Lettre 1124 : Pierre Bayle à Jean de Bayze

A Rotterdam le 21 juin 96

Pour Monsieur Bayze

Je vis hier, mon tres cher Monsieur, la lettre que vous avez ecrite à Mr Daspe où[,] en lui faisant part de votre affliction, vous le priez de me la communiquer [1]. Cette nouvelle me toucha sensiblement*. J’avois une consideration et une amitié toute particuliere pour votre chere epouse [2] la plus aimable femme du monde. C’etoit un thresor pour vous à cause de ses vertus, et de sa pieté, et de la tendresse qu’elle avoit pour vous, et pour vos enfans. Je prens, je vous en assure toute la part d’un bon ami à ce rude coup, et je prie Dieu de vous departir toutes les consolations qui vous seront necessaires. Je voudrois de tout mon cœur etre en etat de vous rendre mes tres humbles services, et vous pouvez toujours compter sur tout ce qui dependra de moi.

J’ai ap[p]ris comme une chose qui est consolante dans l’affliction, le succez de votre voiage. Quant à ce que vous souhaitez de savoir, je ne puis vous dire qu’en gros que l’ouvrage sera ap[p]aremment pret à passer la mer à la fin de cette année [3]. Je pourrai vous avertir à point nommé de l’envoy dans quelques mois. Excusez ma brieveté ; je n’ai pas le tems quasi de respirer, parce que nous hatons le plus qu’il est possible l’impression de cet ouvrage, y aiant deja trop long tems qu’il est sous la presse. J’adresse ce billet à notre cher Monsieur Doules, qui vient de s’etablir à La Haye [4]. Le pauvre Mr Daspe est toujours à ce que j’ap[p]rens en arret [5]. Je vous souhaite à vous, et aux votres toute sorte de prosperité. Il y a six mois, ou plus que je n’ai point de nouvelles du pays de Foix.

Je suis avec toute sorte d’attachement mon tres cher Monsieur votre tres humble etc. • Bayle

Notes :

[1] Cette lettre de Jean de Bayze ne nous est pas parvenue. Il s’était établi comme colon en Irlande en janvier 1692. Sur M. Daspe, marchand d’Amsterdam originaire de Saverdun, voir Lettre 745, n.4.

[2] Jean de Bayze, qui avait à peu près l’âge de Joseph Bayle, était le fils de M . de Bayze (prénom inconnu) et de Paule de Bruguière, la tante des frères Bayle, de Gaston de Bruguière et de Jean Bruguière de Naudis. Nous ignorons le nom de la femme de Jean de Bayze.

[3] Le DHC devait être achevé d’imprimer le mercredi 24 octobre 1696. Le 20 août, Basnage de Beauval devait annoncer à François Janiçon : « Le Dictionnaire de Mr Bayle se debitera au mois d’octobre. Il n’y a plus que 90 feuilles à imprimer à 6 par semaine. » (éd. Bots et Lieshout, n° 56, p.116).

[4] Jean d’Oules (ou Doules, Doulez), ancien pasteur de Saverdun ou d’Anglès, près de Castres : Bayle l’avait connu à Puylaurens et l’avait retrouvé ensuite à Genève. Il semble s’être réfugié aux Provinces-Unies après 1686 : il y devint ministre pensionnaire à Utrecht d’abord, puis à La Haye : voir Lettre 10, n.8.

[5] Nous ne savons rien de cette arrestation de M. Daspe.

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