Lettre 1091 : Claude Nicaise à Pierre Bayle

[Dijon, le 21 février 1696]

 

[Texte inconnu.]

 

Dictionnaire historique et critique, article « Peiresc (Nicolas Claude Fabri, seigneur de) », remarque A :

(A) Son commerce de lettres embrassoit toutes les parties du monde.

J’ai su par une lettre de Mr l’abbé Nicaise, que Mr Thomassin Mazaugues [1], conseiller au parlement d’Aix, a par devers lui dix mille lettres qui furent trouvées parmi les papiers de Mr Peiresc [2], et qu’il en fait un triage : qu’il y en a quantité que ce fameux sénateur avoit reçues d’ Holstenius [3], du Pere Kircher [4], du cavalier del Pozzo [5], de Mr de Saumaise [6], de Seldenus [7], de Camdenus [8], de Pignorius [9], de Gualdo [10], de M rs Du Puy [11], de Mr Rigaut [12], et de plusieurs autres savans, desquelles il pourroit faire un juste volume in 4 sous le titre d’ Epistolæ Virorum eruditorum quæ extant ad Peireskium. [...]

Notes :

[1] Louis Thomassin de Mazaugues (1647-1712), conseiller au parlement d’Aix-en-Provence, apparenté à Louis Thomassin, l’oratorien : voir Chaufepié, s.v., et sur la famille des Thomassin au siècle suivant : M. Cubells, La Provence des Lumières : les parlementaires d’Aix au 18 e siècle (Maloine 1984). La lettre de Thomassin de Mazaugues à Nicaise du 13 août 1696 fait état des difficultés qu’il trouve dans le choix et dans l’organisation de son édition des lettres de Peiresc : voir E. Caillemer, Lettres de divers savants à l’abbé Claude Nicaise (Lyon 1885), p.177-182. Dans sa lettre du 30 août 1697 adressée à Jean-Alphonse Turrettini, Louis Dufour de Longuerue annoncé qu’il a su par Antoine Pagi que l’ami intime de celui-ci, Thomassin de Mazaugues, avait envoyé les lettres de Peiresc à Genève (Pitassi, Inventaire, n° 1088, ii.730) ; le 12 novembre 1698, Louis Picques s’inquiétait : « Quelles sont les nouvelles de Genève ? Où en est-on de l’édition des lettres de Peiresc faite par Mazogue ? » (Pitassi, Inventaire, n° 1226, i.801). Malgré les nombreuses annonces de la parution de ce recueil, nous ne saurions affirmer que la publication a eu lieu car nous n’avons pu en localiser un exemplaire.

[2] Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637), le célèbre savant aixois, qui entretenait un réseau de correspondance dans toute l’Europe. Voir Pierre Gassendi, Viri illustris Nicolai Claudii Fabricii de Peiresc, senatoris aquisextiensis, Vita (Parisiis 1641, 4° ; trad. R. Lassalle et A. Bresson, Paris 1999) ; P. Tamizey de Larroque (éd.), Les Correspondants de Peiresc : lettres inédites (Paris etc. 1881 ; Slatkine reprint Genève 1972) ; G. Cahen-Salvador, Un grand humaniste : Peiresc, 1580-1637 (Paris 1951) ; P. Tiollier, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, numismate, Provence numismatique, numéro hors-série, 1987 ; G. Godard, « Peiresc, Gassendi, Menestrier, La Ferrière, Gilles de Loches... : un cercle méconnu de “géologues” au début du dix-septième siècle », Travaux du Comité français d’histoire de la géologie, 3 e série, 10 (1996) ; Peiresc, ou la passion de connaître, dir. A. Reinbold (Paris 1990) ; Peiresc, Lettres à Naudé, éd. P.J. Wolfe (Tübingen 1983) ; Peiresc et l’Italie, dir. A. Baudry et al. (Paris 2009).

[3] Lukas Holste (Holstenius) (1596-1661), né à Hambourg, fit ses études à l’université de Leyde. Après deux années passées à Oxford et à Londres (1622-1624), il s’établit à Paris, où il fut nommé bibliothécaire du président de Mesmes. Il fréquentait le cabinet des frères Dupuy et entretint une correspondance avec Peiresc. En 1627, s’étant converti au catholicisme, il fit le voyage de Rome, où il entra dans l’entourage du cardinal Franscesco Barberini ; en 1636, il devint le bibliothécaire du cardinal. Innocent X (Gianbattista Pamfili), élu pape en septembre 1644, le nomma bibliothécaire du Vatican. Alexandre VII (Fabio Chigi) l’envoya en mission, avec Francesco Malines, à Innsbruck, afin de recevoir l’abjuration de la reine Christine de Suède le 3 novembre 1655. Il entreprit de nombreux projets littéraires, théologiques, historiques et géographiques, dont beaucoup restèrent inachevés. Voir N. Wilckens, Leben des gelehrten Lucæ Holstenii (Hamburg 1723) ; Holstenius, Epistolæ ad diversos, éd. J.F. Boissonade (Paris 1817) ; A. Mirto, Lucas Holstenius e la corte medicea. Carteggio (1629-1660) (Firenze 1999).

[4] Athanase Kircher (1601-1680) fit ses premières études au collège jésuite de Fulda entre 1614 et 1618 ; il entra alors dans la Compagnie de Jésus et poursuivit l’étude des humanités à Paderborn, avant d’approfondir sa formation philosophique à Munster et à Cologne, en physique à Heigenstadt et en théologie à Mayence. Il enseigna à l’université de Wurzbourg, puis, fuyant la guerre de Trente Ans, se réfugia en Avignon. Par l’intermédiaire de Peiresc, il fut nommé, en 1635, par le cardinal Francesco Barberini, professeur de physique, de mathématiques et de langues orientales au Collège romain à Rome. C’était un esprit universel, qui publia des ouvrages dans tous les champs du savoir, tout particulièrement en géographie, en astronomie, en mathématiques, en médecine et en musique. Voir J. Godwin, Athanase Kircher, un homme de la Renaissance à la quête du savoir perdu, trad. fr. S. Matton (Paris 1980), et, du même, Athanase Kircher. Le théâtre du monde, trad. C. Moysan (Paris 2009).

[5] Cassiano dal Pozzo (1588-1657), secrétaire du cardinal Francesco Barberini, collectionneur et mécène, protecteur de Nicolas Poussin à Rome, correspondant de Galilée. Voir C. Dati, Delle lodi del Commendator Cassiano dal Pozzo (Firenze 1664) ; F. Haskell, Mécènes et peintres : l’art et la société au temps du baroque italien, trad. F. Durand-Bogaert, Andrée Lyotard-May et Louis Evrard (Paris 1991) ; A. Cook, « A Roman correspondence : George Ent and Cassiano dal Pozzo, 1637-55 », Notes and Records of the Royal Society of London, 59 (2005), p.5-23 ; L. Mochi et F. Solinas, Cassiano dal Pozzo. I segreti di un collezionista (catalogue Galleria Borghese, Rome 2000).

[6] Sur Claude Saumaise, voir Lettre 11, n.45.

[7] John Selden (1584-1654), savant juriste anglais, fit ses études à Oxford ; à partir de 1603, il poursuivit ses études de droit à Londres et fut qualifié comme avocat en 1612. Ses premiers travaux sur la taxation ( History of tithes, 1618) lui valurent un séjour à la Tour de Londres. Il entra au Parlement en 1628 et fut de nouveau envoyé en prison avec tous ceux qui protestèrent contre les nouvelles taxes imposées par le roi Charles I er sur les vaisseaux marchands. En 1640, il s’opposa de nouveau au roi sur la question du maintien de la religion anglicane, sur l’autorité du souverain et sur la liberté des citoyens. En 1643, il participa aux discussions de l’assemblée de Westminster, aux côtés de Thomas Coleman, John Lightfoot, and Bulstrode Whitelocke, défendant ses convictions « érastiennes », favorables à l’autorité de l’Etat sur l’Eglise. Il partagea les dernières années de sa vie avec Elizabeth Talbot, veuve du marquis ( earl) de Kent. Il publia de très nombreux ouvrages sur l’histoire anglaise, sur les religions du Moyen-Orient, sur le judaïsme et sur le droit international. Voir D. Sandler Berkowitz, John Selden’s formative years : politics and society in early seventeenth-century England (London, 1988) ; S. Caruso, La miglior legge del regno. Consuetudine, diritto naturale e contratto nel pensiero e nell’epoca di John Selden (1584–1654) (Milano 2001, 2 vol.) ; G.J. Toomer, John Selden : a life in scholarship (Oxford 2009).Voir aussi la mention dans le Journal d’Antoine Galland (1646-1715), i.462 et n.868.

[8] William Camden (1551-1623), historien anglais, publia divers ouvrages : Britannia, sive, Florentissimorum regnorum, Angliæ, Scotiæ, Hiberniæ, et insularum adiacentium ex intima antiquitate chorographica descriptio (Londini 1586, 8° ; Londini 1607, folio) ; Annales rerum anglicarum : et hibernicarum, regnante Elisabetha (Lugduni Batavorum 1625, 1639, 8° ; éd. Thomas Hearne [Oxonii] 1717, 8°, 3 vol.) ; trad. fr. par Paul de Bellegent : Histoire d’Elizabeth, royne d’Angleterre : comprenant ce qui s’est passé de plus memorable és royaumes d’Angleterre, Escosse, et Irlande, depuis le commencement de son regne, qui fut l’an 1558, jusques à sa mort, en l’annee 1603 (Paris 1627, folio).

[9] Laurentius Pignorius (1571-1631), ecclésiastique et historien de Padoue, auteur d’une étude célèbre sur la « tabula Bembi », une table en bronze incrustée d’argent du 1 er siècle après J.-C., trouvée dans les ruines du temple d’Isis à Rome et passée dans la collection du cardinal Bembo. Elle figure des représentations divines et des pseudo-hiéroglyphes transcrits sur cuivre par Théodore et Jean de Bry. L’ouvrage fut considéré comme la première étude significative dans le domaine de l’égyptologie et porte le titre : Mensa Isiaca, qua sacrorum apud Ægyptios ratio et simulacra subjectis tabulis æneis simul exhibentur et explicantur. Accessit ejusdem authoris De magna deum matre discursus, et sigillorum, gemmarum, amuletarum aliquot figuræ et earumdem ex Kirchero Chisletioque interpretatio. Nec non Jacobi Philippi Tomasini Manus Ænea, et de vita rebusque Pignorii dissertatio. - Magnæ deum matris idaeæ et attidis initia. Ex vetustis monumentis nuper Tornaci Nerviorum erutis (Venetiis 1605, 45° ; Francofurti 1608, 4° ; Amstelodami 1669, 4°).

[10] Paolo Gualdo, secrétaire de Gian Vincenzo Pinelli (1535-1601), humaniste padouan et maître de Galilée. Pinelli entretenait un réseau de correspondance dans toute l’Europe ; il collectionnait les livres et les instruments scientifiques et s’intéressait à la botanique. Au moment de sa mort, Peiresc séjournait dans sa maison et passa plusieurs mois à étudier la bibliothèque et à prendre des notes sur le catalogue du savant décédé ; ses livres furent achetés en 1608 par la bibliothèque Ambrosiana. Gualdo composa une biographie de son maître : Vita Ioannis Vincentii Pinelli, patricii genuensis. In qua studiosis bonarum artium, proponitur typus viri probi et eruditi (Augustæ Vindelicorum 1607, 4°). Voir A. Nuovo, « A proposito del carteggio Pinelli-Dupuy », Bibliotheca. Rivista di studi bibliografici, 2002/2, p.96-115 ; du même auteur, « Testimoni postumi. La biblioteca di Gian Vincenzo Pinelli tra le carte di Nicolas-Claude Fabri de Peiresc », in L’Organizzazione del sapere. Studi in onore di Alfredo Serrai, dir. M.T. Biagetti (Milano 2005), p.317-334, et « The creation and dispersal of the library of Gian Vincenzo Pinelli », in Books on the move : tracking copies through collections and the book trade, éd. G. Mandelbrote et al. (New Castle, Delaware, London 2007), p.39-68 ; M. Grendler, « A Greek collection in Padua : the library of Gian Vincenzo Pinelli », Renaissance Quarterly, 33 (1980), p.386-416 ; et du même, « Book-collecting in counter-Reformation Italy : the library of Gian Vincenzo Pinelli, 1535-1601 », Journal of library history, 16 (1981), p.143-151.

[11] Sur les frères Pierre (1578-1651) et Jacques (?-1656) Dupuy et leur académie « putéane », voir R. Pintard, Le Libertinage érudit, passim ; J. Delatour, Les Frères Dupuy (1582-1656) (thèse, Ecole des Chartes 1996), et, du même, Une bibliothèque humaniste au temps des guerres de Religion : les livres de Claude Dupuy d’après l’inventaire dressé par le libraire Denis Duval (1595) ([Villeurbanne] 1998) ; du même, « Les frères Dupuy et leurs correspondances », in Les Grands Intermédiaires culturels de la République des Lettres : études des réseaux de correspondances du XVI e au XVIII e siècle, dir. C. Berkvens-Stevelinck, H. Bots et J. Häseler (Paris 2005), p.61-101, et « Le cabinet des frères Dupuy », Revue d’histoire des facultés de droit et de la science juridique, 25-26 (2005-2006), p.157-200.

[12] Nicolas Rigault (1577-1654) fut, avec Isaac Casaubon, bibliothécaire de Louis XIII et publia des éditions critiques de nombreux textes classiques, ainsi qu’une suite de l’ Histoire universelle de Jacques-Auguste de Thou ; il céda ses fonctions de bibliothécaire du roi aux frères Dupuy en 1645 et fut nommé conseiller au parlement de Metz, procureur général à Nancy et intendant de la province de Toul. Voir J. Jehasse, « Religion et politique : le Tertullien de Nicolas Rigault (1628-1648) », in E. Bury et B. Meunier (dir.), Les Pères de l’Eglise au XVII e siècle (Paris 1993), p.227-235.

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