[Rotterdam, le 18 juillet 1696]

Au très distingué Theodor Janssen Almeloveen, Pierre Bayle adresse son salut.

Je ne rends pas encore la dissertation du très distingué Cellarius [1] puisque vous indiquez qu’il n’y a pas besoin de me presser. Il n’y a guère besoin de rendre la lettre de Paris [2] ; je suis très reconnaissant pour la diligence que vous avez mise quant à la dissertation que je viens de mentionner, j’ai d’autant plus honte du retard que j’ai mis à transmettre cet ouvrage dont franchement j’aurais pu me passer plutôt que de discuter avec vous pendant près de vingt jours au sujet du mois Agrianus [3]. J’ai entendu avec plaisir parler de la parution du nouvel ouvrage de Lomeyer [4], que je vais lire tout de suite attentivement ; mais comme nos libraires en recevront sûrement des exemplaires, il n’y a pas besoin, très cher et très obligeant Almeloveen, de me communiquer le vôtre, je vous remercie vivement pour cette offre généreuse. Monsieur Chauvin publie en français le Journal des savants de Berlin, bimestriel comme c’était la coutume ici [5]. Vous savez que celui-ci s’est insinué chez un certain Sperlette qui est maintenant professeur de philosophie à Halle en Saxe dans la nouvelle académie fondée par Frédéric [6]. Je suis tombé récemment sur un petit poème assez remarquable de Dorat à la louange de l’imprimeur Robert Estienne [7], mais je n’ai pu jusqu’ici me rappeler dans quel livre ; je ne sais pas si vous l’avez cité ou s’il vous est connu.

Vivez longtemps, fleur des amis, vos amis vous présentent tous leurs compliments.

Donnée à Rotterdam le 18 Juillet 1696.

Notes :

[1] L’ouvrage de Cellarius contre Hardouin : voir Lettres 1094, n.4, et 1095, n.16.

[2] La lettre du cardinal Noris communiquée par Nicaise : voir Lettres 1109, n.15, et 1136, n.8.

[3] Sur le mois Agrianus, voir Lettres 1129, n.17, 1141, n.8-12, et 1145, n.4.

[4] Sur cet ouvrage de Lomeier, voir Lettre 1132, n.10.

[5] Sur le journal d’ Etienne Chauvin, voir Lettre 716, n.7.

[6] Il s’agit de Jean Sperlette (parfois Sperlet) (?-1724), qui avait été professeur de philosophie au collège français à Berlin avant d’obtenir un poste à Halle en 1695. Charles-Etienne Jordan, dans son Recueil de littérature, de philosophie et d’histoire (Amsterdam 1730, 8°), p.67, propose un commentaire intéressant : « La Philosophie que M. Sperlette a donnée au public est toute pillée. Sa Logique est presque traduite mot à mot de l’ Art de penser, et je sais de bonne part que le reste n’est autre chose que ce que dictait Desgabets à ses écoliers. » Sur ces emprunts, voir G. Rodis-Lewis, « Quelques échos de la thèse de Desgabets sur l’indéfectibilité des substances », Studia cartesiana, 1 (1979), p.121-128, et son « Introduction aux œuvres philosophiques de Dom Robert Desgabets » in Dom Robert Desgabets, Œuvres philosophiques inédites, éd. J. Beaude, supplément aux Studia cartesiana (Amsterdam 1983) ; G. Gasparri, « La création des vérités éternelles dans la postérité de Descartes », Revue philosophique de la France et de l’étranger, 132 (2007), p.323-336 ; A. McKenna, De Pascal à Voltaire, p.313 ; T.M. Schmaltz, Radical Cartesianism : the French reception of Descartes (Cambridge 2002) ; P. Nicolas, « Substance et toute-puissance divine. Desgabets contre Descartes », XVII e siècle, 256 (2012), p.499-517 ; Robert Desgabets et Antoine Le Gallois, Sull’Eucaristia. Scritti benedittini inediti negli anni del « Traité de physique » de Rohault, éd. M.G. Sina et M. Sina (Firenze 2013). Les différentes parties de la philosophie de Sperlette avaient paru entre 1693 et 1696 : Logicæ veteris et novæ propositiones selectæ (Coloniæ 1693, 12°) ; Physica nova : sive philosophia naturæ (Berolini 1694, 12°) ; Logica et metaphysica novæ (Berolini 1694, 12°) ; Philosophia moralis Christiana et civilis (Berolini 1696, 12°). Dans les NRL, mai 1703, p.597, Jacques Bernard annonce une nouvelle édition sous le titre Johannis Sperlette Academiæ Regiæ Hallensis Professoris Publici Ordonarii Opera philosophica, duobus tomis distincta [...] Editio nova auctior atque emendiator (Berolini 1703, 8°).

[7] Sur cette épître en vers adressée par Jean Dorat (ou Daurat), dit Auratus, à Robert Estienne, composée à Limoges et datée du 4 mai 1538, Ad Robertum Stephanum typographum nobilissimum, voir G. Demerson, « L’humaniste et l’imprimeur. Epître de Jean Dorat à Robert Estienne », Bulletin de l’association d’étude sur l’humanisme, la Réforme et la Renaissance, 28 (1989), p.5-27, article qui comporte l’édition critique du texte. L’épître fut publiée pour la première fois par le collectionneur et éditeur Melchior Goldast von Haiminsfeld (1578-1635) dans la Philologicarum epistolarum centuria una diversorum a renatis literis doctissimorum virorum (Francofurti 1610, 8°), p.235-243.

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