Lettre 1183 : François Janiçon à Pierre Bayle

[Paris, novembre 1696 [1]]

Mr l’abbé Dubos m’ayant communiqué au mois de [septem]bre dernier une de vos lettres dans laquelle vous lui demandi[és] • deux éclaircissemen[t]s [2], je me chargeai de chercher l’un et l’autre dans la bibliot[h]èque de Mr l’archevêque de Reims [3], ce que je fis avant que de partir pour un voyage que je devois faire du coté de Blois. La veille de mon départ, je rencontrai fortuitement dans les rües cet abbé, auquel je dis verbalement ce que j’avois veu dans cette bibliot[h]êque, dont je vous envoye un extrait [4], voyant que dans la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, du 8 de ce mois [5], vous ne me parlés que du livre De querela infantium.

J’ai eu bien de la joye, Monsieur, d’apprendre par cette lettre que votre Diction[n]aire est enfin achévé d’imprimer [6], et vous suis infiniment obligé de la bonté que vous avés de m’en vouloir envoyer un exemplaire. Il me fera trop d’honneur et de plaisir pour ne le pas accepter. Vous ne sçauriez, étant aussi modeste que vous l’étes, vous imaginer avec combien d’impatience il est attendu, par tous ceux qui vous connoissent de réputation, c’est à dire par tout ce qu’il y a ici de personnes habiles dans la République des Lettres. Mr Leers votre imprimeur en doit envoyer incessamment un exemplaire à Mr Dufai lieutenant dans le régiment des gardes [7] ; et celui ci m’a asseuré que je pourrai le recevoir seurement, pourveu que Mr Leers le veüille joindre à celui qu’il lui doit envoyer. Je vous supplie donc, Monsieur, de le faire scavoir au plutot à Mr Leers, et je me promets que Mr de Beauval [8], par les mains duquel je fais passer cette lettre sans la cacheter, voudra bien lui en parler aussi.

Vous ne devés pas être surpris de ce que vous n’avés point receu de reponce aux lettres que vous avés écrit[es] à Mr Pinson [9][,] car à peu prés dans le méme temps que je partis d’ici pour mon voyage de Blois, il en partit aussi pour aller du côté de la / Champagne et de Mets, d’où je ne croi pas qu’il soit encore de retour.

J’ai bien sceu que le P[ère] de La Ville qui est allé enseigner les mathematiques à Nantes, devoit voir Mr de La Roque en passant par Saumur [10] ; mais je n’ai point appris que ni lui, ni le prisonnier en ayent rien scavoir ici. Il y a un garçon libraire [11] de ce païs qui s’en va dans vos quartiers où il a deja demeuré autrefois[,] qui pourra vous en apprendre quelques nouvelles, car il l’a veu et entretenu en passant par Saumur, dans un voyage qu’il a fait en Bretagne.

J’ai de la peine à croire que le libraire qui a imprimé les ouvrages posthumes de Mr Menjot [12] y trouve son compte s’ils sont sur d’autres matiéres que celles de la médecine, dont l’auteur faisoit profession, sans l’avoir voulu beaucoup pratiquer. Si c’est Mr de Limeville-Bazin son petit neveu [13] qui les donne au publiq, je doute qu’il fasse beaucoup d’honneur à la mémoire de son oncle.

Je n’ai pas manqué, Monsieur, à faire porter à la poste les lettres que vous m’avés addressées pour Mr l’abbé Nicaise à Dijon [14], et pour Mr Perrachon libraire à Genève [15]. Je laisse à Mr de Beauval le soin de vous faire part des nouvelles de littérature que je lui mande [16], et vous supplie d’être toujours fortement persüadé que personne au monde ne vous honnore plus sincerement, et n’est avec plus de passion que moi, Monsieur, votre tres humble et tres obeissant serviteur. J. /

 

Exactissima infantium in limbo clausorum querela adversus divinum judicium apud æquum judicem proposita. Apologia • divini judicis contra querelam infantium Infantium ad apologiam divini judicii responsio æqui judicis super hac re sententia autore Antonio Cornelio juris utriusque licentiato Lutetia apud Christianum Wechel • 1531 un petit in 4° de neuf feuilles [17][.] /

 

Mr l’arch[evêque] de Reims presenta au Roi un mémoire le 21 mars 1673 sur le fait de la seance des pairs ecclesiastiques au lit de justice. Ce qui y donna lieu fut que le Roy devant tenir son lict de justice le 23 dudit mois, Mr le cardinal de Bouillon grand aumonier de France supplia S[a] M[ajesté] le 19 du meme mois à Versailles de trouver bon qu’il eut l’honneur de l’accompagner au Parlem[ent] avec Mr le cardinal de Bonzi, grand aumonier de la reine. Le Roi apres avoir donné une longue audiance à cet archeveque et avoir tiré de Mr le premier presid[en]t un extrait de ce qui se trouvoit dans les regi[s]tres du Parlement sur cette contestation[,] fit dire par Mr Colbert à ces deux cardinaux, que les cardinaux n’avoient point de place dans le Parlement, et qu’ils n’y etoient jamais entrés que par son expres commande[men]t ou par celui de ses precedesseurs [ sic], • comme les cardinaux de Richelieu et Mazarin • qui etoient premiers ministres, et que les pairs y avoient une seance naturelle par leur dignité. Cette contesta[ti]on ayant eté ainsi terminée l’arch[evêque] de Reims[,] l’ eveque duc de Langres et l’ eveque de Noyon prirent le 23 mars 1673 leur place dans le Parlement, les premiers à la gauche du Roi, comme il est porté dans le regi[s]tre de cette compagnie.

Ce memoire est imprimé en suite • d’un recueil du different du P[ère] Jaques Desmothes jesuite avec les curés d’Amiens touchant la confession paschale et le jugement definitif de l’arch[evêque] de Reims [18] rendu sur cette affaire le 22 mars 1687.

 

A Monsieur / Monsieur Bayle / A Rotterdam •

Notes :

[1] La lettre ne porte pas de date. Une allusion à « la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, du 8 de ce mois » (Lettre 1174) permet de dater celle-ci approximativement.

[2] Nouvelle illustration du fonctionnement du premier cercle des correspondants parisiens de Bayle : ils se connaissent et se relaient pour trouver les informations demandées par l’auteur du DHC. Il s’agit ici de deux questions posées par Bayle à Dubos dans sa lettre du 3 septembre (Lettre 1156, n.45 et 46) concernant, d’une part, l’ordre de préséance au Parlement de Paris et, d’autre part, le sort des enfants morts sans baptême : voir aussi Lettre 1160, n.22.

[3] Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims : voir Lettre 105, n.59. Sur le catalogue de sa bibliothèque, voir Lettre 1160, n.22.

[4] Voir, en fin de lettre, cet extrait du mémoire de Charles-Maurice Le Tellier du 22 mars 1673 sur la séance des pairs ecclésiastiques au lit de justice, copié sur le compte rendu du JS du 19 janvier 1688 : voir ci-dessous, n.18.

[5] Cette lettre est perdue, quoique nous connaissions une autre lettre de Bayle à Janiçon datant du début novembre (Lettre 1175 : voir n.1).

[6] Le DHC était achevé d’imprimer depuis le 24 octobre : voir Lettre 1167, n.1.

[7] Sur François (ou Charles-Jérome) Dufai de Cisternay (1662-1723), lieutenant aux gardes, voir la lettre que Bayle devait lui adresser le 15 février 1697 (Lettre 1222) sur l’envoi du DHC.

[8] Dufai était en correspondance assez régulière avec Basnage de Beauval : voir H. Bots et L. van Lieshout, Contribution à la connaissance des réseaux d’information, p.XII-XIV, XXI, et passim.

[9] Pour l’année 1696, nous ne connaissons que la lettre du 15 mars (Lettre 1096) de Bayle à Pinsson.

[10] Dans sa lettre du 24 août (Lettre 1151), Edouard de Vitry avait annoncé son intention de rendre visite à Daniel de Larroque dans sa prison au château de Saumur, puisqu’il partait pour Nantes, où il devait prendre un poste de professeur de mathématiques au collège royal.

[11] Nous ne saurions préciser l’identité de ce garçon libraire.

[12] Sur cette édition des Opuscules posthumes d’ Antoine Menjot, voir Lettre 1168, n.18. Voir aussi la lettre de Basnage de Beuval à Janisson du Marsin du 29 octobre (éd. Bots et Lieshout, n° 58), où il est fait allusion à la même publication, qui fut annoncée dans l’ HOS, février 1697, art. XII.

[13] Sur Jean ou Isaac Bazin de Limeville – nous n’avons su distinguer l’identité de ces deux personnes – réfugié à Rotterdam, auteur de pamphlets à l’époque de la grande bataille entre Bayle et Jurieu, voir Des Maizeaux, Vie de M. Bayle, p.LIX, et Lettres 712, n.19, et 808, n.1.

[14] Cette lettre de Bayle adressée à Nicaise est perdue.

[15] La lettre de Bayle à Philibert Pérachon (1667-1738) est perdue. Sur cet imprimeur, originaire de Lyon, réfugié à Genève en 1696, qui s’associa avec les frères Cramer, Jean-Antoine Chouet et Gabriel et Samuel II de Tournes, voir J.-D. Mellot et E. Queval, Répertoire, s.v. ; C. Benoist, André Degoin et le livre protestant : production et diffusion d’ouvrages clandestins depuis Lyon au début du XVIII e siècle, mémoire de master, dir. D. Varry, ENSSIB (Lyon 2009), p.43.

[16] Nouvelle indication sur la circulation des nouvelles dans la République des Lettres : Bayle sait que Janiçon est en correspondance régulière avec Henri Basnage de Beauval : voir H. Bots et L. van Lieshout, Contribution à la connaissance des réseaux, passim.

[17] Ces trois titres d’ Antonius Cornellius ne forment qu’un seul et même ouvrage paru chez Christian WechelExactissima infantium in limbo clausorum querela, adversus divinum judicium, apud æquum judicem proposita. Apologia divini judicii contra querelam infantium. Infantium ad apologiam divini judicii responsio. Æqui judicis super hac re sententia (Lutetiæ 1531, 4°).

[18] Sur ce différend entre Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, et François Faure, évêque d’Amiens, sur un jugement rendu par ce dernier en 1686 concernant les droits des jésuites, voir Lettre 653, n.4. L’extrait envoyé par Janiçon est tiré du compte rendu dans le JS du 19 janvier 1688 du Recueil de toutes les pièces qui concernent le differend du P. Jacques Desmothes, prestre de la Compagnie de Jésus, et prédicateur du collège des jésuites d’Amiens, avec les curez de la même ville, touchant la confession pascale. Et le jugement définitif que M. l’archevêque duc de Reims premier pair de France a rendu sur cette affaire le 22 mars (Paris, François Muguet 1687, 4°). En effet, dans ce recueil se trouve également un « mémoire présenté au Roi par Mr l’archevêque de Reims sur le fait de la séance des pairs ecclésiastiques au lit de justice », qui fut « présenté au mois de mars 1673 ». Voir Lettres 1156, n.44, et 1160, n.25, et les Annales de la cour et de Paris pour les années 1697 et 1698 (nouvelle édition revûë et corrigée, Amsterdam 1706, 12°, 2 vol.), i.143-152.

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