Lettre 103 : Pierre Bayle à Jacob Bayle

[Paris,] le samedy 13 juillet 1675

Je ne doutte pas qu’un homme aussi curieux que vous ne fut bien aise de recevoir souvent de mes lettres, si bien que ma plus forte passion etant celle de contribuer à vos plaisirs, vous avez lieu de penser que je vous écrirai bien de fois. J’ai naturellement l’inclination portée à faire de longues lettres, et j’ay veu le tems que je ne croiois pas qu’on se peut lasser de cet exercice. Je suis revenu de cet erreur, neantmoins je suis toujours personnage à longues missives, et si je suis petit parleur, je suis en recompense prolixe ecrivain. Vous allez vous imaginer que je me suis fait violence pour devenir taciturne, et qu’en cela j’ay deferé à cette foule d’adages, et de preceptes moraux que l’Antiquité nous a laissez à la recommandation du silence. Ce n’est rien moins que cela. Je demeure d’accord qu’il faut se savoir taire en tems et lieu, mais à cela pres, je trouve tres heureux les grands parleurs, et malheureux ceux qui parlent peu. Car on ne concoit presque jamais bonne opinion d’un homme qui ne dit rien. Ave muda non haze aguero, dit l’espagnol, un oiseau muet ne fait point d’augure. Que ceci soit dit pour vous temoigner que je voudrois avoir donné bonne chose, et etre grand discoureur, au lieu de faiseur de longues epitres. Pour vous dire donc d’où vient que je ne parle guere (car il ne faut pas vous laisser en suspens là dessus) il faut savoir que c’est pour la raison que Montagne allegue de ce qu’il n’importunoit pas le monde, à force de causer à toute outrance [1]. Cette raison c’est le defaut de memoire, joint à beaucoup de paresse. Mais s’agissant de vous ecrire, je ne suis pas faché d’aimer à etre prolixe, car pour repondre à vos deux dernieres, il ne faut pas etre en possession de n’ecrire que des billets. Il est vrai que je pourrois presque me passer de vous repondre, puisque Mr Martel [2] sait un si grand nombre de choses, que quoi que je sois à Paris je ne suis qu’un petit filet d’eau en comparaison de la feconde et grande source qu’il fait voir en province. Il sera s’il luy plait mon chancellier pour cette fois, et vous dira amplement ce que je ne ferai que toucher en 2 mots...

C’est à l’Université d’Oxford que le chancelier Hide qui mourut à Rouen l’hyver dernier [3], a remis le commentaire de Mr Petit sur Joseph [4]. / Cette Université celebre a publié une / belle histoire de sa fondation, de ses progrez et de toutes ses aventures, où elle n’a pas manqué de consacrer la memoire de tous ses mecenes [5]. Elle a aussi donné le catalogue de sa bibliotheque qui fait un gros in fol[io] et pour temoigner sa gratitude envers celui qui donna commencement à lad[i]te bibliotheque, lequel s’appeloit Bodlei, elle a fait voir le jour au catalogue sous le nom de Bibliotheca Bodleiana  [6]. Mais afin de n’oublier aucune partie de sa reconnoissance, elle a pris soin de marquer le nom de Seldenus [7], à chaque livre qui appartient à la bibliotheque que ce grand homme laissa à l’Université d’Oxford. Ce Seldenus dont il s’agit, et qui est si connu par ses ouvrages, et surtout par celui de De diis syris  [8], si utile à ceux qui veulent bien connoitre la nature des fausses divinitez dont l’Ecriture fait mention ; Seldenus, dis-je, a laissé 16 m[ille] volumes pour augmenter la bibliotheque d’Oxfort. Depuis le chevalier Digby l’a enrichie de 6 000 manuscrits [9]. Mr Justel à qui cet illustre corps a fait presenter un exemplaire de son catalogue accompagné d’un beau compliment, est pour imiter un jour le chevalier Digby, et peut etre meme Seldenus.

• Je crois que vous avez receu la demi-douzaine de Journaux de savans que j’ai fait partir [10]. J’oubliai de marquer au sujet de Mr Gallois, qu’il etoit à* Mr Sale (precepteur de ses enfans, ou telle autre chose) du tems que le Journal se debitoit sous le nom de Mr de Hedouville, et je ne doutte pas qu’il ne fut de part à le composer avec son maitre [11]. Je suis bien aise que vous ayez veu les ouvrages de Palavicin [12]. Ce miserable homme fut la victime de ses satyres, puisqu’à la fin elles l’ont fait pendre. Depuis sa mort on a donné les veilles de son ame [13], et on m’ecrit de Geneve que les 2 qui restent de sept qu’on promettoit, sont sous la presse. On croit meme que la continuation de son Divorce céleste paroitra dans peu [14].

Il y a dans cette republique un nommé Leti [15], Italien converti, qui ecrit assez bien, mais trop flatteusement pour la Cour de Rome. Ce qui fait qu’on le regarde plutot comme un transfuge que comme un proselyte. Il y a 2 ans qu’il fit imprimer en deux tomes in 12° Il viaggio della corte di Roma [16]. Le 1er volume explique un prodigieux / detail* de ceremonies qui s’observent à la creation des papes et des cardinaux, à la tenue des consistoires, congregations, chapelles, conclaves, etc. à l’audience que les papes ou le sacré college donnent aux ambassadeurs, et en diverses autres rencontres. Il traitte de toutes les charges de la Cour de Rome, des legats a latere, des cardinaux patrons, camerlingues, penitentiers, des auditeurs de rote, etc. Le 2 tome contient un abrégé de l’histoire des antipapes, et de tous les princes qui ont eté excommuniéz en divers tems. J’ay leu cet ouvrage avec quelque plaisir, car il m’a appris bien des choses que j’aurois long tems ignorées. Tout ce qui m’en desplaisoit, c’est qu’un homme qui vit à Geneve comme un rat* en paille soit si partial pour la Cour de Rome.

• Je vous parlerai une autrefois du Mercure fr[ancois] [i]. En cas que la lettre qui accompagne les journeaux n’explique pas asses distinctement ce qui regarde les Memoires concernant les arts et les sciences ; voici ce que j’y ajoute. Mr Denys commencea de donner ces memoires le mois de mars 1672 et n’en donnoit que deux fois le mois. Il continua quelque tems sur ce pied*, ensuitte il se contenta de communiquer au public les conferences de philosophie qui se tiennent ches luy les mecredys de chaque semaine. Il n’en a fait imprimer que 14 [17]. Elles sont tout à fait belles, il en est l’original, et ce n’est pas un extrait des experiences de Londres [18]. Comme ces sortes d’ecrits n’ont à proprement parler aucune division, on ne peut pas dire qu’ils fassent tant ou tant de tomes. Chacun les fait relier comme il l’entend.

• La question que vous me faites sur le Schorus digestus  [19], me met en defaut. La pensée qui me vint fut que c’etoit peut etre l’abrégé de quelque gros lexicon intitulé Schorus du nom de son autheur, et qu’à cause du bon ordre auquel on l’avoit mis, on disoit Schorus digestus , comme on dit Chamierus contractus  [20]. Mais cette conjecture est fort imaginaire. Si j’avais quantité de livres, je pourrois deterrer cette affaire là, mais 10 ou 12 volumes font toute ma bibliotheque. Ainsi je ne sai plus où j’en suis. Nous autres gens de peu de memoire, nous sommes comme un aveugle qui a perdu son baton, dés que nous sommes sans livres. Les libraires de la religion* [21] m’ont promis de cercher les livres que vous / souhaittés. Quant aux Academiciens receus depuis Mr Pelisson [22], voici à peu pres comme ils s’appellent. Mr l’abbé de Chaumont [23] garde de la bibliotheque du Louvre et depuis 3 ans, eveque de Dacqs. Mr Cotin [24]. Mr le cardinal d’Etrée eveque de Laon. [25] Mr de Perefixe [26] precepteur du Roy, et archeveque de Paris finalem[en]t, Mr Renoüard [27], s[ieu]r de Villayer. Mr Boileau [28], autre que celui qui a fait les Satyres. Mr l’abbé Cassaigne [29] qui a fait un poeme sur Henry 4 et traduit depuis peu les livres de Ciceron, De l’orateur. Mr Furetiere [30], abbé de Chalivoi. Mr de Segrais [31] qui a fait une belle traduction de l’ Eneide . Mr Le Clerc [32] avocat en parlement. Mr le duc de St Aignan. [33] Le comte de Bussi Rabutin [34] si connu • pour les Amours des Gaules. L’ abbé Testu. [35] Mr Tallemant [36] prieur de St Albin, autre qui celui qui a traduit Plutarque. Mr Boyer [37] (on m’a dit que lui et Mr Le Clerc sont d’Alby. Vous pouvez l’averer mieux que moi). Monsieur Colbert. [38] Mr le Marquis d’Angeau [39], descendu par femmes du grand Du Plessis Mornay, et autrefois de la religion*. Mr l’archevêque de Paris d’à present de la maison de Harlay [40]. Mr Bossuet [41] ancien eveque de Condom et precepteur de Mr le Dauphin. Mr Perrault [42] dont je vous ai parlé dans ma precedente*. Mr de Benserade [43]. Mr Gallois [44]. Mr Racine [45]. Mr Flechier [46] une des meilleures plumes de France, comme il paroit par sa traduction de la vie du cardinal Commendon. J’ay leu de luy l’oraison funebre de feuë Madame de Montausier si exaltée* dans les ecrits de Voiture sous le nom de Mademoiselle de Rambouillet. Et Mr Huet [47] dont j’ay à vous dire deux mots puisque vous le souhaittez. C’est un des plus savans hommes de France. Il a donné au public toutes les oeuvres d’ Origene, un beau livre latin de la maniere de bien traduire, avec un examen de presque toutes les traductions qui se sont faittes jamais. Outre la savante lettre de l’origine des romans, de laquelle il me semble vous avoir autrefois parlé [48]. Il est de Caen et non pas de Rouen ; autrefois fort cheri de Mr Bochart, mais ils se brouillerent enfin à peu pres comme Platon et Aristote [49]. Il est sous-precepteur de Mr le Dauphin.

Je salue la maison de Mr Ynard  [50] de tout mon cœur.

Notes :

[1] Voir Montaigne, Essais, i.9, p.35.

[2] Thomas Martel, l’avocat, qui habitait Montauban à cette date.

[3] Edward Hyde, earl of Clarendon (1608-1674), le grand historien et homme d’Etat, chancelier de Charles II, avait été banni d’Angleterre en 1668 et s’était exilé en France ; il mourut à Rouen le 9 décembre 1674.

[4] Samuel Petit (1594-1643), ministre protestant, fut admis en 1614 aux fonctions pastorales et attaché à l’Eglise de Nîmes. Il fut nommé professeur de grec au collège des Arts de Nîmes en 1615 et en devint principal en 1627. Il mourut épuisé par ses labeurs. Il semble que ses Conjecturæ in Flavium Josephum soient restées à l’état manuscrit dans la bibliothèque bodléienne. Elles furent utilisées, cependant, dans une édition des œuvres de Josèphe publiée en 1720 : voir Flavii Josephi Opera quæ reperiri potuerunt omnia. Ad codices fere omnes cum impressos tum Manuscriptos diligenter recensuit, nova Versione donavit, et Notis illustravit Joannes Hudsonius, S.T.P. Aulæ B. Mariæ Virginis Principalis, et Protobibliothecarius Bodleianus. Duobus Voluminibus (Oxonii 1720, folio, 2 vol.). Les Notae Librorum ex quibus profecimus de l’éditeur comprennent, au numéro 17, « Variantes Lectiones Schedarum Peirescianarum, quas Sam. Petitus notaverat in Commentariis MSS. in Bibliotheca Bodlejana adservatus ».

[5] Antony à Wood (1632-1685), Historia et antiquitates uinversitatis Oxoniensis, duobus voluminibus comprehensæ (Oxonii 1674, folio). Plus tard, le JS du 9 septembre 1675, parlera de ce livre. Cette histoire est une traduction latine, pleine d’erreurs, de l’original anglais, dont le texte, ou l’un des textes, ne fut publié qu’à la fin du siècle : The History and antiquities of the colleges and halls in the University of Oxford, éd. J. Gutch (Oxford 1786, 3 vol.).

[6] Catalogus impressorum librorum Bibiothecæ Bodlejanæ in Academie Oxoniensi. Cura et opera Thomas Hyde e coll. Reginæ Oxon. Protobibliothecarii (Oxonii, e Theatro Sheldoniano, 1674, folio) : voir le JS du 7 décembre 1675, p.267. Thomas Hyde (1636-1703) orientaliste et hébraïsant, professeur d’hébreu à Oxford, est l’auteur d’une célèbre Historia religionis veterum Persarum eorumque Magorum (Oxonii 1700, 4°).

[7] John Selden (1584-1654), juriste, historien et parlementaire britannique célèbre.

[8] J. Selden, De Diis Syris syntagmata. II Adversaria nempe de numinibus commentitiis in veteri instrumento memoratis. Accedunt quæ sunt reliquæ Syrorum. Prisca porro Arabum, Ægyptorum, Persarum, Afrorum, Europeorum item theologia subinde illustratur (Londini 1617, 8°) ; voir NRL, juin 1685, art. IV.

[9] Sir Kenelm Digby (1603-1665), converti au catholicisme lors d’un voyage en France en 1636, avait donné deux ans plus tôt à la Bibliothèque bodléienne quantité de manuscrits précieux.

[10] Voir Lettres 98, p.201, et 101, p.210.

[11] Voir Lettre 98, n.15 et 16.

[12] Ferrante Pallavicino (1618-1644), chanoine de Latran fort jeune et sans vocation, auteur satirique italien dont la notoriété doit beaucoup à sa fin tragique. Dans quelques ouvrages, il s’en prit à la Cour de Rome, au népotisme d’ Urbain VIII et aux Barberini en général, ce qui irrita vivement le souverain pontife. Pallavicino vivait dans la sécurité relative de Venise, mais fut attiré en France par un agent du pape et traîtreusement amené dans le Comtat venaissin ; il y subit un dur emprisonnement et fut finalement décapité en Avignon peu avant la mort d’ Urbain VIII. Bayle consacre un court article à Pallavicino dans le DHC ; celui qui le concerne dans le Dictionnaire historique, ou Mémoires critiques et littéraires (La Haye 1758-59, folio, 2 vol.) de Prosper Marchand est substantiel. Marchand y observe (rem. C, n.34) que, par inadvertance, dans l’article « Savonarola » du DHC, rem. M, in fine, Bayle écrit, comme ici, que Pallavicino finit pendu, alors que dans l’article « Pallavicino », il avait correctement indiqué que le malheureux satirique, qui appartenait à une famille noble, avait eu la tête tranchée. Le sbire qui avait causé la perte de Pallavicino fut assassiné à Paris, quelques années plus tard, apparemment par un ami de l’écrivain soucieux de venger celui-ci. Mazarin évita que le meurtrier fût poursuivi. Sur Pallavizino et ses ouvrages, voir G. Spini, Ricerca dei libertini. La teoria dell’impostura delle religioni nel Seicento italiano (Roma 1950 ; 2 e éd. Firenze 1983, p.192-195 et 265-293).

[13] L’Anima di Ferrante Pallavicino divisa in sei vigilie. Ultima impressione (Villafranca 1643, 12°). Comme l’observe Prosper Marchand (rem. D), le millésime de l’adresse bibliographique est erroné, car il est fait mention dans l’ouvrage du pape Innocent X ; le livre est de 1644 et la mention « Ultima impressione » est certainement une fiction. L’auteur probable de l’ Anima est le Vénitien Giovanni Francesco Loredano (1606-1661), ami de Pallavicino. En dépit de son titre, l’opuscule ne renferme qu’une seule « veille ». Il en comportera une seconde, assez vraisemblablement par un autre auteur, dans les Opere scelte de Pallavicino (Lione 1664, 12°, 2 vol.). Dans l’édition de Colonia 1675, 12°, l’ Anima compte six « veilles », dont les quatre dernières proviennent probablement d’un troisième auteur anonyme. Ce que tous ces petits pamphlets ont en commun, c’est la vigueur de leurs critiques à l’encontre de la Cour de Rome, des jésuites, etc. Le premier seul roule sur le sort tragique de Pallavicino.

[14] Il divortio celeste, cagionato dalla dissolutezza della sposa romana, et consacrato alla simplicità de’ scropolosi christiani (Villafranca 1643, 12°). Il en parut vite une traduction française : Le Divorce céleste causé par les dissolutions de l’espouse romaine, et dédié à la simplicité des chrétiens scrupuleux, fidelement traduit d’italien en françois (Villefranche 1644, 12°). La plupart des bibliographes admettent l’attribution du livre à Pallavicino. Les attaques de celui-ci contre la Cour de Rome réjouissaient les protestants, et Villefranche, comme Villafranca, désignent d’une manière à peine voilée, Genève, lieu d’impression réel de ces ouvrages. L’édition du Divorzio celeste dont Bayle annonce ici la parution, procurée par Gregorio Leti (voir n.15) est la suivante : Il Divorzio celeste. Cagionato dalle dissolutezze della Sposa Romana. Diviso in Trè Tomi (Regunea [Ginevra] 1679, 12°). Le premier tome est de Ferrante Pallavicino, les deuxième et troisième tomes de Giovanni Gerolamo Lamberti (voir Lettres 118, n.17, et 124, p.346). Le deuxième tome porte comme sous-titre Il processo de’ Bastardi di quella [Sposa Romana] et le troisième, Il Concorso di varie Chiese allo sposalizio di Cristo.

[15] Gregorio Leti (1630-1701), polygraphe italien converti au protestantisme, un temps installé à Genève, s’établit par la suite en Hollande, où il devint le beau-père de Jean Le Clerc et connut Bayle. Sur ce pittoresque personnage, voir G. Spini, Ricerca dei libertini, la teoria dell’impostura delle religioni nel Seicento italiano (Roma 1950), p.250-69 et 278-85, et aussi E. Haase, « Gregorio Leti und seine Critica delle Loterie  », Romanische Forschungen, 68 (1956), p.346-376 ; D.S. Camillocci, « Un regard libertin sur la Réforme et les réformateurs : la fin conrtroversée du séjour de Gregorio Leti à Genève », in L. Burnand et A. Paschoud (dir.), Espaces de la controverse au seuil des Lumières (1680-1715) (Paris 2010), p.97-122.

[16] Bayle désigne ici, un peu inexactement, l’ Itinerario della Corte di Roma, o vero teatro historico, chronologico e politico della Sede apostolica, dataria et cancellaria romana (Valenza 1675, 12°, 3 vol.). En fait, les deux premiers volumes avaient été édités à Bisansone [Besançon] en 1673-1674, ce qui explique que Bayle mentionne deux volumes parus antérieurement. Le troisième volume, qui contient des biographies de cardinaux, avait été imprimé pour un nouvel éditeur, qui prit soin de superposer sa propre adresse bibliographique et le millésime 1675 sur l’adresse initiale.

[i] Le Mercure françois, ou suitte de l’histoire de notre temps. La collection contient vingt-cinq volumes ; le premier, paru à Paris en 1611, se présente comme une suite, pour les années 1605-1610, de la Chronologie septénaire de Palma Cayet. Jean Richer (tome i), puis Etienne Richer (tomes ii-xx) rédigèrent ce Mercure : voir Dictionnaire des journalistes, n° 688 et n° 689, et Dictionnaire des journaux, n° 937. Par la suite, Richelieu en confia la direction au Père Joseph, puis, à la mort de ce dernier en 1638, à Théophraste Renaudot (tomes xxi-xxv). Le dernier volume, paru en 1648, porte sur les années 1643-1644. Le titre fut passagèrement repris en 1665 par Jean Puget de La Serre, mais la mort du rédacteur, en juillet, en interrompit rapidement la publication. Selon Louis-Pierre Anquetil, L’Intrigue de cabinet sous Henri IV et Louis XIII (Paris 1780, 12°, 4 vol.), les seize premiers tomes du Mercure forment un recueil impartial, mais, vers 1630, on y relève beaucoup d’omissions et de l’affectation à justifier le ministre ; quant aux derniers volumes, il s’agit d’un « recueil commandé ». Les libraires du siècle faisaient simultanément le commerce des livres neufs et des ouvrages anciens et d’occasion, ce qui rendait possible de feuilleter chez eux et d’acheter des ouvrages parus très anciennement. Il est donc très possible que Bayle ait tenu en main des volumes du Mercure françois.

[17] Voir Lettre 18, n.26, et Lettre 98, p.202.

[18] A savoir, les Proceedings de la Royal Society de Londres, souvent contrefaits sur le continent.

[19] Anton Schor avait été un grammairien du siècle, des ouvrages duquel on tira Schorus digestus, et altero tantum auctus, index ciceronianus longe factus est auctior ; accessit index gallicus locutionum et verborum, item commentariolum de romanis nummis ac præcipue de sestertio (Lugduni 1612, 12°) ; la conjecture de Bayle était donc fondée.

[20] Le pasteur Daniel Chamier (1565-1621) aura un article dans le DHC. Après sa mort, on publia sa Panstratia catholica sive controversiarum de religione adversus pontificios corpus (Genevæ 1626, folio, 4 vol.), vaste arsenal d’arguments de controverse, auquel, en 1629, Alsted ajoutera encore un volume (voir DHC, art. « Alstedius »). Le pasteur Adrien Chamier (1580-1671), fils de Daniel, abrégea le monumental ouvrage de son père sous le titre de Chamierus contractus sive Panstratiæ catholicæ […] epitome (Genevæ 1642, folio). Voir H. Bost, « Une “place de sûreté” théologique : l’académie protestante de Montauban », in L’Edit de Nantes. Sûreté et éducation, éd. Marie-José Lacava et Robert Guicharnaud (Montauban 2000), p.21-38.

[21] Il faut sous-entendre « réformée » ou, chez un locuteur catholique, « prétendue réformée ». Le terme de « religionnaire », pour désigner les protestants français, reflète cet usage linguistique.

[22] Pellisson publia une Relation contenant l’histoire de l’Académie françoise (Paris 1653, 8°), qui lui valut d’y être presque aussitôt élu. Cet ouvrage connut une nouvelle édition (Paris 1672, 12°), qui fut suivie de plusieurs autres. Celle de Paris 1858, 2 volumes in-8°, est accompagnée d’additions, d’éclaircissements et de notes par Ch. Livet.

[23] L’ abbé Paul-Philippe de Chaumont (1620-1697), évêque de Dax en 1672, était entré à l’Académie en 1654.

[24] Charles Cotin devint académicien en 1655.

[25] César d’Estrées (1608-1714), évêque de Laon, avait été un des négociateurs de la Paix de l’Eglise en 1668 (voir Lettre 13, n.84), ce qui lui avait valu le chapeau de cardinal en 1671. Il était académicien depuis 1658.

[26] Hardouin de Beaumont de Péréfixe (1605-1671), un protégé de Richelieu, avait été précepteur de Louis XIV et était devenu archevêque de Paris en 1663 ; il avait combattu le jansénisme avec acharnement et était entré à l’Académie en 1654.

[27] Jean-Jacques Renouard, sieur de Villayer, conseiller d’Etat, devint académicien en 1650 et mourut en 1701. Le seul ouvrage jamais sorti de sa plume avait été composé pour justifier son élection à l’Académie, dont il fut l’un des membres les plus obscurs.

[28] Gilles Boileau (1631-1669), frère aîné du poète satirique, était intime ami de Cotin ; il publia des traductions du grec et quelques ouvrages de critique littéraire ; il était entré à l’Académie en 1659.

[29] L’ abbé Jacques Cassagnes (1636-1679), préfacier des Œuvres de Guez de Balzac, fit paraître un poème sur Henry le Grand (Paris 1661, 8°) et entra à l’Académie en 1662. Il publia aussi La Rhétorique de Cicéron, ou les trois livres du dialogue de l’orateur (Paris 1673, 8°). Boileau l’a attaqué ( Satires, iii.187-200).

[30] Sur Furetière, abbé de Chalivoy, voir Lettre 37, n.26.

[31] Sur Segrais, voir Lettre 23, n.6, et Lettre 36, p.211 et n.28.

[32] L’ abbé Michel Le Clerc (1622-1691), académicien en 1662, était dramaturge et poète.

[33] François de Beauvillier (1610-1687), comte, puis, en 1663, duc de Saint-Aignan, était un grand seigneur lettré.

[34] Roger de Rabutin, comte de Bussy, dit Bussy-Rabutin (1618-1693), cousin de Madame de Sévigné, élu à l’Académie en 1665, avait vu briser une prometteuse carrière militaire cette année-là par la trahison d’un ami qui avait fait parvenir à un imprimeur de Liège le manuscrit indiscret et satirique de son Histoire amoureuse des Gaules, où, sous des pseudonymes transparents, étaient relatés divers scandales survenus à la Cour de France (voir Lettre 36, n.38). Après treize mois de Bastille, Bussy-Rabutin fut exilé dans ses terres de Bourgogne pour n’être rappelé à la Cour qu’en 1682.

[35] Jacques Testu, abbé de Belleval (1626-1706), académicien en 1665, était l’un des aumôniers du Roi.

[36] Paul Tallemant, prieur de Saint-Albin d’Ambierle, devint académicien en 1666. Le traducteur de Plutarque (attaqué par Boileau, Epîtres, vii.90), François Tallemant (1620-1693), lui aussi abbé, aumônier du Roi, était entré à l’Académie en 1651. Les deux hommes étaient cousins.

[37] L’ abbé Claude Boyer (1618-1693), académicien en 1668, était poète et dramaturge. Bayle ne se trompe pas en le croyant, comme Le Clerc, originaire d’Albi. Sa remarque à ce sujet montre combien les Méridionaux étaient attentifs à la prédominance dans les Belles-Lettres des écrivains du Nord de la Loire et quelle satisfaction ils tiraient de la carrière brillante d’une minorité d’auteurs originaires du Midi.

[38] Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), le ministre, avait été élu à l’Académie en 1667.

[39] Philippe Courcillon, marquis de Dangeau (1638-1720), entré à l’Académie en 1668, est surtout connu actuellement pour le journal qu’il a tenu sur les événements de la Cour, occasion de la rédaction de ses Mémoires par le duc de Saint-Simon. Dangeau était arrière-petit-fils de Duplessis-Mornay par sa mère, et né protestant, mais, courtisan avisé, après une brillante carrière militaire, il sut abjurer opportunément et conserver les faveurs du Roi.

[40] Sur François Harlay de Champvallon, voir Lettre 11, n.57. Le prélat était entré à l’Académie française en 1671.

[41] Bossuet entra à l’Académie en 1671.

[42] Charles Perrault entra à l’Académie également en 1671.

[43] Isaac de Benserade (1613-1691), un des oracles de l’hôtel de Rambouillet, poète précieux, devint académicien en 1675. Son prénom s’explique par le protestantisme de ses parents, mais leur abjuration eut lieu peu après la naissance du poète.

[44] L’ abbé Gallois devint académicien en 1673.

[45] Jean Racine (1639-1699) entra à l’Académie également en 1673

[46] Fléchier entra à l’Académie lui aussi en 1673. Il traduisit La Vie du cardinal Commendon, divisée en quatre livres, écrite en latin par Antoine-Maria Gratiani, évêque d’Amelia (Paris 1671, 4°), et publia l’ Oraison funèbre de Madame Julie d’Angennes de Rambouillet, duchesse de Montausier, dame d’honneur de la Reine, prononcée en présence de Madame l’abbesse de Saint-Etienne de Reims et de Madame l’abbesse d’Hiere, ses sœurs, en l’église de l’abbaie d’Hiere le 2 de janvier 1672 (Paris 1672, 4°).

[47] Pierre-Daniel Huet entra à l’Académie en 1674.

[48] Voir Lettre 23, n.6.

[49] Sur la brouille de Bochart avec Huet, voir Lettre 102, n.33.

[50] Joseph Isnard, le cousin chez qui logeait Jacob Bayle lorsqu’il séjournait à Montauban.

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