Lettre 1137 : Pierre Bayle à Jean-Baptiste Dubos

[Rotterdam,] Le lundi 23 de juil[let] 1696

J’eusse répondu plutot, Monsieur, à votre lettre du 25 du mois dernier [1], si je n’avois cru qu’il falloit attendre l’arrivée de Mr Bousseau de Dantzic [2], à qui vous aviez donné un paquet de curiosités. Je ne l’ai reçu que depuis deux jours ; je vous en suis infiniment obligé, j’en ai déjà parcouru ou lu toutes les pièces avec beaucoup de satisfaction, et je ne vous puis exprimer toute ma reconnoissnce, je voudrois que notre pays produisit des pièces qui valussent la peine de vous être communiquées, ou qui pussent l’être seurement, je me ferois un plaisir extrême de vous en regaler. Je vous remercie en particulier du portrait de Monsieur Perrault [3] que vous avez eu la bonté de lui demander pour moi, et qu’il a eu la bonté de vous accorder. Je le garderai précieusement et avec beaucoup du reconnaissance pour l’un et pour l’autre. J’ai été ravi de le voir de si bonne mine, il n’a point celle d’un auteur generalement parlant, et on ne s’attendroit pas en le voiant si docte dans ses ecrits qu’il dut avoir un si bel air dans sa taille douce. C’est un privilège des savan[t]s qui vivent dans capitale comme celle où vous vivez. Je ne sai si c’est en vertu de ce que j’en ai ouï dire que Mr l’abbé Genest a été autrefois aupres de Mr Pellisson [4] ou qu’en effet la chose soit effective, mais j’ai remarqué une grande conformité entre ses manières de penser et de s’exprimer, et celles de feu Mr Pellisson [5]. La mémoire de Mr de Court a trouvé un digne panégyriste [6] ; on ne peut s’empêcher d’admirer un homme qui a été tel qu’on le représente dans cet éloge. De telles gens sont plus rares que les cometes.

Dès que j’eus reçu votre lettre j’écrivis à Mr. Almeloveen [7], médecin de Tergou, auteur de quelques livres, et zelé pour le bien de la République des Lettres autant qu’homme du monde, je lui écrivis, dis-je, pour le prier de faire savoir à Mr Henninius ce que vous m’aprenez de l’exemplaire de l’ Histoire des grans chemins [8]. Pour avoir plutot réponse il ne s’est pas adressé à Mr Henninius professeur à Duisbourg, mais à Mr Grævius [9] et à l’imprimeur de la traduction [10]. Ils lui ont répondu qu’ils seront fort obliges aux illustres savans de Paris qui offrent du communiquer les additions marginales de l’auteur, s’ils ont la bonté de les envoier par la première occasion seure qui s’en offrira, et qu’on ne négligera rien pour en orner l’édition.

La rencontre de travail est singuliere entre Bergier et le moine du Mont Cassin [11].

Je ne crois pas que l’ouvrage de Mr de Cordemoi contre les sociniens [12] dont vous me parlez vienne de longtems en ce pays ci. L’auteur se sera sans doute fortifié depuis son Traité sur le retranchement de la coupe, sur la dispute de Luther avec le diable [13], etc., car s’il ne manioit pas plus rudement ses adversaires qu’il [ne] faisoit alors, je n’aurois pas une grande idée de son anti-socinianisme. Depuis que cette secte ne fait plus de livres, on n’écrit plus contre elle, j’exempte quelques écrits qui ont paru en Angleterre en anglois depuis quatre ou cinq ans. On a dit pour et contre tout ce qui se peut dire, et je croi que pour refuter solidement ces heretiques il faudroit reunir toute la métaphysique de Mr Arnaud avec toute la critique du Père Simon dans une seule personne [14]. Or il est bien rare de trouver dans un sujet l’assemblage de ces deux sciences. Si Mr Jurieu avoit été capable de suivre le conseil de ses amis, il n’eut point écrit en françois contre les sociniens ; il y a tres mal reussi car après avoir bien declamé, après avoir exageré les objections qu’on peut leur faire, il s’est arreté tout court sans avoir examiné aucune des objections qu’ils proposent. Or c’est se moquer du monde que de disputer à demi contre des gens : toute dispute doit contenir deux parties dont l’une fasse valoir les preuves et l’autre refute les objections ; et les plus absurdes sectaires triompheront aisement s’ils ne font des livres que pour étaler leur beau côté : le principal et le plus difficile est de soutenir la bresche et les endroits foibles de la place [15].

Mr de Beauval a eu tant de livres de reserve pour ces deux derniers quartiers qu’il n’a pu parler du vôtre [16], car il se reigle assez ordinairement sur l’ordre de la reception ; il en parlera dans le quartier* qu’il a sous la main presentement ; à se reigler selon le mérite, il auroit fallu anticiper et se départir de la regle du tems.

Je ne sai si vous avez connoissance d’une morale chretienne qu’un professeur en théologie de Geneve a deja conduite jusqu’au 6 e tome in-12. Il se nomme Mr Pictet [17]. Elle va son grand chemin, c’est-à-dire qu’elle est plus tournée à l’usage des bonnes ames que remplie d’abstractions, et de profondeur de raisonnement comme celle de Mr Nicole [18]. Le même autheur vient de publier en latin une Theologie chretienne [19].

On rimprime à Amsterdam l’ Histoire de la medecine faite à Geneve par Mr Daniel Le Clerc frère de l’auteur de la Bibliothèque universelle et on y joindra la 2 e partie de l’ouvrage [20]. L’auteur de la Bibliothèque universelle vient de publier des Reflexions sur ce qu’on appelle bonheur et malheur en matiere de loteries [21]. C’est un in-12 de 236 pages où il y a une longue digression sur la liberalité, où l’on en montre par bien des exemples la fausseté, comme a fait Mr Esprit dans son livre De la fausseté des vertus humaines [22]. Il regne du jugement et du bon sens dans cet ouvrage. Un ministre de Zutphen nommé Lomeier con[n]u par son traitté De bibliothecis et par celui De lustrationibus gentilium, homme qui a plus de lecture que de génie vient de publier le 2 e tome de ses Genialium dierum libri [23] ; le premier volume qui parut il y a deux ans contient quelques dissertations, une entre autres De osculis où il ne dit rien de nouveau. Le 2 e volume contient d’abord un recueil des hommes illustres de Zutphen, et puis une liste de ceux qui ont témoigné beaucoup d’amour pour leur patrie, etc. Nous attendons au premier jour l’histoire du sabellianisme publiée en Allemagne en latin par Christianus Wormius [24]. On a publié en Angleterre le catalogue de la fameuse bibliothèque de Cotton ; c’est Mr Smith qui l’a fait [25]. A propos de catalogue nous venons de voir celui des livres et des antiques que Mr de Witt, secrétaire de la ville de Dort vendra au mois de septembre prochain [26]. Il avoit fait une amplete si copieuse de bons livres et de raretés pendant son voiage de France et d’Italie, qu’il a cru se devoir decharger d’une partie. Ce qu’il garde fera encore une très belle bibliothèque et très bien choisie.

Je ne vous parle point de l’histoire des amours de Mr de Bouflers jusques au tems qu’il épousa Mademoiselle de Grammont [27], car ce ne sont que des fables assez grossières, et boufonnement écrites. C’est le jugement qu’il faut faire d’une comedie en prose sur le retour du roi Jacques de Boulogne à S[ain]t Germain [28]. Ces deux cours y sont bafoüees d’importance.

Le P[ère] Papebroch craignant que le gros in-4° qu’il compose contre les carmes, c’est-à-dire pour justifier sa conduite dans les Acta Sanctorum contre les censures des carmes [29], ne fut pas leu par tant de gens s’il le publioit tout à la fois, s’est avisé de le donner par cahiers de mois en mois. La ruse est bonne, car tel homme qui ne toucheroit point à un gros livre, acheve sans s’ennuyer un livre de 40 pages nouvellement sorti de dessous la presse. Ceux qui ont lu cela disent qu’il se defend bien, doctement et solidement.

L’auteur qui a écrit sur la prononciation de la langue françoise est un ministre refugié ( quod inter nos) nommé Huet [30]. Il ne paroit pas avoir connoissance de ce que Mr l’ abbé de Dangeau a composé sur cette matiere [31]. Ceux qu’il critique sont l’ abbé de Saint Real et l’anonyme que cet abbé a critiqué, et qui est bon ami de Port Royal [32]. Un autre refugié de Saumur, homme laïque nommé La Touche, vient de publier en 2 tomes L’Art de bien parler françois [33]. Il a été précepteur des pages de la feue reine d’Angleterre. Son livre peut servir aux etrangers, et meme à des provinciaux ; on y trouve le precis de Vaugelas, de Corneille, de Ménage, de Bouhours, etc.

Il vient de paroitre un petit livre intitulé Nouveau bouclier d’Etat et de justice, composé par un Mr Preudhomme [34] ; c’est un nom réel ; il dispute contre quelques passages de la decadence de l’Empire de Maimbourg et il pretend faire voir que ce qu’a dit ce jesuite touchant les bienfaits de Charlemagne envers les papes, et les prétentions des rois de France à l’Empire n’est pas bien fondé. Je n’ai pas lu encore cela, et peut-être n’aurai-je pas loisir d’y jetter les yeux.

Mr Janniçon est si con[n]u à Paris de tous les curieux que je suis persuadé Monsieur, que vous le connoissez [35]. Il y a long tems que j’ai commerce de lettres avec lui ; ce commerce m’étoit fort utile quand je faisois les Nouvelles de la republique des lettres. Je voudrois avoir le tems de lui écrire souvent, et ne l’ayant pas, et quand je l’aurois, n’étant pas d’humeur à ecrire les memes choses à différentes personnes dans une meme ville, je vous suplie d’avoir la bonté de lui faire part des nouveautés literaires que j’aurai à vous mander, et de commencer par celles cy quoi qu’elles ne soient pas considerables. Il y a plus d’un mois ou six semaines que j’écrivis à Mr l’abbé Nicaise sous le couvert de Mr Pinsson des Riolles [36], je ne sai si cette lettre mise sous le couvert d’un libraire correspondant de Mr Leers aura été promptement donnée à Mr Pinsson.

J’oubliois la relation du dernier siège de Namur [37] : elle a été composée avec un grand soin. L’auteur l’a dressée sur les mémoires d’un des officiers generaux et pour ainsi dire sous ses yeux et puis on l’a donnée à revoir et à corriger quant à la forme à l’ auteur de la Gazette d’Amsterdam qui passe avec raison pour bonne plume [38]. On m’a dit qu’une des meilleures plumes latines de ces provinces la donnera en latin ; travail pénible car la belle latinité ne fournit point d’expression pour la manière dont on attaque aujourd’hui les villes.

Je suis, Monsieur, etc.

Notes :

[1] Lettre 1125.

[2] Voir Lettre 1125, n.2 : nous n’avons su identifier plus précisément M. Bousseau, sans doute marchand à Dantzig.

[3] Voir le portrait de Charles Perrault : notre illustration, tome IX, n° 10.

[4] Dubos avait envoyé à Bayle le Portrait de M. de Court (Paris 1696, 8°) par l’abbé Genest : voir Lettre 1125, n.6. Après des aventures en Angleterre, Charles-Claude Genest était revenu à Paris, où il avait fait partie du cercle de Pellisson. Il avait publié des odes à l’éloge du roi à l’occasion de ses conquêtes pendant la guerre de Hollande et une tragédie, Zélonide, princesse de Sparte (Paris 1682, 12°) ; il devait entrer à l’Académie française en 1698. Par la suite, il devait publier deux autres tragédies, une Dissertation sur la poésie pastorale ou de l’idylle et de l’églogue (Paris 1707, 12°), ainsi que, en collaboration avec Malézieu et Chaulieu, Les Divertissements de Sceaux (Trévoux, Paris 1712, 12°). Il fut un ami de l’abbé d’ Olivet, qui fait son portrait dans sa lettre adressée au président Bouhier du 6 février 1733 (éd. H. Duranton, iv.173-181, lettre n° 81). Voir K. Feess, Genest, sein Leben und seine Werke (Bonn 1912). Jean-Baptiste Dubos devait lui succéder à l’Académie française en 1719.

[5] Paul Pellisson-Fontanier était mort le 7 février 1693. Bayle avait été en relation avec lui et avait tout fait pour faire croire que Pellisson était l’auteur de l’ Avis aux réfugiés : voir Lettres 737, n.5, et 750, n.34, et Bayle, Avis aux réfugiés, éd. G. Mori, p.18-19, 25-26, 30.

[6] L’ abbé Genest avait été l’ami intime de Charles-Caton de Court (1654-1694), qui, avec Malézieu, faisait partie du « petit concile » de Bossuet : voir F.-X. Cuche, Une pensée sociale catholique. Fleury, La Bruyère, Fénelon (Paris 1991), et F. Preyat, Le Petit Concile de Bossuet et la christianisation des mœurs et des pratiques littéraires sous Louis XIV (Berlin 2007), p.24, 35, ainsi que le compte rendu approfondi de ce dernier livre par F.-X. Cuche, XVII e siècle, 257 (2012), p.736-740.

[7] Voir la lettre de Bayle à Almeloveen du 4 juillet (Lettre 1126).

[8] Sur un exemplaire du livre de Nicolas Bergier, Histoire des grands chemins de l’empire romain, annoté de la main de l’auteur : voir Lettre 1125, n.32. Ces annotations, signalées par Marc-Antoine Oudinet, garde des médailles du Cabinet du roi, pouvaient être utiles à Henninius, qui était en train de traduire en latin l’ouvrage de Bergier.

[9] Jean Georges Grævius, spécialiste de l’histoire de l’Antiquité, membre du réseau de Bayle et d’ Almeloveen : voir S. Stegeman, Patronage and service, passim. C’est dans son recueil que devait paraître la traduction de Henninius : voir la note suivante.

[10] La traduction de Henninius devait sortir quelques années plus tard : Nicolai Bergierii De publicis et militaribus Imperii Romani viis libri V. Ex gallica in latinam linguam translati ab Henr. Chr. Henninio. Accedunt ejusdem Animadversiones cum tabulis et numismatibus dans le dixième volume (1699) de l’ouvrage monumental de Grævius, Thesaurus antiquitatum Romanorum (Trajecti ad Rhenum 1694-1699, folio, 12 vol.), publié chez François Halma.

[11] Voir le récit de Dubos d’après Mabillon sur la rencontre de celui-ci en 1687 avec un moine du Mont-Cassin qui composait un ouvrage sur le même sujet que Nicolas Bergier : Lettre 1125 (n.34 et 35).

[12] Sur cet ouvrage de Louis-Géraud de Cordemoy, voir Lettre 1125, n.45.

[13] Louis-Géraud de Cordemoy, Récit de la conférence du diable avec Luther, fait par Luther même dans son livre de la messe privée (Paris 1681, 8°) : sur cet ouvrage, voir Lettre 213, n.37.

[14] Sur Bayle et les sociniens, voir A. McKenna, « La norme et la transgression : Pierre Bayle et le socinianisme », in P. Dubois (dir.), Normes et transgression au XVIII e siècle (Paris 2002), p.117-136 ; G. Mori, « Bayle e il socinianesimo », in M. Priorolo et E. Scribano (dir.), Fausto Sozzini e la filosofia in Europa (Siena 2005), p.179-210 ; voir aussi la réédition photostatique des œuvres de Socin par les soins d’ E. Scribano à l’université de Sienne (2011).

[15] Remarque qui définit bien le rapport de Bayle à la « philosophie chrétienne ».

[16] C’est dans l’ HOS, juillet 1696, art. V, qui parut à la fin du mois, que Basnage de Beauval devait publier un compte rendu de l’ouvrage de Dubos, Histoire des quatre Gordiens prouvée et illustrée par les medailles (Paris 1695, 12°) : sur cet ouvrage, voir Lettre 991, n.9.

[17] Sur cet ouvrage de Bénédict Pictet, La Morale chrétienne, ou l’art de bien vivre (Genève 1693-1696, 12°, 6 vol.), voir Lettre 765, n.42.

[18] Allusion aux Essais de morale (Paris 1672-1678, 12°, 4 vol.) de Pierre Nicole.

[19] Pictet, Theologia christiana ex puris S.S. Literarum fontibus hausta (Genevæ 1696, 8°).

[20] Daniel Le Clerc, Histoire de la médecine, où l’on voit l’origine et le progrès de cet art (Genève 1696, 12°).

[21] Jean Le Clerc, Reflexions sur ce que l’on appelle bonheur et malheur en matiere de loteries et sur le bon usage qu’on en peut faire (Amsterdam 1696, 8°), publiées chez G. Gallet.

[22] Jacques Esprit, La Fausseté des vertus humaines (Paris 1677-1678, 12°) ; sur l’auteur, voir le Dictionnaire de Port-Royal, s.v. (art. de J. Lesaulnier).

[23] Johannes Lomeier (1636-1699), érudit hollandais, devint pasteur et professeur de belles-lettres à l’académie de Zutphen. Il fut l’auteur d’une méthode de classement de bibliothèques, De bibliothecis liber singularis (Daventæ 1669, 8°). Il fit paraître également un ouvrage sur les sacrifices anciens, De veterum gentilium lustrationibus syntagma : cum indice necessario (Ultrajecti 1681, 4°) et des dissertations philologiques, Dierum genialium, sive Dissertationum philologicarum Decas I (Daventæ 1696, 12°, 2 vol.).

[24] Christen Worm, Historia Sabelliana, hoc est, De Origine et incrementis hæreseos Sabellianæ usque ad initium seculi quinti deductæ ex antiquitate ecclesiastica observationes (Francofurti 1696, 8°) : voir Lettres 1129, n.21 et 22, et 1202, n.28.

[25] Catalogus librorum manuscriptorum Bibliothecæ Cottonianæ : cui præmittuntur illustris viri, D. Roberti Cottoni, equitis aurati et baronetti, vita : et Bibliothecæ Cottonianæ historia et synopsis, scriptore Thoma Smitho (Oxonii 1696, folio) : voir Lettre 1129, n.19.

[26] Johan de Witt le jeune, désormais secrétaire de la ville de Dordrecht, était un collectionneur passionnée de livres et d’antiquités. En 1696, il vendit une partie de sa collection : Jan Albinus, Catalogus exquisitissimorum, raroque occurrentium librorum (Dordrecht 1696, 8°) ; le catalogue parut chez Cornelis Willegaerts.

[27] Histoire des amours du maréchal de Boufflers ou les intrigues galantes qu’il a eu[es] depuis qu’il a commandé les armées du roi de France, jusqu’à son mariage avec M lle de Grammont (Paris 1696, 12°).

[28] Eustache Le Noble (1643-1711), Le Retour de Jaques II à Paris, comédie en un acte en prose, jouée pour la première fois à Paris en 1696.

[29] Daniel van Papenbroeck, dit Papebroch (1628-1714), jésuite bollandiste, enseigna dans différents collèges flamands avant de partir pour Rome en compagnie de Godefroid Henskens (dit Henschenius). Ensemble, ils effectuèrent des recherches approfondies sur l’histoire médiévale. En 1668, ils firent paraître les Vies des saints fêtés en mars [ Acta sanctorum martii a Joanne Bollando [...] colligi feliciter coepta. A Godefrido Henschenio et Daniele Papebrochio [...] aucta, digesta et illustrata (Antverpiæ 1668, folio)], qui suscita un conflit avec les carmes flamands, qui leur reprochaient d’avoir démontré que leur fondateur était Berthold et non Élie comme leur tradition le prétendait. Les carmes dénoncèrent les quatorze volumes des Vies des saints au pape et déférèrent l’ouvrage à l’Inquisition espagnole, qui le condamna comme renfermant des propositions hérétiques, scandaleuses et impies. Papenbroeck répondit aux attaques, demanda un nouvel examen. Le pape imposa le silence aux jésuites et aux carmes. Les travaux de Papenbroeck constituèrent une étape importante vers la définition de la science de la « diplomatique » par les mauristes autour de Bernard de Montfaucon et de Jean Mabillon. Voir A. Minerbi Belgrado, L’Avènement du passé. La Réforme et l’histoire (Paris 2004), p.157, 159-160 ; C. Grell, Le Dix-huitième siècle et l’Antiquité en France, 1680-1789 (Oxford 1995, 2 vol.), et Lettres 1105, n.51, et 1120, n.12.

[30] Sur cet ouvrage de Gédéon Huet, voir Lettre 1125, n.29.

[31] Sur les compositions grammaticales et orthographiques de Louis de Courcillon de Dangeau, voir Lettre 1125, n.30.

[32] Sur les ouvrages visés par Gédéon Huet, voir Lettre 1125, n.29.

[33] Pierre de La Touche, L’Art de bien parler françois, qui comprend tout ce qui regarde la grammaire et les manières de parler douteuses (Amsterdam 1696, 12°) ; l’auteur devait mourir en Angleterre en 1730.

[34] H.P.G. Preudhomme, Nouveau bouclier d’état et de justice où l’on découvre le peu de fondement qu’ont les rois de France dans leurs prétentions à l’empire et aux autres royaumes de Charlemagne et où l’on combat les paradoxes avancez par le P. Mainbourg (Amsterdam 1696, 12°) : l’auteur est identifié d’après la signature de la dédicace. Il s’en prenait à Louis Maimbourg, Histoire de la décadence de l’Empire, après Charlemagne et des différends des empereurs avec les papes, au sujet des investitures et de l’indépendance (Paris 1679, 4°).

[35] Bayle assure ainsi la liaison entre les membres de son réseau parisien. Il est à remarquer qu’il se plaint constamment de la pauvreté des nouvelles littéraires aux Provinces-Unies, mais qu’il trouve bien quantité de nouvelles à annoncer à Dubos, nouveau venu dans son réseau, en échange des lettres très substantielles que celui-ci lui a envoyées (Lettres 1067, 1086, 1107, 1125).

[36] Cette lettre est apparemment perdue, puisque nous ne connaissons, parmi les lettres de Bayle à Nicaise pour l’année 1696, que celles du 15 mars (Lettre 1095) et du 11 juin (Lettre 1120).

[37] Il existe une Relation de ce qui s’est passé au siège de Namur ; avec les plans des attaques [...] (Paris 1692, folio), qui comporte quarante-quatre pages et trois cartes (BNF Fol-LH5-57). Le fils de Jean Racine imprima cette relation dans les Œuvres de Mr Louis Racine, publiées par Marc-Michel Rey, tome I, Les Mémoires sur la vie de Jean Racine (Amsterdam 1750, 12°, 5 vol.), i.234-268. Cependant, il s’agit ici plus probablement de l’ouvrage de Jean Tronchin Dubreuil, Relation de la campagne de Flandre, et du siège de Namur, en l’année 1695 (La Haye 1696, 12°), qui parut chez Henry van Bulderen. Voir aussi Voir M. Virol, « Le siège de Namur de 1692 : l’héroïsme et la technique », Dix-septième siècle, 228 (2005), p.465-488.

[38] A cette date, le principal rédacteur de la Gazette d’Amsterdam était Jean Tronchin Dubreuil, journaliste apprécié par Bayle : voir Lettres 212, n.1, et 233, n.33, et Sgard, Dictionnaire des journalistes, s.v. (art. de J. Sgard).

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