Lettre 1226 : John Turner à Pierre Bayle

[Londres, fin février 1697 [1]]

Je ne puis retenir la grande envie que j’ay de vous escrire. Je ne voulois point le faire directement par la poste, mais ne trouvant point de voye d’amy[,] pardonnez moy cette liberté pour cette fois, vous promettant [de] ne le faire plus de cette manière. Au reste vous disant quelque chose dont vous pourrez faire usage en vostre supplément cela vous doit acquit[t]er du port que Mr Leers comme je croy doit payer.

Je vous remercie humblement pour l’honneur que vous m’avez fait de respondre il y a desjà assez longtem[p]s à une lettre que j’eus l’avantage de vous éscrire [2]. Nous avons receu votre Dictionnaire que nous attendions avec grande impatience. Comme j’ay toujours esté très mal depuis ce temps là et suis encore, je n’ay peu le lire tout au long, mais par cy par là. J’ay trouvé grande quantité de choses fort curieuses, spirituelles et pleines d’erudition. De sorte qu’il se débite bien à ce qu’on m’a dit, mais peutêtre pourtant pas si bien que si l’argent n’estoit si rare qu’il est. Quelques gens trouvent que vous auriez • mieux fait de mettre de grands hommes en la place de certains qui ne sont pas beaucoup considerables. Pour moy, je scay ce que vous dites sur cela en vostre preface et en suis content. Vos amis voudroient aussy que vous n’eussiez pas tant at[t]aqué Mr Jurieu [3], cela donnant lieu à vos ennemis de vous ac[c]user de passion, et de dire mesme que vous n’avez point de religion, ce que je ne scaurois souffrir. Un me dit il y a peu de jours qu’il avoit rémarqué n’agueres en lisant un de vos ouvrages, que vous at[t]aquiez tousjours avec plaisir les opinions receues, et qu’en parlant je croy du livre de La Fausseté des oracles, vous vous escriez « qui ne tremblera apres cela pour les vérités les mieux établies [4] ? » Cela ne veut il pas dire, adjousta il, qu’il se moque du moins de la revelation. Je ne me souviens pas d’avoir leu le passage qu’il me cita, mais je luy respondis ce que je croiois devoir faire, et luy fis sentir sur tout qu’il alloit beaucoup trop loin. Je ne scaurrois m’imaginer qu’un homme de bon sens qui a examiné de bonne foy les livres sacrés, puisse n’estre convaincu de leur vérité. A l’esgard de la difficulté • generale qu’on fait sur le salut de ceux qui n’en ont eu connoissance, je laisse les responses qu’on y peut faire, et dis seulement que la distance infinie qui est entre l’Estre tres parfait et notre neant nous doit persuader • que sa conduite est tres sage quoy que nous la comprenions pas [5]. Un homme raisonnable doit estre content de cette pensée, et ne pas rejetter une demonstration parce qu’il ne voit pas le dénouement d’une chose où il ne voit rien de contradictoire. Pardonnez moy cette digression.

Je vous diray à propos de l’article d’« Amyrault » de Saumur que j’ay leu depuis peu, que j’estois grand amy d’un gentilhomme de cette ville là où j’ay demeuré assez long temps, lequel se nommoit Mr de S[ain]t Helene. Ce bonhomme mourut le 20 de janvier dernier. Il me monstra quelques mois avant sa mort un petit escrit touchant son frere Cerisantes qu’il vous avoit envoyé [6]. Ce bon homme m’a dit quelquefois des particularités que vous serez peutestre bien ayse d’ajouter. Mr Duncan son père estoit tres honneste et scavant homme écossois qui s’establit à Saumur où il pratiqua la medecine avec grande réputation. Il fut d’abord professeur • en philosophie et composa un abregé de logique qui porte son nom. Il quitta cet employ et fut fait principal du col[l]ege. Il eut trois / garçons et trois filles, Cerisantes, S[ain]t Helene (noms en l’air) et Montfort. Il fit un livre au sujet de la prétendue possession des rel[igieuses] de Loudum sur quoy Laubardemont luy auroit fait une grande af[f]aire [7], n’eust esté le credit de M [m]e la maréchale de Brezé [8] dont il estoit medecin et fort cheri.

Mr de S[ain]t Helene m’a aussi compté une chose fort considerable de laquelle je dois vous informer. Son pere avoit un valet dont un jour le fils agé de 12 ou 13 ans, qui en toussant un peu fort, cracha sa langue qu’il porta à son pere, en luy disant, « Tenez mon pere voila ma langue que je viens de cracher ». Cet enfant parla aussi bien après cet accident (qui luy vint sans doute de la petite verole qui luy avoit mangé la racine de la langue) qu’il faisoit auparavant, hors qu’il prononcoit l’r avec un peu de peine. Cet enfant fut promené par toute l’Europe, et a vescu long temps. J’ajousteray qu’un chirurgien de Saumur ayant composé sur cela un traité pour lequel Mr Duncan luy donna le titre à savoir, Aglossostomographie [9], • un autre medecin de Saumur qui n’aymoit pas Mr Duncan (il s’apeloit Benoist et c’est luy qui a translaté Lucien en latin [10]) fit imprimer une dissertation pour prouver qu’il falloit dire aglostostomatographie et mit ce bel epigramme à la teste de la dissertation

Lecteur tu t’esmerveilleras

Qu’un garçon qui n’a point de langue

Prononce bien une harangue.

Mais bien plus tu t’estonneras

Qu’un barbier qui ne scait pas lire

Le grec, se mesle d’en ecrire.

Que si ce plaisant épigramme

Doux fruit d’un penser de mon ame,

Te semble n’aller pas tant mal

C’est que je l’ay fait à cheval.

Quelques gens malins changerent ainsi les derniers mots des exemplaires qu’ils purent trouver c’est que je l’ai fait en cheval. Excusez, Monsieur, si je vous entretiens de cela, si vous • croiez en égaier la matiere de Mr de Cerisantes, j’en seray bien aise [11]. Il y a encore une chose que je trouve assez singuliére. C’est que Mr Duncan, ses trois fils , et un fils unique de Mr de S[ain]t Helene, tous cinq, fesant toute la lignée masculine de cette branche, sont tous morts et enterrés en cinq roiaumes dif[f]eren[t]s, Mr Duncan en France, Ceris[antes] à Naples ; Montfort à Stockolm ; • S[aint] Helene à Londres et son fils • en Irlande.

Je vous diray à propos de Saumur que j’y ay veu autrefois trois excellens personnages dont vous n’avez point parlé, M r[s] Gaussen [12] , de Brais [13] professeurs en theol[ogie] et Le Fevre scavant humaniste [14]. Je les pratiquois le plus souvent que je pouvois. Le premier estoit, je croy, de S[ain]te Foy et fut receu professeur en phil[osophie] à 21 ou 22 ans, et à 26 ou 27 professeur en theol[ogie] en la place de Mr Amyrault [15] qui le designa avant que de mourir. C’estoit un genie le plus delicat et le plus judicieux que j’ay connu en ma vie. Comme il mourut jeune, il ne composa que quatre dissertations, De natura theol[ogiæ], De ratione concionandi, De studio theologico, et De • usu clavium en un petit volume. Outre cela des theses inaugurales De verbo Dei excellentes, et d’autres dont je ne me souviens pas. Il mourut je croi en 72 ou 73.

De Brais estoit tres scavant et d’un genie penetrant entendant parfaitement l’Ecriture, en sorte qu’on ne luy pouvoit proposer de dif[f]iculté sur quoy il n’eust medité. Il estoit vif et habile dans la dispute. Il a composé une paraphrase et des notes sur l’Epistre aux Rom[ains] avec deux dissert[ations] sur le sabbat second premier, et le bapteme pour ou sur les morts, I Cor. ch[ap.] 15, v.29 et des theses sur dif[f]erentes matieres. Vous avez fort veu sans doute les livre[s] de Le Fevre etc. / Vous n’avez rien dit de la plus part de nos grands hommes anglois, Usher [16], Raynold [17], Gataker [18], Selden [19], Cambden [20], etc.

Avant que de finir, je ne puis m’empescher de vous louer extrémement sur la maniére vive, • solide, et sans replique dont vous avez terrassé l’impie Spinoza [21]. Vous l’avez deschiré comme un lyon feroit un chat. A l’égard des trois dif[f]icultés que vous croiez avoir obligé ce mauvais raisonne[u]r à chercher un nouveau système, scavoir que nous ne pouvons concevoir que la matiere paroissant subsister par elle mesme, ne soit pas eternelle et indépendante, que la matiere ayt esté formée de rien, et que le monde ayt été créé par un estre • libre, tel qu’il est. Je ne les trouve pas telles qu’il s’imaginoit. Nous ne concevons pas à la vérité le modus faciendi [22] du Créateur mais nous concevons très clairement qu’estant impossible que la matiere qui est tres imparfaite soit eternelle, c’est-à-dire existant par elle-même, (car elle seroit imparfaite et tres parfaite en mesme temps) et qu’y aiant un être tres parfait qui en est distingué, il a esté non seulement possible, mais absolument necessaire que la matière ait esté faite à sa volonté, et faite de rien. Nous avons ce me semble une idée claire d’une consequence necessaire entre la formation d’un estre (• dans laquelle nous ne voions • rien de contradictoire) et la volonté de l’estre très parfait. Je trouve beaucoup de dif[f]érence entre ne comprendre pas qu’une chose soit possible et ne comprendre pas le modus faciendi. Pour ce qui est du monde tel qu’il est, la distance infinie qui est entre l’Estre tres parfait et notre esprit nous doit persuader que sa conduite est sage, et nous ne devons nullement nous estonner de ne la connoistre pas. Descartes ne vouloit pas même que nous puissions comprendre les • causes finalles, en quoy pourtant je trouve qu’il a grand tort, car il y a bien de la dif[f]erence entre • l’evidence des fins de plusieurs organes des créatures, et les fins des actions de la providence. Il me semble qu’il faut se crever les yeux de l’esprit pour ne pas voir clairement par exemple que nos yeux sont fait pour voir, nos oreilles pour entendre, la bouche pour parler et manger, les mains pour prendre, les pieds pour marcher, etc. Que dites vous de cette prétendue retenue de Descartes[?] Dieu certes a voulu que nous connussions plusieurs fins de la Création, afin de le glorifier avec plus de zèle. Quand vous dites qu’il y a bien de la dif[f]erence entre les choses dont nous ne connoissons pas clairement la possibilité et les autres dont l’impossibilité est manifeste, n’entendez-vous pas parmi ces dernieres, outre ce que vous aves dit contre Spinosa, l’impossibilité du mouvement de la matiere par elle mesme, de son existence éternelle, et qu’elle soit capable de penser ? Je suis persuadé qu’il vous paroist une demonstration aussi evidente qu’il y en ait que que [ sic] ces choses ne peuvent estre, et ainsi estant seulement demontrées, il ne faut que cela pour renverser tout système qui leur est opposé.

Je suis estonné que Mr Le Clerc [23] si penetrant et judicieux, ne soit pas convaincu de trois choses[ :] que l’ame ne peut estre materielle, que Dieu continue le mouvement des corps et que les bestes ne sont pas des machines ; il me semble que la moindre at[t]ention nous convainc tres evidemment de la verité de ces trois choses. N’est-il pas clair qu’il n’y a en la matiere qu’une étendue solide renfermée d’une figure, ce qui repugne à la pensée absolument. N’est-il pas évident comme que 2 et 2 sont 4 que la matiere n’ayant aucun principe de mouvement, Dieu venant à cesser de la mouvoir, elle doit absolument cesser d’estre mue, et par consequent que les causes occasionnelles [24] sont desmonstrées. Pour les automates, vous en direz mieux les raisons que moi. Je croy ou je me trompe, que vous n’estes pas esloigné du sentiment du P[ère] Mal[e]branche que nous voions tout en Dieu. Vous m’obligerez sensiblement de me mander aussi tost que vous le pourrez, vostre sentiment sur tout ce que je vous viens de dire pour satisfaire un de mes amis un peu entesté qui vous estime extremement. Pardonnez je vous supplie à mon importunité, et à ma longue lettre ennuieuse, que vous trouverez sans doute bien mal faite, l’ayant escrite sans presque d’at[t]ention, et fort viste à cause du grand mal que je souffre presentement, qui ne me laisse pas le moyen de penser avec la moindre liberté.

Mon adresse sera s’il vous plaist ainsy / To Mr Stanion at ye office of S[ir] William Trumbal principal Secretary of State, London, et sous cette enveloppe à Mr de La Porte [25] à Londres. T. Cette lettre fait connoistre que les lettres son[t pour] moy et il me les • fait tenir.

Je vous demande mille fois pardon pour toutes ces importunités et autres defauts. Si je puis vous rendre quelque service j’en seray ravi, estant avec un extreme ardeur et veritable estime Monsieur, vostre tres humble et tres obeissant serviteur Turner

 

A Monsieur / Monsieur Bayle professeur / en philosophie et en histoire chez Mons r /Leers marchand libraire / A Rotterdam •

Notes :

[1] La date est déterminée approximativement par le fait que cette lettre est postérieure à la mort de François Duncan (surnommé M. de Saint-Hélène), le 20 janvier, comme il est précisé dans le texte, et qu’elle précède la réponse de Bayle du 15 mars (Lettre 1233).

[2] La première lettre de Turner et la réponse de Bayle sont perdues. La présente lettre est signée Turner ; c’est une autre main qui y a porté la mention « Johannes Turner » ; la réponse de Bayle du 15 mars (Lettre 1233) ne porte pas le nom de Turner, car elle est envoyée par l’intermédiaire d’un « M. de La Porte, à Whitehall », sans doute un réfugié qui travaillait dans les bureaux de Sir William Trumbull. D’après les recherches d’E. Labrousse ( Inventaire, p.399-400), appuyées par celles de H.T. Mason, il semble qu’il s’agisse ici de John Turner (1660-1720), qui aurait fréquenté Saumur comme collégien et y aurait connu Tanneguy Le Fèvre (mort le 12 septembre 1672). Turner entra au Trinity College à Cambridge en 1676 et fut proviseur de Colfe’s College à Lewisham dans le Surrey entre 1687 et 1704 ; il fut ensuite pasteur de Greenwich. En 1706, il obtint son doctorat en théologie et fut chargé en 1708 des conférences instituées par Robert Boyle ( Boyle lectures). En 1717, il fut nommé chapelain du roi Georges I er . Cependant, ce même Turner engagea une correspondance avec Jean Le Clerc le 1 er novembre 1697 ( Epistolario, n° 278, i.250-252). La signature sur le manuscrit de cette lettre, conservé à Amsterdam (ms R.K. J 80), est raturée ; c’est une autre main qui indique « Turner » et le catalogue de la bibliothèque l’attribue à John Turner, auteur d’une réfutation de Ralph Cudworth et du cartésianisme sous le titre A discourse concerning the Messias. [...] To which is prefixed a large preface, asserting [...] the doctrine of the Blessed Trinity against the late writer of the « Intellectual System » [R. Cudworth], and an appendix [...] where the existence of God is proved, [...] and the main principles of cartesianism and atheism overthrown (London 1685, 8°), d’un Attempt towards an explanation of the theology and mythology of the ancient pagans. The first part etc. (London 1688, 8°), d’un Phisico-Theological Discourse upon the Divine Being or first cause of all things [...] (London 1698, 4°) et d’une Vindication of the rights and privileges of the Christian Church (London 1707, 8°) en réponse à Matthew Tindal. E. Labrousse exclut ce John Turner, fellow de Christ College à Cambridge en 1669, incorporé à Oxford en 1675 et par la suite hospitaller (pensionnaire) de Saint-Thomas à Southwark, à cause d’un compte rendu sévère de son premier ouvrage par Jean Le Clerc dans la BUH, octobre 1689, art. II (2). Dans la Bibliothèque choisie, tome XXI (1710), Le Clerc annonce la publication du dernier ouvrage de ce John Turner. M.G. et M. Sina s’interrogent sur l’identification de l’épistolier et se demandent s’il ne pourrait pas s’agir de Francis Turner, ancien évêque d’Ely (1638-1700) – sur lequel, voir Lettre 788, n.5, et Chauffepié, s.v. – ou bien de son frère Thomas Turner (1645-1714), auteur d’un traité sur l’eucharistie, ce qui correspondrait bien à la préoccupation de l’épistolier portant sur la conciliation de la définition cartésienne de l’espace comme extension avec la doctrine de la transsubstantiation. Cette dernière suggestion se heurte cependant à un autre problème d’attribution, car le traité J. Turneri [...] contra nefandum transubstantiationis dogma dissertatio a.d. 11 Kal. Maias, anni 1681, in publico Cantabrigiensium Gymnasio recitata (Londini 1690, 4°) est attribué par la British Library à John Turner l’ hospitaller de Saint-Thomas, et non pas à Thomas Turner. Faute de nouveaux documents et d’une signature incontestable, nous ne saurions résoudre ce problème d’attribution.

[3] Bayle s’explique sur ce point dans sa lettre du 19 septembre 1692 adressée à Pierre Silvestre : voir Lettre 887. En effet, Bayle s’était attaqué à Jurieu tout particulièrement dans l’article « Comenius » du Projet et fragmens. Gijsbert Kuiper l’avait regretté dans sa lettre du 5 juin 1692 (Lettre 871). Bayle s’en justifie auprès de Silvestre : « Quant aux petits coups de fouet qu’il a eus dans le Projet du dictionaire, j’avouë que tous les lecteurs autant que j’ai pu decouvrir, les ont trouvez mal placez, et je ne saurois disconvenir qu’il n’eut mieux valu que cet ouvra[ge] eust eté exempt de ces petites hostilitez. Contre tout autre ad[versai]re je les aurois evitées avec soin, mais c’est un homme qui semble etre d’une espece toute particuliere, et qui fait exception à tout engagement d’honneteté ; il tire avantage principalement lui et ses creatures de ce qu’on ne lui repond pas vertement ; il en prend matiere d’insultes, c’est pourquoi j’ai cru qu’il faloit le traitter comme à coups de fourche. »

[4] Le premier article du premier numéro des NRL, mars 1684, est consacré au compte rendu de l’ouvrage d’ Antonius van Dale, De oraculis ethnicorum, dissertationes duæ (Amstelodami 1673, 8°), paru dix ans auparavant ; c’est dire que, pour ce choix, Bayle ne se souciait guère d’actualité. On pourrait parfaitement inférer de son analyse de l’ouvrage de Van Dale qu’il faut « trembler pour les vérités les mieux établies », mais il ne formule pas explicitement cette conclusion. Pour un examen détaillé du traité de Van Dale et de son adaptation par Fontenelle dans l’ Histoire des oracles (Paris 1687, 12°), voir C. Poulouin, « “Ecrire à la moderne” dans les matières d’érudition : Fontenelle ou le génie du trait d’esprit », Revue Fontenelle, 9 (2011), p.23-44.

[5] La foi de Turner s’appuie sur une apologétique de type pascalien : l’authenticité de l’Ecriture sainte fonde la croyance en son autorité et donc aux mystères de la doctrine. Il se peut aussi que Turner ait recours aux Conversations chrétiennes de Malebranche, où cette apologétique historique est exposée pour mettre la vérité divine à la portée des esprits incapables de raisonnements métaphysiques.

[6] Sur la famille de Daniel Duncan et sur les corrections apportées par Bayle à l’article de Moréri, aux Mémoires du duc de Guise et aux Menagiana, voir Lettre 1162, n.5. Le « mémoire » qu’évoque Turner dans la présente lettre semble être le même que celui que Falentin de La Rivière avait envoyé à Bayle le 29 septembre 1696 (Lettre 1162).

[7] Marc Duncan (1612-1648), dit Cerisantes, Discours sur la possession des religieuses ursulines de Loudun ([Saumur] 1634, 8°).

[8] La maréchale de Brézé, Nicole Du Plessis-Richelieu (1587-1635), sœur cadette du cardinal de Richelieu, épouse d’ Urbain de Maillé, second marquis de Brézé (1597-1650), nommé maréchal de France en 1632.

[9] Jacques Roland, Aglossostomographie ; ou, description d’une bouche sans langue : laquelle parle et faict naturellement toutes ses autres fonctions (Saumur 1630, 16°).

[10] Luciani Samosatensis Opera omnia ex versione Joannis Benedicti (Saumur 1623, 8°, 2 vol.) ; deuxième édition : Luciani Samosatensis Opera omnia ex versione Joannis Benedicti. Cum notis integris Joannis Bourdelotii, Jacobi Palmerii a Grentemesnil, Tanaquilli Fabri, Ægidii Menagii, Francisci Guieti, Joannis Georgii Grævii, Jacobi Gronovii, Lamberti Barlæi, Jacobi Tollii, et selectis aliorum. Accedunt inedita scholia in Lucianum, ex bibliotheca Isaaci Vossii (Amstelodami 1687, 8°, 2 vol.). Jean Benoit, docteur en médecine, professeur de grec à l’académie de Saumur, fut également traducteur d’Horace.

[11] En effet, Bayle cite cet épigramme dans le DHC, art. « Cerisantes », rem. I.

[12] Etienne Gaussen (1638-1675), étudiant puis professeur de philosophie à l’académie de Saumur, succéda à Louis Cappel comme professeur de théologie en 1652 ; il fut nommé peu après second pasteur de Saumur et principal de l’académie en 1669. Il publia Quatuor dissertationes theologicae. I. De ratione studii theologici. II. De natura theologiae. III. De ratione concionandi. IV. De utilitate philosophiae ad theologiam. Quibus accessit breve scriptum de recto usu clavium erga aegrotantes (Salmurii 1670, 8°), qui connut une deuxième édition (Utrecht 1678, 8°), chez François Halma et une autre édition sous le titre Dissertationes theologicae praecipue de ratione concionandi, de studii theologici ratione [...] diversorum professorum in Academia salmuriensi (Lugduni Batavorum 1698, 12°) chez Pierre van der Aa. Voir aussi O.C.J. Desme de Chavigny, L’Eglise et l’académie protestantes de Saumur (Saumur 1914).

[13] Après la mort d’ Etienne Gaussen en 1675, Etienne de Brais, pasteur de Saumur (il avait été nommé en remplacement d’ Isaac d’Huisseau), lui succéda comme professeur de théologie, après avoir satisfait aux examens devant le synode de Saumur, en 1677. Il mourut le 25 juin 1679, âgé de quarante-quatre ans : voir Lettre 105, n.30, et Desme de Chavigny, L’Eglise et l’académie protestantes de Saumur, p.16-17.

[14] Tanneguy Le Fèvre, professeur à Saumur, mort le 12 septembre 1672 : sur lui, voir Lettre 10, n.37.

[15] Moïse Amyraut (1596-1664), professeur de théologie à Saumur, à qui Bayle consacre un article dans le DHC : voir aussi Lettre 11, n.14.

[16] James Ussher (Usserius), archevêque anglican d’Armagh et primat d’Irlande de 1625 à 1656 : voir Lettre 638, n.1.

[17] Il s’agit très probablement de John Rainolds (1549-1607), théologien calviniste, lecteur en grec à l’université d’Oxford en 1572, puis professeur de « théologie polémique anti-catholique » en 1586, et doyen du collège de Corpus Christi en 1598. Il venait de publier son œuvre majeure : De Romanæ Ecclesiæ idolatria, in cultu sanctorum, reliquiarum, imaginum, aquæ, salis, olei, aliarumque rerum consecratarum, et sacramenti eucharistiæ, operis inchoati libri duo (Oxoniæ 1596, 4°), et devait se distinguer en janvier 1604 par sa participation à la « conférence de Hampton Court », où fut conçue et lancée la traduction de la Bible dite « du roi Jacques », la « version autorisée ». Voir L.D. Green (éd.), John Rainolds’s Oxford Lectures on Aristotle’s rhetoric (Newark 1986) ; J.W. Binns, Intellectual Culture in Elizabethan and Jacobean England : the Latin writing of the age (Leeds 1990) ; M. Feingold et L.D. Green, « John Rainolds », in British Rhetoricians and Logicians, 1500-1660, Second Series, Dictionary of literary biography n° 281 (Detroit 2003), p.249–259.

[18] Thomas Gataker (1574-1654), théologien calviniste : brièvement fellow du collège de Sidney Sussex à Cambridge, puis conférencier à Lincoln’s Inn à Londres, il accepta ensuite un bénéfice à Rotherhithe dans le Surrey, où il se fit connaître comme prédicateur et polémiste puritain. Auteur prolifique, il publia de très nombreux pamphlets théologiques. En 1643, il fut nommé à l’assemblée des théologiens à Westminister, qui entreprit la réforme de l’Eglise anglicane. Voir DNB, s.v. (art. d’A. Gordon) ; P.S. Seaver, The Puritan Lectureships : the politics of religious dissent, 1560-1662 (Stanford 1970) ; P. Lake, The Boxmaker’s Revenge : « orthodoxy », « heterodoxy » and the politics of the parish in early Stuart England (Stanford 2001).

[19] John Selden, célèbre juriste, historien et parlementaire britannique : voir Lettre 103, n.7.

[20] William Camden, historien anglais : voir Lettre 1091, n.8.

[21] DHC, art. « Spinoza », où Bayle met en avant l’objection que la définition par Spinoza de la substance unique n’est pas conforme à la définition scolastique de la substance fondée sur celle de Porphyre. Cette objection « technique » est considérée par certains comme un subterfuge grâce auquel Bayle masque son véritable penchant philosophique, qui s’exprimerait dans une version « revue et corrigée » du spinozisme, le « stratonisme ». Voir Pierre Bayle, Ecrits sur Spinoza, éd. F. Charles-Daubert et P.-F. Moreau (Paris 1983) ; G. Cantelli, Teologia e ateismo. Saggio sul pensiero filosofico e religioso di Pierre Bayle (Firenze 1969), p.231 ; G. Mori, Bayle philosophe (Paris 1999), ch. 4 « Bayle et Spinoza », p.155-188. Voir aussi le commentaire de Leibniz à Nicaise du 15 février 1697 : « Aussi peut-on dire que Spinoza n’a fait que cultiver certaines semences de la philosophie de M. Des Cartes, de sorte que je crois qu’il importe effectivement pour la religion et pour la pieté, que cette philosophie soit chastiée par le retranchement des erreurs qui sont melées avec lavérité. » (éd. Gerhardt, ii.563).

[22] « Mode d’action, façon de faire ».

[23] Sur la philosophie de Jean Le Clerc, voir M.-C. Pitassi, Entre croire et savoir. Le problème de la méthode critique chez Jean Le Clerc (Leyde 1987) ; M. Sina, « Metafisica cartesiana e teologia nell’epistolario di Jean Le Clerc », Rivista di filosofia neo-scolastica, 93 (2001), p.167-190 ; S. Brogi, Teologia senza verità : Bayle contro i « rationaux » (Milano 1998) ; du même, « “Foi éclairée” et dissimulation chez Jean Le Clerc », La Lettre clandestine, 13 (2004), p.35-56 ; du même, « Bayle, Le Clerc et les “rationaux” », in A. McKenna et G. Paganini (dir.), Pierre Bayle dans la République des Lettres (Paris 2004), p.211-230 ; John Toland, Le Christianisme sans mystères, éd. T. Dagron (Paris 2005) ; S. Drouin, Théologie ou libertinage ? L’exégèse allégorique à l’âge des Lumières (Paris 2010).

[24] Turner paraît être acquis au système de Malebranche, mais le rapport de Bayle à l’occasionalisme et au rationalisme chrétien de Malebranche est beaucoup plus complexe : voir E. Labrousse, Pierre Bayle, ii. Hétérodoxie et rigorisme (La Haye 1964), ch. 7 : « L’occasionalisme », p.187-218 ; G. Mori, Bayle philosophe, ch. 3 : « Bayle et Malebranche », p.89-154.

[25] Sur ce nom, voir ci-dessus, n.2.

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