Lettre 126 : Pierre Bayle à Joseph Bayle

[Sedan, le 25 aout 1676]

Ce qui suit est la reponse à la lettre de m[on] f[rere] J[oseph].

J’ay pris un singulier plaisir, m[on] t[res] c[her] f[rere] à toutes les nouvelles que vous m’avez apprises [1] et de la parenté et du pays en general ; des livres que notre c[her] f[rere] achete, de vos occupations domestiques, de vos connoissances etc[.] Une chose m’y deplait, c’est de voir que les forces manquent à la maison pour vous envoyer faire vos etudes. C’est une fatalité deplorable ; dans ce tems on ne voit que des enfans faire la philosophie [2] ; à l’age de vingt ans on est au dessus des leçons et des auditoires, mais les gens pauvres sont toujours exceptez, ils n’ont point de part aux regles generales, c’est comme une espece d’hommes à part. Je sai bien le prejudice que les etudes en souffrent, sed levius fit patientiâ quicquid corrigere est nefas [3].

Pour ce qui regarde l’opera, j’ay à vous dire que le mot et la chose nous sont venus de delà les monts. Les Italiens qui excellent en musique se sont avisez d’inventer cette maniere de pieces de theatre, et je croy qu’ils luy ont donné ce nom ayant egard au prodigieux appareil de machines, de danses, de decorations etc qui y entrent. A proprement parler il n’y a que quatre ans que l’on donne l’opera en France, car avant le Cadmus et Hermione [4] ce que l’Academie royale de musique avoit representé n’etoit que comme le prelude ou plutot les entr’actes d’une juste piece. Pour les pieces de Moliere, comme elles se recitoient à la maniere des comedies ordinaires, on ne peut pas les nommer des opera, quoi qu’il y eut des entrées de ballet magnifiques, plusieurs chansons, la symphonie des voix et des instrumens en plusieurs endroits, et de tres belles machines, dans la Psyché par exemple, Le Malade imaginaire etc[.] [5] Ainsi l’opera a commencé par le Cadmus et Hermione, et a suivi par Alceste, Medée, et Atys qui est celuy de l’année courante [6]. Cela est fort beau à voir et à ouyr, tous les vers s’y chantent par des musiciens qui sont des eleves du fameux Baptiste Lully Italien de nation, et on voit joüer les machines avec un succez enchantant. Mais hors de là rien de plus plat. Mr Quinault qui est l’[a]utheur des vers, pourroit bien mieux faire, mais il prend un tour qui puisse s’accommoder aux • airs. Je conseille fort à votre amy [7] de n’employer pas 2 ecus à l’achat de ces pieces là. Elles coutent à Paris 30 sols piece et celle qu’on a eue pour 10 sols à Thoul[ouse] n’etoit pas sans doutte de la bonne impression. Il est inutile de chercher l’opera avec les nottes de musique, car on n’en vend point ainsi : ceux qui en veulent se les font noter par un maître de musique, et il en coute bon*. Mon avis est que vous tachiés d’attraper • les beaux endroits, de la bouche de ceux qui les chantent bien, • et c’est le parti que prennent ceux qui aiment la musique, et qui ne sont pas à Paris. Autant que je m’en puis souvenir l’opera dont le Merc[ure] galant fait mention, est celuy de Cadmus et Hermione  [8]. C’est le plus beau qui se soit fait. Je n’ay veu que 6 tomes de ce Mercure là, et je ne croi pas que l’accueil que l’on a fait à Paris à cet ouvrage, ait fort encouragé l’autheur à co[n]tinu[er] [9]. / Neantmoins c’est un ouvrage asses propre pour nous autres provinciaux. Il est vrai qu’on a fait une edition de toutes les pieces de Moliere, en 8 petits tomes [10], si je ne me trompe.

Je ne sai rien du mariage de Mr Malide [11]. J’aurois souhaitté quelques particularitez de la mort de Mr de S[ain]t Martin [12], aussi bien que de la casse* de Mr Dusson [13][.] Les troupes qui ont hyverné à Brissac ont fait de grands ravages dans le Brisgaw, mais la derniere course fut malheureuse, car Mr de Monclas commandant dans l’Alsace y fut pris prisonnier avec Mr de La Brosse partisan* celebre, comme vous avez seu sans doutte par les nouvelles des compatriotes [14][.]

Je suis bien aise de votre commerce* aux Salenques [15], il est fort propre à donner l’air du monde, sans lequel les sciences ont je ne sai quoi de brute et de rebutant. N’oubliez rien pour joindre ensemble la politesse et la solidité, et pour cela voyez le Mas [16] le plus souvent que vous pourrez. C’est un lieu où j’ay regret de n’avoir jamais eté, il y a de l’esprit et de l’enjoûment. Asseurez Mr de Pradalz de la grande estime que j’ay pour sa personne, et pour tout ce qui vient de luy : ce que vous me communiquez de ses productions [17] me ravit en admiration. Si je puis un jour recouvrer quelque repos, je ne manquerai pas de luy ecrire. Mais helas que ce loïsir est une chose bien inconnue pour moi ! Au reste vous vous abusez de croire que je sois en etat de vous apprendre les nouvelles des livres. Je suis franc campagnard, et on ne vend icy que quelque mechant Virgile vendu et revendu cent fois par des ecoliers [18]. J’ay autant de besoin que vous de mendier les curiositez de la rep[ublique] des lettres, et je ne connois personne qui m’en fournisse. Mr Banage qui est presentement examiné pour etre receu ministre à Roüen [19] est trop occupé pour me pouvoir ecrire amplement. Je ne sai pourquoi m[on] f[rere] a refusé les avances d’amitié qu’il luy avoit faites par 2 lettres [20]. Asseurement on ne se fait pas deshonneur de repondre à un homme qui a merité à l’age de 23 ans de succeder à Mr Le Moine dans une Eglize comme celle de Quevilli, sed hæc obiter [21].

L’ abbé [22] dont vous me parlez est un facheux* pour moy et pour le mal que je lui veux, je voudrois qu’on l’investit de la cure de Saverdun, car s’il reste à Paris il me sera impossible d’y aller de tems en tems me ravictuailler* en esprit et en connoissances, comme il seroit necessaire que je fisse. Vous me faites comprendre que vous souhaitteriez de me joindre[.] Je le souhaitterois aussi, et vous pouvez penser quel plaisir ce seroit pour moy de contribuer quelque chose à votre avancement. Mais à vous bien dire ma pensée j’y trouve de la difficulté. P[remièremen]t les frais d’un voyage de 200 lieues sont grands. D[euxièmemen]t il n’y a pas icy une seule condition*. T[roisièmemen]t les pensions sont icy pour le moins de 300 l[ivres] et la moindre chose que l’on achete coute plus qu’à Paris comme chapeaux, bas, gans, linge etc[.] Vous avez appris / mes appointemens et emolumens [23]. Ma charge porte 400 l[ivres] de rente dont le predecesseur se reserve la joüyssance sa vie durant, et pendant qu’il vivra on me fait deux cens cinquante l[ivres] sur d’autres fonds qu’on a menagéz*. Mes quatre disciples me donnent un ecu chacun par mois pendant le cours, c’est à dire 10 ecus par an, car il y a 2 mois de vaca[n]ce, c’est en tout 120 l[ivres][.] Vous savez qu’on n’a pas toujours coutume d’attendre la fin, les uns se retirent au mois de juillet, les autres encore plutot, c’est autant de perdu. Je suis en une pension de 300 l[ivres] et toute la gratification qu’on m’y fait, c’est le chauffage et le blanchissage, si bien qu’il me restera cette année 70 l[ivres] avec quoi il me sera impossible de me tenir habillé. Aussi a t’il fallu que pour tirer d’affaire le s[ieu]r Carla qui s’etoit rendu caution pour moy à Paris, j’aye emprunté icy [24] et fait confidence de ma gueuserie*, ce que j’aurois voulu eviter cane pejus et angue [25]. Je dis cecy sur la confiance que personne ne voit mes lettres, car de vrai il y auroit manque de discernement de donner à lire de petites minuties comme celles cy, sur tout quand elles peuvent tourner à quelque honte. Ce que je vois donc à faire ce seroit de faire votre philosophie incessamment, apres quoi je ne desespere pas de vous faire trouver une condition* à Paris capable de vous entretenir. Nous nous verrions là quelques vacances, et vous viendriez en suitte passer quelques années icy, car le tems pourra devenir meilleur, si Dieu nous donne la paix.

Le meilleur parti à prendre dans la philosophie c’est de s’attacher d’abord à la scholastique, d’accoutumer son esprit aux chymeres des universaux, et aux abstractions de metaphysique et apres de voir les systemes de physique ancienne et moderne. Il suffit de savoir l’histoire de la philosophie, c’est à dire ce que chaque secte dit, car du reste il y a presque autant d’incertitude dans les uns que dans les autres ; Quand vous serez en logique, sachez la bien quelque degoutante qu’elle soit ; il suffit de se persuader qu’elle a ses usages et sur tout quand on veut etre bon theologien ; quand vous serez aussi en physique tachés d’en savoir beaucoup ; mais ayez toujours en veüe l’etat de • precepteur par où je crains bien qu’il vous faudra passer, afin que cela vous oblige d’apprendre beaucoup de choses, car le monde se laisse plutot coiffer au nombre des choses qu’on peut enseigner, qu’à l’adresse qu’on peut avoir à en enseigner bien une. Le Journal des savans continue et se donne de 15 en 15 jours. Il a fait mention d’une philosophie imprimée à Beziers qui n’est pas mauvaise, on l’intitule Atomi peripateticæ 3 vol[umes] in 12° [26][.] L’autheur est un capucin qui a eté long tems missionnaire, et qui etoit au dernier synode de Mazeres avec le P[ere] Vincent d’Orleans [27]. Son nom est le P[ere] Casimire de Thoulouze. Le P[ere] Rapin a donné des Reflexions sur l’ancienne et nouvelle philosophie [28]. Mr Charpentier de l’Acad[emie] francoise a fait un tres curieux et savant ouvrage pour prouver que nous devons employer la langue francoise dans nos inscriptions publiques [29]. Mrs de Port Royal ont faït [ sic] un libelle qui est sanglant contre la politique de la Cour de Rome, intitulé l’ Evangile nouveau du cardinal Palavicin . Ce cardinal a fait une longue Histoire du concile de Trente [30]. / 

Cet Evangile nouveau est un ramas de diverses maximes que le cardinal a inserées dans son livre, pour montrer que l’esprit de la religion chretienne tend à nous rendre aussi bien heureux dans ce monde que dans l’autre, et que pour cet effet il est necessaire qu’elle soit conduitte par un chef qui ait une pompeuse* cour, et qui • puisse attirer au bon party par l’eclat des honneurs, des plaisirs, des magnificences theatrales etc non seulement les infideles, mais aussi la noblesse, qui n’auroit garde de s’engager aux ordres sacrez et à l’observa[ti]on du celibat, si on ne lui proposoit quelques douceurs d’autre coté. Vous avez ouy parler De l’egalité des 2 sexes ; l’autheur voyant que personne ne luy repondoit, s’est refuté luy meme, et a donné un traitté De l’excellence des hommes [31], mais qui est precedé d’une longue preface dans laquelle il examine les raisons qui se peuvent tirer de l’ecriture au desavantage des femmes, il y repond avec esprit, et par là aussi bien que par les preuves qu’il apporte pour nous il temoigne qu’il persiste dans son premier sentiment. Je ne sai si vous savez qu’une partie des variorum qu’on avoit fait faire pour Mr le Dauphin ont paru [32]. Mad lle Le Fevre a donné Florus [33], un nommé Le Camus, Terence [34] : un nommé Crepin qui est de Lausanne autrefois regent de cinquieme à Saumur, eléve de Mr Le Fevre, a donné Saluste [35] le jesuite La Rue, a donné Virgile [36].

Mrs de Port Royal ont donné 2 tomes / d’ Essais de morale qui joints au Traitté de l’education du p[rin]ce qui avoit deja paru sous le nom de Mr de Chanteresne font trois in 12° [37] qui valent bien la peine d’etre leus, et sur tout par un predicateur qui a un bel auditoire, car pour des paysans je vous en baise les mains* ; les pensées en sont trop relevées et trop fines. Mr l’eveque de Tournay autrefois eveq[ue] de Comminge a publié les memoires du feu marechal du Plessis-Pralin son frere [38]. On parle encore des Memoires de Pontis [39] qui contiennent plusieurs choses curieuses des deux derniers regnes. Lacedemonne ancienne et nouvelle est un livre tres bien ecrit, plein d’erudition, et diversifié de plusieurs historiettes agreables, L’autheur est un Auvergnat nommé La Guilletiere qui a deja donné l’ Athenes ancienne et nouvelle sur les memoires d’un frere qu’il a en Grece [40]. J’ay leu partie des vers que vous m’avez envoyés ; il y a beaucoup de feu d’imagination, mais beaucoup moins d’art que d’esprit. Je croi vous avoir averti qu’il ne faut pas charger notre bon Mr Carla des commissions de livres. Il a besoin de tout son temps pour ses affaires. C’est le plus obligeant homme du monde, mais encore un coup* ne vous adressez pas à luy pour cela [41]. Si j’etois à Paris, ce seroit à moi qu’il se faudroit adresser. Car et là et icy et par tout où je pourrai quelque chose vous pouvez conter sur un bon et tendre amy. Tout à vous. Je vous recommande le silence sur mon chapitre præ omni alio [42].

Notes :

[1] Bayle a annoncé (Lettre 125, p.347) l’arrivée d’un « gros paquet » de lettres de la part de son frère Joseph : aucune de ces lettres ne nous est parvenue.

[2] L’observation a une valeur générale, mais Bayle se souvient certainement ici de son expérience personnelle quand il était venu étudier la philosophie à Puylaurens en 1668, âgé de vingt et un ans, sensiblement plus vieux que ses camarades d’étude. Comme enseignant, il déplorera le manque de maturité de ses auditeurs.

[3] Voir Horace, Odes, I.xxiv.19-20 : « la résignation rend plus légers les maux incurables ».

[4] L’opéra Cadmus et Hermione de Lully, sur un livret de Philippe Quinault, fut présenté pour la première fois à Paris, le 27 avril 1673.

[5] La composition de Psyché, tragi-comédie et ballet, qui fut représentée pour la première fois dans la grande salle des machines du palais des Tuileries en janvier 1671, est due en partie seulement à Molière : les vers sont pour la plupart de Pierre Corneille, les chants de Quinault, la musique de Lully. Molière s’orientait ainsi, après Le Bourgeois gentilhomme, vers la « comédie plénière » comportant jeu de théâtre, musique, chant et danse. On sait que la trahison de Lully empêcha Molière de poursuivre cette collaboration. Le dramaturge eut recours à Marc-Antoine Charpentier pour les intermèdes de sa dernière pièce, Le Malade imaginaire, représentée pour la première fois – et pour quatre représentations seulement – le 10 février 1673. Voir R. Garapon, Le Dernier Molière (Paris 1977), M. Pellisson, Les Comédies-ballets de Molière (Paris 1914), et G. Defaux, Molière ou les métamorphoses du comique : de la comédie morale au triomphe de la folie (Lexington 1980), p.216-282.

[6] Alceste, ou le triomphe d’Alcide, tragédie (Paris 1674, 4°), opéra de Lully sur un livret de Quinault, fut présenté à Paris le 19 janvier 1674. Aucun opéra ou ballet français portant le titre de Médée ne fut présenté avant celui de Charpentier (1693). Il s’agit certainement ici du Thésée de Lully sur un livret de Quinault, où Thésée figure comme l’un des deux rivaux amoureux de Médée. Thésée fut présenté à Saint-Germain-en-Laye le 11 janvier 1675, et à Paris en avril de la même année. L’opéra Atys, tragédie en musique ornée d’entrées de ballet, de machines et de changemens de theatre (Paris 1676, 4°) de Lully et de Quinault fut donné à Saint-Germain-en-Laye le 10 janvier 1676, et à Paris en avril de cette même année : voir l’édition du livret intégral établie sous la direction d’A. Duault, avec un commentaire musical et littéraire de J. Duron, publiée dans L’Avant-Scène Opéra, 4 (janvier 1987).

[7] Impossible d’identifier le voisin des Bayle qui s’intéressait suffisamment à l’opéra pour envisager une dépense relativement considérable afin de s’en procurer le livret – à moins qu’il ne s’agisse en réalité de Joseph lui-même...

[8] Le Mercure galant (Paris 1673), semaine, nouvelles du 30 juillet au 6 août [1672], p.371, rapporte que « Lully ne donnera d’abord que des morceaux des Balets du Roy, qu’il fera coudre ensemble pour faire une Piece » – il s’agit sans doute des Fêtes de l’Amour et de Bacchus, pastorale-pastiche de Molière, Quinault et Périgny, donné au Jeu de Paume le 13/15 novembre 1672, et utilisant des extraits tirés de plusieurs ballets antérieurs de Molière – « et pendant qu’on la representera, on en preparera une nouvelle pour le Carnaval prochain, à laquelle le tendre Monsieur Quinault travaille ». Cette fois-ci il doit bien s’agir, comme Bayle le pense, de Cadmus et Hermione, premier opéra de Lully.

[9] Le Mercure galant fut fondé en 1672 par Donneau de Visé ; interrompu après la livraison de décembre 1673, il devait reparaître en avril 1677. Voir Dictionnaire des journaux, n° 919 ; Dictionnaire des journalistes, s.v. ; M. Vincent, Donneau de Visé et le Mercure galant (Paris 1987).

[10] Légère erreur de Bayle : les Œuvres de M. Molière (Paris 1674-1675, 12°) comportent sept volumes.

[11] Nous non plus ; sur les Malide, voir Lettre 78, n.20.

[12] Le nom de Saint-Martin est si fréquent qu’il est impossible d’identifier avec certitude ce personnage. Apparemment, il ne s’agit pas du Saint-Martin d’Usson auquel Bayle fera allusion dans la Lettre 144 ; voir aussi sa lettre à Joseph du 16 juillet 1678. Avançons une conjecture des plus fragiles, à savoir qu’il pourrait s’agir de Thomas Terson, sieur de Saint-Martin, officier. Si tel est le cas, les mille livres venant de lui et formant une partie de la dot de sa nièce, Suzanne, qui épousa à Puylaurens, le 10 avril 1677, le jeune pasteur de la ville, Elie Rivals, auraient résulté d’un legs, ce qui est du reste plus vraisemblable qu’un don entre vifs. Voir P.L. Berthaud, « Suzon de Terson (1657-1684), sa famille, son temps, son œuvre en langue occitane, son secret », Revue du Tarn, série, n° 2 (15 juin 1956), p.115-16. Thomas Terson, sieur de Saint-Martin, était un frère cadet de l’avocat Antoine Terson, père de Suzanne ; celle-ci composa des vers en occitan et en français. Voir aussi Lettre 134, n.5, et Lettre 135, n.11.

[13] Impossible d’identifier avec certitude celui des trois fils cadets de François d’Usson dont Bayle nous apprend que le régiment avait été supprimé. Toutefois, François, sieur de Bonrepos, et Tristan, sieur de La Quère, servant dans la marine, c’est apparemment de leur cadet, Jean, marquis de Bezac, qu’il s’agit.

[14] Bayle ne tire pas cette nouvelle précise de la Gazette, quoiqu’il y ait sans doute appris, dans l’ordinaire n° 67, la nouvelle de Brissac du 18 juillet 1676, et dans le n° 71, la nouvelle du camp de Sulz du août 1676 ; après la date de sa lettre paraîtra aussi, dans le n° 81, la nouvelle de Brissac du 28 août 1676. Joseph de Pons de Guimera, baron de Montclar (1625-1690), à cette date commandant de l’armée en Alsace, avait commencé sa carrière militaire en 1652 : capitaine au régiment d’Aguilar, il leva un régiment de cavalerie sous son nom et servit sous Turenne ; en 1667, il fut employé à l’armée de Flandres ; en 1672, il fut de tous les sièges entrepris par le roi et par Turenne et, en 1673, il participa à celui de Maastricht. En 1674, il commanda la cavalerie qui intervint en Franche-Comté et obtint la charge de mestre de camp lieutenant du régiment Dauphin-Etranger de cavalerie à sa création ; il marcha en Flandre et passa ensuite dans l’armée d’Allemagne sous Turenne, comme commandant de la cavalerie, combattant à Ensheim, à Mulhouse et à Turckheim. Il devint maréchal de camp par brevet du 2 avril 1675 et commanda la cavalerie jusqu’à la mort de Turenne ; il obtint alors le commandement de la province d’Alsace à la place de Vaubrun, et il conserva ce commandement jusqu’à sa mort, servant sous l’autorité de Luxembourg en 1676 et de Créqui en 1677. En 1678, il fit le siège de Kell, qu’il emporta d’assaut, rasa les forts de l’Etoile et du Péage et fit brûler le pont du côté de Strasbourg. Il obtint, par provision du 6 octobre 1679, la charge de mestre de camp général de cavalerie, vacante par la mort de Balthazar de La Cardonnière : voir Pinard, iv.292-294 et Lettre 131, n.9. Nous n’avons pas pu identifier M. de La Brosse, partisan.

[15] Les Salenques, à une lieue et demie au sud-ouest du Carla, avaient été au siècle le lieu d’implantation d’un couvent de cisterciennes. Pendant les guerres de religion, celles-ci se réfugièrent à Montesquieu-Volvestre ; par la suite elles y demeurèrent ou s’établirent à Foix, où on les trouve au siècle. Les bâtiments conventuels désaffectés servaient de résidence à une famille de notables réformés (dont nous n’avons su déterminer avec certitude le patronyme) que fréquentait Joseph Bayle. Voir J. Lestrade, Les Huguenots dans le diocèse de Rieux. Documents inédits (Paris, Auch 1904), p.8, et ci-dessous la Lettre 134, n.20.

[16] Il s’agit des notables du Mas d’Azil, tels que les Baricave et les Bourdin, familles de pasteurs, ou des nobles locaux les plus prestigieux, tels que les d’ Usson et les d’ Amboix de Larbont.

[17] M. Du Cassé de Pradals écrivait des poèmes en occitan ; ceux que Joseph a communiqués à Pierre ne nous sont pas parvenus.

[18] Sedan avait eu autrefois un imprimeur de qualité, Jannon ; à cette date, l’imprimeur de l’académie s’appelait François Chayer. Les règlements concernant la librairie avaient considérablement affaibli les éditeurs des petites villes de province ; nous conjecturons que, selon un usage fréquent, l’imprimeur de Sedan tenait l’unique librairie de la ville.

[19] En fait, cet examen n’était qu’une formalité, la nomination de Basnage à Rouen étant pratiquement acquise depuis longtemps : voir Lettre 119, n.14.

[20] Ces lettres de Basnage à Jacob Bayle ont disparu. Pierre avait vivement souhaité, dès son séjour à Genève, que se créent des relations entre son frère Jacob et son nouvel ami, et il soupçonnait Jacob d’avoir jugé au-dessous de la dignité d’un pasteur d’entretenir une correspondance avec un simple proposant : voir Lettres 13, n.64, et 18, n.28.

[21] « mais soit dit en passant, sans insister ».

[22] Il s’agit encore de l’archiprêtre du Carla, « l’ abbe de R. », que Bayle a rencontré dans les rues de Paris et qui pourrait le dénoncer aux autorités : voir Lettre 108, p.275.

[23] Voir Lettre 114, p.298-299.

[24] Voir Lettre 116, n.17, et Lettre 120, n.21. La précision « ici » laisse conjecturer que c’est à Jurieu, plutôt qu’à Basnage, que Bayle avait emprunté l’argent nécessaire à payer le tailleur parisien auprès de qui Ribaute s’était porté caution.

[25] L’expression était proverbiale ; voir Horace, Epîtres , I.xvii, 30 : littéralement, « plus d’horreur que pour un chien ou une couleuvre » – au sens de « fuir comme la peste ».

[26] Le JS du 30 mars 1676 avait rendu compte du livre du Père Casimir de Toulouse, capucin : Atomi peripateticæ, sive tum veterum, tum recentiorum Atomistarum placita, ad neotericæ peripateticæ scholæ methodum redacta a P. Casimiro Tolosate Capucino (Biterris 1674, 12°, 4 vol.). L’ouvrage était posthume, car son auteur était mort, à 40 ans, en 1673 ou 1674 : voir Lexicon capucinum (Romæ 1951), col. 359.

[27] Le Père Vincent d’Orléans, lui aussi capucin, ne figure pas dans le Lexicon capucinum. Il est pourtant l’auteur de deux ouvrages de controverse, le premier publié à Poitiers en 1659, et le second intitulé La Religion chrestienne unique et necessaire, contre les indifferents et heretiques. partie (Paris 1666, 12°) : les permissions d’imprimer nous apprennent qu’il appartenait à la province de Touraine, mais elles sont signées d’autorités languedociennes et précisent qu’il était « prédicateur et missionnaire de l’Ordre ». Ces attestations, qui s’échelonnent d’avril à août 1662, suggèrent que le manuscrit avait été composé pour préparer une mission à Mazères, en septembre 1662, lors de la tenue du synode provincial des Eglises réformées de Haut Languedoc / Haute Guyenne. La date de ce synode est fournie par le manuscrit 189/2 de la SHPF : Copie du registre du consistoire de Mazères de 1658 à 1673, établie par O. de Grenier-Fajal, p.71. Il était devenu assez fréquent à cette date que des missionnaires catholiques choisissent l’occasion d’un synode provincial pour prêcher une mission dans la ville où il se tenait – et pour dresser de leur mieux la population catholique locale contre les protestants. Voir la gravure dans H. Dubief et J. Poujol (éd.), La France protestante. Histoire et lieux de mémoire (Paris 1992 ; 2 e éd. 1996), p.63.

[28] Voir Lettre 123, n.18.

[29] Voir Lettre 121, n.11.

[30] Voir Lettres 89, n.149, et 121, p.331.

[31] L’auteur est François Poullain de La Barre : voir Lettre 65, n.89, et le JS du 16 mars 1676.

[32] Sur la parution des ouvrages de la série ad usum Delphini, voir Lettre 117, n.16.

[33] Voir Lettre 117, n.17.

[34] Bayle commet une erreur : il s’agit de Nicolas Camus (1610-1677), P. Terentii, Carthaginiensis Afri, Comediæ sex Interpretatione et notis illustravit jussu […] Regis, in usum […] Delphini (Parisiis 1675, 4°).

[35] Originaire de Vallorbe, Daniel Crespin (1641-1716) suivit des études de philosophie et de théologie d’abord à Lausanne et ensuite à Genève. En 1670, fut publié à Saumur un ouvrage intitulé Réunion du christianisme, ou la manière de rejoindre tous les chrestiens sous une seule confession de foy (Saumur, 1670, 12°) d’ Isaac d’Huisseau, avec la collaboration de Jean Cappel, Tanneguy Le Fèvre et Daniel Crespin : c’est cette publication, sans doute, qui entraîna la même année la révocation de Crespin du poste de régent de 5 e qu’il occupait depuis 1663 à Saumur. Il collabora ensuite à Paris aux éditions ad usum Delphini. C’est dans ce cadre qu’il publia l’ouvrage dont il est ici question, C. Crispi Sallustii quæ extant, in usum Delphini. Recensuit et notulas addidit Daniel Crispinus (Parisiis 1674, 4°) et qu’en 1689 fut publiée à Lyon son édition d’ Ovide (l’ Epistola ad Delphinum dans ce dernier ouvrage est datée de Lausanne, septembre 1685). Voir Bossuet, Correspondance, i.816, lettre 94 du 16 avril 1674, et L’Antiquité au miroir du Grand Siècle : la Collection Ad usum Delphini dir. C. Volpilhac-Auger (Grenoble 2000).

[36] L’éditeur est le Père Charles de La Rue, S.J., Publii Virgilii Maronis Opera, interpretatione et notis illustravit Carolus Ruæus […] jussu […] Regis, ad usum […] Delphini (Parisiis 1675, 4°). Voir le JS du 30 mars 1676.

[37] Voir Lettre 123, n.22.

[38] Gilbert de Choiseul Du Plessis-Praslin (1613-1689), ami de Port-Royal, évêque de Comminges entre 1644 et 1669, ensuite évêque de Tournai, publia les mémoires de son frère, le maréchal César Du Plessis-Praslin, sous le titre Mémoires de divers emplois et actions du mareschal Du Plessis (Paris 1676, 4°).

[39] Bénédict-Louis de Pontis (1578-1670) quitta l’armée, après une longue carrière militaire, en 1648 ; après la mort de son ami François Le Charron d’Epinay de Saint-Ange, il se retira à Port-Royal des Champs, où il devait vivre en « solitaire ». En 1657 et 1658, il se lia d’amitié avec Pierre Thomas Du Fossé qui rédigea d’après ses récits les Mémoires du sieur de Pontis, contenant plusieurs circonstances des guerres et du gouvernement sous les règnes des roys Henry IV, Louys XIII et Louys XIV (Rouen, Paris 1676, 12°, 2 vol.) ; voir l’édition critique établie par A. Villard (Paris 2000).

[40] Georges Guillet de Saint-Georges publia plusieurs de ses ouvrages sous le nom de sieur de La Guilletière ; il s’agissait de son frère, au nom duquel furent accordés les Privilèges. Voir Lettre 121, n.13.

[41] Voir précédemment déjà (Lettre 120, p.327) les conseils de discrétion donnés par Bayle, d’abord indirectement, à son cadet.

[42] « par dessus tout ».

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 118197

Institut Cl. Logeon