization : Jacques Basnage and the Baylean Huguenot refugees in the Dutch Republic (Dordrecht 1987), suppose un accord parfait entre Bayle et Basnage mais ne traite pas en profondeur cet aspect de la théologie de Basnage, se contentant de citer un propos d’ E. Labrousse sur son rationalisme « un peu plat », Cependant la rivalité entre la théologie rationaliste et le « fidéisme » – qui fondait également le débat sur le statut du « zèle » – était au cœur du débat religieux au Refuge. Voir sur ce point E. Argaud, Une affinité paradoxale. Epicurisme et augustinisme dans la pensée de Pierre Bayle, thèse de doctorat (Université de Saint-Etienne 2015 ; Paris 2017).

[19] Basnage songe sans doute au Supplément promis, qui, en effet, ne devait jamais paraître ; mais il commet une confusion entre la première édition du DHC de 1697, qui ne comportait que deux volumes, et la deuxième édition de 1702, qui en comportait trois.

[20] Sur cet ouvrage de Basnage, voir Lettre 1631, n.18-19.

[21] difficiles nugæ : « bagatelles laborieuses ». L’expression se trouve chez le poète Martial, Epigrammes, II, 86, v. 9, qui dénonce le temps perdu à des niaiseries.

[22] Sur ce projet de Basnage, qui ne devait pas aboutir, voir Lettre 1631, n.18.

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 196482

Institut Cl. Logeon