Lettre 1227 : Jean-Baptiste Dubos à Pierre Bayle

[Paris,] le premier mars 1697

Je commenceré Monsieur, par vous parler de ce que je vous envoie, pour venir à ce que je vous devois envoier, et que je ne envoie point.

Le succez de la comedie du Flatteur [1] a esté assez mediocre. Je ne vous diré rien sur le merite de la piece : en faict d’ouvrage d’esprit, vous voié aussi loin et plus distinctement que aucun autre. D’aillieurs vous ne con[n]ois[s]é ni l’autheur ni ses rivaux et rien ne • tente votre æquité. • Je pense aussi qu’il en est de juger des ouvrages d’esprit com[m]e de juger des procez[ :] la pratique donne une certaine justesse que les autres n’ont point. Je crois apres cela estre encore en droit de vous demander vostre sentiment, car si je ne vous dis pas le mien ce n’est point par reserve mais à cause de la con[n]ois[s]ance de l’autheur. J’ay pour les ouvrages de mes amis un foible dont je me defie terriblement. Encore m’en defier est tout ce que je puis faire, et apres avoir trouvé à coups seürs leurs ouvrages bons quand ils ne sont pas touts mauvais, mes reflexions vont au plus à me convaincre que je puis bien me tromper, mais elles ne scauroient me ramener à l’indifference, mon préjugé est à leur epreuve : cela va même au point de n’en pas mesestimer les gens qui me ressemblent

Vellem in amicitia sic erraremus et isti

Errori virtus nomen posuisset honestum [2]

Mais par malheur mon defaut s’ap[p]elle encore com[m]e du temps d’ Horace du vilain non de prevention aveugle aussi je suis trop glorieus pour m’en confesser à tout le monde comme je fais à vous.

La lettre est du Père Doucin jesuite [3], vous ne pouvé pas ignorer le commencement de la querelle et elle vous instruira distinctement de la suitte.

Tout le monde doute bien ici du succez du placet de Monsieur le comte de Ton[n]erre [4], ou pour mieux dire person[n]e ne doute qu’il n’en ai[t] pas beaucoup. Un de mes amis en lisant le sot marché d’ Aymard de Clermont avec le dauphin [5], dit que ce n’estoit pas / d’aujourd’hui qu’il i avoit quelque chose d’extraordinaire, tirant sur le faux dans l’esprit de ceux de cette maison.

La lettre du docteur de Sorbon[n]e contre le president Cousin [6] est du Père Doucin autheur de la precédente. Vous le pour[r]é voir bientost en vos quartiers, car il • sera à la suitte de Monsieur de Creci [7].

Je ne connois point l’autheur des lettres contre la response aux Provinciales [8]. Quand la prudence ne scauroit empecher de composer de pareils escrits du moins elle oblige de se cacher.

La traduction du P[ère] Bouhours [9] faict ici bruit, et presque tout le monde la critique, les uns le font serieusement les autres en plaisantent. On fait contre des chansons et des livres. Il est bien capable de se deffendre sur le ton qu’il sera attaqué, et de repoüs[s]er ses adversaires avec les mêmes armes. Je ne veux point vous prevenir sur cet ouvrage, je vous diré seulement que dans la page 119 il i a ou de l’etourderie ou de la mauvaise foy. Il plaisante [10] sur la traduction de ces parolles de la Vulgate quousque animam nostram tollis, jusques à quand nous feré vous ainsi mourir, et il trouve que c’est le langage affé[c]té des prétieux. Il a raison mais le P[ère] Bouhours avoit corrigé dans son erratapourquoy nous tené vous en suspens. Dans la page 82 l’autheur dit, en parlant au P[ère] Bouhours, vous ne devié pas croire si facilement cet abbé albigeois [11] qui faict profession de ne rien sçavoir en théologie. Sur quoy cet abbé qui est de vos amis et des miens[,] dit à l’ abbé de Long[u]erue de Sainct Magloire [12] (qui est interessé pour un troisieme denier dans cet ouvrage, l’autre est à Mr Pic [13] ex bibliothecaire des Quatre Nations) qu’il ne voudroit pas avoir donné ce qu’il scait de théologie pour ce que Monsieur Simon en scait, mais qu’il donneroit bien, tout ce qu’en scavent les docteurs de Sorbon[n]e[,] les Peres de l’Oratoire et les pension[n]aires qui sont chez eux pour ce que Monsieur Simon en croit scavoir. Page 89 il dit que l’abbé albigeois a couru tout le païs des rabbins pour expliquer ce que signifie le mot ventilabrum [14], il faut / qu’il ait lu le livre de l’abbé albigeois avec des lunettes à facettes, • un seul rabbin i est cité. Je vous prie lorsque vous auré fini la lecture de ce livret de le faire tenir à Utrecht à Monsieur Grævius de la part de l’ abbé albigeois [15]. Il est encore si rare que je n’en ai point pu recouvrer un exemplaire pour vous. Je vous l’envoieré à la premiere occasion ; elles vont devenir frequentes.

Ceux qui me devoient donner les memoires dont je vous parlé dans ma derniere lettre du mois de janvier [16], ne me les ont pas encore fourni[s]. L’excuse est legitime pour ne point vous les envoier. Ce que vous m’avé mandé du P[ère] Lami empeche que je ne vous envoie un exemplaire de son traitté contre Spinosa com[m]e je me l’estois promis [17]. Je ne scais si un pareil livre est fort à propos dans vos quartiers, mais il semble à bien des gens que l’on s’en seroit bien passé ici. Pour lire Spinosa et pour l’entendre il faut estre faict à la fatigue en matiere de lecture, et quoyque l’on n’ait jamais tant lu, l’on n’a jamais lu avec moins d’ap[p]lication. Ainsi nos libertins sont gens qui vivent com[m]e s’il il [ sic] n’i avoit point d’autre vie sans s’embar[r]as[s]er de creuser la matiere et asseurement ils ne liront pas le livre du P[ère] Lami. Il me semble que ce sentiment est celui de gens qui ne prevoient point. Qui scait si le goüt de lecture ne se changera pas en goust d’estude et c’est une provision pour la bonne cause.

Monsieur Perraült vous fait milles amitié[s] [18][,] son quatrieme volume des Pararelles [19] doit estre à present aussi commun à Rotterdam que à Paris, ainsi je ne vous l’envoie point, crainte de ne vous rien envoier de nouveau. Je crois la traduction de Monsieur Henninus achevé d’imprimer [20], ce sera bien de l’honneur à mes notes • d’estre emploiées par ce scavant homme. Mademoiselle de La Force va faire des livres plus que jamais [21], elle est en lieu où elle ne sera plus distraite. Le Roy lui a donné ordre de sortir de Paris et de se retirer à l’abbaye de Malnoue si elle vouloit conserver sa pension de milles escus comme nouvelle convertie. Pour ne pas mourir de faim elle obéit au precepte et au conseil et s’en va vivre à Malnoue. / Ce ne sera point vivre pour elle[,] ce sera ne pas mourir. Outre ses deportements passé[s], elle est chargée du crime d’avoir fait quelques couplets des Noëls [22], qui ont trop courü ici pour n’avoir pas esté jusques chez voüs. Je dis crime car il i a eu des couplets atroces. Madame Dau[l]noy adjoute un second volume au[x] Contes de ma mere l’oye de Monsieur Perrault [23]. Nostre siecle est devenu bien enfant sur les livres : il lui faut des contes, des fables, des romans et des historiet[t]es.

Hic meret æra liber sosiis hic et mare transit.
Ce sont ceux là qui enrichissent les libraires et que l’on rimprime en Hollande. Mais le vers suivant ne leur convient pas [24].

Les lettres de Monsieur de Bussi paroissent en quatres volumes [25]. On les loueroit davantage si l’autheur ne si louoit pas tant. Mais il i a des traits de vanité capables de decrier un Plütarqüe. Son esprit, sa famille et ce qu’il ap[p]elle ses importan[t]s services mal recompensés, occupent toutes les pages même toutes les lignes. Si l’on pouvoit contester à l’autheur d’avoir eu de l’esprit infiniment, on le feroit apres avoir lu son livre, car on a toutes les envie[s] du monde de le faire et l’esprit revolté tombe d’ac[c]ord au plus, qu’il merite d’estre ap[p]laudi, mais il ne scauroit ap[p]laudir. Ses memoires qu’il avoit composé[s] pour estre imprimez, sont du même stile [26]. Je diroïs volontiers à ses mânes ce que disoit Martial à Fabülla[ :]

Sed dum te nimium Fabülla laüdas

Nec dives neqüe bella nec püella es. [27]

Le Roy i est loué com[m]e il merite de l’estre, et par un con[n]ois[s]eür. Mais j’ap[p]laudirois de meillieur cœur à ses • pensées jüstes et à ses expressions delicates et nobles si les louanges declarées du prince n’en couvroient pas toüsjoürs de secretes pour • l’escrivain. A tout autre que à Monsieur de Bussi l’on ap[p]liqueroit les vers de Despreaux :
et mesle se loüant soy meme à tout propos. [28]
Monsieur l’archeveque de Cambray vient de faire imprimer un livre de devotion dont j’ay oublié le titre. Monsieur de Meaux en paroist fort scandalizé [29]. Il a composé un livre contre les quietistes [30] qu’il donna à lire à Monsieur / de Cambray il i a quelque temps, pour avoir son ap[p]robation qui ne pouvoit point ne pas faire un bel effet à la teste de son livre. Cependant le livre qui vient de paroistre peut passer pour une refutation indirecte du livre de Monsieur de Meaux. Je ne scais si j’ay bien compris cette histoire que j’ay ap[p]rise ce matin d’un bredoüillieur. Si cette secte fait autant de progrez en France que le veulent ceux qui escrivent contre ce sont des progrez bien invisibles, car quoyque j’aye des yeux je ne m’en suis pas encore aperçü. Mais je pense qu’ils imitent les medecins qui pour s’at[t]irer plus de consideration com[m]encent par trouver la maladie douteuse et perilleuse devant les parents : une dame de mes amies apres s’estre faite instruire de ce que c’estoit que le quietisme et apres quelles epreuves • quelles circompesctions [ sic] et quelles precautions il permettoit la debauche[,] repondit qu’il i auroit moins de peine à bien vivre.

Je ne vous diré rien sur ce qui s’est passé au sujet de vostre livre [31]. Le compliment est trop delicat pour moy tousjours. J’ay vu avec satisfaction • bien d’hon[n]estes gens prendre vostre parti avec chaleur et temoigner pour vous toute l’estime et la consideration possible. Si apres cela les choses n’on[t] pas reüssi comme l’on se l’estoit promis, c’est qu’il faut cent choses pour faire prosperer un dessein et qu’il • n’en faut qu’une pour le deranger. On ne lira vostre livre que avec plus d’avidité pour estre deffendu [32], mais c’est un mauvais compliment à vous faire, car il n’a pas du tout besoin de ce ragoust.

Je ne doute point que l’on n’ait eu autant d’impatience chez vous de voir ar[r]iver nos plenipotentiaires  [33] que nous avons eu ici de les voir partir. Dans les deux partis on doit estre egalement fatigué de la guerre. Il n’i a point de prince qui ne doive dire ce que Tacite fait dire à Othon quand il parle à ses soldats avant de se tuer, satis experti invicem sumus. Ego et fortuna [34]. /

La paix une fois conclue je ne scais com[m]ent Monsieur Jurieux se tirera d’affaire, apres toutes ses propheties [35]. Je ne sache q[u]’un moyen pour lui, c’est de mourir la veille de la signature du traitté, comme fit le cardinal Pellevé le lendemain de la reddition de Paris à Henri quatre [36]. Copernic est encore un exemple pour lui [37] : la paix • avec la France[,] à quelques conditions qu’elle se conclue[,] lui doit estre au moins un objet aussi formidable que à [ sic] l’astronome l’impression de son livre.

Je vous prie de faire mes compliments à Monsieur de Beauval lorsque vous escriré à La Haye [38].

Je suis Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur Dubos

Notes :

[1] Jean-Baptiste Rousseau (1670-1741), Le Flatteur (Paris 1697, 12°), pièce jouée une seule fois le 24 novembre 1696 au théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain à Paris et publiée par Claude Barbin ; elle devait connaître un certain succès à partir du mois de mai 1717.

[2] Horace, Satires, I, 3, v. 41-42 : « Je voudrais que, dans l’amitié, on s’abusât de même et que la vertu eût donné son nom honorable à cette erreur. »

[3] Il s’agit sans doute du pamphlet composé par le polémiste jésuite Louis Doucin (1652-1726) lorsqu’il fut envoyé aux Provinces-Unies en 1697 pour se joindre à la suite du comte de Crécy, plénipotentiaire aux négociations de Ryswick : Mémorial abrégé touchant l’état et les progrès du jansénisme en Hollande, qui connut une diffusion très large en plusieurs langues ; nous n’en avons localisé qu’une deuxième édition sous le titre Mémoire touchant le progrès du jansénisme en Hollande (Cologne, Pierre Marteau 1698, 12°), qui devait susciter une réponse de Gilles de Witte en 1698 (voir Lettre 1394, n.6) et de Pasquier Quesnel (sous le pseudonyme de Dubois) en 1700. C’est ce pamphlet de Doucin qui provoqua la convocation à Rome, le 25 septembre 1698, de Pierre Codde, vicaire apostolique de la Mission de Hollande avec le titre d’archevêque de Sébaste, qui refusait de signer le Formulaire dénonçant les cinq propositions de Jansénius : Codde devait arriver à Rome en 1700 ; refusant toujours de signer « purement et simplement » le Formulaire, il fut suspendu le 7 mai 1702. Voir le Dictionnaire de Port-Royal, art. « Codde, Pierre » (art. de H. Schmitz du Moulin).

[4] Nous ne saurions éclaircir cette allusion. Il se peut qu’il s’agisse d’un placet de François Joseph de Clermont-Tonnerre, qui vendit Tonnerre à Louvois en 1684.

[5] Il s’agit, semble-t-il, d’ Aynard II de Clermont (vers 1301-après 1346), fils de Geoffroy I et de Béatrix de Savoie. Voir le Père Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la Maison royale de France [...] (3 e éd. Paris 1733), vii.910 : « Généalogie de la maison de Clermont en Dauphiné » : « [Aynard II de Clermont] fit un traité le 20 juin 1340 avec le dauphin, par lequel il transporta à ce prince par une donation pure et simple les terres de la Chapelle, de Recoin, la coseigneurie de Divisin, le domaine supérieur de Montferrat, etc. qui ne relevoient d’aucun seigneur. Et ce prince lui donna le vicomté de Clermont en Trieves pour lui et ses successeurs seigneurs de Clermont, s’obligeant de le faire valoir 800 florins d’or delphinaux, le créa grand maître d’hôtel ou seneschal de sa maison et de celle de la dauphine, et lui donna l’intendance generale sur tous ses officiers : il at[t]acha à cette fonction des droits considérables [...] Il en fit de plus la seconde personne en ses Etats, et le déclara capitaine general de ses armées [...] ; de plus que cette charge seroit héréditaire dans sa maison, et qu’Aynard et ses descendants en seroient investis par l’étendard de Dauphiné. »

[6] Nous ne connaissons pas cette lettre du Père Doucin. Louis Cousin (1627-1707) fut le rédacteur du JS entre 1687 et 1701 ; il devait succéder à l’ abbé Paul-Philippe de Chaumont à l’Académie française le 9 mai et y fut reçu par André Dacier le 15 juin 1697. Dans son Histoire du nestorianisme (Paris 1698, 4°), p.126n, Louis Doucin s’attaque au président Cousin en lui reprochant d’avoir pris la défense de Jean d’Antioche dans sa préface à l’ Histoire de l’Eglise par Eusèbe de Césarée [...] (Paris 1675-1676, 4°, 4 vol. ; nouvelle édition Paris 1686, 4°). Il se peut qu’il s’agisse ici d’une lettre critique qui circulait avant l’élection du président Cousin à l’Académie française.

[7] C’est-à-dire : il se joindra à la suite du comte de Crécy, plénipotentiaire dans les négociations de la paix de Ryswick.

[8] Mathieu-Claude Petitdidier (1659-1728), Apologie des « Lettres provinciales » de Louis de Montalte, contre la dernière réponse des Pères jésuites intitulée « Entretiens de Cléanthe et d’Eudoxe » [de Gabriel Daniel] ([Rouen] 1697-1698, 12°). Sur cet ouvrage, envisagé dans la perspective de la « crise de la casuistique à l’âge classique », voir J.-P. Gay, Morales en conflit. Théologie et polémique au Grand Siècle (1640-1700) (Paris 2011).

[9] La traduction du Nouveau Testament par le Père Bouhours : voir Lettre 1128, n.20.

[10] Dubos a oublié de citer l’auteur de la critique contre Bouhours : on peut déduire de la remarque de Thoynard citée quelques lignes plus loin qu’il s’agit de Richard Simon dans ses Difficultez proposées au R.P. Bouhours sur la traduction françoise des quatre évangélistes (Amsterdam 1697, 12°), publiées en deux volumes de 154 et de 99 pages.

[11] Allusion à l’ouvrage de Nicolas Thoynard, Discussion de la « Suite des remarques nouvelles » du Père Bouhours sur la langue françoise, pour défendre ou pour condamner plusieurs passages de la version du Nouveau Testament de Mons, et principalement ceux que le Père Bouhours y a repris (Paris 1693, 12°) : voir Lettre 944, n.10.

[12] Louis Du Four de Longuerue : voir Lettre 672, n.2

[13] Sur Louis Picques, orientaliste renommé et bibliothécaire du collège des Quatre Nations, voir Lettre 984, n.2.

[14] ventilabrum : « fourche à vanner ».

[15] Dubos nous révèle un nouveau circuit dans les réseaux de la République des Lettres, puisqu’il envoie le « livret » (sans doute le premier des deux volumes) de Richard Simon de la part de Nicolas Thoynard à Bayle, qui doit le faire suivre à Grævius à Utrecht.

[16] Allusion à une lettre de Dubos du mois de janvier 1697 qui ne nous est pas parvenue : voir aussi Lettre 1250, n.3 Il ne sera plus question de ces mémoires dans la suite de la correspondance entre Bayle et Dubos ; nous ne saurions donc les identifier avec certitude. Cependant, dans sa lettre du 7 décembre 1696 (Lettre 1191), Dubos avait fait état de ses tentatives vaines de s’entretenir avec Dom Jean Mabillon – manifestement à la demande de Bayle, qui avait dû lui soumettre une demande d’informations : il est donc possible qu’il s’agisse dans la présente lettre de mémoires qui constitueraient la réponse de Mabillon aux questions de Bayle. Malheureusement, plusieurs lettres de Bayle à Dubos manquent pour cette période et nous ne saurions préciser la nature des questions que Bayle avait pu poser à Mabillon par l’intermédiaire de Dubos.

[17] En effet, Dubos ayant annoncé cette publication (Lettre 1191 : voir n.26), Bayle avait laissé entendre son attitude critique à l’égard de la « réfutation » de Spinoza par Dom François Lamy : voir Lettre 1194, n.12.

[18] Bayle avait salué Charles Perrault dans sa lettre du 3 janvier : « Je m’intéresse fort à tout ce que vous me marquez de Monsieur Perrault. C’est une personne que j’honnore d’une façon distinguée » : voir Lettre 1202, n.2.

[19] Sur ce nouveau tome des Parallèles de Perrault, voir Lettres 1014, n.13, et 1125, n.10.

[20] Sur cette traduction latine de l’ouvrage de Nicolas Bergier par Henninius, voir Lettres 1031, n.9, 1105, n.32, et 1125, n.33.

[21] Sur Charlotte-Rose de Caumont La Force, dite M lle de La Force, momentanément épouse de Charles de Briou, voir Lettres 1067, n.9, 1086, n.19, et 1148, n.35. Ses malheurs sont également évoqués dans les Annales de la cour et de Paris pour les années 1697 et 1698 (nouvelle édition revûë et corrigée, Amsterdam 1706, 12°, 2 vol.), i.61-62.

[22] Ces couplets satiriques, comparables, sans doute, à ceux de Jean-Baptiste Rousseau, n’ont pas été publiés.

[23] Sur ces publications de contes de fées par M me d’Aulnoy, voir Lettre 1180, n.5.

[24] Horace, Art poétique, v.345-346 : Hic meret aera liber Sosiis, hic et mare transit, / Et longum noto scriptori prorogat ævum : « C’est alors qu’un livre fait la fortune des Sosies, et qu’il franchit les mers, [et qu’il assure à l’auteur une glorieuse immortalité]. »

[25] Sur cette édition des lettres de Bussy-Rabutin, voir Lettre 1160, n.28.

[26] Sur cette édition des Mémoires de Bussy-Rabutin, voir Lettre 1160, n.27.

[27] Martial, Épigrammes, I, 64 : satire adressée à Fabulla où le poète commence par l’apostropher ainsi : « Vous êtes belle, nous le savons, et jeune, il est vrai, et riche, car qui peut le nier ? » Mais, comme la présente citation l’indique, le poète finit par l’accuser de nuire elle-même à sa réputation : « Mais quand tu te vantes à l’excès, Fabulla, tu n’es plus ni riche, ni jolie, ni jeune. » (vers 4-5).

[28] Boileau, « Discours au Roy » qui accompagne les Satires (1666), éd. A. Adam et F. Escal (Paris 1960), p.9 : « L’un en stile pompeux habillant une eglogue, / De ses rares vertus Te fait un long prologue, / Et mêle, en se louant soi-même à tout propos, / Les louanges d’un fat à celles d’un heros. » L’idée est peut-être empruntée à Mathurin Régnier (1573-1613), Satyre I (1608) : « Mais, Sire, c’est un vol bien eslevé pour ceux / Qui, foibles d’exercice et d’esprit paresseux, / Enorgueillis d’audace en leur barbe première, / Chantèrent ta valeur d’une façon grossiere : / Trahissant tes honneurs, avecq’ la vanité / D’attenter par ta gloire à l’immortalité. »

[29] Fénelon, Explication des maximes des saints sur la vie intérieure (Paris 1697, 12°). Bossuet réagit aussitôt en publiant, avec Louis-Antoine de Noailles, archevêque de Paris, et Paul Godet des Marais (1647-1709), évêque de Chartres, une Declaratio [...] circa librum cui titulus est « Explication des maximes des saints » (Parisiis 1697, 4°) et sa propre Summa doctrinæ libri cui titulus « Explication des maximes des saints », deque consequentibus ac defensionibus et explicationibus (Parisiis 1697, 4°). Dubos n’a évidemment pas conscience d’assister à un moment crucial de la querelle du quiétisme.

[30] Bossuet, Ordonnance et instruction pastorale de M gr l’évesque de Meaux sur les estats d’oraison (Paris 1695, 4°), suivies par une Instruction sur les estats d’oraison, où sont exposées les erreurs des faux mystiques de nos jours, avec les actes de leur condamnation (Paris 1697, 8°) avec une deuxième édition la même année et des Additions et corrections à l’« Instruction sur les estats d’oraison » (Paris 1697, 8°).

[31] Le DHC.

[32] Sur l’interdiction du DHC par Louis Boucherat après sa lecture du Jugement d’ Eusèbe Renaudot, voir Lettre 1219, n.1.

[33] Les plénipotentiaires français aux négociations de la paix de Ryswick furent Louis de Verjus, comte de Crécy, Nicolas Auguste de Harlay-Bonneuil et François de Callières. La signature du traité devait avoir lieu le 30 octobre 1697. Les négociateurs et signataires néerlandais furent Nils Eosander, baron et comte de Lillieroot (1635-1705), Anthony Heinsius, grand pensionnaire des Etats de Hollande, Everhard van Weede van Dijkveld (1626-1702), président de l’Etat de la province d’Utrecht, ancien ambassadeur à la cour de Charles II d’Angleterre, Willem van Haren (1626-1708), grietman (maire et juge) du Bildt (région au nord de la Frise), diplomate et député aux Etats de Frise. Jacques Boreel, seigneur de Duynbeeck, Westhove et Meresteyn, sénateur et bourgmestre de la ville d’Amsterdam et conseiller-député de la province de Hollande, participa également aux négociations. Sur Van Haren, voir H. Baerdt van Sminia, Nieuwe naamlijst van grietmannen van de vroegste tijden af tot het jaar 1795, met eenige geschiedkundige aanteekeningen (Leeuwarden 1837), p.318. Voir aussi le commentaire d’ Henri Basnage de Beauval dans sa lettre à Janiçon du 20 juin 1697 : « A l’esgard de la paix generale, l’on en parle beaucoup depuis 2 mois. Ce qui a donné lieu aux bruits qui s’en sont respandus, c’est qu’on pretend que M rs de Harlay, homme d’Estat, et de Cailliers sont venus jusqu’à Gand pour faire quelques propositions, mais personne n’a cru que l’on en vienne à un traité ; car l’on n’en veut point icy que sous des conditions assez avantageuses, pour n’avoir plus rien à craindre à l’avenir. La ligue est trop bien unie pour se separer sans parvenir à l’entiere seureté de tous les intéressez. Si l’on souhaite la paix icy, l’on ne soupire pas aprez elle, comme l’on fait en France, où l’on dit que les besoins sont tres pressans. » (éd. Bots et Lieshout, n° 55, p.113).

[34] Tacite, Histoires, II, 47 : « Nous nous sommes mutuellement éprouvés, moi et la fortune. »

[35] Jurieu avait prédit, dans L’Accomplissement des prophéties, la chute de la France, le retour des huguenots exilés...

[36] Nicolas de Pellevé (1518-1594), un pilier de la Ligue, qui mourut, en effet, quatre jours après la prise de Paris par Henri IV.

[37] Nicolas Copernic (1473-1543), le célèbre astronome, qui mourut le 24 mai 1543, peu de temps après la publication de sa grande œuvre De Revolutionibus orbium cœlestium libri VI (Norimbergæ 1543, folio), qui avait été achevée vers 1530.

[38] Dubos n’était pas en correspondance directe avec Basnage de Beauval, mais ils faisaient partie du même réseau grâce à François Janiçon, correspondant régulier du rédacteur de l’ HOS.

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 188738

Institut Cl. Logeon