Lettre 1258 : Pierre Bayle à Jean-Baptiste Dubos

[Rotterdam, le] [13] mai 1697 [1]

J’atten[d]s avec impatience l’exemplaire du livre du P[ère] Lami contre Spinoza [2], pour voir le tour qu’il a pris, car peut-être n’a-t-il pas choisi celui qui seroit le plus propre par rapport à l’entetement des spinozistes de ces quartiers. Ils meprisent beaucoup tout ce qu’on a publié jusqu’icy contre eux, mais la verité est qu’ils sentent* les difficultés de leur système, et que les plus raisonnables se retranchent à dire que si elles sont incomprehensibles, celles du systeme opposé le sont encore davantage.

Les Noels de Mademoiselle de La Force [3] ont couru en manuscrit toute la Hollande. On me les lut il y a quelque tems, et je trouvai non seulement qu’ils sont satyriques, mais même impies en bien des endroits. On reçoit icy et on réimprime tous les petits ouvrages de Mademoiselle de La Force, de Mademoiselle Bernard [4] et autres. Si les femmes continuent à étudier, et à faire des livres, comme plusieurs font en France depuis longtems, il est à craindre qu’elles ne se tournent du roman au raisonnement, et qu’elles ne donnent tête baissée dans le libertinage de religion [5], vice qui jusqu’icy a eté presque invisible parmi le sexe. Je ne sai si nos libraires contreferont les Lettres de Bussi Rabutin [6]. Ses Mémoires, qu’ils ont contrefaits in 12, ne sont pas estimez [7].

Je vous dirai confidemment, Monsieur, que j’ai une joie très vive de ce que l’on n’a point permis en France l’entrée de mon Diction[n]aire. Ce n’est pas par la raison que la défense excitera davantage la curiosité ; car nitimur in vetitum [8]. J’ai deux autres raisons. L’une, que si l’on eu eût permis l’entrée, les libraires de Lion l’eussent contrefait, et y eussent laissé glisser mille fautes d’impression. Leur édition eût empêché le débit de celle de Mr Leers, et eût multiplié les exemplaires d’une prémiere édition, toujours défectueuse quand un gros ouvrage a été fait précipitamment, et avec aussi peu de secours de bibliotheques que j’en ai eu. La défense me fait espérer que l’édition unique de Mr Leers se débitera, et qu’il en faudra faire une seconde, à la correction de laquelle j’emploierai toutes les forces que j’aurai : très-petites, je l’avouë ; mais enfin je les appliquerai mieux et j’attends de vos lumières et de vos bons avis de quoi être bien dirigé dans la correction. L’autre raison, encore plus importante, est que si mon Diction[n]aire eût eu l’entrée libre en France, mes ennemis de ce païs-ci, gens factieux et adroits à empoisonner les choses, eussent inferé de là, que mon livre ne disoit rien en faveur des protestan[t]s, ni contre la France : marque, diroit-on, de l’attachement criminel dont on soupçonne l’auteur, à la cause de l’ennemi commun du repos de l’Europe [9] .

Il m’est donc avantageux que mon Diction[n]aire ait eté défendu ; neanmoins, quoique je souhaitasse qu’il le fût, je n’ai rien dit qui put plaire à nos vision[n]aires [10]. Quand il a été question des affaires de l’Europe, j’ai évité de toucher à rien, et pour et contre : et l’on se plaint même en Angleterre qu’indirectement je condamne la derniere révolution, et que je me déclare trop contre le droit des peuples, en faveur de l’autorité despotique des monarques [11].

Le Thesaurus antiquitatum græcarum que M. Gronovius a entrepris [12] sera bien de votre goût et des autres antiquaires, si tous les volumes ressemblent au premier qui ne contient que les icones de plusieurs dieux et heros du paganisme, avec une explication historique et philologique au revers du feuillet de ce qu’etoient ces personnages. Toute cette explication est de son crû. Vous sçavez qu’il est professeur à Leïde. Je vous en parle sans l’avoir vû, et sur la foi d’un de mes amis, car ce livre, qui est un assés gros in-folio, n’est pas encore en vente, et je n’ai pas eté à Leïde où il s’imprime.

Un jesuite allemand (il se nomme, si je m’en souviens bien Pakenius) qui accompagna un prince allemand il y a vingt ou trente ans dans le voiage de France, d’Italie, etc. vient de publier en latin une relation de ce voiage [13], • il a imité Pighius qui publia une semblable relation et qu’il intitula : Hercules Prodicius [14]. Celuicy intitule la sienne : Hercules Prodicius post sæculum redivivus. Je n’ai pas eu encore le temps d’examiner si l’on y trouve des choses singulieres, ou seulement ce que tous les voiageurs racontent.

Je vous ai donné autrefois une fausse idée des livres que Mr Dodwel intitule Annales Velleiani, Annales Quintiliani, Martialis, etc [15]. Je croiois qu’il expliquoit en quel tems, par exemple, Martial avoit ecrit une telle, ou une telle épigramme, mais la verité est qu’il ne se propose que la vie de ces auteurs disposée d’an en an.

Vous trouverez quelque chose de singulier dans ce que je vais vous dire. Un recollect, qui a publié autrefois une Relation de la Louisiane, réimprimée, si je ne me trompe, depuis peu à Paris [16], vient de publier à Utrecht une relation de la Découverte d’un grand païs dans l’Amérique septentrionale [17]. Il s’intrigua, l’année passée, à la cour du roi Guillaume, et trouva des patrons, qui parlerent au roi de son manuscrit. On lui répondit que son travail étoit agréé et qu’on seroit bien aise qu’il le publiât. Sur cette réponse favorable, il chercha un imprimeur, et le trouva. Le livre paroit depuis peu, dédié à Sa Majesté britannique ; et l’auteur a mis son nom à la tête.

Mr Henninius travaille toujours à sa traduction de Bergier [18], mais je ne crois pas que l’impression soit achevée de quelque temps. L’ami commun qui lui a fait tenir vos remarques vient d’être installé professeur aux Belles-Lettres dans l’academie d’Harderwick en Gueldre : il se nomme M. Almelovéen [19] auteur de divers ouvrages. Il va faire imprimer les poësies de quelques femmes illustres, je dis les poësies latines, celles de Proba Falconia entr’autres [20].

Il y a dans Harlem une societé de physiciens qui s’occupent à faire des experiences. Ils ont publié depuis peu une lettre en flamand contre l’auteur d’un Journal des scavans qui se publie tous les deux mois icy (Rot[t]erdam) en la meme langue. Le sujet de la dispute est que le journaliste a publié que la femme avoit la vertu que la baguette tournoit entre ses mains quand on l’approchoit de l’or [21]. Il est certain qu’à la vuë de plusieurs personnes cette baguette a tourné, mais les physiciens de Haerlem aiant eprouvé qu’un homme qui se vantoit de la même vertu echoua en plusieurs rencontres, ont ecrit au journaliste qu’il n’est pas vrai que la femme l’eut. Ils pretendent que par une adresse de main elle fait tourner la baguette quand elle sçait qu’il y a de l’or auprés, mais qu’elle n’ose le faire quand elle ignore s’il y en a.

Je vous supplie d’avoir la bonté de m’apprendre si la dissertation latine de Balzac contre Heinsius touchant la tragedie intitulée Herodes infanticida a eté jamais imprimée [22]. On m’a assuré qu’elle n’est point dans l’edition de ses œuvres en 2 vol[umes] in folio 1665. Cependant Billaine faisant imprimer les œuvres diverses de Balzac l’an 1664 fit mettre au catalogue des pieces que cette dissertation etoit sous la presse.

Je vous prie aussi, quand votre loisir vous le permettra, d’aller faire un tour à la bibliotheque de M. l’archevêque de Reims [23], et de jetter les yeux sur deux ouvrages de Marius Equicola qui sont marquez à la page 287 du catalogue. Hilarion de Coste qui a rapsodié un long eloge d’ Isabelle d’Est[e] marquise de Mantoue n’a rien dit du voiage qui fit cette dame en France, et dont Marius Equicola a publié une narration [24]. Leandre Albert nomme cet auteur Marius Alvetius. Je n’ai que la traduction latine de la Description de l’Italie de ce Leandre [25] : apparemment l’italien porte, Mario Alvezzi. Ce Marius est un homme peu connu. On peut conjecturer de sa relation qu’il vivoit au commencement du 16 e siecle.

Hill ministre anglois de Rotterdam, a publié depuis peu à Londres une dissertation theologique, De Origine Templorum où il soutient contre Joseph Medes, et autres episcopaux d’Angleterre, que durant les 1 ers siecles les chretiens n’avoient point de temples [26]. Il doit publier bientot une pareille dissertation De Origine Altarium [27]. On parle avec eloge d’une Vie de Mahomet imprimée depuis peu en Angleterre [28]. On espere qu’elle sera traduite d’anglois en françois.

Le changement de religion d’un capucin de Mæstricht, nommé le Pere Cyprien, qui avait été plus de vin[g]t ans prédicateur célèbre, a déjà fait naître divers écrits de controverse [29]. Un chanoine de Bruxelles lui écrivit une lettre, pour lui montrer qu’à tort il avoit quitté la vraie Eglise. On a fait des réponses à cette lettre ; le chanoine a répliqué : et voilà qu’un tiers se mêle de la partie. C’est un ministre de Maastricht nommé Le Faucheur [30], chez qui le capucin et le chanoine avoient disputé. Il vient d’imprimer un livre sur cette conférence. Tous ces écrits sont de la controverse la plus rebattue ; et, néanmoins, on voit bien que le chanoine fut étrangement sembar[r]assé, lorsqu’on lui fit cette objection, que tout particulier juif au tem[p]s du Messie, eut droit et fit bien de décider sur la religion, contre ce que son Eglise judaïque avoit décidé. Mr Claude fit cette objection à Mr de Meaux, dans la dispute qu’ils eurent pour Mademoiselle de Duras [31].

Le livre anglois du docteur Locke, Que la religion chrétienne est tres-raisonnable, telle qu’elle nous est représentée dans l’Ecriture sainte, a été traduit en françois et se vend depuis quelques jours [32].

Je suis etc.

Notes :

[1] Le manuscrit est une copie d’extraits de cette lettre : il porte la date du 28 mai. Dans toutes les éditions anciennes, cette lettre porte la date du 13 mai ; P. Denis l’a éditée sous la date du 28 mai, celle de la copie. La réponse de Dubos ne laisse cependant pas de doute, puisqu’il écrit le 14 juin [Lettre 1268] qu’il a honte d’avoir été « un grand mois à repondre à une lettre aussi remplie et aussi hon[n]ete que vostre derniere » et qu’il évoque la réfutation de Spinoza par François Lamy, « livre que vous attendié incessamment le 13 de may. C’est la datte de vostre derniere ». Nous ne saurions expliquer l’erreur du copiste. E. Labrousse et A. Lombard rétablissent la date exacte. Nous fondons notre texte à la fois sur celui des éditions anciennes et sur celui de la copie, puisque la copie comporte plusieurs paragraphes omis par les éditeurs du XVIII e siècle et renvoie – sauf pour un passage signalé plus bas – à l’édition de Des Maizeaux pour les passages qu’elle abrège ou omet. Le copiste avait donc sous les yeux le manuscrit original et le texte imprimé par Des Maizeaux en 1729. L’édition des OD est conforme à celle de Des Maizeaux.

[2] Sur la réfutation de Spinoza par François Lamy, voir Lettres 1191, n.26, 1194, n.12, et 1215, n.15, et la réponse de Dubos du 14 juin (Lettre 1268).

[3] Sur Charlotte-Rose de Caumont La Force, voir Lettre 1086, n.19. Ses Noëls ne semblent pas avoir été publiés : voir aussi C. Dauphiné, Charlotte-Rose de Caumont : une romancière du XVII e siècle (Périgueux 1980).

[4] Sur Catherine Bernard (1662-1712), voir Lettres 186, n.39, et 772, n.11. Elle avait publié, en collaboration avec Fontenelle, Les Malheurs de l’amour (Paris 1687, 12°), Brutus, tragédie (Paris 1691, 12°), et, seule, Inès de Cordoue, nouvelle espagnole (Paris 1696, 16°), l’ Histoire de la rupture d’Abenamar et de Fatime, in Recueil de pièces curieuses et nouvelles, tome V (La Haye 1694-1696, 12°, 5 vol.), ainsi que des poésies qui avaient remporté le prix de l’Académie française en 1695 et en 1697.

[5] Sous-entendu : si elles raisonnent, elles donneront « tête baissée dans le libertinage de religion ». C’était déjà la leçon de l’article « Acosta » du DHC. Bayle continue à broder implicitement sur sa conception de la philosophie chrétienne (voir Lettres 1137, n.15, et 1255, n.2) et, le 8 septembre 1698, dans une lettre à son cousin Naudis, il rendra explicite sa définition, selon laquelle « la suite des raisonnements philosophiques et démonstratifs ne serait capable que de les rendre [les philosophes chrétiens] sceptiques à cet égard [à l’égard de la religion] toute leur vie ».

[6] Sur l’édition des Lettres de Bussy-Rabutin, voir Lettre 1160, n.28. Elles connurent un certain succès : après l’édition présentée par le Père Bouhours (Paris 1697, 12°, 4 vol.), une nouvelle édition avec les réponses fut publiée (Paris 1697-1698, 12°, 4 vol.), ainsi qu’une troisième édition avec les réponses et des nouvelles lettres qui n’étoient pas dans les précédentes (Paris 1700, 12°, 4 vol.), ainsi que les Nouvelles lettres [...] avec les réponses (Paris 1709, 12°, 3 vol.), et une édition synthétique réunissant toutes les lettres des différentes éditions (Paris 1714-1715, 12°, 5 vol.).

[7] Sur l’édition des Mémoires de Bussy-Rabutin (Paris 1696, 4°, 2 vol.), voir Lettre 1160, n.27. Elles ne furent republiées que dans le troisième volume de ses Œuvres meslées (Amsterdam 1711, 12°, 3 vol.).

[8] Ovide, Amours, Livre III, 4, v. 17 : Nitimur in vetitum [semper cupimusque negata] : « Nous convoitons toujours ce qui nous est défendu [et désirons ce qu’on nous refuse]. »

[9] Jurieu et ses amis auraient accusé Bayle d’« attachement criminel » à la cause de la France, c’est-à-dire de trahison à la cause des Provinces-Unies. C’est contre de telles accusations – qui pouvaient faire écho à l’affaire Halewijn (voir Lettre 209, n.6) – que Bayle avait déjà tenté d’obtenir, par l’intermédiaire de Michel Le Vassor, l’appui d’autorités britanniques telles que Lord Sunderland et Sir William Trumbull : voir Lettres 1177, n.8, et 1188, n.2. Sur l’affaire Halewyn – qui constituait une des causes de l’hostilité du camp orangiste à l’égard de Bayle et de son expulsion de l’Ecole Illustre – voir aussi H. Bost et A. McKenna, « L’Affaire Bayle », Introduction, p.59-60.

[10] « Nos visionnaires », les huguenots du camp de Jurieu.

[11] Sur ces plaintes du public anglais, voir les lettres de Michel Le Vassor du 23 avril et du 3 mai (Lettres 1247 et 1252).

[12] Sur cet ouvrage de Gronovius, voir Lettre 1250, n.13.

[13] Joannes Pakenius, Hercules Prodicius seu Carolus Juliæ Cliviæ ac Montium Princeps in Johanne Wilhelmo Comite Palatino Rheni post seculum redivivus (Coloniæ Agrippinæ 1695, 4°).

[14] Étienne Winand, dit Pighius (1520-1604), Hercules Prodicius, seu Principis juventutis vita et peregrinatio, per Stephanum Vinandum Pighium, [...] Historia principis adolescentis institutrix, et antiquitatum, rerumque scitu dignarus (Antverpiæ 1587, 8°).

[15] Henry Dodwell, Annales Velleiani, Quintilianei, Statiani, seu vitæ P. Velleii Paterculi, M. Fabii Quintiliani, P. Papinii Statii [...] pro temporum ordine dispositæ (Oxonii 1698, 8°).

[16] Louis Hennepin, Description de la Louisiane, nouvellement découverte au sud-ouest de la Nouvelle France, avec la carte du pays (Paris 1683, 12°).

[17] Louis Hennepin, Nouvelle decouverte d’un tres grand pays situé dans l’Amerique, entre le Nouveau Mexique, et la mer Glaciale (Utrecht 1697, 12°).

[18] Sur la traduction latine par Henninius du livre de Nicolas Bergier, Histoire des grands chemins de l’empire romain, voir Lettres 1125, n.33, et 1137, n.8, 9, 10.

[19] Theodor Jansson van Almeloveen, l’ami de Bayle. Sur sa nomination tardive à l’université de Harderwijk, voir Lettre 1231, n.1, et S. Stegeman, Patronage and service, p.32-33.

[20] Ce projet de publication ne semble pas avoir abouti. Almeloveen venait de publier ses Amœnitates theologico-philologicæ [...] (Amstelædami 1694, 8°), dont les Epigrammata et poëmata vetera recens, ad exemplum P. Pithæi e Reinesio, Sponio, aliisque auctoribus collecta furent publiés aussi à part (Amstelædami 1694, 12°). Voir S. Stegeman, Patronage and service, p.31.

[21] Cette affaire concernant la baguette divinatoire fit l’objet d’une mention dans le Monde enchanté de Balthazar Bekker et de plusieurs articles dans le Boekzaal van Europe de Pieter Rabus. Au cours des années 1696-1697, les collégiants d’Amsterdam et de Haarlem se heurtèrent à Cornelius van Beughem (1638-1710), conseiller de la ville allemande d’Emmerich, bibliographe éminent et expert en divination, ami d’ Antonius van Dale et de Benjamin Furly. Rabus rencontra Van Beugem en 1696 et, malgré son scepticisme initial, fut fort impressionné par les dons de divination de celui-ci. Il se trouva d’ailleurs que la femme de Rabus était elle-même douée pour de telles pratiques. Le journaliste donna un compte rendu très favorable, dans le Boekzaal de mai-juin 1696, de l’ouvrage de Pierre Le Lorrain de Vallemont, La Physique occulte, ou traité de la baguette divinatoire, et de son utilité pour la découverte des sources d’eau, des miniéres, des tresors cachez, des voleurs et des meurtriers fugitifs. Avec des principes qui expliquent les phénoménes les plus obscurs de la nature (Paris, Amsterdam 1693, 12°). Jan Trioen (1657-1721), pharmacien et linguiste, secrétaire du Collegium physicum Harlemense, se moqua ouvertement de la crédulité de Rabus, qui publia un long rapport dans le Boekzaal van Europe, mai-juin 1697, p.389-437. Rabus avait essayé en mai 1696 d’obtenir le soutien d’ Antonie van Leeuwenhoek, mais, après quelques observations précises de la nature physique des baguettes divinatoires, celui-ci abandonna ses recherches. Voir L.C. Palm, « Antonie van Leeuwenhoeks reactie op Pieter Rabus’ problemen met de wichelroede », Tijdschrift voor de Geschiedenis van de Geneeskunde, Natuurwetenschap, Wiskunde en Techniek, 8 (1985), p.1-14, et surtout les travaux récents de K. Vermeir, « Circulating knowledge or superstition ? The Dutch debate on divination », in S. Dupré and C.H. Lüthy (dir.), Silent messengers : the circulation of material objects of knowledge in the early modern Low Countries (Münster 2011), p.293-328, et « The garbage dump of the Republic of Letters. Pierre Bayle’s Dictionaire as an encyclopedic palimpsest of errors », Journal of early modern studies, 1 (2012), p.109-149.

[22] Jean-Louis Guez de Balzac, Discours sur une tragédie de M. Heinsius intitulée « Herodes infanticida » (Paris 1636, 8°).

[23] Sur la bibliothèque de Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, où Janiçon avait déjà cherché des documents utiles à Bayle sur la Querela infantium : voir Lettre 1160, n.22.

[24] Cet éloge d’ Isabelle d’Este, duchesse de Mantoue, se trouve dans l’ouvrage, d’ Hilarion de Coste, Les Eloges et les vies des reynes, des princesses, et des dames illustres en pieté, en courage et en doctrine, qui ont fleury de nostre temps, et du temps de nos peres. Avec l’explication de leurs devises, emblèmes, hieroglyphes, et symboles, etc. (Paris 1647, 4°, 2 vol.) ; sur cet ouvrage prêté par Almeloveen à Bayle, voir Lettres 1051, n.2, 1121, n.6, et 1123, n.4. Dans les années 1520, Mario Equicola publia une Chronica di Mantua (Mantova, s.d., 8°). Sur Mario Equicola, voir le DHC, édition de 1720, art. « Æquicola (Marius) ».

[25] Léandre Alberti, Descrittione di tutta Italia, nella quale si contiene il sito di essa, l’origine, et le signorie delle Città, et de i castelli (Venetia 1561, 4°) et sa traduction latine, Descriptio totius Italiæ [...] ex italica lingua nunc primum in latinam conversa (Coloniæ Agrippinensis 1566, folio). Bayle cite l’ouvrage d’Alberti dans le DHC, art. « Guarin [natif de Vérone] », rem. A.

[26] Joseph Hill (1625-1707), Dissertation concerning the antiquity of temples. Wherein is shewn, that there were none before the tabernacle, erected by Moses in the wilderness : from histories, sacred and profane (London 1696, 4°). Non-conformiste anglais, Joseph Hill fit ses études à St John’s College à Cambridge et fut élu fellow de Magdalene College. Refusant, cependant, de se conformer à l’acte d’uniformité de 1662, il fut privé de ses titres. En 1667, il fut élu pasteur de l’Eglise écossaise à Middelburg en Zélande et, en 1678, ministre de l’Eglise anglaise près du Haringsvleet à Rotterdam. Il est connu surtout comme éditeur d’une édition augmentée du dictionnaire de Cornelius Schrevelius, Lexicon manuale græco-latinum et latino-græcum, utrumque hac quinta editione multo auctius [...]. Ad calcem adjecta sunt Sententiæ græco-latinæ, quibus omnia primitiva græca comprehenduntur, item tractatus duo [Constantini Rhodocanacidis Chiensis] : alter de Resolutione verborum, alter de Articulis [...] (Amstelodami 1685, 8°).

[27] Joseph Hill, Dissertation concerning the antiquity of churches [electronic resource] : wherein is shewn, that the Christians in the two first centuries, had no such publick separate places for worship, as the papists generally, and some Protestants also presume, and plead for (London 1698, 4°).

[28] Humphrey Prideaux, The True Nature of Imposture fully displayed in the life of Mahomet. With a discourse annexed, for the vindicating of Christianity from this charge (London 1697, 8°) ; l’ouvrage, qui connut un succès extraordinaire – deuxième édition corrigée dès 1697, troisième édition dès l’année suivante et de nombreuses éditions ultérieures – fut aussitôt traduit sous le titre La Vie de Mahomet : où l’on découvre amplement la verité de l’imposture (Amsterdam 1699, 12°). Un compte rendu de la version anglaise parut dans l’ HOS de Basnage de Beauval, octobre 1697, art. VII.

[29] Le Père Cyprien s’appelait Michiel (ou Michael) Loeffius (?-1715) : de capucin, il devint en 1699 ministre réformé de Leiderdorp. Dans un débat public à Liège, Ernest Ruth d’Ans (1650-1729), un prêtre très proche de Port-Royal, essaya de le convaincre de ne pas quitter l’Eglise catholique. Le débat fut poursuivi à Maastricht chez Frédéric Le Faucheur, qui soutint l’intention de Loeffius ; celui-ci publia Geloofs belydenis van de Gereformeerde en ongereformeerde Roomse kerke tegen een gesteld, door Mich. Loeffius, voor deezen bekend onder den naam van Pater Cyprianus van Brussel, Capucijn (Utrecht, 1698, 8°), qui suscita plusieurs réponses. Voir F. Sassen, De Illustre School te Maastricht, p.30-31 ; M. van Meerbeeck, Ernest Ruth d’Ans : « patriarche des jansénistes » (1653-1728) : une biographie (Bruxelles 2006).

[30] Frédéric Le Faucheur, théologien formé à Utrecht et à Sedan, pasteur à Maastricht depuis 1674 ; en 1700, il devait être nommé professeur de théologie à l’Ecole Illustre de Maastricht : voir aussi Lettre 245, n.8, et F. Sassen, De Illustre School te Maastricht, p.30-33.

[31] Sur la « dispute » de Claude avec Bossuet autour de la conversion de Marie de Durfort au catholicisme, voir Lettre 152, n.25, et Kappler, Conférences théologiques, n° 163, p.818-826.

[32] L’ouvrage de John Locke, The Reasonableness of Christianity, as delivered in the Scriptures avait paru anonymement deux ans plus tôt (London 1695, 8°) ; une deuxième édition anglaise avait paru aussitôt : The Reasonableness of Christianity, as delivered in the Scriptures, to which is added a Vindication of the same, from Mr Edward’s Exceptions (London 1695-1696, 8°, 2 vol.) ; il fut traduit par Pierre Coste et publiée dès l’année suivante : Que la religion chrétienne est très-raisonnable, telle qu’elle nous est représentée dans l’Ecriture Sainte (Amsterdam 1696, 8°) chez Henrik Wetstein. A cette édition s’ajouta un abrégé des objections de John Edwards et des Vindications de Locke (Amsterdam 1703, 8°) chez H. Schelte, avec une deuxième édition de l’ensemble de la traduction (Amsterdam 1715, 8°, 2 vol.). Voir l’édition critique établie par H. Bouchilloux (Oxford 1999), qui comporte aussi son édition du Discours sur les miracles, et celle, établie par M.-C. Pitassi, de l’ Essai sur la nécessité d’expliquer les Epîtres de saint Paul par saint Paul lui-même de Locke et de La Vie de Coste et anecdotes sur ses ouvrages par Charles de La Motte. La traduction de l’ouvrage de Locke est annoncée par Henri Basnage de Beauval dans ses lettres à Janiçon du 20 juin (éd. Bots et Lieshout, n° 55, p.112) et à Leibniz du 21 juin 1696 : « On a imprimé ici la traduction du livre de M. Locke The Reasonableness of christianity. Pour prouver que le christianisme est raisonnable, il le dépouille de tout ce qu’il y a de mystérieux, et d’incomprehensible, et reduit la foi à croire simplement que J.C. est le Messie, sans penetrer plus avant. Il soutient que les apôtres ne nous ont proposé que cela à croire, et que cela suffit pour le salut. » (éd. Gerhardt, n° XXI, iii.126). Voir aussi la lettre de Pierre Coste à Locke de fin juin ou de début juillet sur sa traduction (éd. E.S. de Beer, n° 2107), ainsi que le commentaire de William Molyneux à Locke du 26 septembre 1696 ( ibid., n° 2131). Dans sa lettre à Locke du 31 août 1696, Jean Le Clerc fait allusion à la publication de John Edwards, fellow de St John’s College, Cambridge, Some thoughts concerning the several causes and occasions of atheism, especially in the present age. With some brief reflections on Socinianism : and on a late book intituled « The Reasonableness of Christianity as deliver’d in the Scriptures » (London 1695, 8°) et à la réponse de Locke, Vindication of the « Reasonableness of Christianity » from Mr Edwards’s « Reflections » (London, 1695, 8°) : voir Le Clerc, Epistolario, n° 260, n.9.

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