Lettre 1313 : Pierre Bayle à Jean Cailloué

[Rotterdam, le 8 octobre 1697]

Monsieur,

J’ai recu le paquet que vous aviez recommandé à Monsieur de La Treille [1], et ai mis à la poste votre lettre pour Picardie. Je voudrois vous marquer en d’autres choses mon inclination à vous rendre mes services.

Aiez la bonté je vous prie de faire tenir l’incluse [2], et de me dire sincerement s’il est vrai comme Mr Jurieu vient de le publier dans quelques extraits de lettres [3] que Mr l’archeveque de Cantorberi [4], Mr l’éveque de Londres [5] et quelques autres vous ont renvoié l’exemplaire de mon Diction[n]aire qu’ils avoient eu dessein d’acheter.Vous pouvez là dessus me dire tout ce qui en est, et ne pas craindre que je me soucie de cela car il ne s’ensuit pas qu’un livre soit mauvais dans son espece de ce qu’un prelat grave et pieux ne veut pas le lire, ni le garder. Il n’y a point d’homme d’Eglise qui ne dut se faire un scrupule d’avoir dans sa bibliotheque un roman ou une comedie. Cependant combien y a t’il d’excellen[t]s romans et de belles comedies.

Je suis Monsieur votre tres humble et obeissant serviteur Bayle

à Rott[erdam] le 8 d’oct[obre] 1697

 

Monsieur / Monsieur Cailloüé / Marchand libraire / A Londres

Notes :

[1] Sur Jacques Colas de La Treille, ancien étudiant de Saumur, réfugié à Utrecht, voir Lettre 1270, n.11. C’est probablement ce pasteur qui sert d’intermédiaire pour l’envoi de Cailloué, mais il est possible aussi qu’il s’agisse de René de La Treille, qui venait d’obtenir un passeport pour accompagner les deux fils de Lord Bellomont aux Provinces-Unies : voir Lettre 1335, n.2.

[2] Aucune lettre datée de cette époque et adressée par Bayle à un correspondant en Angleterre ne nous est parvenue : le destinataire reste donc inconnu.

[3] Pierre Jurieu (éd.), Jugement du public et particulièrement de M. l’abbé Renaudot, sur le « Dictionnaire critique » du sieur Bayle (Rotterdam 1697, 4°) : voir le texte en annexe de notre tome X.

[4] Thomas Tenison (1636-1715) avait succédé à John Tillotson (1630-1694) comme archevêque de Cantorbéry le 6 décembre 1694. Après des études au collège de Corpus Christi à Cambridge, il y devint fellow avant de prendre les ordres ecclésiastiques en 1659. Entre 1680 et 1691, il fut recteur de l’église de Saint-Martin’s-in-the-Fields. Il avait été informé de la préparation de la « Glorieuse Révolution » et fut rapidement promu par la suite, évêque de Lincoln en 1691, archevêque de Cantorbéry en 1694. Il était de conviction latitudinaire et maintenait une attitude de grande souplesse à l’égard des dissenters, conformément à la volonté de Guillaume III. Voir E. Carpenter, Thomas Tenison, archbishop of Canterbury (London 1948).

[5] Henry Compton (1632-1713) était évêque de Londres depuis 1675. Il s’était opposé fortement aux mesures de Jacques II en faveur des catholiques et, après avoir été en contact avec l’agent orangiste Dykveld en 1687, il fut le seul ecclésiastique à signer l’invitation à Guillaume III d’Orange. C’est Compton qui couronna ensuite Guillaume et Marie Stuart en avril 1689. Voir E. Carpenter, The Protestant Bishop : the life of Henry Compton (London 1956).

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