Lettre 1156 : Pierre Bayle à Jean-Baptiste Dubos

[Rotterdam,] le lundi 3 de sept[embre] 1696

Je suis bien aise, Monsieur, de la vigilance que vous voulez ap[p]orter à ce qui concerne l’exemplaire annoté de Bergier [1]. Mr Henninius [2] auteur de la traduction a fait reponse à Mr Almeloveen qu’on emploira avec la plus grande joie du monde ce qu’on recevra de Paris, et qu’afin que chaque chose puisse etre mise à sa place on arretera l’impression jusques à ce qu’on l’ait recu et qu’on mettra à la fin ce qui se pourra rap[p]orter aux feuilles deja imprimées.

On n’a point ici les œuvres du P[ère] Commire [3] ; il faudroit donc qu’on eut la bonté d’envoier une copie de ce qu’il a fait à la louange de cet auteur ; ceci vous fait voir qu’on souhaite un peu de diligence, attendu que les imprimeurs s’arretent [4]. Tout le monde ap[p]liquera aux deux illustres otés du livre de Mr Perrault [5] la pensée de Tacite touchant • le portrait de Brutus et de Cassius qui ne parut point aux funerailles de Junia [6].

Vous m’avez fait beaucoup de plaisir de m’ap[p]rendre le nom de l’adversaire de l’ abbé de S[aint] Réal [7]. Cet abbé le con[n]oissoit, car il lui porte de terribles coups de raillerie sur la qualité de regent sans rien affirmer neanmoins. J’ai eu encore plus de joie de savoir vos liaisons avec Mr Jannisson [8], et puis que vous avez eu la bonté de m’ap[p]rendre une chose que Mr Pinsson vous avoit prié de me faire savoir de sa part [9], je prendrai la liberté de vous sup[p]lier de lui dire en attendant que je puisse lui ecrire que M rs les libraires Huguetan  [10] ne peuvent point entreprendre l’impression du 4 e tome de Cotelier [11], mais que pour la vie de cet auteur que Mr Baluze leur promet [12] ils l’imprimeront agreablement, et qu’ils esperent de la recevoir assez tot pour que leurs imprimeurs n’en souf[f]rent point de retardement. Ayez aussi la bonté de dire à Mr Pinsson que je viens de recevoir tout presentement le paquet qu’il m’envoia au mois d’avril [13] contenant quelques ecrits de Mr Allard de Grenoble [14] etc.

Vous avez deviné juste que l’auteur de la Gazette d’Amsterdam qui s’ap[p]elle en ce pays Mr Du Brueuil est le meme Tronchin qui etoit interessé aux fermes [15] etc. Il est de Geneve parent d’un professeur en theologie tres habile homme nommé aussi Tronchin [16]. On fait encore plus de cas ici des lardons* de Mr Du Breuil [17], que de sa Gazette. Ce n’est point lui qui a fait l’ Histoire de la prise / de Namur, il n’a fait que la retoucher. L’auteur est un gentilhomme refugié [18]. On a deja la 2 e edition de cet ouvrage intitulé Relation de la campagne de Namur in fol[io] [19]. Il y a de fort beaux plans. On n’y a pas oublié l’histoire de la retraite du prince de Vaudemont [20]. Les choses y sont narrées en forme de journal et quoique les preambules soient melez d’eloges, ils y sont sans declamation, et sans toutes ces figures de rhetorique que le Mercure galant emploie sans fin et sans cesse. Jamais les prologues n’ont pu etre galeati [21] plus à propos qu’en telles rencontres, cependant ceux du gentilhomme refugié ne le sont point. Celui qui le traduiroit en latin seroit bien à plaindre comme vous le dites fort bien, mais je pense qu’on trouvera plus raisonnable de donner à faire en latin une histoire de ce fameux siege laquelle ne soit point genée par la methode de l’original françois, mais où on puisse donner le tour que Grotius a pris dans la relation latine de quelques sieges [22], et Heinsius dans celle du siege de Bois le Duc [23].

Je ne savois rien de tout ce que vous m’ap[p]renez du canal de Troyes, et de Mr de La Feuillade [24]. Ce sont là des travaux plus necessaires en tem[p]s de guerre qu’en tem[p]s de paix, et qui neanmoins ne se font guere qu’en tem[p]s de paix. Un de nos nouvellistes a deja parlé de la decouverte du medecin de Blois [25] ; il faut necessairement qu’il y ait dans tous les corps des animaux de tels vases de communication ; ils ont eté sensibles dans celui cy par quelque obstruction particuliere qui avoit eté cause qu’ils etoient gonflez. S’il y avoit en France un medecin semblable à celui qui est en Frise[,] [26] cela feroit bien du bruit. Cet homme là fait profession de guerir tout par l’injection de ses drogues dans l’urine fraîche du malade. Il fait suer, vomir, il purge selon l’exigence du cas en melant quelque chose dans l’urine. Il y a un homme qui proteste qu’il se sent deja soulagé des gout[t]es, et que les nœuds de ses doigts sont deja tombez pour s’etre servi de ce medecin qui n’a operé que sur l’urine du gout[t]eux.

Je n’ai reçu que depuis quatre ou cinq jours la lettre de Mr de Longepierre [27] ; ne sachant point son adresse je vous prie Monsieur d’agréer que je lui reponde sous votre couvert [28]. Je vois par ce que vous m’en dites qu’il est revenu à son premier poste auprès des jeunes princes ; j’en suis bien aise. Les gazettes nous avoient ap[p]ris qu’il avoit reçu ordre il y a du tem[p]s de s’eloigner [29].

Je ne sai si je vous ai jamais ecrit que l’on rimprimoit toutes les œuvres de Baius [30] : j’ai à vous dire aujourd’hui que l’edition est en vente, il y a de nouvelles pieces, et des remarques historiques assez curieuses pour debrouiller les intrigues des censures qui lui tomberent sur la tete. On a fait / une nouvelle edition d’Aurelius Victor à Utrecht avec des medailles [31] ; on y a joint tout entiers le commentaire de Mad le Le Fevre (presentement Madame Dacier) et celui de 2 ou 3 autres. Les medailles au reste n’y sont point expliquées, elles n’y sont que pour la montre[,] non plus que dans le Suetone que Pitiscus regent de la première classe à Utrecht publia il y a 5 ou 6 ans [32]. C’est lui qui nous donne cet Aurelius Victor.

Je n’entens pas assez d’anglois pour vous rendre compte d’un livre nouveau en cette langue. Il porte le meme titre que celui qui a fait tant de bruit composé par un anglois nommé Burnet, dif[f]erent de l’ eveque de Salisburi. Je veux dire qu’il a pour titre Sacra Theoria Telluris [33]. Celui qui m’en a parlé m’assure qu’il surpasse celui de Burnet, que l’erudition y est aussi grande, et la connoissance des mathematiques plus profonde. Tout y est selon la methode geometrique ; il a de nouvelles veues sur le cahos et sur la formation de la terre, et sur le deluge de Noé. La principale clef de son systeme sont [ sic] les cometes ; il croit que le cahos de Moyse n’etoit autre chose que l’atmosphere d’une comete, et que l’entrée d’une comete long tems apres dans l’atmosphere de la terre y causa le deluge de Noé. Je souhaite que cet ouvrage soit mis en latin. Il est dedié à Mr Newton le plus grand mathematicien de l’Europe.

Mr Wallis autre grand mathematicien de ce pays là vient de soutenir tout de nouveau que Mr Descartes a eté le plagiaire d’Har[r]iot, et il refute là dessus la preface de la 2 e edition des Elemens de mathematique de feu Mr Prestet, et ce que Mr Baillet a dit pour disculper Mr Descartes [34]. A propos de Mr Baillet je suis bien aise de savoir à quoi il s’occupe, je l’avois demandé à Mr Jannisson, mais j’aurois mieux aimé ap[p]rendre qu’il ne fait pas la Vie des saints [35], car quelque sincere qu’il veuille etre en s’exposant beaucoup au chagrin terrible des moines, il lui sera difficile de se contenter lui meme, et de contenter les bons connoisseurs.

L’ouvrage de Cellarius contre les Herodiades du P[ère] Hardouin [36] n’est qu’une petite dissertation où le genie ne regne pas, mais où l’on trouve la refutation • de quelques objections de ce Pere. Vous serez bien aise d’ap[p]rendre que Mr Beger a publié le Thesaurus Brandeburgicus, comme il avoit autrefois publié le Thesaurus Palatinus [37]. C’est un recueil des medailles et antiques qui se trouvent dans le cabinet de l’électeur de Brandebourg in fol[io].

Les œuvres de Julien / en grec et en latin avec les notes du Pere Petau et celles de Mr Spanheim l’antiquaire [38] paroissent d’impression de Leipsic. Ettigius professeur de Leipsic a publié un appendix à à [ sic] son livre de Hæresiarchis ævi apostilici et apostolico proximi [39]. Cet homme a beaucoup de lecture, et ramasse la censure des fautes que les ecrivains commettent. Un autre Allemand nommé Hanneman a publié un ouvrage De appellatione ad Vallem Josaphat [40]. Il ramasse beaucoup d’exemples de gens qui à l’heure de la mort ont ajourné leurs juges à comparoitre devant le trone de Dieu. Il paroit depuis peu une nouvelle version francoise du Nouveau Testament avec des notes. L’auteur est un ministre du Languedoc presentement à Utrecht nommé Martin [41]. Je ne sai, quand je considere le grand nombre de versions que l’on donne de l’Ecriture en tous pays, si l’on ne pourroit pas ap[p]liquer ce mot de Tacite ut antehac flagitiis ita nunc legibus laboramus [42]. Un autre ministre nommé Gousset, qui a eté ministre de Poitiers, et qui est professeur à Groningue a publié un ouvrage latin sur ce que l’apotre s[ain]t Jacques a dit de la foi morte et de la foi vive [43].

Je me souviens d’avoir lu dans le Journal des scavans l’extrait des memoires qui parurent il y a quelque tem[p]s en France sur la seance des cardinaux au Parlement de Paris [44]. Il me semble au moins que c’est là que j’ai pris connoissance d’un tel livre, mais comme il faudroit feuilleter plusieurs volumes pour trouver l’endroit, il sera plus court de vous demander si ce n’est pas Mr l’archev[eque] de Reims qui fit publier ces memoires afin de montrer que le premier pair ecclesiastique ne doit pas ceder aux cardinaux [45]. Il y a un livre dans la bibliotheque de ce prelat que je voudrois bien avoir leu ; l’auteur s’ap[p]elle Antonius Cornelius, et son ouvrage Querela infantium sine baptismo mortuorum adversus dei judicium [46]. Il fut imprimé à Paris chez Chretien Wechel l’an 1531. Je conjecture qu’ayant eté imprimé à Paris chez un libraire qui se nomma[,] ce n’est point un livre impie mais une maniere de procez où on fait dire aux enfans condamnez aux limbes toutes leurs raisons, mais en sorte qu’on les refute [pour montrer la] justice de leur condamnation. Je voudrois bien savoir si [ma conjecture est] fausse.

Notes :

[1] Sur cet exemplaire annoté de l’ouvrage de Nicolas Bergier, Histoire des grands chemins de l’empire romain, voir Lettres 1105, n.32, et 1125, n.32, et sur les notes de Dubos lui-même sur cet ouvrage, voir Lettre 1031, n.9.

[2] Henninius, qui traduisait l’ouvrage de Bergier en latin : voir Lettre 1031, n.9.

[3] Sur les œuvres en question du Père Commire, voir Lettres 600, n.11, et 1148, n.5.

[4] Bayle répond à la suggestion de Dubos dans sa lettre du 10 août (Lettre 1148) : « Je crois que vos Messieurs n’oublieront point de faire imprimer à la teste de leur livre l’ode latine que le P[ère] Commire a faite à la louange de l’autheur [ Bergier] ; elle se trouve parmi ses ouvrages imprimé. » C’est donc François Halma, imprimeur de l’ouvrage monumental de Grævius, qui devait y insérer la traduction par Henninius du livre de Bergier et qui attend le texte de l’ode latine du Père Commire avant de poursuivre son impression : voir Lettre 1137, n.10.

[5] Antoine Arnauld et Blaise Pascal, dont les éloges avaient été supprimés du recueil de Perrault : voir Lettre 1104, n.11.

[6] Tacite, Annales, 3, 76 : « Ce fut cette même année, la soixante-quatrième après la bataille de Philippes, que Junia, sœur de Brutus, veuve de C. Cassius et nièce de Caton, finit sa carrière. Son testament fut le sujet de mille entretiens, parce que, étant fort riche, et mentionnant honorablement dans ses legs presque tous les grands de Rome, elle avait omis l’empereur. Tibère prit cet oubli en citoyen, et n’empêcha pas que l’éloge fût prononcé à la tribune, que la pompe accoutumée décorât les funérailles. On y porta les images de vingt familles illustres : les Manlii, les Quinctii y parurent, avec une foule de Romains d’une égale noblesse ; mais Cassius et Brutus, qui n’y furent pas vus, les effaçaient tous par leur absence même. »

[7] Sur l’ouvrage de Gédéon Huet, qui s’attaquait à Saint-Réal et à Andry de Boisregard, voir Lettre 1125, n.29.

[8] Dans sa lettre du 23 juillet (Lettre 1137), Bayle avait demandé à Dubos de faire suivre ses nouvelles littéraires à François Janiçon – sans savoir qu’ils se connaissaient déjà ; dans sa lettre du 10 août (Lettre 1148), Dubos l’avait rassuré : « J’avois prévenu l’ordre que vous m’envoié de faire part à M. Jannisson des nouveautez que vous me comuniqué. C’est un tres honeste homme, et dont je tiens a honneur d’estre ami. » C’est donc à cette formule que Bayle répond dans la présente lettre.

[9] Dans sa lettre du 23 juillet (Lettre 1137), Bayle s’était inquiété : « Il y a plus d’un mois ou six semaines que j’écrivis à Mr l’abbé Nicaise sous le couvert de Mr Pinsson des Riolles, je ne sai si cette lettre mise sous le couvert d’un libraire correspondant de Mr Leers aura été promptement donnée à Mr Pinsson » et dans sa lettre du 10 août (Lettre 1148), Dubos l’avait rassuré : « Monsieur Pinsson a faict ce dont vous estes en peine. »

[10] Sur les frères Huguetan , libraires-imprimeurs d’Anvers et d’Amsterdam, voir Lettre 882, n.40.

[11] Il s’agit sans doute du dernier volume de l’édition des Pères de l’Eglise établie par Jean-Baptiste Cotelier (1629-1686) et Jean Le Clerc, SS. Patrum qui temporibus apostolicis floruerunt opere : Barnabæ, Clementis, Hermæ, Ignatii, Polycarpi Opera [...] vera et supposititia [...] J.B. Cotelerius ex mss. codicibus eruit ac correxit, versionibusque et notis illustravit. Accesserunt in hac nova editione [a J. Clerico recensita] notæ integræ aliorum virorum doctorum qui in singulos patres memoratos scripserunt [...] (Antverpiæ 1698, folio, 2 vol.), suivie par les SS. Patrum qui temporibus apostolicis floruerunt opere : Barnabæ, Clementis, Hermæ, Ignatii, Polycarpi opera edita et inedita [...] (Antverpiæ 1700, folio, 2 vol.).

[12] Etienne Baluze, Epistola [...] ad E. Bigotium scripta anno 1686 de vita J.B. Cotelerii (s.l.n.d., folio). Voir le compte rendu dans le JS, septembre 1686, et l’édition donnée par Jean Le Clerc dans le premier volume de son édition des « constitutions apostoliques » de Cotelier : SS. Patrum qui temporibus apostolicis floruerunt, Barnabæ, Clementis, Hermæ, Ignatii, Polycarpi opera cum variorum et suis notis (Antverpiæ [Amstelodami] 1698, folio, 2 vol.), ainsi que son commentaire dans la Bibliothèque ancienne et moderne, 21 (1724), p.239-240 : « Comme Jean-Baptiste Cotelier avoit fait imprimer les Peres apostoliques, avec ses traductions, et ses remarques, à Paris en MDCLXXI ; Mr Baluze ayant appris qu’on rimprimoit ici cet ouvrage, envoya la Vie de Cotelier, qu’il avoit composée en MDCLXXXVI, et qu’il avoit renfermée, en une lettre à Mr Bigot. Il y avoit à la fin deux épitaphes du même Cotelier, l’une en vers par le célebre Santeuil de S[aint-] Victor, et l’autre en prose, par M. Pins[s]on, avocat au Parlement. » Voir aussi Charles Ancillon, Mémoires concernant les vies et les ouvrages de plusieurs modernes célèbres dans la République des Lettres (Amsterdam 1709, 12°), i.380-381.

[13] La lettre d’accompagnement de Pinsson des Riolles ne nous est pas parvenue. Une seule lettre de Bayle à Pinsson de l’année 1696 nous est connue : celle du 15 mars (Lettre 1096).

[14] Il avait été question de Guy Allard, historien du Dauphiné, dans la lettre de Bayle à Pinsson du 25 novembre 1694, où il stipulait : « Pour moi pour l’usage de mon livre[,] il me suffit d’avoir un exemplaire des Vies que Mr Allard a publiées, et un de son nobiliaire ; j’ai deja sa Bibliotheque de Dauphiné. Je n’ai point La Vie de Boissat, je ne sai si elle est de Mr Allard, ou de Mr Chorier, c’est tout un pourveu qu’on l’ait. » Bayle fait allusion à Guy Allard, auteur d’innombrables ouvrages biographiques et généalogiques ainsi que de La Bibliothèque du Dauphiné, contenant les noms de ceux qui se sont distingués par leur sçavoir dans cette province et le dénombrement de leurs ouvrages, depuis XII siècles (Grenoble 1680, 12°) et à Nicolas Chorier (1612-1692), De Patri Boissatii equitis et comitis palatini viri clarissimi vita amicisque litteratis libri duo (Grantianopoli 1680, 12°). Ce sont sans doute ces livres que Pinsson envoya à Bayle en avril 1696.

[15] Sur Jean Tronchin Dubreuil, rédacteur de la Gazette d’Amsterdam, voir Lettre 1137, n.38.

[16] La famille Tronchin est originaire de Champagne : Rémi Tronchin (1539-1609) échappa à la Saint-Barthélemy et réussit à gagner Genève ; il épousa Sara Morin en 1580 et eut d’elle huit enfants. La branche aînée de la famille avait été constituée par Théodore Tronchin (1582-1657), le théologien, qui eut, par sa femme Théodora Rocca, neuf enfants, parmi lesquels Antoine, l’aîné, qui s’établit à Lyon comme banquier et eut, de son mariage avec Anne Acéré, quatre enfants, dont l’aîné était Théodore (1709-1781), célèbre médecin. Le deuxième enfant du théologien Théodore Tronchin était Louis (1629-1705), l’ancien professeur de théologie de Bayle à Genève. La branche cadette est issue du cinquième des huit enfants de Rémi Tronchin, qui s’appelait Daniel. Haag suppose que Jean Tronchin Dubreuil (ou Du Breuil) (1641-1721) est le cinquième enfant issu de Daniel, mais avoue : « Nous ne voyons en tout cas aucun autre moyen de rattacher à la famille Tronchin cet écrivain assez connnu. » Jean Tronchin écrivait le 6 avril 1680 à son « cousin », Louis Tronchin (BPU Genève, archives Tronchin, vol. 47, f° 214) : la relation familiale est donc certaine et elle est reflétée par la formule très affirmative de Bayle, qui connaissait bien Louis Tronchin et qui était un lecteur assidu du périodique de Jean Tronchin Dubreuil. Cela semble rendre la suggestion de Haag assez plausible, mais J. Sgard, qui suit la notice d’I.H. van Eeghen, De Amsterdamse boekhandel (1680-1715) (Amsterdam 1960-1967), iv.143, et la notice biographique par H. de Limiers dans le JS du mois de décembre 1721, fait de Jean Tronchin Dubreuil le fils de Jacques Tronchin et de sa femme Jeanne de Tudert. Voir ausssi E. Briggs, « La famille Tronchin et Jean Tronchin du Breuil, gazetier », in H. Duranton et P. Rétat (dir.), Gazettes et information politique (Saint-Etienne 1999), p.87-96. Selon les informations contradictoires fournies par ces différentes sources, il est impossible de définir précisément le lien entre la famille de Jean Tronchin Dubreuil et celle de Louis Tronchin.

[17] Sur les lardons, feuillets hebdomadaires satiriques, voir Lettre 260, n.3. Ceux de Tronchin Dubreuil ne figurent pas dans le Répertoire de nouvelles à la main. Dictionnaire de la presse manuscrite clandestine XVI e-XVIII e siècle (Oxford 1999) de F. Moureau ni dans le Catalogus van de pamfletten-verzameling berustende in de Koninklijke Bibliotheek (Amsterdam 1889-1920, 9 vol.) de W.P.C. Knuttel.

[18] Sur cet ouvrage attribué à Jean Tronchin Dubreuil, voir Lettre 1148, n.12, et la note suivante.

[19] Jean Tronchin Dubreuil, Relation de la campagne de Flandre et du siège de Namur en l’année 1695. Avec des cartes et les plans nécessaires pour la parfaite intelligence de cette relation (La Haye 1696, folio). Deux éditions de cet ouvrage parurent en 1696 chez le même éditeur Henry van Bulderen. Ce recueil comporte quatre cartes dessinées par O. Elliger et gravées par G. van Gouwen. Voir aussi Lettre 1137, n.37.

[20] Charles Henri de Lorraine, comte puis prince de Vaudémont (1649-1723), commandant de l’armée alliée en Flandre ; il fut nommé par la suite gouverneur de la ville de Milan. Au début du siège de Namur de 1695, Vaudémont déjoua les plans des Français par une habile retraite devant leurs forces très supérieures. Bayle fait peut-être allusion à la Carte de la retraite de Mr le prince de Vaudemont du camp d’Arselle (s.l. 1693, 12°).

[21] galeati : rehaussés, relevés.

[22] Hugo Grotius, Grollæ obsidio cum annexis anni MDCXXVII (Amstelodami 1629, folio), chez Guillaume Blaeuw.

[23] Daniel Heinsius, Rerum ad Sylvam-Ducis atque alibi in Belgio aut a Belgis anno 1629 gestarum historia (Lugduni Batavorum 1631, folio), parue chez Elzevier.

[24] Sur les derniers projets du duc de Roannez, voir Lettre 1148, n.14. Bayle le confond avec François III d’Aubusson, comte de La Feuillade, maréchal-duc de Roannez (1631-1691), qui avait épousé la sœur du duc de Roannez, Charlotte Gouffier : celle-ci, correspondante de Pascal, avait été postulante à l’abbaye de Port-Royal sous le nom de Charlotte de la Passion. Dans sa lettre du 10 août (Lettre 1148), Dubos désignait Artus Gouffier, duc de Roannez : il signalera l’erreur de Bayle dans sa lettre du 23 septembre (Lettre 1160 : voir n.9).

[25] Il s’agit sans doute d’une découverte rendue publique par Jean Bernier, médecin de Blois, mais nous n’en avons pas trouvé trace dans les périodiques de l’époque.

[26] Hendrik van Deventer (1651-1724), « chirurgien » autodidacte et disciple de Jean de Labadie depuis 1670 : après un bref séjour en 1672 à Altona et à Hambourg, où il suivit les leçons du médecin allemand Gottfried Walter (1630-1682), il servit comme médecin auprès de la communauté labadiste du village de Wieuwerd en Frise et y acquit une certaine renommée. Il donnait à ses patients des pilules qui les faisaient transpirer et se fit connaître par son adresse comme obstétricien. Entre 1689 et 1691, il se rendit plusieurs fois au Danemark pour y traiter le roi, et obtint en 1692 un doctorat de médecine de l’université de Groningue, quoiqu’il ignorât le latin. Par la suite, il pratiqua la médecine à La Haye et à Voorburg. Voir M.J. van Lieburg, Nieuw licht op Hendrik van Deventer (1651-1724) (Rotterdam 2002).

[27] La dernière lettre de Longepierre date du 25 juillet (Lettre 1138).

[28] La réponse de Bayle à Longepierre est perdue.

[29] Dans sa lettre du 10 août (Lettre 1148), Dubos fait allusion à la fonction de Longepierre comme précepteur auprès du comte de Toulouse, puis auprès du duc de Chartres, futur régent. Pour un détail plus exact, voir Jean-Joseph Expilly, Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France (Amsterdam 1763-1770, folio, 6 vol.), art. « Dijon », ii.647-648 : « Hilaire-Bernard de Requeleyne, sieur de Longepierre, naquit à Dijon le 18 octobre 1659 [...] Baillet, qui étoit ami de Longepierre, nous apprend que depuis l’âge de quatorze ans il s’étoit enfoncé de lui-même dans le cabinet [...] C’est là qu’il se livra à l’étude des meilleurs auteurs de l’Antiquité grecque et romaine. [...] Dans sa Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, M. Papillon dit que Longepierre fut successivement précepteur de M. le comte de Toulouse et de M. le duc de Chartres, depuis duc d’Orléans, régent du royaume. Mais M. Papillon n’a pas été bien instruit à cet égard. M. le duc d’Orléans, qui fut régent du royaume, n’eut que deux précepteurs, M. de Saint-Laurent, qui étoit aussi sous-gouverneur, et M. l’abbé Dubois [...]. M. le comte de Toulouse n’eut aussi successivement que deux précepteurs, l’ abbé Girard, mort évêque de Poitiers, et l’ abbé de Langle, mort évêque de Boulogne. Mais il est vrai cependant que M. Bossuet, évêque de Meaux, plaça Longepierre auprès de M. le comte de Toulouse, mais ce fut en qualité d’homme de lettres, ainsi qu’il avoit placé Decourt auprès du duc du Maine. Leur emploi étoit d’amuser utilement ces princes dans les moments où ils n’étoient point occupés avec leurs précepteurs ni avec leurs gouverneurs. Longepierre jouit peu de temps de cette place. S’étant trouvé un jour en tête à tête avec le comte de Toulouse, ce prince lui dit qu’il faisoit fort beau, et qu’il étoit fâché que le marquis d’O [ Gabriel Claude de Villers, marquis de Franconville], son gouverneur, ne fût pas dans ce moment auprès de lui pour s’aller promener. Longepierre lui demanda s’il y auroit grand mal d’y aller, et lui proposa d’avoir l’honneur de l’y accompagner. Le prince accepta l’offre, et alla avec Longepierre se promener sur la terrasse des jardins de Versailles. Sur ces entrefaites, le marquis d’O entra dans l’appartement du prince, et sçut tout ce qui s’étoit passé ; bientôt après il en informa le roi, qui ordonna qu’on dît de sa part à Longepierre de se retirer. Celui-ci obéit ; mais il eut beau dire le sujet de sa disgrâce, personne ne le crut : on lui supposa quelque faute beaucoup plus grave. [...] En 1703, Longepierre se maria, on ne sçait pas trop pourquoi, et épousa Marie-Elisabeth Raince, qui lui apporta plus de deux cents mille livre. Il ne vint point d’enfants de ce mariage, qui d’ailleurs ne fut point heureux. Au mois de juin de l’an 1706, le duc d’Orléans fut nommé pour commander l’armée du roi en Italie, et ce prince disposa de son secrétariat en faveur de Longepierre [...]. L’abbé Dubois, qui avoit compté sur ce secrétariat, employa toute sa prudence et toute sa dextérité pour supplanter Longepierre, mais il y échoua. Cependant il ne se rebuta point, et [...] dès qu’il fut en Italie, il renouvela sa brigue et fit si bien qu’il obtint le secrétariat qu’il ambitionnoit tant. Pour dédommager Longepierre et peut-être aussi pour se divertir, le prince le fit un de ses aides-de-camp, quoiqu’il n’eût ni assez de jeunesse ni aucuns services à la guerre. [...] En 1710, le duc d’Orléans sollicita et obtint en faveur de Longepierre une des deux charges de secrétaire des commandements du duc du Berry. Ce choix surprit beaucoup les courtisans [...] La mort du duc de Berry ne permit pas à Longepierre de jouir longtemps de la charge qu’il avoit dans la maison de ce prince. Longepierre continua de faire sa cour au duc d’Orléans, mais il ne fut point son gentilhomme ordinaire, comme le dit Papillon : pour s’en convaincre, il suffit de consulter les états de la maison de ce prince. Si Longepierre a été quelque chose dans cette maison, ce ne peut être que gentilhomme extraordinaire. Apparemment qu’il perdit l’estime du duc d’Orléans, puisque ce prince étant devenu régent du royaume, et le souverain dispensateur des grâces, ne lui fit aucun bien. Longepierre mourut à Paris, le 30 mars 17[3]1, à 61 ans. »

[30] Sur la réimpression des œuvres de Michael de Bay, dit Baius , voir Lettre 1095, n.15.

[31] Samuel Pitiscus, Sexti Aurelii Victoris historiæ romanæ breviarium, illustratum Andreæ Schotti, Dominici Machanei, Jani Gruteri et Annæ, Tanaquili Fabri filiæ, commentariis (Trajecti ad Rhenum 1696, 8°).

[32] Samuel Pitiscus, Caii Suetonii Tranquilli Opera, et in illa commentarius Samuelis Pitisci, quo antiquitates romanæ, tum ab interpretibus doctissimis : Beroaldo, Sabellico, Egnatio, Ursino, Grutero, Torrentio, Casaubono, Marcilio, Boxhornio, Grævio, Babelonio etiam explicatæ, tum ab illis neglectæ, ex auctoribus [...] græcis et latinis [...] explicantur. Huic accedunt index auctorum [...] et rerum [...], imperatorum, imperatoresque arctissimo gradu contingentium icones et figuræ ex veterum monumentis ad historiam illustrandam depromptæ, in æs [...] incisæ (Trajecti ad Rhenum 1690, 8°, 2 vol.).

[33] Il s’agit de l’ouvrage de William Whiston (1667-1752), A New Theory of the Earth [...] wherein the Creation [...] Deluge and [...] Conflagration as laid down in the Holy Scriptures are shewn to be perfectly agreeable to reason and philosophy. With a [...] discourse concerning the [...] Mosaick history of the Creation (London 1696, 8°). Whiston avait fait des études de mathématiques à Clare College, Cambridge, où il fut nommé fellow en 1693. Dans son ouvrage, qui s’inspirait sans doute de celui de Thomas Burnet, il désigne la comète de 1680 comme celle qui causa le Déluge biblique. Il adopte la physique de Newton et cherche à exploiter également les dernières découvertes géologiques pour corroborer le récit biblique. Voir J.E. Force, William Whiston, honest Newtonian (Cambridge 1985) ; M.S. Seguin, Science et religion dans la pensée française du XVIII e siècle : le mythe du Déluge universel (Paris 2001), p.69-74 ; C. Poulouin, Le Temps des origines. L’Eden, le Déluge et « les temps reculés » de Pascal à l’« Encyclopédie » (Paris 1998), s.v. Rappelons aussi que, l’année précédente, avait paru l’ouvrage de John Woodward (1665-1728), professeur de géologie à Cambridge, An essay towards a natural history of the earth and terrestrial bodies ; especially minerals ; with an account of the universal deluge (London 1695, 8°), sur lequel, voir M.S. Seguin, Science et religion, p.74-81 ; C. Poulouin, Le Temps des origines, p.388-390.

[34] Sur les accusations de John Wallis contre Descartes, voir Lettre 746, n.13.

[35] Sur cet ouvrage de Baillet, voir Lettre 1148, n.39.

[36] Sur cet ouvrage de Cellarius, voir Lettre 1128, n.26.

[37] En 1685, Lorenz Beger avait publié le Thesaurus ex thesauro palatino selectus, sive Gemmarum et numismatum quæ in electorali cimeliarchio continentur (Heidelbergæ 1685, folio). A partir de 1696 et jusqu’en 1701, il fit paraître le Thesaurus brandenburgicus selectus, sive gemmarum et numismatum græcorum in cimeliarchio electorali Brandenburgico, elegantiorum series, commentaris illustratæ (Coloniæ Marchicæ 1696-1701, folio, 3 vol.). Voir aussi Lettres 882, n.45, et 910, n.19, 20.

[38] Juliani imp. Opera quæ supersunt omnia et S. Cyrilli, [...] Contra impium Julianum libri decem. Accedunt Dionysii Petavii in Julianum notæ [...] Ezechiel Spanhemius græcum Juliani contextum recensuit [...] (Lipsiæ 1696, folio, 2 vol.), publiés à Leipzig par M.G. Weidmann et J.L. Gleditsch.

[39] Thomas Ittig (1643-1710), De Hæresiarchis ævi Apostolici et apostolico prosimi, seu primi et secundi a Christo nato sæculi Dissertatio (Lipsiæ 1690, 4°) ; Appendix dissertationis De hæresiarchis ævi apostolici et apostolico proximi, cui accedit Heptas dissertationum selecta quædam historiæ ecclesiasticæ veteris et novæ capita illustrantium (Lipsiæ 1696, 4°).

[40] Johann Ludwig Hannemann, Zacharias pontifex, i.e. Commentarius de appellatione ad vallem Josapha (Hamburgi 1696, 12°).

[41] Né à Revel, David Martin (1639-1721) fit ses premières études à l’académie de Montauban et les poursuivit à Puylaurens ; il devint ministre en 1663. En novembre 1685, après la révocation de l’édit de Nantes, il se réfugia à La Haye, puis à Utrecht comme pasteur de l’Eglise wallonne. Dans la préface de l’ouvrage que Bayle mentionne ici, Le Nouveau Testament de Notre Seigneur Jésus-Christ expliqué par des notes courtes et claires sur la version ordinaire des Eglises réformées : avec une préface générale touchant la vérité de la religion chrétienne, et diverses autres préfaces particulières sur chacun des livres du Nouveau Testament (Utrecht 1696, 4°), Martin défend l’autorité de l’Ecriture et la vérité de la religion chrétienne contre les sociniens et les juifs. Son ouvrage majeur demeure sa traduction de La Sainte Bible, qui contient le Vieux et le Nouveau Testament, expliquez par des notes de théologie et de critiques sur la version ordinaire des églises réformées, revue sur les originaux et retouchés dans le langage (Amsterdam 1707, folio, 2 vol.), réimprimée avec des notes plus courtes à Amsterdam et à Utrecht en 1707, dans une version in-4°, puis sans notes et avec l’ancienne préface en 1710, en 1714 et très fréquemment par la suite. Cette révision de la Bible de Genève, entreprise à la demande des Eglises wallonnes, devait être approuvée, en mai 1710, par le synode de Leeuwarden (actes des synodes des Eglises wallonnes, 24 mai 1710, art. XXXII).

[42] Tacite, Annales, III, 25 : « Nous souffrions jadis de nos vices, maintenant de nos lois », formule citée par Montaigne, Essais, III, 13.

[43] Jacques Gousset ou Gusset (1635-1704) avait été pasteur à Blois ; après la Révocation, il se réfugia aux Provinces-Unies, où il devint professeur de théologie et d’hébreu à Groningue. Il publia De viva deque mortua fide doctrina Jacobi apostoli (Amstelodami 1696, 8°) et, la même année, des Considerations theologiques et critiques sur le projet d’une nouvelle version françoise de la Bible. Publié l’an 1696. Sous le nom de Mr. Charles Le Cene (Amsterdam 1698, 12°) ; voir le compte rendu par Basnage de Beauval de ce dernier ouvrage dans l’ HOS, août 1698, art. VI.

[44] Il s’agit du compte rendu du Recueil de toutes les pièces qui concernent le differend du P. Jacques Desmothes [...] dans le JS du 19 janvier 1688 : voir Lettres 1160, n.25, et 1183, n.18.

[45] Sur cette querelle de préséance, voir le récit de Janiçon dans sa lettre du mois de novembre (Lettre 1183).

[46] Bayle cite exactement le titre du livre ancien d’ Antonius Cornellius, Exactissima infantium in limbo clausorum querela, adversus divinum judicium, apud æquum judicem proposita. Apologia divini judicii contra querelam infantium. Infantium ad apologiam divini judicii responsio. Æqui judicis super hac re sententia (Lutetiæ 1531, 4°). La question l’intéressait sans doute à cause des thèses présidées à Sedan par Jurieu sur ce même thème, Theses theologicæ de necessitate baptismi, mentionnées par Bayle dans sa lettre du 4 octobre 1676 : ces thèses sont perdues, mais Jurieu en avait donné la substance dans sa Lettre d’un théologien à un de ses amis de la province de Berry. Touchant l’efficace du baptême, et de la nécessité qu’il y a de l’administrer aux enfants, en tout temps et en tous lieux, quand ils sont en péril de mort (Sedan 1675, 4°) : voir Lettres 106, n.6, et 131, n.3, 1160, n.22, et 1183.

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