Lettre 1031 : Henri Basnage de Beauval à François Janiçon

[La Haye, le 14 avril 1695 [1]]

Il est parti cette semaine deux messieurs de Suisse qui sont gens de lettres, l’un s’appelle Monsieur Le Tellier [2], et l’autre Monsieur Mural [3], ils m’ont demandé des lettres pour vous et pour Monsieur de Fontenelle [4], ils vous instruiront à fonds de l’Angleterre et de la Hollande, et en gens d’esprit pour tout ce qui regarde la Republique des Lettres. Il n’y a ici rien de fort important [...]

On fait un nouveau journal à Hambourg, c’est la continuation de celui qui se faisoit à Amsterdam [5] ; l’auteur s’est transporté à Hambourg, c’est la raison pour laquelle il a changé de titre. Il s’emporte de temps en temps contre les jésuites, et contre d’autres gens, et il a fort maltraité M lle de Scuderi au sujet de quelques vers qu’elle fit sur le passage du Rhin du prince Louis de Bade [6].

M. Grævius m’envoia hier l’oraison funebre qu’il a recitée de la feue reine d’Angleterre [7]. Vous savez que c’est une des plus belles plumes du Nord, etc. On verra bientot imprimées les deux qui furent recitées à Leyde, dont l’une par M. Perizonius dura 3 heures [8], et traitte amplement des droits des peuples sur les rois et de la supposition du prince de Galles.

M. Heninius met en latin l’ouvrage de Bergier touchant les grands chemins [9]. On y joindra les pieces (ou pierres) dont M. Nicaise fait mention [10].

Nous avons environ 250 feuilles du Dictionnaire critique [11].

On a lu dans le Mercure historique de janvier d[erni]er une lettre de l’abbé Faidit à Mr le p[remi]er president [12] qui est bien hardie, et fort picquante. Mais le discours fait par M. l’abbé de Caumartin à M. l’eveque de Noyon [13] me paroit encore plus dur. On l’a inseré tout entier dans les Lettres historiques du mois courant.

Il a paru plusieurs reponses à une epigramme latine, venue de France, / sur la mort de la reine d’Angleterre ; mais je n’en ai vu qu’une où l’on mette en fait que cette epigramme est du P[ère] Commire jesuite [14].

On a réimprimé depuis peu à Amsterdam les ecrits de pieté du P[ère] Rapin [15], comme on avoit fait en 1684 ceux de litterature.

On va nous donner à Oxfort Pindare, Pausanias, et Thucidide [16].

M. Le Clerc vient de publier en latin un petit ecrit contenant l’explication des 18 premiers versets de l’Evangile de s[ain]t Jean [17], où il se declare pour l’orthodoxie contre les ennemis anciens et modernes de la divinité du Verbe.

Le 8 e volume de la Morale pratique ne roule que sur les matieres des calomnies [18]. Tous les factums contre le P[ère] Hazart [19] qui avoit dit que Jansenius etoit fils d’un calviniste, y sont inserez, et l’affaire de Bourgfontaine [20] y est traittée fort solidement.

Je n’ai vû personne qui n’admire le panegyrique de la reine d’Angleterre par M. Abbadie [21] ; pour moi qui ne l’ai point lû, je ne sçay que ce qu’en disent les fins connoisseurs, et qui même ne se plaisent pas à louer. Ils y trouvent un sublime et des grandeurs qui les enchantent.

L’auteur de la Lettre des fideles captifs en Babylone qui sert de reponse à une Pastorale du s[ieu]r Jurieu [22], et qui nous est venue de Hambourg, avance que Mr l’éveque de Meaux a publié un nouvel Avertissement à l’occasion du livre que M. Saurin a publié contre les erreurs du s[ieu]r Jurieu [23]. Comme je n’ay point entendu parler de cet Avertissement, je doute que cet auteur soit bien informé. Cette lettre, et une / autre signée Lefevre [24], sont deux pieces assés picquantes contre la meme Pastorale.

Les theses de M. de Volder professeur à Leyde et grand cartesien [25], contre le livre de M. l’eveque d’Avranches, intitulé Censura philosophiæ cartesianæ, ont eté réimprimées contre le gré de l’auteur qui ne les avoit composées que pour l’usage de ses disciples, et sans se donner la peine de les ajuster, comme on fait les livres que l’on destine au public. Je n’ai pas trouvé, en lisant le livre de M. Huet[,] qu’il merite un si mauvais traittement, mais plustôt des louanges, encor qu’il n’ait point traitté à fond les matieres. Ce n’etoit ni son but ni son intention.

On assure que les 3 derniers volumes de l’ Histoire de l’edit de Nantes, contenant ce qui s’est fait contre ceux de la Religion en France sous le present regne [26], seront une des plus incommodes satyres que l’on puisse faire contre le clergé et la Cour de France, quoiqu’on n’y avance rien qui ne soit fondé sur des documents publiés, c’est à dire sur les actes des procés, et sur les arrêts du Conseil intervenus en consequence[,] excepté les executions militaires de l’an 1685 sur lesquelles on ne produira point d’arrêts du Conseil, car il n’y en eut point. Ces 3 vol[umes] paroitront dans fort peu de temps. L’auteur du livre touchant l’edit de Nantes se nomme M. Benoit, et son ouvrage sera en 5 volumes.

M. du Vidal, autrefois ministre à Tours, vient de donner un assés gros Traitté des devoirs des pasteurs [27]. Il y agite la question de la fuite des pasteurs. On a imprimé en françois un Traitté de l’education des enfans par M. Looke [28] [ sic], / qui est de l’Académie des sciences.

Dans un mois M. Le Clerc donnera les 4 autres livres de la Genese [29]. M. de La Mothe La Buffiere [30] a publié en françois son Traitté de l’inspiration des livres sacrés, qui avoit paru en anglois il y a quelques mois [31]. Il y a aussi un Discours contre les athées par Tillotson, le dernier archeveque de Cantorbery [32].

Comme les Etats ont fait deffense à M. Jurieu et à M. Saurin d’ecrire [33], on croit la guerre finie entre eux. Cependant M. Jurieu sollicite pour faire cesser l’interruption des Lettres pastorales qui ont cessé depuis 3 mois [34]. Il aura peutetre encore bien [à] combattre au synode qui s’assemble à Haerlem le 27 de ce mois [35].

On demande s’il est vrai que M rs de Duras et de Lorge portent le deuil avec la permission de la Cour pour la mort de la reine d’Angleterre [36]. On a quelque peine à croire qu’ils aient eté assés de leur païs de Gascogne pour demander une telle permission. On croiroit plus aisement qu’ils l’ont obtenue.

Je tiens pour fort suspect de fausseté ce que Varillas, et tant d’autres auteurs, affirment touchant le remede de la sterilité de Catherine de Medicis. On pretend que le medecin Fernel lui procura ce remede [37], et qu’il [devoit] recevoir à chaque couche de Catherine un present de 12 mil ecus. S’il etoit vrai que l’on presenta à François I er une dissertation latine sur le remede que Fernel ordonna au Dauphin et à la Dauphine afin d’avoir des enfants, je ne serois / plus en doute ; je croirois le fait, mais je ne suis pas certain qu’il y ait eu une telle dissertation, encore que M. Varillas la cite en marge, et y renvoie son lecteur.

L’auteur des Galanteries des rois de France [38] n’a fait que copier M. Varillas touchant le regne de François I er et de Henri 2 d et il dit que M. Varillas s’est tellement justifié contre ceux qui s’etoient plaints de lui comme d’un conteur de fables, au sujet de la comtesse de Chateaubriant [39] qu’il ne reste pas de difficulté. Je n’ai point vû cette reponse de Varillas au factum qui avoit paru contre lui à ce sujet.

Je ne sai si ces Messieurs dont je vous ai parlé ci dessus vous rendront le quartier du journal de fevrier [40].

Notes :

[1] Cette lettre ne nous est connue que par des copies partielles, qui ont créé une confusion sur l’identité du scripteur et du destinataire. Nous connaissons la copie partielle qui figure dans le Fonds Turrettini et qui est datée de La Haye du 14 avril 1695 : elle est signalée par E. Labrousse dans l’ Inventaire critique sous le n° 973A. Ce même texte, amputé de deux phrases, se retrouve dans la copie BNF f.fr. 19.206, f.176 : il a été édité par H. Bots et L. van Lieshout, Contribution à la connaissance des réseaux, n° 37, p.75-76. Nous connaissons enfin une troisième copie, qui figurait autrefois dans la collection Troussures, cahier de copies, n° 4, et qui se trouve actuellement dans la collection BNF ms Rothschild A XVII 48, n° 4 : elle est datée du 21 avril 1695 et a été publiée sous cette date par P. Denis, RHLF, 19 (1912), n° VII, p.441-445. Ce dernier extrait est bien plus long que les deux autres ; il lui manque cependant deux phrases qui figurent dans la copie du Fonds Turrettini. Nous avons donc choisi de publier cette version longue du texte, en y ajoutant les deux phrases manquantes (signalées dans les notes critiques) et en rétablissant la date du 14 avril 1695. D’après la mention de la copie BNF f.fr. 19.206, f.176, cette lettre serait « du même au même », c’est-à-dire d’ Henri Basnage de Beauval (à La Haye) à François Janiçon (à Paris) : elle s’insère bien, en effet, dans la suite de cette correspondance, éditée par H. Bots et L. van Lieshout, et nous ne voyons pas de raison de mettre en doute cette identification en évoquant la possibilité qu’elle s’adresse à l’abbé Jean-Baptiste Dubos. Enfin, dernière remarque, P. Denis publie en note (p.441, n.1) un autre extrait d’une lettre de septembre 1694, d’après la copie de l’Arsenal ms 5448, f.147, qui porte l’indication « de Basnage, ou plutost je crois de Bayle » : il s’agit là d’un extrait de la lettre du 30 septembre 1694 de Basnage de Beauval à Janiçon, éd. H. Bots et L. van Lieshout, n° 32, p.55-60 (voir notre Lettre 1013).

[2] Nous n’avons su identifier plus précisément M. Le Tellier, compagnon de voyage de Béat Louis de Muralt.

[3] Béat Louis de Muralt (1665-1749), originaire de Berne, fit des études de droit et de théologie à Genève à partir de 1681. Il entra au service de la France après 1690 comme capitaine des Gardes suisses à Versailles. En 1694-1695, il fit un voyage en France, à Londres et aux Provinces-Unies. Il est surtout connu pour ses Lettres sur les Anglois et les François et sur les voiages (s.l. 1725, 8°), qui connurent une seconde édition augmentée : Lettres. Seconde édition, à laquelle on a joint l’apologie du caractère anglois et françois (Cologne 1727, 12°). Sa conception des caractères nationaux peut être comparée à celle de Jean-Baptiste Dubos dans ses Réflexions critiques sur la poésie et la peinture (Paris 1719, 12°, 2 vol.), sur laquelle Voltaire s’appuie dans la première « esquisse » d’une Lettre anglaise : voir Lettres philosophiques, éd. O. Ferret et A. McKenna (Paris 2010), p.548, n.5. Muralt fut un piétiste et, étant entré en conflit avec l’Eglise de Berne, se retira en 1702 sur les terres de sa femme à Colombier. C’est là qu’il composa ses derniers ouvrages : L’Instinct divin recommandé aux hommes (s.l. 1727, 12°) ; Le Sisteme des Anciens et des Modernes concilié par l’exposition des sentimens différens de quelques théologiens sur l’état des âmes séparées des corps, en quatroze lettres (Amsterdam 1733, 8°) ; Lettres fanatiques (Londres 1739, 12°) ; Fables nouvelles (Berlin 1753, 8°).

[4] Nouvel indice, parmi d’autres, rares et discrets, des contacts de Basnage de Beauval – et donc de Bayle – avec Fontenelle : voir aussi Jacques Basnage, Corrispondenza da Rotterdam, 1685-1709, éd. M. Silvera (Amsterdam et Maarssen 2000), lettre XL du 9 juillet 1692, p.118.

[5] Sur Gabriel d’Artis et son Journal d’Amsterdam, qui devint Journal de Hambourg, contenant divers memoires curieux et utiles sur toute sorte de sujets à partir de 1694, voir Lettre 934, n.1. Le deuxième tome porte l’adresse : « A Amsterdam, chez Jean du Fresne ».

[6] Voir Gabriel d’Artis, Journal de Hambourg, contenant divers memoires curieux et utiles sur toute sorte de sujets, à la date du 3 décembre 1694, où M lle de Scudéry se trouve critiquée pour son madrigal « La Nimphe de Seine au fleuvre du Rhin » (p.209-213) : « Mademoiselle de Scudery peut passer à juste titre pour la doyenne des Muses françoises : et il ne faut pas s’étonner si ses vers se sentent un peu de la foiblesse de son âge. On n’y trouve plus ni le naturel ni la vivacité que les connoisseurs peuvent facilement remarquer dans ceux de feu Madame Des Houlieres. Tout y est forcé, guindé, ou galimatias. Et si ce madrigal avoit à soutenir la censure du fameux Misantrope de Moliere, il y a grande ap[p]arence qu’il ne s’en tireroit pas avec plus d’honneur que le sonnet d’Oronte. »

[7] Jean Georges Grævius donna à Utrecht une oraison funèbre pour la reine Marie, publiée d’abord par François Halm sous le titre : Mariæ Stuartæ serenissimæ ac potentissimæ magnæ Brittanniæ, Galliæ et Hiberniæ reginæ, auctoritate illustrium ac præpotentium Trajectinæ diœceseos ordinum justa persoluta cura Joannis Georgii Graevii in basilica majore ; D.V. Martii, quo Londini efferebatur (Ultrajecti ad Rhenum, 1695, 8°), et puis de nouveau à Leipzig : Oratio funebris in Mariam II. Britan. Reg. (Lipsiæ 1695, 8°). Sur la mort de la reine Marie Stuart le 28 décembre 1694, voir aussi la lettre de Martha Lockhart à Locke du 5 janvier 1695 (éd. E.S. de Beer, n° 1834).

[8] A Leyde, Frédéric Spanheim donna une oraison funèbre sous le titre : Laudatio funebris Mariæ, reginæ Britanniæ, et Jacob Perizonius fit de même : Laudatio funebris Mariæ II Angliæ, Franciæ, Scotiæ, Hiberniæque Reginæ Augustissime. Ces oraisons furent imprimées plusieurs fois dans différents pays comme par exemple, en Allemagne : Justa parentalia, quæ Magnæ Britanniæ Reginæ Mariæ celeberrimi in Belgio viri Fridericus Spanhemius, Ioannes Georgius Grævius, Iacobus Perizonius, Petrus Francius, orationibus solemniter recitatis persolverunt (Lipsiæ 1695, 8°).

[9] Sur cet ouvrage de Nicolas Bergier, voir Lettres 943, n.9, et 1029, n.3. Henrich Christian Henning, dit Hennin ou Henninius, en fit une traduction latine, qui parut dans le dixième volume du Thesaurus Antiquitatum romanarum, édité par Grævius (Trajecti ad Rhenum, apud Franciscum Halmam et Lugduni Batavorum, apud Petrum van der Aa, 1699 [1694-1699], folio, 12 vol. ; nouvelle édition, Venetiis 1737 [1732-1737], folio, 12 vol.), et à laquelle furent ajoutées les remarques de Dubos : Viri et clarissimi doctissimi Joannis Baptistæ Du Bos animadversiones ad Nicolai Bergieri libros de publicis et militaribus imperii romanii viis ; voir aussi le DHC, « Dissertation sur le jour », rem. B.

[10] Il s’agit sans doute de la Table de Peutinger et de l’ Itinéraire d’Antonin, mentionnés dans la lettre de Bayle du 2 avril (Lettre 1029 : voir n.3), ou peut-être des notes de Dubos qui devaient être jointes à l’édition établie par Grævius : voir ci-dessus, n.9.

[11] Sur la progression du DHC, voir aussi Lettres 1026, 1029, n.5, et 1039.

[12] La « Lettre de l’abbé de Feidit à l’archevêque de Paris » est publiée par Gatien Courtilz de Sandras dans le Mercure historique et politique de janvier 1695, p.62-71. L’abbé proteste avec véhémence contre le fait que Lamoignon, premier président du Parlement, l’ait dépouillé de son bénéfice parce que, à la question de savoir s’il avait prêché telle chose, il avait répondu par les mots du Christ, Interroga qui me audierunt et que cette réponse avait été jugée impie lors d’un procès qui lui avait été intenté. Sur l’abbé Pierre-Valentin Faydit, voir Lettre 1013, n.11.

[13] L’évêque de Noyon, François de Clermont-Tonnerre (1629-1701), se rendait ridicule à la cour par sa vanité. L’éloge outré que l’abbé Jean-François-Paul de Caumartin (1668-1733), filleul du cardinal de Retz, fit de ce prélat, lors de son entrée à l’Académie française en 1694, ne parut pas sincère : « on crut y voir et on se plut à y voir de l’ironie ». A la suite de ce discours, qui semblait insulter le choix du Roi, et malgré l’indulgence de l’évêque de Noyon lui-même, l’abbé de Caumartin ne put parvenir à l’épiscopat pendant le règne de Louis XIV. Ce ne fut que sous la Régence qu’il fut nommé d’abord, en 1717, à l’évêché de Vannes, puis, en 1718, à l’évêché de Blois. Voir le « Discours de M. l’abbé de Caumartin à la reception de M. l’evêque de Noyon dans l’Académie » dans les Lettres historiques contenant ce qui se passe de plus important en Europe, et les réflexions nécessaires sur ce sujet (La Haye, Adriaan Moetjens, avril 1695, 12°), p.419-423.

[14] Marie Stuart, reine d’Angleterre, épouse de Guillaume III d’Orange, mourut au palais de Kensington le 28 décembre 1694. Nous n’avons su trouver l’épigramme attribuée au Père jésuite Jean Commire ; sur celui-ci, voir Lettre 16, n.13.

[15] René Rapin, Les Œuvres diverses du P[ère] Rapin qui contiennent l’esprit du christianisme, la perfection du christianisme, l’importance du salut, la foy des derniers siècles (Amsterdam 1695, 8°).

[16] Pindarou Olumpia, Nemea, Puthia, Isthmia. Pindari Olympia, Nemea, Pythia, Isthmia, una cum Lat. versione carmine lyrico per N. Sudorium (Oxonii 1697, folio) et Corn. Nepotis Excellentium imperatorum vitæ. Accessit Aristomenis Messenii vita [gr.et lat.] ex Pausania ed., éd. W. Adams (Oxonii 1697, 8°). Le volume de Thucydide n’a jamais paru : voir Lettre 970, n.21.

[17] Jean Le Clerc, Octodecim prima commata capitis I Evangelii Johannis, paraphrasis et animadversionibus illustrata (Amsterdam 1693, folio).

[18] Antoine Arnauld, La Morale pratique des Jésuites, représentée en plusieurs histoires arrivées dans toutes les parties du monde, extraitte ou de livres très-autorisez et fidellement traduits, ou de mémoires très-seurs et indubitables. VIII, De la Calomnie, ou Instruction du procez entre les Jésuites et leurs adversaires, sur la matiere de la calomnie (Cologne [Amsterdam] 1695, 12°), imprimée par Elzevier.

[19] Corneille (Cornelius) Hazart, S.J., Triomph der pausen van Roomen over alle hare benyders ende bestryders : met eene volkomen, ende overtuyghende vvederlegginghe van alle de lasteringhen en valscheden vande sectarisen (T’Antwerpern 1678, folio), qui provoqua le Factum voor de neven ende erfgenaemen van zal : Jan Otto Acquoy, ende de neven van [...] Cornelius Jansenius [...] als eysschers in cas van injurie tegen [...] Cornelius Hazart [...] ende [...] Anthony Hoefflach [...] als verweerders (Reynoy 1684, 4°). Bayle avait recensé ce factum dans les NRL, janvier 1686, art. VIII : voir Lettre 516, n.1. Pour le témoignage d’ Antoine Arnauld sur une Réponse à ce Factum, voir la note suivante. Voir aussi le Factum pour les petits fils et heritiers du feu Jean Otto Acquoy, et petits fils et neveus de feu Cornelius Jansenius [...] (s.l. s.d., 4°) – dont la bibliothèque d’Utrecht possède un exemplaire – qui est attribué à Gabriel Gerberon et à Antoine Arnauld et qui parut d’abord en quatre factums distincts entre 1684 et 1688 : c’est peut-être ce qui explique ici la formule « tous les factums ».

[20] Jean Filleau de La Boucheterie (1600-1682), Relation juridique de ce qui s’est passé à Poictiers touchant la nouvelle doctrine des jansénistes (Poitiers 1654, 8°) dénonce « l’assemblée de Bourgfontaine » dont se seraient rendus coupables les principaux fondateurs du mouvement « janséniste » en vue de renverser la religion chrétienne. Les comploteurs sont désignés par des initiales où l’on crut deviner Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, Corneille Jansenius, Philippe Cospeau, Jean-Pierre Camus, Antoine Arnauld et Simon Vigor. Voir Antoine Arnauld, Œuvres (Paris, Lausanne 1775-1783, 4°, 43 vol.), iii.60 : lettre à M me de Fontpertuis du 22 janvier 1688 : « Une personne qui a beaucoup d’estime pour M. l’évêque d’Angers [ Henri Arnauld] et pour M. [ Simon] de Pomponne, m’a donné avis qu’il court, depuis quelque semaines en ce pays-ci, un écrit imprimé à Anvers, sous ce titre : Réponse à un « Factum pour les héritiers de M. Jansénius etc. contre le P[ère] Hazard » ; et que, dans cette réponse, on y soutient comme vraie, l’assemblée de Bourgfontaine dont parle Fil[l]eau, où cinq ou six personnes avoient fait complot de renverser tous les mysteres de la religion chrétienne. Il y est dit expressément, pag[es] 8 et 10, que M. Arnauld d’Andilly étoit le personnage de cette assemblée de déistes marqué par A.A., et qu’on avoit eu tort de prétendre que A.A. marquoient Antoine Arnauld, qui n’avoit alors que neuf ans. [...] Cette assemblée de Bourgfontaine est fixée à l’an 1621. Si on pouvoit trouver des preuves que M. d’Andilly n’a point été en état de se trouver à Bourgfontaine pendant toute cette année-là, cela seroit avantageux, quoique non nécessaire. Il seroit bon aussi d’avoir de quoi appuyer la réputation où il a toujours été d’une grande piété. »

[21] Jacques Abbadie, Panégyrique de Marie, reyne d’Angleterre et d’Ecosse, décédée à Kensington le 28 décembre 1694 (Genève 1695, 12°).

[22] Le pamphlet anonyme Réponse des fideles captifs en Babylone à la « Lettre pastorale » de M. Jurieu datée du 1 er novembre 1694 et qui a pour titre la XXII e de la III e année est signée « A Orléans le 15 janvier 1695 » : selon la Bibliothèque wallonne d’Amsterdam (fondée à Leyde en 1852 et transférée à Amsterdam en 1973), elle serait due à Pierre Meherenc de La Conseillère, qui venait d’abandonner son poste de pasteur de l’Eglise réformée d’Altona près de Hambourg – qu’il avait fondée – à cause des tracasseries incessantes créées par les accusations de socinianisme lancées contre lui par Jurieu. Voir Lettres 315, n.1, 756, n.7, et le récit circonstancié de la querelle de La Conseillère avec Jurieu dans la lettre de Philippe van Limborch à Locke du 12 septembre 1690, éd. E.S. de Beer, n° 1317.

[23] Elie Saurin avait publié l’année précédente son Examen de la théologie de M. Jurieu, où l’on traite plusieurs points très-importants de la religion chrétienne [...]. Où l’on fait voir que la doctrine de M. Jurieu [...] est non seulement contraire à celle des Eglises réformées, mais aussi d’une très-dangereuse conséquence (La Haye 1694, 8°, 2 vol.) ; Jurieu répondit par une Défense de la doctrine unievrselle de l’Eglise, et particulièrement de Calvin et des réformez, sur le principe et le fondement de la foy, contre les imputations et les objections de M. Saurin (Rotterdam 1695, 12°), et Saurin devait répliquer deux ans plus tard par sa Défense de la véritable doctrine de l’Eglise réformée sur le principe de la foy contre le livre de Mr Jurieu intitulé « Défense de la doctrine universelle de l’Eglise » (Utrecht 1697, 8°). Bossuet ne semble pas être intervenu dans cette querelle : son dernier Avertissement – le sixième – date de 1691 et ce n’est que bien des années plus tard que devait paraître le recueil de ses Avertissements aux protestants sur les lettres du ministre Jurieu contre l’« Histoire des variations » (Liège 1710, 12°, 2 vol.). Il est à remarquer que le texte de la présente lettre selon la copie de la BNF, f.fr. 19.206, f.176 (éd. Bots et Lieshout, p.75-76), qui comporte ce passage, ajoute ici une phrase omise par les copies que nous suivons : « Comme je n’ay point entendu parler de cet Avertissement, je doute que cet auteur soit bien informé. » Voir aussi le commentaire de Basnage de Beauval sur la querelle de Saurin dans ses lettres à François Janiçon du 6 janvier et du 20 octobre 1695, éd. H. Bots et L. van Lieshout, n° 35, 50 et 54, p.70, 103 et 111, ainsi que dans les lettres suivantes.

[24] La lettre de La Conseillère avait été précédée, en effet, d’une Lettre des fideles de France à M. Jurieu touchant la 22 e « Lettre pastorale » (Paris 1694, 4°), qui est signée « Le Fevre, de Paris ce 21 de novembre 1694 ». Le nom et l’adresse sont fictifs, l’auteur étant sans doute Henri Basnage de Beauval, dont « Le Fevre » est un pseudonyme : voir F.R.J. Knetsch, Pierre Jurieu. Theoloog en politikus der Refuge (Kampen 1967), p.177 ; Kappler, Bibliographie de Jurieu, p.185.

[25] Une nouvelle édition de la Censura philosophiæ cartesianæ (Parisiis 1694, 12°) de Pierre-Daniel Huet venait de paraître : voir le compte rendu dans le JS du 14 février 1695. Il s’agit ici de l’ouvrage du médecin Burchard de Volder, Exercitationes academicæ, quibus Ren. Cartesii philosophia defenditur adversus Petri Danielis Huetii, [...] Censuram philosophiæ cartesianæ (Amstelædami 1695, 8°). Sur l’auteur, qui avait introduit à l’université de Leyde l’expérimentation dans le domaine de la physique, voir Lettre 308, n.10.

[26] Elie Benoist, Histoire de l’édit de Nantes, contenant les choses les plus remarquables qui se sont passées en France jusqu’à l’édit de révocation (Delft 1693-1695, 4°, 5 vol.).

[27] François Du Vidal (1632-1721), ancien pasteur de Tours, fut appelé à Groningue en 1688. Il avait déjà publié Huit sermons sur divers textes de la Sainte Escriture (Tours 1672, 12°) ; il s’agit ici de son nouvel ouvrage Des devoirs des pasteurs et des peuples par rapport à la persécution et au martyre (Rotterdam 1695, 8°), recensé par Basnage de Beauval, HOS, mars 1695, art. IV.

[28] L’ouvrage de John Locke, Some thoughts concerning education (London 1693, 12°) venait d’être traduit en français par Pierre Coste : De l’éducation des enfans (Amsterdam 1695, 12°) ; voir le compte rendu de Basnage de Beauval, HOS, juin 1695, art. I, et dans le JS du 21 avril 1698. Locke était fellow de la Royal Society depuis 1668.

[29] L’ouvrage de Le Clerc devait sortir des presses l’année suivante : Mosis prophetæ libri IV : Exodus, Leviticus, Numeri et Deuteronomium, ex translatione Joannis Clerici, cum ejusdem paraphrasi perpetua, commentario philologico, dissertationibus criticis, et tabulis chronologicis, ac geographicis (Amstelodami 1696, folio). Basnage de Beauval devait recenser cet ouvrage dans l’ HOS, octobre 1695, art. VI.

[30] Sur Claude Grosteste de La Mothe, voir Lettre 1007, n.1. Il s’agit ici de son ouvrage The Inspiration of the New Testament asserted and explain’d, in answer to some modern writers (London 1694, 8°), traduit en français sous le titre Traité de l’inspiration des livres sacrez du Nouveau Testament (Amsterdam 1695, 8°) ; la version anglaise venait d’être signalée par Basnage de Beauval dans l’ HOS, février 1694, art. XV.

[31] Sur Claude Grosteste de La Mothe, voir Lettre 1007, n.1. Il s’agit ici de son ouvrage The Inspiration of the New Testament asserted and explain’d, in answer to some modern writers (London 1694, 8°), traduit en français sous le titre Traité de l’inspiration des livres sacrez du Nouveau Testament (Amsterdam 1695, 8°) ; la version anglaise venait d’être signalée par Basnage de Beauval dans l’ HOS, février 1694, art. XV.

[32] John Tillotson (1630-1694) avait été élevé comme puritain mais quitta cette congrégation sous l’influence de Chillingworth pour épouser des vues latitudinaires. Il se fit une grande réputation de prédicateur sous le règne de Charles II. Doyen de Cantorbéry en 1672, il fut nommé, après la Glorieuse Révolution, doyen de l’église de Saint-Paul ; en 1691, après le renvoi de William Sancroft, il fut nommé archevêque de Cantorbéry. Basnage de Beauval annonce ici la traduction d’un de ses innombrables discours en français par le ministre David Mazel sous le titre Discours contre les athées et les libertins (Utrecht 1694, 8°), imprimé par Johan Broedelet, annoncé dans l’ HOS, novembre 1694, art. X.

[33] Comme l’indiquent H. Bots et L. van Lieshout d’après Knetsch, Pierre Jurieu, p.435-437, les Etats de Hollande ne promulguèrent aucun décret concernant la dispute entre Jurieu et Saurin. Basnage de Beauval pense peut-être à l’interdiction que Jurieu avait obtenue de la diffusion de ses propres pamphlets : voir Lettre 1016, n.10.

[34] La dernière Lettre pastorale de Jurieu portait la date du 15 janvier 1695 : elle est consacrée à la mort de Marie Stuart, reine d’Angleterre : IV e année, II e Lettre pastorale, éd. Howell, p.9-16. Au synode de Haarlem, en avril 1695 (art. 38), les députés d’Amsterdam s’informèrent de l’examen des Lettres pastorales, tandis que Basnage de Flottemanville déposa une plainte contre ces publications de Jurieu : voir Knetsch, Pierre Jurieu, p.338-339 ; Bots et Lieshout, Contribution, p.76, n.10.

[35] Sur les difficultés de Jurieu au synode de Haarlem, voir la lettre de Basnage de Beauval à Almeloveen du 10 juin 1695 (Lettre 1040), éd. Bots et Lieshout, n° 38. En effet, lors du synode de Haarlem du 27 avril au 3 mai, des commissaires furent nommés pour mettre fin aux différends entre Jurieu, Elie Saurin et Samuel Basnage de Flottemanville. Ces commissaires furent les suivants : Jean Prévôt, pasteur à Haarlem, Abraham Boddens, pasteur à Amsterdam, Nikolaas Colvius, pasteur à Amsterdam, Elie Benoist, pasteur à Delft, Jourdain Olivier, pasteur à La Haye, Antoine Guérin, pasteur à Leyde, Jacob Vlackvelt, ancien de Haarlem, et Theodor Jansson van Almeloveen en tant qu’ancien de l’Eglise wallonne de Gouda. Ils devaient se réunir le 15 juin à Leyde ( Articles résolus, synode de Haarlem, 3 mai 1695, art. XL). Les mêmes commissaires furent ensuite chargés de réconcilier Jurieu et Basnage de Beauval, les précédentes tentatives ayant échoué : « La Compagnie a conclu qu’il faut faire encore de nouvelles tentatives, en entendant les parties : et les commissaires établis dans l’article précédent sont chargez, d’examiner si cette affaire est politique ; et en cas qu’elle ne le soit pas, ils tâcheront de la terminer. » ( ibid., art. XLI).

[36] Sur la mort de la reine Marie le 7 janvier 1695, voir la Gazette, nouvelle de Paris du 22 janvier et celle de Londres du 14 janvier. Dans la nouvelle de Londres du 11 mars, il avait été stipulé que « Le prince d’Orange donnera un manteau de deuil et une medaille funebre du poids de dix guinées à tous les deputez de la Chambre des Communes ». Il s’agit ici de Jacques-Henri de Durfort (1625-1704), duc de Duras, et de Guy-Aldonce II de Durfort (1630-1702), comte de Lorges, duc de Quintin, dit duc de Lorges, maréchal de France : ils étaient alliés à la famille d’Orange par le mariage en 1595 d’ Henri de La Tour (1555-1623), vicomte de Turenne, duc de Bouillon et prince de Sedan, en secondes noces, avec Elizabeth de Nassau (1577-1642), fille puînée de Guillaume I er de Nassau (1533-1584), prince d’Orange (dit le Taciturne) et de Charlotte de Bourbon-Montpensier ; en effet, leur deuxième fille, Marie de La Tour (1600-1665), épousa en 1619 Henri de La Trémoille, duc de Thouars, et leur quatrième fille, Elizabeth de La Tour (1606-1685), épousa en 1619 Guy-Aldonce I de Durfort (1605-1665), marquis de Duras et de Lorges. Saint-Simon (éd. Coirault, i.216) précise que « le roi d’Angleterre [ Jacques II Stuart] pria le Roi [ Louis XIV] qu’on n’en prît point le deuil, qui fut même défendu à MM. de Bouillon, de Duras, et à tous ceux qui étaient parents du prince d’Orange. » Rappelons aussi le mariage, à la date du 8 avril, du duc de Saint-Simon (l’auteur des Mémoires) avec Marie-Gabrielle de Durfort de Lorges, fille aînée de Guy-Aldonce II de Durfort, maréchal duc de Lorges : voir la Gazette, nouvelle de Paris du 16 avril 1695.

[37] Voir Bayle, DHC, art. « Fernel (Jean) », rem. K, où Bayle met en doute l’anecdote de Varillas reprise par Claude Vanel dans ses Galanteries des rois de France ; voir aussi les deux notes suivantes, portant également sur les erreurs de Varillas adoptées par Vanel.

[38] Sur cet ouvrage de Claude Vanel, voir Lettre 984, n.8.

[39] Voir Bayle, DHC, art. « Chateaubriand (la comtesse de) », rem. A, et la lettre de François Janiçon à Bayle du 10 juin 1695 (Lettre 1041), où sont réfutées les allégations de Varillas reprises par Claude Vanel dans son ouvrage de vulgarisation. Voir aussi le roman La Comtesse de Chateaubriant, ou les effets de la jalousie (Paris 1695, 12°), mentionné dans le JS du 12 décembre 1695.

[40] Le numéro de février 1695 de l’ HOS de Basnage de Beauval, qui comportait le compte rendu de l’ Histoire de l’édit de Nantes d’ Elie Benoist et du dernier volume de La Morale pratique des jésuites d’ Antoine Arnauld, ainsi que des « Extraits de diverses lettres ».

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