Lettre 128 : Pierre Bayle à Joseph Bayle

le 12 sept[embre] 1676

Suitte de reponse aux lettres de m[on] f[rere] J[oseph] [1]

De peur que vous ne vous plaigniez de l’imperfection de mes reponses je m’en vas* relire votre lettre pour ramasser tout ce qui m’echappa la p[remi]ere fois, et vous en dire mon sentiment, à cette heure que je me trouve moins occupé que je ne le serai une autre jour [2], car il faut que pendant les vacances, je compose beaucoup de ma physique [3] si je veux me tirer bien d’affaire, et par consequent point de vacances pour moi.

Je commence par votre lettre du 23 aout 1675[.] Vous m’y parlez de vos etudes, et de votre attachement au grec et au latin. Il importe que vous y fassiez des progrés, parce qu’il n’est rien qui fasse mieux trouver des conditions*, ni qui releve davantage les dons naturels de l’esprit. Il y a 2 ou 3 mois que Mr Tronchin celebre prof[esseur] en theol[ogie] à Geneve me pria de lui indiquer un habile homme qui fut propre à enseigner, et qui voulut epargner sa pension ; qu’il le recevroit chez lui pour lui donner à instruire un fils unique qu’il a d’environ 12 à 13 ans [4]. Il me fit comprendre qu’il n’y avoit rien à faire à moins que ce fut un homme tres capable et qui eut beaucoup de talent p[ou]r conduire de jeunes esprits. Si vous eussiez fait votre philosophie je vous aurois indiqué, et je m’asseure qu’il m’auroit pris au mot, mais je ne vis point d’apparence* apres ce qu’il m’avoit dit, et ce que je savois de la capacité du proposant* qu’il a deja eu ches luy [5], de luy proposer un jeune ho[mm]e qui n’a veu aucune academie. Mais cela me fait esperer que d’autres conditions* se presenteront en tems et lieu[.] Preparez vous donc à vous munir d’humanitez, et à savoir bien ce que vous etudierez, [c]ar sans cela on ne peut pas l’enseigner aux autres, et comme je vous le marquois dernierement faites votre philosophie d’une facon ou d’autre ces 2 années prochaines. C’est p[ou]r [l]’avoir achevée à 22 ans, un an plutot que moi, pendant cela je chercherai une condition ou à Paris ou à Geneve. Surmontez la difficulté que vous trouvez à composer, car il y a mille occasions où de pouvoir faire des dissertations, des amplifications, et des lettres en la[t]in, fait passer sans autre preuve pour un oracle. Il n’y a que l’e[x]ercice accompagné de beaucoup de lecture de bons autheurs, et de bons / recueil de phrases qui puisse vaincre la sterilité de la composition. Quant à l’ Introduction de la philosophie de Mr de Launay [6], je ne trouve pas que cela puisse vous servir de grand’chose, Les gens comme vous doivent faire leur philosophie scholastique, et apres cela ils deviennent philosophes comme ils croyent bon etre ; gassendistes, cartesiens, pyrrhoniens, peripateticiens. Les methodes des modernes ne servent qu’à ceux qui ont deja veu le loup*, c’est à dire qui ont deja compris la philosophie commune… Vous me parlez du mariage de Mr de Vervins [7] comme d’une chose faitte, j’ai peine d’accorder cela avec ce que vous me dittes dans votre autre lettre de l’absence de Mr le gouverneur [8]. Je n’ai point peu me remettre le baron d’Aliat, ni feu Beaubenargues, mais l’homme qui en fait les recits me fait rire de memoire [9]. Pleut à Dieu* avoir de tems en tems le regal de ses boutades* et de ses brusqueries. Je n’ay point leu le cours de Mr de Mellez [10] qui est tres bon à ce qu’on m’a dit, et je vous le souhaitterois. Je croi qu’il ne regente plus la philosophie, si c’est à cause de son grand age, ou de sa mort, c’est ce que je ne puis vous asseurer pour le coup*. Il enseignoit au college du Plessis.

Par le commencem[en]t de votre lettre du 30 aout, je voi la peine où vous avez eté ne voyant pas les premieres pages du journal [11]. Il faut savoir que l’autheur commencea sur la fin de decembre et debuta sans preface : Je laissai son premier journal parce qu’il ne contenoit presque autre chose que l’extrait de la traduction de Vitruve par Mr Perrault [12], où vous n’auriez veu que des termes et des figures d’architecture J’aurois eté bien aise de faire connoissance avec Mr de Bonpas [13], mais comme je suis toujours persecuté par des contre-tems facheux*, c’est justement quand il e[st] venu à Paris, q[ue] j’en suis sorti. Je n’entends point votre « Agnet de Delmé » [14][.]

Je viens à votre lettre du 20 avril 1676. J’ay eté bien aise d’apprendre l’etat de vos guerriers, mais apprenez moi qui etoit ce Pondéü qui avoit tué C. D. S. [15] et comment il fit ce coup. Je me souviens fort bien de celuy que vous nommez Teteïo [16], et louë D[ieu] de ce que vous m’en apprenez. En parcourant ce qui suit dans votre lettre, je remarque une chose dont vous voulez bien que je vous advertisse ; c’est une chose que moi meme je n’observe pas toujours, et au dessus de laquelle plusieurs habilles gens se mettent, neantmoins je ne croi / pas que vous la deviez negliger, c’est la bonne et correcte ortographe, q[ui] ne consiste pas seulement à ecrire les mots avec les lettres requises, mais aussi à prendre des lettres capitales ; selon que les noms sont propres, ou appellatifs etc[.] Ainsi je ne voudrois pas ecrire comme vous avés fait, le marquis de reniez, mais le marquis de Reniez [17] ; je ne voudrois pas ecrire • qu’oi que avec apostrophe. Pour cette facon de parler, je n’y avois plus eté, parlant des Salenques, elle est fort en usage dans le pays*, mais elle ne vaut rien [18]. Je voudrois de bon cœur avoir eté averti de tous les gasconismes, car je me serois observé pour n’en pas contracter l’habitude, au lieu que ne m’en defiant pas, je croiois bien faire que de les bien mettre en usage. Asture* est un mot qui ne se doit pas ecrire, et dans le discours familier on doit à tout le moins prononcer ast’heure. Les Gascons doivent eviter sur tout 2 mechantes prononciations, pour lesquelles ils sont toujours tournez en ridicule dans les comedies [19], et qui rendent les predicateurs desagreables, c’est celle d’u pour eu, et de l’e muette pour l’e fermée, car nous prononcons le feu, comme s’il y avoit lé fu. Pour celle de l’u pour le b qui est horrible[ ;] les gens d’etude n’y sont pas si sujets…

J’ai remarqué dans le denombrem[en]t de vos dames des S. [20] que vous ne parlez pas de celle qui faisoit tant de fracas du tems de Mr Malide, sans doutte qu’elle est allée briller sur un autre horizon, ayant fait son tems dans le cloitre, je veux dire qu’elle s’est retirée chez ses parens. Je ne comprens pas qu’on vous en puisse assez faire accroire dans le voisinage pour vous persuader que l’armée de Mr de Navailles ait eté de 20 m[ille] ho[mm]es effectifs. Nous à qui ces nouvelles viennent de loin nous n’avons jamais pensé qu’elle fut seulement de 10 m[ille] hommes, et si elle avoit eté aussi forte qu’on vous l’a dit, je plaindrois fort Mr de Navailles de n’avoir pas conquis une partie de la Catalogne…

J’admire de plus en plus le genie de l’incomparable Mr de P. [21] et le tour inimitable de ses vers gascons, si bien que quand j’ay dit des poetes que vous m’avez fait voir, qu’ils avoient plus d’esprit que de methode [22], ( Ennius ingenio maximus arte rudis, disoit Ovide [23]) emunctæ naris durus componere versus comme disoit Horace de Lucilius Saty[rarum] 4. l l [24] je n’ay pas pretendu l’enfermer dans cette classe. J’ay remarqué qu’il fait rimer fé avec ré, j’ay veu de pareilles rimes dans le Virgile travesti de Scarron [25], et ainsi il y a apparence* qu’elles sont bonnes en / • toute rigueur. • Il n’est rien de mieux rencontré que ce vers

Apres abé begut joun troubabo el mateigs [26]
ni qui soit plus conforme au naturel. J’aurois souhaitté de voir la rime de jou fasio miulaisgats [27] qui est une expression ravissante dans ce lieu là. Je suis faché* que vous n’ayez pas tiré des avantages plus grands de votre sejour à Saverd[un] en voyant le savant et incomparable Mr R[ivals] [28] qui vous auroit appris tant de choses. Asseurez le je vous en prie de mes tres humbles respects.
Ce que vous me dittes de Mr de Castagnac [29] me fait vous demander qui est un certain Mr de Durban qui etoit brigadier la campagne derniere en Catalogne ; je ne croi pas que ce soit celui que nous connoissons [30], car je ne voi pas que nos voisins grands seigneurs [31] se poussent* fort ; ce qui est fort etrange puis qu’on n’y manque pas de cœur.

Au reste, comment entendez* vous qu’on tiendra un synode à Caussade cette année ? Votre province sera donc la seule qui en tiendra, car depuis l’arret du Conseil qui exclut de ces assemblées les ministres des fiefs, on est resolu de ne demander point de synode, qu’on n’ait auparavant fait une tentative pour modifier cette deffense et il y a peu d’apparence* de l’obtenir, car nos affaires empirent de jour en jour dans l’esprit des ministres d’Etat [32]. Je souhaitte que n[otre] c[her] f[rere] rencontre un poste selon son merite où il ait plus de satisfaction et de commoditez* … [33] La description que vous me faittes de votre embarras me fait une compassion extreme, je voudrois y remedier, mais je ne sai comment. Vous comprendrez par ce que je vous marque dans ma precedente*, si cela m’est possible [34]. Qu’avec joye j’emploirois tous mes soins et toutes mes peines pour vous montrer quelqüe chose du peu que je saï, qui n’est presque rien, mais enfin de ce presque rien ! ne vous rebuttez pas ; Le bon Dieu sait pourquoi il fait toutes choses [35]. Cette couronne et cette eclypse dont vous me parlés demandent du tems pour vous en entretenir pertinemment. Ainsi à une autrefois [36]. Les echoliers dont vous me demandez des nouvelles sont presque tous entre 16 et 18 ans, Il y en a un ou deux qui promettent quelque chose. Vous pourrez voir un jour les theses qu’ils vont • soutenir. Puis que Mr Dusson a tout le Journal des sav[ans] il seroit inutile de vous en parler. Vous le verrez vous meme. Je vous ay deja dit que vous devez desabuser votre ami de l’envie qu’il a des tragedies que vous demandez [37]. Il vaut mieux qu’il attende [q]u’on les ait contrefaittes en province, Elles couteroient d’achat et de port beaucoup plus qu’elles ne [v]alent. Tout à vous m[on] t[res] c[her] f[rere] • / 

[Voici] une espece d’appendix où je previendrai les douttes qui pourroient naitre dans votre esprit au sujet des theses ; car enfin direz vous, n’est ce pas l’ordre de soutenir avant le mois de septem[bre][.] On l’auroit fait aussi* ; mais il est survenu plusieurs affaires qui ont reculé et reculent encore cette ceremonie. Quoi qu’il en soit je ferai partir au premier jour par le messager un paquet où vous verrez les theses que les physiciens ont soutenues, celles des logiciens, d’autres en theologie qui ont eté composées par l’excellent Mr Jurieu [38], à quoi je joindrai son traitté de la necessité du bapteme contre lequel plusieurs ministres se sont recriez [39], son beau Traitté de la devotion [40], un sermon d’un ministre de Metz, fort de mes amis nommé Mr Ancillon [41], etc[.] J’y auroi[s] joint une Decade de sermons de feu Mr de Beaulieu, qu’on vien[t] de faire imprimer icy, mais je suis persuadé que cela ne repon[d] pas à la juste reputa[ti]on que ce grand homme s’est acquise par ses theses, dont on a fait une edition à Londres in fol[io] [42][.] Ainsi vou[s] ne perdrez pas beaucoup en ne recevant pas ces sermons là. S’il y a par deça* quelque autre chose je pourrai bien l’y joindre.

Je voudrois bien savoir ce qu’est devenu un savant minime de Thou[louze] nommé le P[ere] Maignan. J’ay pensé* acheter son Cours de philosophie [43] une fois ches Camusat au Palais [44], qui etoit rangé parmi des livres de rebut* à peu pres comme le Spanheim [45] que n[otre] c[her] f[rere] y acheta pour un ecu. Je l’aurois eu à fort bon marché. Il fau[t] que je prie m[on] f[rere] ou m[on] p[ere] lors qu’ils iront à Thoulouze, ou que quelqu’un de leurs amis y ira de voir ce que couteroient les œuvres du P[ere] Maignan, et d’acheter pour moi à tout le moins celles qui appartiennent à la philosophie. On les envoiroit par le messager au s[ieu]r C[arla] qui en suitte me les feroit tenir, et moi au reciproque* je pourrois vous faire achetter d’autres livres à Paris quand vous en souhaitteriez. Mr Basnage vient d’etre receu ministre dans un colloque tenu à Roüen, et il recevra bien tot l’imposition des mains [46]. Mr Le Moine à qui il succede, est cepend[an]t à Leyde, où il a deja fait son oratio inauguralis, de Christo mediatore  [47] avec grand’ applaudissement. Je n’ay aucune reponse de Mr Gaillard à qui j’ay ecrit depuis q[ue] je suis icy. [48]

Notes :

[1] Pierre poursuit ici sa réponse (commencée par la Lettre 126) au « fort gros paquet » de lettres de Joseph qu’il a reçu le 24 août 1676 (voir Lettre 125, p.347).

[2] Lapsus calami : Bayle semble avoir voulu écrire d’abord « une autre fois », puis, s’apercevant qu’il venait d’utiliser ce mot, il lui a substitué « jour » en oubliant de mettre au masculin l’article indéfini.

[3] Autrement dit, de son cours pour l’année scolaire 1676-1677.

[4] L’élève désigné est Antoine Tronchin (1664-1730) qui sera syndic deux fois en 1723 et 1727. En réalité il n’était pas le seul fils de Louis Tronchin, puisque, en plus de deux sœurs, Michée et Sara, il avait un frère cadet, Jean, né en 1672. La lettre de Louis Tronchin à laquelle Bayle fait allusion ne nous est pas parvenue.

[5] Il pourrait s’agir de Jeremias Sterky (1651- ?), proposant d’origine bernoise, né à Yverdon, qui suivit les cours de théologie à l’académie de Genève entre 1673 et 1676. Il sera par la suite professeur à Lausanne et prédicateur de la Cour de Prusse à Frankenberg et à Berlin. On peut rapprocher son nom de celui de Tronchin en raison du fait qu’il est l’un des auditeurs qui ont assisté au cours privé donné par Tronchin sur la Theologia sacra de Wendelin et qui en ont rédigé les notes. Voir Stelling-Michaud, v.622. Nous devons ces renseignements au Professeur Olivier Fatio, que nous remercions vivement.

[6] Sur cet ouvrage, voir Lettre 101, n.31.

[7] Voir Lettre 78, n.25, sur les difficultés de l’identification du personnage de ce nom. Il pourrait s’agir ici du fils de Louis de Comminges, qui d’ailleurs demeura célibataire et dont Saint-Simon (xii.496) relate la conduite excentrique.

[8] En 1676, le gouverneur du Pays de Foix était Jean-Roger II, marquis de Foix, au reste suspendu de cette charge depuis l’année précédente, mais qui n’en démissionna qu’en 1678 : voir Lettre 37, n.15. Si la présence du marquis de Foix au mariage de M. de Vervins semblait nécessaire à Bayle, c’est probablement à cause de ses liens de parenté avec le futur marié, que nous n’avons su élucider. D’ailleurs, Joseph Bayle se borne à relater des bruits qui courent autour de lui, et leur bien-fondé est évidemment douteux.

[9] Nous ne pouvons identifier ces personnages. D’après les remarques de Pierre plus loin dans cette même lettre sur la confusion du v et du b par les Gascons, on peut conjecturer qu’il s’agit ici d’un membre de la famille Vauvenargues.

[10] Etienne de Melles, Novum totius philosophiæ syntagma in IV partes distributum (Parisiis 1669, 12°, 5 tomes en 3 vol.).

[11] C’est-à-dire, apparemment, des fascicules du JS de 1675, que Bayle avait envoyés à son frère, avec la Lettre 98 (voir p.201 et n.9).

[12] Voir le JS du 17 décembre 1674, la récension de la traduction de Claude Perrault, Les Dix livres d’architecture de Vitruve, corrigez et traduits nouvellement en françois, avec des notes et des figures (Paris 1673, folio).

[13] Nous ne savons pas de qui il s’agit ici.

[14] « Agnat de delmé » en occitan signifie « aigre d’esprit » ou « aigre de goût », selon le contexte, que nous ignorons. Nous devons cette traduction à l’obligeance de M. Robert Pons de Bordes-sur-Arize.

[15] On peut conjecturer, en se fondant sur la lettre du 16 juillet 1678, plus explicite, qu’il s’agit ici du chevalier de Pondieu – Joseph Bayle écrivait Pondeü – qui aurait tué, sans doute en duel, un Comminges.

[16] Il est impossible d’identifier ce personnage.

[17] Joseph Bayle désignait ainsi un homme qui avait été commissaire du roi au synode provincial de Saint-Antonin en septembre 1672 et qui appartenait à une des familles réformées les plus connues de Montauban, Etienne II de Seguin de La Tour-Bucely, marquis de Reyniès. On trouve ce nom sous quantité d’autres orthographes : Regniès, Reiniez, Reiniers, Reniez, etc. Etienne II allait abjurer solennellement en août 1685, à Montauban, en compagnie de Jean de Bar, baron de Villemade, en incitant avec succès nombre de notables de la ville à les imiter.

[18] Cette expression « je n’y avais plus été » pour « je n’y étais plus allé » ne nous paraît plus incorrecte aujourd’hui.

[19] Dans plusieurs comédies de Molière les Gascons jouent un rôle ridicule ; voir en particulier Monsieur de Pourceaugnac, acte II, scène 7 ; Les Fourberies de Scapin, acte III, scène 2.

[20] Nous supposons que cette majuscule désigne les Salenques, mais ce n’est qu’une conjecture. Ici, le terme désignerait l’ancien couvent : voir Lettre 126, n.15.

[21] Ce « P. » désigne probablement Du Cassé de Pradals : voir Lettre 126, n.17.

[22] Nous n’avons pas retrouvé ce passage dans les lettres antérieures de Bayle à son frère cadet que nous connaissons, ce qui laisse penser que toutes ne nous sont pas parvenues.

[23] Voir Ovide, Tristes, ii.424 : « Ennius, remarquable par son intelligence, mais d’un art sans raffinement ».

[24] Voir Horace, Satires, I.iv.8 : « esprit fin, mais versificateur raboteux ».

[25] Paul Scarron, Virgile travesti (Paris 1648, 4° ; éd. J. Serroy, Paris 1988). Bayle pense peut-être aux rimes suivantes : Ryphée / d’épée (livre ii, vers 1791-92) ; d’Æe / fée (iii.1335-36) ; corvée / escourgée (iv.1315-16) ; voie / charroie (iv.1831-32).

[26] « Après abé bégut joun troubabo el mateigs » en occitan signifie : « après avoir bu, je me trouvais le même ». Nous devons cette traduction à l’obligeance de M. Robert Pons de Bordes-sur-Arize.

[27] « Jou fasui miular gats » en occitan signifie : « je faisais miauler les chats ». Nous remercions encore M. Robert Pons de Bordes-sur-Arize, qui nous a fourni cette traduction.

[28] Bayle se souvient du séjour de plusieurs mois qu’il avait fait pendant l’été 1668 chez son oncle Bayze, à Saverdun, et du profit qu’il avait tiré de la conversation lettrée et de la bonne bibliothèque du grand ami de son père, le pasteur Laurent Rivals. Mais Joseph Bayle n’avait rien des penchants studieux de Pierre…

[29] Nous n’avons pas pu identifier M. de Castagnac.

[30] Bayle doute qu’il s’agisse de M. d’Urban (ou Durban), seigneur de Castelnau-Durban, situé entre la Bastide-de-Serou et Saint-Giron : voir sa lettre à Joseph du 16 juillet 1678. François de Fortia d’Urban servit dans le régiment de la Marine à partir de 1652 et passa avec sa compagnie dans le régiment Dauphin infanterie lors de sa création le 15 juin 1667. Lieutenant-colonel du régiment de Vermandois par commission du 8 juin 1671, il commanda ce régiment à tous les sièges de la campagne de 1672 en Hollande, au siège de Maastricht en 1673 et à la bataille de Seneffe en 1674. Brigadier par brevet du 12 mars 1675, il fut chargé de la défense des places vulnérables en Roussillon. Le octobre 1676, il fut nommé visiteur de l’infanterie dans les généralités de Bordeaux, de Montauban et dans le Pays de Foix. Il devait servir encore en Roussillon pendant la campagne de 1677 et au siège de Puicerda en 1678. Ayant obtenu le gouvernement du Mont-Louis par provisions du 25 mai 1679, il devait y résider jusqu’à sa mort en février 1701. Voir Pinard, Chronologie historique militaire, viii.21-22.

[31] L’expression de Bayle est si imprécise qu’on ne peut guère que proposer des conjectures fragiles sur son sens : rien ne prouve qu’il ne vise pas ici la grande noblesse catholique du Pays de Foix. Si « voisins » est pris au sens étroit, il s’agirait des d’ Usson, qui étaient encore réformés à cette date. François d’Usson, mort en 1667, avait laissé quatre fils qui finirent tous par abjurer : Salomon, l’aîné, était marquis de Bonac ; le second, François, sieur de Bonrepos, suivit une carrière honorable dans la marine, où il finit chef d’escadre, puis entra dans la diplomatie où il occupa des postes assez importants ; il abjura entre 1678 et 1685 et mourut célibataire en 1719. Le troisième, Tristan, sieur de La Quère, lui aussi marin initialement, se fit cénobite, ce qui atteste la sincérité d’une abjuration dont on ignore la date ; le dernier, Jean, marquis de Bezac, s’éleva dans l’armée au grade de lieutenant général puis entra dans la diplomatie. Leur sœur, qui avait épousé le sieur de Saintenac, resta réformée et se réfugia en Suisse. Si c’est aux fils d’Usson que Bayle pense ici, on voit qu’il se trompait, car ils firent des carrières assez brillantes après leur abjuration.

[32] Sur la question des ministres de fief, voir Lettre 123, n.3. A Sedan, et pour cause (voir Lettre 125, n.5, et 133, n.5), les réformés furent plus vite conscients que les Méridionaux de l’hostilité ouverte de la Cour à l’encontre de la R.P.R.

[33] Sur les ambitions des frères cadets de Jacob Bayle concernant la carrière de leur aîné, voir Lettre 72, n.20-21, et Lettre 114, n.11.

[34] Voir Lettre 126, p.352.

[35] Il faut peut-être voir ici une glose de Rom 8,27-28 : « Toutes choses concourent ensemble en bien à ceux qui aiment Dieu. »

[36] Bayle ne revient pas sur cette question dans les lettres qui nous sont parvenues.

[37] Voir Lettre 126, n.4, 5, 6, 8. La « tragédie en musique » tirait son origine des efforts des humanistes italiens pour recréer l’esprit de la tragédie grecque. Les tragédies de Quinault, cependant, se distinguaient moins par leur qualité tragique que par leur lyrisme. Lully s’efforçait de suivre de près les rythmes de la langue française. Il ne s’attachait pas à marquer une distinction entre aria et récitatif, la tragédie en musique devant être d’une musicalité continue.

[38] Ces thèses « composées » par Jurieu sont celles qu’il a rédigées et qui ont été soutenues par ses élèves sous sa présidence. Comme il apparaîtra à la lettre 131 (n.3), il s’agit ici des thèses soutenues par Isaac Pérou à Sedan en août 1676, intitulée Theses theologicæ. De Triplici fato christiano, in quibus explicatur concordia necessitatis & libertatis, vindicatur Dei sanctitas, simul & refutatur atrox calomnia in reformationes authores, praesertim in Calvinum conjecta quasi qui faciant Deum authorem peccati, Pars prima [- tertia] (Sedani 1676, 4°), dont l’unique exemplaire connu se trouve à la Bibliothèque municipale de Metz, cote M 114, pièce 8. Cette thèse est la seule de celles présidées par Jurieu à nous être parvenue. Voir E. Kappler, Bibliographie de Jurieu, section 67, art. IV.

[39] Voir Lettre 106, n.6, et 113, n.8.

[40] Pierre Jurieu, Traité de la dévotion (Rouen 1674, 12°) : voir Lettre 113, n.8.

[41] David Ancillon (1617-1692), Les Larmes de saint Paul (Charenton 1676, 12°) : ce sermon, prononcé un jour de jeûne, porta sur Ph 3,18-19. David Ancillon était fort lié avec Daillé et grand amateur de livres. Metz n’est pas très éloigné de Sedan, et les deux communautés réformées avaient ceci de commun qu’elles ne se trouvaient pas sous le régime de l’Edit de Nantes, l’annexion au royaume de leurs territoires respectifs ayant été postérieure à la promulgation de celui-ci, ce qui alimentait l’espoir – qui se révéla vain – qu’elles pourraient échapper aux mesures incessantes de restriction des privilèges de la R.P.R.

[42] Louis Le Blanc de Beaulieu, Décade de sermons sur divers textes (Sedan 1676, 8°) ; voir Lettre 113, n.10. Sur les thèses, voir Lettre 67, n.5.

[43] Le Père Maignan, Cursus philosophicus, concinnatus ex notissimis cuique principiis, ac præsertim quoad res physicas instauratus ex lege naturæ, sensatis experimentis passim comprobata (Tolosæ 1653, 8°, 4 vol., et Lugduni 1673, folio), et Philosophia sacra, sive entis tum supernaturalis tum increati (Tolosæ 1661, folio ; Parisiis 1661, folio, et Lugduni 1672, folio) : voir Lettre 107, n.26.

[44] Camusat était un des libraires de Toulouse. Voir M. Caillet, L’Œuvre des imprimeurs toulousains aux et siècles (Toulouse 1963). Comme à Paris, beaucoup de libraires se regroupaient autour du Palais de Justice.

[45] Il s’agit probablement d’un ouvrage de Frédéric Spanheim le père.

[46] Sur l’imposition des mains, voir Lettre 115, n.11.

[47] Etienne Le Moine, Oratio inauguralis de Jesu vero Messia (Lugduni Batavorum 1677, 4°). Bayle en parle par ouï-dire, d’où l’inexactitude du titre qu’il mentionne de cette publication qui n’avait pas encore eu lieu.

[48] Le pasteur Jaques Gaillard était professeur à Leyde et recteur du collège wallon de la ville (voir Lettre 13, n.23). Ce Montalbanais connaissait les Bayle et il apparaît clairement ici qu’une fois établi à Sedan, Pierre n’avait pas manqué d’avertir Gaillard d’une promotion sociale dont des raisons de prudence l’incitaient à ne pas faire trop d’état auprès de ses relations en France même. La lettre de Bayle à Gaillard ne nous est pas parvenue. Sur Gaillard, voir G.H.M. Posthumus Meyjes, « Les années de Jaques Gaillard aux Pays-Bas et son sermon L’Echole saincte des femmes (1667) », in De l’Humanisme aux Lumières. Pierre Bayle et le protestantisme. Mélanges en l’honneur d’Elisabeth Labrousse, éd. M. Magdelaine, A. McKenna, M.-C. Pitassi, R. Whelan (Oxford, Paris 1995), p.157-168, et P. Dibon, Regards sur la Hollande du siècle d’or (Napoli 1990), p.49-50.

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