Lettre 1176 : Jean-Baptiste Dubos à Pierre Bayle

[Paris,] le lundi dixneufvieme de novembre [1696 [1]]

Les vacances seules Monsieur sont causes que je repon[d]s si tard à vostre lettre du 29 d’octobre [2]. Je ne suis ar[r]ivé de province que depuis quatre jours ; en ar[r]ivant j’ay trouvé vostre lettre, et l’incluse que Monsieur de Longepierre avoit envoiée dès le lendemain de mon depart [3]. S’il i’avoit de ma faute je serois inconsolable de vous avoir fait attendre si lon[g]temps sa response.

Nous attendons icy vostre Diction[n]aire critique avec une impatience qui a encore esté redoublée par l’e[x]traict que nous en avons vu dans le mois de juillet des Ouvrages des sçavants [4]. Je suis fort obligé à Monsieur Basnage de la mention honorable qu’il i a faite d’un livre aussi chetif que le nostre [5], je vous sup[p]lie de lui temoigné [ sic] que j’ay toute la recon[n]oisance possible de son hon[n]eteté. Si vous pouvé emploier dans la continuation de vostre Diction[n]aire, quelques memoires sur Monsieur Herman[t] mon compatriote [6] et sur l’ abbé Gendron [7], je vous les envoieré par la premiere occasion d’ami. C’estoient un theologien et un medecin des plus orthodoxes.

Monsieur Perrault vous remercie avec passion des marques d’estime que vous lui donné [8]. Il a cherché vainement dans touts les historiens convenables quel marquis de Saluces avoit epousé Griselidis [9]. Il ne connoit d’autre livre où il soit faict mention de cet evenement que le Decameron de Boc[c]ace, dont le papier bleu est une traduction abregée [10]. Mr Perrault a embelli la narration de Boc[c]ace et il donne un amant à la princesse, afinque après avoir esté mises en mouvement de nopces elle ne rentre pas dans la solitude du convent : c’est à peu près com[m]e Terence en a usé dans son Andrienne [11]. Son quatrieme volume du Paralelle se debite et ses Illustres françois paroistront la semaine prochaine. La sup[p]ression de l’eloge de Mr Arnaud est ar[r]estée, mais on espere d’i conserver celui de Monsieur Pascal [12]. Les Memoires de Bussi paroissent en deux tomes in 4° [13]. Com[m]e c’est un livre qui se reimprimera incessament chez vous : je ne vous en diré rien. Le Roy pendant sa maladie derniere s’est faict lire par Mr Racine, quoyque il i’ait deux lecteurs de la chambre en titre d’office, Mr de Bonrepaus [14] et l’ abbé de Vaubrun [15]. Mr de Rheims • aiant offert à S[a] M[ajesté] La Campagne de Namur de la seconde edition[,] [16] elle se la fit lire toute entiere, et après en avoir examiné les plans, dit en la rendant qu’ils n’estoient pas fidelles.

Par ce que vous me mandé de la conduitte de vostre synode à l’egard de M rs Saurin et Jurieu [17] je vois qu’il i a des moines dans toutes les religions s’il n’i a point de frocs.

Il i a trois ans que la raison / de Monsieur Hartsoeker pour sortir de France estoit une bonne raison [18] mais les choses sont presentement passées à l’autre extremité et jamais les vivres ne furent à meillieur compte à moins que l’on ne compte le vin de Champagne parmi les vivres car il est fort cher. Pour ce qui est des livres qu’il faut faire icy pour escrire avec succez[,] je suis de son sentiment. Quoyque tout le monde lise person[n]e n’aime la fatigue en matiere de lecture, et tout livre qui n’est pas divertissant pour[r]it chez le libraire. Les livres de devotion quoyqu’ils ne se lisent pas plus que les autres sont mieux vendus. C’est un titre de devotion d’achepter • regulierement les livres nouveaux de pieté, et il est à la mode d’estre devot. Voici ce que nous avons de livres nouveaux :

Le Diction[n]aire des Halles ou extrait du diction[n]aire de l’Academie francoise [19] : c’est un petit in douze qui se vend sous le manteau composé de touts les proverbes des halles dont le Diction[n]aire de l’Academie francoise est enrichi. La preface dit que • l’autheur de ce receuil s’est resolu à le faire, parce que le Diction[n]aire de l’Academie où tout le monde trouve son compte, est d’une trop grande despence pour le petit peuple qui trouvera dans son extrait ce qui lui convient particulierement. Apres avoir parlé de quelques defauts du Diction[n]aire de l’Academie qui l’obligent d’en faire une revision, l’autheur finit sa preface fort satyrique et fort fine par dire voila ce que c’est que d’aller si viste en besogne. C’est dommage que l’on ne puisse point faire tenir un exemplaire de ce livre au deffunt abbé Furetiere [20]. Il seroit d’un grand rafraichissement pour lui en l’autre monde. Son grand grief contre le Diction[n]aire estoit le défaut que l’on i’attaque.

Devoirs de l’homme d’espée. C’est un in douze dont est autheur Mr de Remond gentilhomme champenois [21]. Il escrit d’un style vif et agreable vous auré vu la traduction paraphrasée de la premiere lettre d’Héloise à Abaillard dont il est autheur [22]. Les autres lettres et responses ne sont pas d’une aussi bonne plume que la sienne.

Nouvelles decouvertes sur l’estat de l’ancienne Gaule du temps de Cæsar, in 12. L’autheur est Monsieur de • Mandajore maire d’Alez [23]. Il croit faire bien des decouvertes geographiques et renvoie Mr de Valois  [24] et le P[ère] Labbe [25] à leur A.B.C. Entre autre[s] il soutient que Alexia n’est point Alise en Bourgogne près Flavigny mais la ville Alez.

Suitte des memoires du comte D. redigez par S[ain]t Evremont, deux volumes in 12 [26]. Je vous parlé suffisament de ce livre lors de l’edition / de la premiere partie. C’est un trait d’impudence rare, que l’on continue à sup[p]oser à un autheur vivant un livre qu’il a desavoué d’abord et que le public avoit avant lui, desavoué pour lui. Voila matiere à bien des reflexions.

L’on a reimprimé ici incognito le Testament politique du dernier duc de Lorraine [27] dont nos connoisseurs n’en font pas grand cas, et ne doutent point que ce ne soit une piece supposée. Dans le paragraphe de la guerre l’on s’i sert du mot recruter qui n’estoit point as[s]eurement en usage lors de la mort du duc de Lorraine. Ce seroit une grand avantage pour le public que toutes ces suppositions des testaments politiques au[x] grands hommes, si la crainte que l’on ne leur • imputat un mauvais ouvrage, pouvoit les engager à en laisser un veritable.

Histoire de la republique de Gennes [28]. Cet ouvrage aura deja prevenu en Hollande ce que je vous en pour[r]ois dire.

Le livre De la Sagesse mis en vers. C’est l’ouvrage d’un Monsieur Du Vernay avocat en Parlement [29]. S’il i avoit des vers mediocres, on pour[r]oit mettre au nombre ceux de Mr Du Vernay qui as[s]eurement ne sont point excellents.

La Science des confesseurs par Mr Grandcolas [30], et L’Octave des morts ou relation de la penitence des ames en purgatoire [31]. Voila deux livres qui ne seroient bons chez vous que pour estre portez à la descente de la barque :

In vicum vendentem thus et odores

Et piper et chartis quidquid amiscitur ineptis [32].

Aussi je ne pense point qu’ils passent le 49 e degré de latitude non plus que les suivants : Conduitte pour une vie chrétien[n]e [33] ; Relation de la mort de quelques religieux de la Trappe [34] ; Annus apostolicus ou predications pour touts les jours de l’année [35]. Si Dieu ne nous as[s]iste, on mettra bientost la moitié de la ville en convents et la moitié des bibliotheques en livres de devotion. Vous auré sceu qu’enfin la censure de Marie d’Agreda a esté publiée [36]. La preface a este dirigée par Mr l’archeveque ; l’assomption de la Vierge i est mise au nombre de ces croiances pieuses dans les quelles on ne doit point aller troubler les fidelles.

On a réimprime depuis peu de jours Les Vacances, comedie en prose [37] et Les Eaux de Bourbon, ouvrage de la meme espece [38], qui ont eu assez de coürs. Je ne scais si vous lisez ces sortes de livrets, de temps en temps il en echap[p]e de fort bons et où les mouvements presents sont bien repris •. Aujourd’hui les comediens francois / donnent la premiere representation d’une nouvelle comedie de cinq actes en prose, Le Flatteur [39]. C’est un caractere qui est devenu ici bien à la mode. L’autheur est le meme Rousseau qui a • faict les vers de Jason [40]. Quoyque fort jeune il est deja habile • homme ;

sed habet comœdia tanto

plus oneris quanto veniæ minus (l[ivre] 2 Epta l) [41].

L’Art militaire francois enrichi de planches, in 12 [42]. Ce livre est dedié à Mr le marechal de Bouflers [43]. L’estime où l’on voi[t] l’art militaire francois chez toutes les nations le fera bientost reimprimer chez vous. Le cardinal de Richelieu[,] lui qui devoit si bien connoistre la nation ne seroit • pas peu surpris s’il pouvoit voir • comment le mestier se pratique aujourd’hui icy, et il se repenteroit as[s]eurement de n’avoir donné dans son Testament politique aux Francois, que la bravoure [44], de toutes les qualitez qui font le soldat. Mr Dugonô secretaire du Roy faict imprimer ses projets de littérature [45]. Ce livre contiendra une grande quantité de sujets sur les quels peuvent travaillier ceux qui sont tourmentez de la maladie de faire des livres. Vous ne vous estes point trompé au stile du sieur Pepinoncourt [46]. Son livre n’a pas eu icy grande vogue aupres des Caracteres de Labruiere et des Reflexions sur les defauts d’autrui de l’ abbé de Villiers [47], c’est une enseigne à bierre contre un Titien.

Il i a tant de choses à dire sur les mœurs et sur les manieres d’aujourd’hui, que c’est plutost la matiere d’une conversation que d’une lettre. • Il est vray que depuis huit ou dix ans il i a bien des choses de changées, ce n’a pas tousjours esté en bien. Il semble que les femmes aient oublié qu’elles sont d’un autre sexe que les hommes, tant elles cherchent à en prendre les manieres, et tant elles se sont familiarisées avec eux. Ces respects et ces deferences que leurs meres exigeoient des hommes les gesneroient trop, on vit avec elles sans facons comme d’ami à ami. Aux jeux[,] à l’opera[,] aux parties de promenades elles payent aussi exactement leur escot et leur contingent que les hommes et tiendroient à injure que l’on voulut [,]hors quelques raisons particulieres[,] payer pour elles. L’usage des suivantes est banni, un • cavalier va teste à teste avec une femme sans que l’on i prenne garde, et aux filles de chambres ont succedé des valets de chambres. Au lieu des enfan[t]s qu’elles avoient autrefois pour laquais, elle[s] cho[i]sissent à present les plus grands garcons et les mieux faits. Il est impossible que cette familiarité avec les hommes ne donne lieu à bien plus de galanteries que la reserve de nos grandsmeres, il est certain cependant q[u]’un exterieur fort libertin ne marque pas tousjours une vie debauchee. Mais ce qui est de certain[,] c’est qu’il n’i a rien de si facile à present à une femme que de se / satisfaire et la mode lui a aplani toutes les voyes du vice. Le qu’en dira-t-on, la terreur de leurs meres est un retranchement de la pudeur mis à bas par la meme mode qui a rendu les dehors æquivoques. Ce luxe des habits[,] des meubles[,] des equipages ac[c]ru au prodige depuis huit ans est encore un • puissant en[n]emi de l’honneur d’un sexe qui suo luxu cupidinibus alienis exponitur • com[m]e le dit Tacite [48]. Que la guerre ait enfanté pour ainsi dire d’une meme portée le luxe et la misere, cela ne vous surprendra pas. On a tousjours compté le luxe pour un des fleaux que la guerre cause, • et les mouvements qu’elle produit dans un estat en faisant passer l’argent en des mains peu propres à en faire un bon usage[,] doit vraysemblablement le produire.

Si les femmes ont oublié les droits qu’elles ont sur les hommes, les hommes ne s’en souvien[n]ent point davantage. Ils ont pour elles les memes hon[n]etetez* que pour leurs amis et rien de plus. Ils ont avec les femmes des amitiez debauchées, mais cela ne va point à la passion ; malgre l’humeur inquiete et bret[t]euse de la nation il n’est pas faict mention en un an de temps que deux • rivaux se soient battus pour une maitresse. Cependant l’on est aussi poli que jamais, et l’air naturel et aisé auquel on est revenu par raf[f]inement vaut bien les manieres fardées et le stile empoulé de la vie[i]lle cour.

Pour ce qui est de boire, les femmes se sont mises là dessus au niveau des hommes, et si elles ne s’enyvrent pas de vin c’est que la mode de s’enyvrer est passée. Elles en boivent autant qu’eux, et plus qu’eux de tout ce que l’on ap[p]elle liqueurs : ce sont vins estrangers, ratafiats et autres compositions d’eaux de vie que l’on sert aussi regulierement à la fin d’un disner que la souppe au commencement. Aussi la quantité d’eau de vie qui se consom[m]e à present dans le royaume est elle quadruple à celle qui se consom[m]oit il i a dix ans.

Pour le tabac, excepté quelques debauché[e]s de dames de qualité que leur condition authorise à tout faire[,] je n’ay pas ouï parler que les femmes en prisent en fumée, mais pour le tabac en poudre, dont l’usage est devenu absolument general, elles en usent aussi librement que les hommes[,] portent des tabatieres com[m]e eux et s’en servent en public.

L’esprit du jeu a esté porté à un point de raf[f]inement qu’il ne scauroit passer. Tout le monde joue et joue bien. Les echetz sont devenus un jeu d’antichambre et les laquais le pratiquent. Aussi faut-il dire qu’il i a parmi la nation des domestiques beaucoup plus de scavoir vivre et d’education qu’autrefois. Le marquis de Vardes [49] disoit que rien ne l’avoit plus surpris à son retour à la cour. Un petit bourgeois ne recevra point un laquais ni une cuisiniere qu’ils ne sachent lire et escrire.

La musique est devenue la maladie de la nation, tout le monde l’ap[p]rend et on l’enseigne aux enfan[t]s en [mê]me temps qu’à lire. Deux nouveautez qui frapperoient fort un homme absent depuis quinze ans, seroient la place et les caffez. L’on ignoroit presque[,] avant la guerre[,] l’art de faire valoir son argent sur la / place par billets payables au porteur. C’est aujourd’hui le commerce de tout le monde. Il i a cinquante millions qui profitent de cette maniere. Les cabarets à caffé sont presentement au nombre de plus de deux cents, où les plus hon[n]estes gens de toutes conditions ne font pas scrupule d’aller passer leurs heures perdues. Aussi est-ce une grande commodité qu’un lieu neutre où l’on entre et d’où l’on sort à son poinct et où l’on trouve compagnie. Je lisois dernierement à une dame d’esprit et du grand monde l’endroit de vostre lettre qui dit que nous ne voions pas de vos livres où les femmes du Septentrion soient scandalizées com[m]e • celles de Paris dans les nostres. J’entends[,] repondit-elle[,] ce qu’il veut dire avec ses femmes du Septentrion qui ne font point parler d’elles, mais c’est que ses femmes du Septentrion sont des femmes du Septentrion. Le P[ère] Bouhours a contesté au[x] Allemands de pouvoir estre bel esprit [50], et si jamais j’escris[,] je pretends mieux prouver q’une Hollandoise ne peut estre une jolie femme. Jolie femme • et femme jolie ne sont pas la meme chose icy.

Qu’il i ait des pais où les mœurs soient plus corrompues que dans d’autres[,] on n’en doute point mais je vois les autheurs fort partagez s’il en est de meme des siecles. Le cardinal Pallavicin pretend com[m]e bien d’autres che il dire ch’el mondo presente sia peggiore dell’ antico son proverbie delle comedie, il n’a osé adjouter è delle prediche, è querelle del volgo [51]. Ces Messieurs là me semblent avoir tort et faire tousjours un paralogisme. Ils ap[p]ortent pour justifier nostre siecle l’exemple d’un autre encor plus cor[r]ompu, celui de Catherine de Medicis par exemple, com[m]e si le monde avoit tousjours esté aussi mechant que pour lors. D’autres qui ne sont pas moins injustes, parlent com[m]e s’il suffisoit à un siecle de venir apres un autre pour estre plus corrompu, et com[m]e si le vice avancoit tousjours sans jamais retrograder :

ætas parentum pejor, avis tulit

nos nequiores mox daturos

progeniem vitiosiorem [52] ( Od[es] 6, l. 3) [53]

Il faut voir, comme le P[ère] Mallebranche fait valoir cette maxime pour ap[p]uier son explication du peché originel dans son • premier volume de La Recherche de la verité [54]. Il me semble qu’il n’i a pas moins de prejugé dans cette opinion que dans l’autre, et qu’il en est du vice com[m]e des autres choses qui vont en augmentant jusques à un certain point pour decroistre ensuitte. L’exemple d’un prince aura mis en vogue un vice que l’exemple de son successeur met hors de mode et exile. Tacite dans ses Annales nous ap[p]rend que le luxe de la table poussé jusques à l’extravagance sous les empereurs preceden[t]s apres avoir resisté aux vains efforts des reformateurs[,] echoua contre la frugalité de Vespasien. Or qui doute qu’il ne soit du vice en general com[m]e des vices particuliers dont il est composé je ne desespere pas de voir renaistre en France la modestie.

J’oubliois le livre d’un docteur contre le luxe où l’on examine par les sentiments des Peres si le passage de s[aint] Paul contre la dorure des habits des femmes est un precepte ou un com[m]andement [55]. Cela est / bien docteur. Com[m]e si ce qui est parure outrée dans un temps ne devenoit pas permis et biensceant dans un autre. Il me semble que l’on devroit un peu plus consulter là dessus la disposition de l’estat où l’on vit que ne font les precheurs tant en chaire que dans les livres, et as[s]eurement le royaume se trouveroit fort mal si les prestres estoient venus à bout d’empecher le port des dorüres.

• Pour revenir aux opinions sur la cor[r]uption des mœurs[,] comme • la refutation des prejugez me paroist le vray patrimoine d’un Diction[n]aire critique[,] j’espere que dans vostre continuation vous voudrez bien dire quelque chose sur celui-cy. L’endroit de vostre Diction[n]aire où vous parlé de l’exemple des bestes que l’on allegue sans fin aux debauchez, ne sera point as[s]eurement le moins gouté, c’est celui dont parlent d’abord ceux qui ont lu l’extrait de Monsieur Basnage [56].

Je ne connois pas le pais où vous estes mais je vous suis garant, que l’on vous lira icy avec beaucoup plus de joye lorsque vous releveré des solescimes [ sic] contre le bon sens et la droite raison que quand vous corrigeré une date ou une citation. • L’estime extraordinaire que l’on fait icy de vos Pensées sur la comete, doit vous persuader de ce que je vous avance. En effet ces sortes de reflexions en faisant paroistre l’esprit et la penetration de l’autheur forment la raison du lecteur et • donnent • de l’etendüe à son imagination. Mais pour en revenir à la cor[r]uption des mœurs[,] encore une fois com[m]ent ne disputeroit-t-on pas si elle est egale en touts les siecles puisque les autheurs d’un meme temps et d’un meme pais ne sont pas d’ac[c]ord entre eux tres souvent sur ce qu’ils doivent voir touts les jours. Les uns font leur siecle l’exemple des siecles vertueux dans le temps que les autres en abandonnent le regne aux vice[s]. Il vous souviendra de ce que vous dites dans la Republique des lettres sur ce sujet dans l’extrait du livre de Mr de La Chetardÿe de l’education d’une jeune princesse [57]. Souvent meme un autheur n’est pas d’accord avec lui meme là dessus. Entendez Horace dans son Carmen sæculare[ :]

jam fides et pax honor et pudorque priscus etc.
 [58]
Cependant dans un autre endroit Od[es] 6 l[ivre] 3 rien n’est si corrompu que son siecle [59] et il fait une ode pour le dire.
J’attends incessament les notes de Mr Oudinet que son voyage de Fontainebleau m’a empeche d’avoir [60]. Elles ne resteront pas un jour entre mes mains et nous avons touts les jours des occasions [61]. /

Monsieur Toinard [62] entre dans ma chambre à l’instant qui vous salue[ :] il m’a dit que le P[ère] Lallemant de S[ain]t[e] Genneviefve seroit substitué à la place de Monsieur Arnaud [63]. Les capucins et les ursulines, • debitent un in 16 de 136 pages fort chargé d’impression intitulé Questions importantes sur les jansenistes proposées à un ancien docteur en theologie par un jeune catholique [64], en fort mechant petit caractere où il i a tout ce que l’on a dit autrefois contre Mr Arnaud[,] P[ère] Aurelius [65] et tout le parti. L’autheur est un jesuite ap[p]ellé le P[ère] Mailliard [66]. Il i a aussi des Questions proposées à Mr de Rouen [67] sur les livres qu’il avoit indiqué[s] pour estre lus par ses ec[c]lesiastiques, entre autres le P[ère] Alexandre [68]. L’autheur est un jeune jesuite, P[ère] Bouffier [69] superieur du seminaire de Joyeuse à Rouen. /

On fait relier à grand force • les quatre evangiles traduits par le P[ère] Bouhours [70]. Son non [ sic] n’i sera point parce que Mr de Paris lui a dit que le non [ sic] de Bouhours n’estoit pas assé serieux pour estre mis à la teste de l’Escriture Sainte et sur le verset peccatori dixit deus cur enarasti justicias meas, on a parodié gramatico dixit præsult cur enarasti justitias domini [71]. Il n’i a que un peu plus de 500 pages in 12 dont il i en a deja cent • de reimprimées en cartons. On dit qu’un certain abbé albigeois qui ne vous est pas incon[n]u a part à ces cartons là [72] et que le P[ère] Simon se prepare a escrire contre [73][.] Ce livre paroistra pour estrennes. On a imprimé Le Livre des secrets du P[ère] Rousseau un des capucins du Loüvre [74][.] On a mis au titre par Mr Rousseau ci devant capucin.

 

A Monsieur / Monsieür Bayle / A Rotterdam •

Notes :

[1] Le millésime découle du contenu de la lettre : Dubos répond à la lettre de Bayle du 29 octobre 1696 (Lettre 1168).

[2] Lettre 1168.

[3] Il s’agit sans doute de la lettre de Longepierre du 26 septembre (Lettre 1161).

[4] L’« extrait » du DHC de Bayle parut dans l’ HOS, juillet 1696, art. [VII].

[5] Dans l’ HOS, juillet 1696, art. [V], Basnage de Beauval avait donné le compte rendu de l’ouvrage de Dubos, Histoire des quatre Gordiens prouvée et illustrée par les medailles (Paris 1695, 12°).

[6] Bayle devait consacrer un article de la deuxième édition du DHC à Godefroy Hermant (1617-1690), chanoine de Beauvais ; plusieurs passages en sont « tiré[s] d’un mémoire communiqué au libraire », dont l’auteur serait, à en juger par la présente lettre, l’abbé Dubos. Sur Hermant, voir aussi le Dictionnaire de Port-Royal, s.v. (art. de J. Lesaulnier), l’ouvrage d’ Adrien Baillet, La Vie de Godefroy Hermant (Amsterdam 1717, 12°), et les Mémoires de Godefroy Hermant sur l’histoire ecclésiastique du 17 e siècle, 1630-1663, éd. A. Gazier (Paris 1905-1910).

[7] Il s’agit de l’ abbé Gendron, correspondant de Dubos : sur lui, voir L.-J.-J. Charpignon, Etude sur l’abbé Gendron, mort à Orléans en 1688 (Orléans 1867), extrait des Mémoires de la Société d’agriculture, sciences, belles-lettres et arts d’Orléans, 10 (1867). Bayle ne devait pas lui consacrer d’article dans le DHC.

[8] Bayle avait salué « très particulièrement » Charles Perrault dans sa lettre du 29 octobre (Lettre 1168 : voir n.20) ; il répondra aux remerciements de Perrault transmis par Dubos dans sa lettre du 3 janvier (Lettre 1202 : voir n.2).

[9] Bayle avait mentionné le marquis de Saluces comme étant l’époux de Grisélidis : voir Lettre 1168, n.21.

[10] Il s’agit sans doute d’un « papier bleu » envoyé avec la lettre et portant le passage traduit et abrégé de Boccace concernant Grisélidis : ce papier ne nous est pas parvenu. Voir Contes et nouvelles de Bocace [...] traduction libre accommodée au goût de ce temps et enrichie de figures en taille-douce gravées par M. Romain de Hooge (Amsterdam 1697, 8°, 2 vol.) : « C. Nouvelle. Le marquis de Saluces vaincu par les prières de ses sujets qui l’exhortoient au mariage, épousa une bergére, et en eut un prince et une princesse, qu’il lui fit enlever pour éprouver sa soumission. Ensuite il fait semblant de la répudier, et fait même les cérémonies d’un mariage, après avoir renvoyé la bergere chez son pere. Charmé enfin de sa patience et de sa résignation, il lui fait satisfaction entiére, la reprend, la respecte, et la chérit autant que ses vertus le méritoient. »

[11] Térence, Andria : voir le commentaire de Donat sur cette pièce sur le site Hyperdonat dirigé par B. Bureau et C. Nicolas : http://hyperdonat.ens-lyon.fr/.

[12] Les deux éloges d’ Antoine Arnauld et de Blaise Pascal furent supprimés, mais devaient circuler très rapidement dans un ouvrage distinct : voir Lettre 1104, n.11.

[13] Sur la publication des Mémoires de Bussy-Rabutin, voir Lettre 1160, n.27.

[14] Cet office devait être purement nominal car, à cette date, François d’Usson de Bonrepaux était ambassadeur au Danemark (1692-1697), puis en Hollande (1697-1699) ; il devait revenir à la cour à sa demande en 1699. Sur l’ensemble de sa carrière, conduite sous la protection de Colbert d’abord, de Colbert de Croissy, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, ensuite, voir la thèse inédite de P. Henrat, L’Intendant général de marine François d’Usson de Bonrepaus et sa carrière jusqu’au bombardement de Gênes (1644-1684) (thèse inédite, École des Chartes 1965).

[15] « L’abbé de Vaubrun », Guillaume-Nicolas de Bautru-Vaubrun (1661-1745), abbé de Cormery et de Saint-Georges-sur-Loire, lecteur de la Chambre du roi, était fils de Nicolas de Bautru, marquis de Vaubrun et du Tremblay, et de son épouse et nièce, Marguerite-Thérèse de Bautru-Vaubrun, elle-même fille de Guillaume Bautru, comte de Serrant, chancelier du duc d’Orléans, et petite-fille de Guillaume Bautru (1588-1665), comte de Serrant, célèbre bel esprit et un des membres fondateurs de l’Académie française. Saint-Simon évoque l’abbé de Vaubrun, pour qui il n’avait pas beaucoup d’estime (éd. Coirault, i.1136) ; l’abbé devait prendre part aux « Grandes Nuits de Sceaux » en 1714-1715. Bayle consacre des articles du DHC à Maurice et Jean Bautru des Matras, et aux frères Guillaume et Nicolas de Bautru, l’un comte de Serrant, l’autre comte de Nogent, mais ne mentionne pas l’abbé de Vaubrun.

[16] Sur cet ouvrage de Jean Tronchin Dubreuil, voir Lettre 1137, n.37 ; la seconde édition venait de sortir chez Henri van Bulderen (La Haye 1696, folio).

[17] Sur le jugement du synode de La Brille sur les accusations réciproques d’ Elie Saurin et de Pierre Jurieu, voir Lettre 1168, n.17.

[18] Après avoir publié ses Principes de physique (Paris 1696, 4°), recensés dans le JS du 26 mars et dans l’ HOS, juillet 1696 [art. VI], Nicolas Hartsoeker s’engagea dans une longue polémique avec M. La Montre, « professeur de mathématique et de philosophie », dont nous n’avons su découvrir le prénom ni préciser l’identité. La Montre publia d’abord des « Difficultez proposées à Monsieur Hartsoeker, sur les Principes de physique » dans le JS du 16 avril 1696 ; Hartsoeker répondit par un article intitulé « Des elemens du corps naturel et des qualitez qu’ils doivent avoir. Pour servir de réponse aux objections que M. La Montre a faites dans le Journal du 16 avril contre les Principes de physique de M. Hartsoeker », publié dans le JS du 16 juillet et dans l’ HOS du mois d’octobre, art. VII. La Montre publia alors « La cause phisique de la déclinaison et variation de l’éguile aimantée » dans le JS du 6 août, et une « Replique [...] à la réponse de M. Hartsoeker touchant les elemens du corps naturel » dans le même périodique à la date du 13 août ; Hartsoeker publia ses « Difficultez [...] sur l’explication que Monsieur La Montre a donnée dans le Journal du 6 de ce mois de la variation de l’éguille aimantée » dans le JS du 20 août, suscitant la « Critique de ce que M. Hartsoeker a publié dans ses Principes de physique, touchant la declinaison et variation de l’éguille aimantée. Par M. La Montre [...] » dans le JS du 3 septembre, qui donna lieu à la « Réponse de M. Hartsoeker à la réplique de M. La Montre touchant les élemens du corps naturel » dans le JS du 10 septembre. Ce débat donna alors lieu à la publication, dans le JS du 19 novembre, d’un « Extrait d’une lettre de Monsieur de Leibniz sur son hypothese de philosophie, et sur le problême curieux qu’un de ses amis proposa aux mathematiciens ; avec une remarque sur quelques points contestez dans les journaux precedens, entre l’auteur des Principes de physique, et celui des Objections contre ces Principes ». Le débat s’arrêta là et Hartsoeker retourna, en effet, en Hollande au cours de l’année 1696, sans que nous sachions si la « cherté des vivres » fut la véritable cause de son départ.

[19] Le Dictionnaire des halles, ou extrait du « Dictionnaire de l’Académie françoise » (Bruxelles 1696, 12°) publié par François Foppens est attribué à Artaud ou à Antoine Furetière. Dubos répète sans doute une plaisanterie courante, sans savoir, peut-être, que l’ouvrage était attribué précisément à Furetière.

[20] Furetière était mort le 14 mai 1688.

[21] Nicolas Rémond des Cours, Les Véritables Devoirs de l’homme d’épée (Paris 1697, 12°).

[22] Nicolas Rémond des Cours, Histoire d’Eloïse et d’Abelard. Avec la lettre passionnée qu’elle lui écrivit. Traduite du latin. Et accompagné[e] de deux autres avantures galantes fort singulières (La Haye 1693, 12°). A la suite de ce premier ouvrage, Rémond des Cours fit paraître une Lettre d’Heloïse à Abailard (Amsterdam 1695, 12°), puis une Réponse d’Abailard à la lettre d’Heloïse (Amsterdam 1695, 12°), et enfin une Histoire des infortunes d’Abailard : lettre d’Abailard à Philinthe (Amsterdam 1695, 12°).

[23] Louis Desours de Mandajors, Nouvelles découvertes sur l’état de l’ancienne Gaule du temps de César (Paris 1696, 12°).

[24] Henri (1603-1676) et Adrien de Valois (1607-1692) furent tous deux célèbres comme philologues et historiens. Dubos pense ici sans doute à l’œuvre d’Adrien de Valois, Rerum Francicarum [tomus I us-III ius] (Paris, 1646-1658, folio, 3 vol.) et surtout Notitia Galliarum, ordine litterarum digesta, in qua situs, gentes, opida, portus, castella, vici, montes, silvæ, maria, flumina [...] pagi provinciæque Galliæ illustrantur ; locorum antiquitates, varia eorum nomina, vetera ac nova, episcopatuum ac monasteriorum origines, aliaque ad historiam francicam pertinentia notantur ; geographi et historici græci, romani ac nostri explicantur et emendantur (Parisiis 1675, folio).

[25] Philippe Labbe (1607-1667), S.J., historien et géographe prolifique ; Dubos pense sans doute à son Pharus Galliæ antiquæ ex Cæsare, Hirtio, Strabone, Plinio, Ptolomæo, itinerariis, notitiis, etc. cum interpretatione vernacula (Moulins 1644, 12°) ou à sa Géographie royalle (Paris 1646, 8°) suivie par Les Tableaux méthodiques de la géograophie royale (Paris 1646, folio, 3 vol.).

[26] Pierre de Villiers, Les Mémoires de la vie du comte D*** avant sa retraite [...] rédigez par M. de Saint-Évremont (Paris 1696, 12°, 4 vol.). La deuxième partie de l’ouvrage s’intitule Suite et conclusion des memoires de la vie du comte D*** avant sa retraite.

[27] Testament politique de Charles duc de Lorraine et de Bar : déposé entre les mains de l’empereur Leopold à Presbourg le 29 novembre 1687 en faveur du roy d’Hongrie et ses successeurs arrivans à l’Empire (Lipsic [Paris] 1696, 8°). L’ouvrage relate la vie de Charles V Léopold de Lorraine (1643-1690). Voir la réponse de Bayle dans sa lettre du 3 janvier 1697 : Lettre 1202 et n.4.

[28] Eustache Le Noble, Relation de l’état de Gennes : et le traité par lequel les Génois se sont donnez à Charles VI ( Paris 1685, 12°) ; sur cet ouvrage, voir Lettre 383, n.14.

[29] P. Du Verney, Livre de la sagesse, traduit en vers français, avec l’épitre dédicatoire, contenant le parallèle et l’éloge historique de la vie du Roy (Paris 1696, 12°).

[30] Jean Grancolas, La Science des confesseurs, ou la manière d’administrer le sacrement de pénitence selon les conciles et les S[aints] Pères (Paris 1697, 12°).

[31] Jean Des Holias, O.P., Octave des morts, ou la pénitence des âmes du purgatoire (Paris 1697, 8°).

[32] Horace, Epîtres, ii.I.269-70 : « descendu dans la rue où l’on vend de l’encens et du poivre et tout ce qui est emballé amicalement dans les pages d’un auteur ».

[33] Il s’agit sans doute de l’ouvrage d’ Armand-Jean Le Bouthillier de Rancé, Conduite chretienne adressée à Son Altesse royalle Madame de Guise (Paris 1697, 12°), qui parut à la fin de l’année 1696 et devait connaître un succès considérable.

[34] RancéRelation de la vie et de la mort de quelques religieux de l’abbaye de la Trappe (Paris 1696-1706, 12°, 4 vol.).

[35] Zacharie Laselve, Annus apostolicus, continens conciones pro toto adventus et quadragesimæ tempore (Paris 1696, 4°, 2 vol.).

[36] Sur l’annonce publiée dans le JS du 16 novembre 1696 de la publication de cette condamnation par la Sorbonne de l’ouvrage La Cité mystique de Dieu de la sœur Marie de Agreda, voir Lettre 1135, n.3.

[37] Florent Carton, dit Dancourt (1661-1725), Les Vacances, comédie en un acte et en prose, représentée pour la première fois le 31 octobre 1696, au théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain à Paris. Voir Antoine de Léris, Dictionnaire portatif des théâtres, contenant l’origine des différents théâtres de Paris, le nom de toutes les pièces qui y ont été représentées depuis leur établissement, et celui des pièces jouées en province (2 e éd., Paris 1763, 8°, p.444) : « Les Vacances, comédie de Dancourt, en un acte en prose avec un divertissement dont la musique étoit de Gilliers ; elle fut jouée au Théâtre Français le 31 octobre 1696, et s’y redonne souvent. La scene est dans le village de Gaillardin, qu’on suppose en Brie. » Une édition de cette pièce figure au tome II des Œuvres de M. Dancourt (Paris 1706-1718, 12°, 9 vol.). L’édition citée par Dubos fut imprimée chez Thomas Guillain à Paris (Paris [1696], 12°).

[38] Florent Carton, dit Dancourt, Les Eaux de Bourbon : comédie (Paris 1696, 12°), représentée pour la première fois le 4 octobre 1696 au théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain à Paris.

[39] Jean-Baptiste Rousseau, Le Flatteur, comédie en cinq actes (Paris 1697, 12°). La première représentation fut donnée le 24 octobre 1696 au théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain à Paris.

[40] Jean-Baptiste Rousseau, Jason, ou la toison d’or, tragédie (Paris 1696, 4°).

[41] Horace, Epîtres, ii.I.169 : « mais la comédie exige d’autant plus de peine qu’on montre moins d’indulgence à son égard ».

[42] Pierre Giffart (1643-1723), L’Art militaire françois pour l’infanterie contenant l’exercice et le maniement des armes, tant des officiers que des soldats, représenté par des figurines en taille-douce [...] avec un petit abrégé [par Colombon] de l’exercice comme il se fait aujourd’huy (Paris, Pierre Giffart 1696, 8° ; éd. fac-similé Strasbourg, W. Fischer 1968).

[43] Sur le maréchal Louis-François de Boufflers, chargé de la défense de Namur lors du siège par Guillaume d’Orange en 1695, voir Lettre 1053, n.5 ; sur sa mort, voir les Annales de la cour et de Paris pour les années 1697 et 1698 (nouvelle édition revûë et corrigée, Amsterdam 1706, 12°, 2 vol.), i.174 ss.

[44] Armand-Jean Du Plessis, cardinal duc de Richelieu (1585-1642), Ordonnance et dernière volonté [...] en forme de testament (s.l. 1642, 8° ; s.l. 1643, 4° ; 3 e éd. revue et corrigée, Amsterdam 1688, 12°).

[45] Voir E. Gigas (éd.), Lettres des bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, 1652-1700 (Copenhague 1892, 2 vol.), i.249 : « M. Dugonô, qui était l’homme de lettres de feu M. de Novion, premier président du Parlement de Paris, fait imprimer un livre intitulé : Projet de litérature en tout genre. C’est M. Bon[n]et Bourdelot, son amy, qui l’a obligé de donner cet ouvrage au public. Il y en a plusieurs volumes, qu’il donnera au public si le premier y est bien reçu. » Nous n’avons pas trouvé trace de cet ouvrage. Nicolas Potier de Novion (1618-1693), conseiller du roi en ses conseils en 1637, président à mortier au Parlement de Paris en 1645, succéda à Guillaume de Lamoignon comme premier président en 1678 (il était cousin germain de l’épouse de Lamoignon) ; il fut reçu à l’Académie française en 1681 ; démis par le roi de sa présidence en 1689, il fut remplacé par Achille III de Harlay. Saint-Simon raconte le détail de sa corruption et de sa démission, Mémoires, éd. Y. Coirault, i.133-134, 150, 303, ii.244, 635, v.52-55, 60, 63, 124.

[46] Sur l’ouvrage de Jean Bernier publié sous le pseudonyme du sieur de Pepinocourt, voir Lettre 1168, n.11.

[47] Pierre de Villiers (1648-1728), Réflexions sur les défauts d’autruy (Paris 1690, 12° ; Lyon 1694, 12°, 2 vol.).

[48] Tacite, Annales, 14.35 : « exposé par le luxe à la cupidité des autres ».

[49] François-René Crespin Du Bec (1621-1688), marquis de Vardes, « retourna à la cour » en 1683 de son exil à Aigues-Mortes, dont il était gouverneur ; il y avait été relégué, après avoir passé quelque temps à la Bastille en 1665, à cause de sa part dans la composition de la « lettre espagnole », par laquelle, avec la complicité d’ Henriette d’Angleterre et du comte de Guiche, le marquis de Vardes et la comtesse de Soissons révélaient à la reine Marie-Thérèse la liaison de Louis XIV avec Louise de La Vallière.

[50] Sur ce mot d’esprit du Père Dominique Bouhours aux dépens des Allemands, voir Lettre 1011, n.6.

[51] « Le dicton que le monde présent est pire que le monde antique n’est que matière de comédies […] et de sermons et de querelles parmi la populace. »

[52] Horace, Odes, iii.VII.46-48 (conclusion de l’ode) : « L’ère de nos parents, pire que celle de nos grands-parents, nous a créés même plus méchants, nous qui à notre tour sommes destinés à donner naissance à une progéniture encore plus corrompue. »

[53] Horace, Odes, iii.VII.46-48 (conclusion de l’ode) : « L’ère de nos parents, pire que celle de nos grands-parents, nous a créés même plus méchants, nous qui à notre tour sommes destinés à donner naissance à une progéniture encore plus corrompue. »

[54] Dubos pense peut-être à la Recherche de la vérité, livre I, ch. V « Des sens », où Malebranche explique comment nos sens sont corrompus par le péché et que ce ne sont pas nos sens mais notre liberté qui est la véritable cause de nos erreurs. On pourrait penser aussi au livre IV, où Malebranche explique les « inclinations ou mouvemens naturels de l’esprit ».

[55] Nous n’avons pu identifier avec certitude l’ouvrage mentionné ici par Dubos. Il s’agit peut-être du Traité contre le luxe des coëffures de l’ abbé de Vassetz (Paris 1694, 12°) : « Saint Paul leur [les femmes] ordonne d’être voilées, et leur défend toutes parures de têtes ; saint Paul a raisonné en casuiste incommode, en apôtre trop zélé, et en homme qui ne connoissoit pas le monde. » (p.35). Les Nouveaux essais de morale sur le luxe, les modes, l’usage de l’esprit et de la science de Jean Frain du Tremblai (Paris 1691, 12°) évoquent le même passage de saint Paul, mais sur un ton très différent : « Il manque encore à sa vertu de suivre le precepte de l’apôtre saint Paul : Que les femmes soient vêtuës honnêtement selon la pudeur et la modestie de leur sexe, non avec des cheveux frisez, des vêtements d’or ni de perles, ni des habits somptueux. » (p.109).

[56] Voir l’article de Basnage de Beauval – préparé sans doute, ou du moins approuvé, par Bayle lui-même – dans l’ HOS, juillet 1696, art. [VII], qui annonce le DHC.

[57] Voir les NRL, octobre 1685, art. I : Joachim Trotti de La Chétardie, Instructions pour une jeune princesse, ou l’idée d’une honneste femme (Paris 1685, 12°).

[58] Horace, Carmen Sæculare, 57-58 : « Maintenant la foi, la paix, l’honneur et l’ancienne modestie osent revenir. »

[59] Horace, Odes, livre III, ode 6, Ad Romanos : « Fecunda culpæ sæcula nuptias / primum inquinauere et genus et domos : / hoc fonte derivata clades / in patriam populumque fluxit. » Traduction : « Notre âge coupable a d’abord dans sa course / Perverti l’hymen, la famille et les mœurs : / Le pays, le peuple à cette source / Doivent, hélas ! tant d’horribles malheurs. »

[60] L’exemplaire de l’ouvrage de Nicolas Bergier annoté de sa main, signalé par Marc-Antoine Oudinet : voir Lettres 1031, n.9, 1105, n.32, et 1125, n.32.

[61] Des occasions d’envoyer des lettres à l’étranger.

[62] Sur Nicolas Thoynard (ou Toinard), voir Lettre 748, n.3. C’était un membre très actif du réseau de Nicaise (voir Lettre 980) et de Leibniz, dont la présence chez Dubos témoigne de l’étroite liaison entre les membres du premier cercle des correspondants parisiens de Bayle.

[63] Sur la suppression des éloges d’ Antoine Arnauld et de Blaise Pascal de l’ouvrage de Charles Perrault, Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, avec leurs portraits au naturel (Paris 1696-1700, folio), ouvrage auquel avaient collaboré Michel Bégon et Esprit Cabart de Villermont, voir Lettre 1104, n.11. En fin de compte, l’éloge d’Arnauld devait être remplacé par celui de Louis Thomassin, et l’éloge de Pascal par celui de Du Cange.

[64] Questions importantes sur les jansénistes, proposées à un ancien docteur en théologie, par un jeune catholique (s.l. 1694, 12°).

[65] « Petrus Aurelius », pseudonyme de Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, auteur, avec son neveu Martin de Barcos, des Vindiciæ censuræ facultatis theologiæ parisiensis et de l’ Assertio epistolæ episcoporum, ouvrages qui défendent la hiérarchie ecclésiastique contre les attaques des jésuites.

[66] Jean Maillard (1618-1702), S.J. Cette mention par Dubos est le seul indice que nous connaissions pour l’attribution de cet ouvrage.

[67] Jacques Nicolas Colbert (1655-1707), archevêque de Rouen entre 1681 et 1707, soupçonné de favoriser le « jansénisme », très répandu en Normandie.

[68] Noël Alexandre (1639-1724), dominicain originaire de Rouen, très engagé dans une polémique contre les jésuites au cours des années 1690 : voir Lettre 1269, n.8.

[69] Les Difficultez proposées à M gr l’archevêque de Rouen par un ecclésiastique de son diocèse sur divers endroits des livres dont il recommande la lecture à ses curez (s.l. 1696, 12°) furent attribuées au Père jésuite Claude Buffier (1661-1737). Celui-ci fit ses études au collège jésuite de Rouen, entra au noviciat en 1679, puis devint professeur de grammaire et de rhétorique au collège d’Arras entre 1685 et 1687, avant de partir pour Paris. En 1693, il était de retour à Rouen, assistant du supérieur du séminaire de Joyeuse et professeur de théologie. Il dut assumer l’attribution des Difficultez, quoiqu’il n’en fût pas le véritable auteur : voir K.S. Wilkins, A study of the works of Claude Buffier, S.J., SVEC, 66 (1969), p.214. Exilé à Quimper-Corentin, il lui fut interdit d’exercer le sacerdoce. Il fut sans doute appelé à Rome pour recevoir sa grâce du général de l’ordre. En 1700, il était de retour au collège Louis-le-Grand, où il fut préfet de chambre et préfet de rhétorique pendant plusieurs années, puis scriptor de 1700 jusqu’à sa mort. Voir le Dictionnaire des journalistes, s.v. (art. de K.S. Wilkins) et Lettre 1269, n.8.

[70] Dominique Bouhours (avec la collaboration de Pierre Besnier et de Michel Le Tellier), Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, traduit en françois selon la Vulgate (Paris 1697-1703, 12°, 2 vol.) : voir Lettre 1128, n.20.

[71] Psaumes 50, v.16-18 : « Dieu dit à l’impie : Pourquoi réciter mes commandements et avoir mon alliance à la bouche, toi qui détestes la correction et rejettes mes paroles ? » La parodie citée par Dubos : gramatico dixit præsul cur enarasti justitias domini, signifie « le maître dit au philologue, pourquoi avez-vous récité les corrections du professeur ? »

[72] Nicolas Thoynard sera désigné comme l’« abbé albigeois » dans la lettre de Dubos à Bayle du 1 er mars 1697. Voir aussi A. Lombard, L’Abbé Du Bos : un initiateur de la pensée moderne, 1670-1742 (Paris 1913 ; Genève 1969), p.7. Thoynard avait publié sous ce pseudonyme une Discussion de la « Suite des remarques nouvelles » du Père Bouhours, jésuite, sur la langue française (Paris 1693, 12°), qui est un examen des remarques critiques publiées par le Père jésuite contre le Nouveau testament dit « de Mons ».

[73] Richard Simon, Difficultez proposées au R.P. Bouhours sur sa traduction françoise des quatre évangélistes (Amsterdam 1697, 12°).

[74] Le Père Rousseau, Henri de Montbazon, capucin, puis abbé (rattaché à la congrégation de Cluny), Secrets et remèdes éprouvez [...] avec plusieurs expériences nouvelles de physique et de médecine, par deffunt M. l’abbé Rousseau, cy-devant capucin et médecin de Sa Majesté (Paris 1697, 12°). L’ouvrage est précédé d’un avertissement du frère de l’auteur, Rousseau de La Grange Rouge, avocat au Parlement.

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