Lettre 133 : Pierre Bayle à Jacob Bayle

[Sedan, le 16 novembre 1676]
M[onsieur] e[t] t[res] c[her] f[rere],

Votre lettre du 28 du passé* [1] m’a rempli d’une joye et d’une consolation extraordinaire, et comme on recoit avec beaucoup de facili[té l]es excuses des gens qu’on ayme, je n’ay eu aucune peine à vous justifier, et j’ay seulement eu beaucoup de chagrin de ce que vous aviez tant de raisons à m’alleguer, et de ce que ces raisons etoient si fortes et si invincibles. Je vous dirai que la somme que je vous avois demandée m’etoit necessaire pour plusieurs raisons, neantmoins je me suis creu plus malheureux de l’intermission de vos lettres, que de la privation de la dite somme, et vous m’auriez tres sensiblement* obligé de me dire sans façon que vous ne pouviez pas satisfaire à mon attente et apres cela de continuer à m’ecrire comme auparavant [2]. Mais ce qui est fait, est fait. J’admire* la constance de notre destinée à vouloir que nous soyons incommodez* ; vous savez par combien de figures* j’ay eté obligé de passer, sans en trouver aucune de commode, et je ne vous ai pas laissé ignorer que celle que je fais presentement a les plus mechans cotez du monde [3]. Si vous en otez le titre qui a quelque chose de specieux, et une certaine esperance de durée, qui n’est pas sans charmes pour des gens lassez de vivre au jour la journée ; le reste se reduira à des incommoditez* tres reelles, beaucoup de peine, et peu de profit. Ce que vous m’apprennez de vos affaires, ne me donne pas une idée plus favorable de votre condition ; ainsi nous pouvons conclurre que notre etoile n’est pas celle des richesses, et conter là dessus. Ce qui m’en fache c’est le chagrin que je me figure que cela fait à n[otre] t[res] b[on] e[t] t[res] h[onoré] p[ere] car il se trouve qu’apres les depenses qu’il a faittes pour ses enfans, et qui l’ont incommodé*, ses enfans ne sont pas en etat de remedier à ses incommoditez*.

Je l’ay deja ecrit, et je le repete encore, je me chargerois tres volontiers de n[otre] J[oseph] et je l’exhorterois à venir etudier sa philosophie icy, sans les difficultez que je trouve à subsister moi meme dans les commencemens [4]. C’est une petite ville située dans un pays infertile, où il ne croit ni blé ni vin, tout y vient du dehors. Avec tout cela l’industrie* des habitans et le commerce l’ont rendue riche : et voila deux grandes raisons pourquoi tout y est cher. Les artisans y estiment beaucoup leur peine, et dedaignent de faire quelque chose si petite qu’elle soit, sans etre bien et largement payez : pour couper court il est plus fa[c]ile de s’entretenir* à Paris qu’icy. Mais remarquez le caprice de la fortune. Dans une ville où tout est cher ; la peine d’un chacun est à proportion bien recompensée, cependant nos charges n’ont que tres peu d’appointement, parce qu’on nous a enlevé par l’authorité du Roy la moitié des fonds, que les fondateurs de cette academie luy avoient attribuez [5]. Jugez un peu si des gages mediocres peuvent mener bien loin une personne qui a à vivre parmi des gens accommodez* et en possession* depuis long tems de le porter* sur le bon pied* chacun selon sa condition. La pension où je suis est des plus modiques [6], cependant je donne cent ecus par an ; j’ay trouvé quelque petite douceur pour le blanchissage et chauffage, qui monte pour les autres à des 10 et 12 ecus par an. Ce qu’il faut pour se tenir equippé d[e li]nge, de souliers, chappeaux, bas etc est pour le moins ce qu’on donne pour la pension [à] / Puylaurens : ce qu’etant consideré mon avis est qu’il face sa philosofie incessamment dans le pays du bon marché, et qu’il se munisse de tout ce q[ui] e[st] necessaire pour faire un bon precepteur, (la politesse n’y est pas inutile) et je ferai en sorte de luy trouver une condition* ou à Geneve ou à Paris pendant qu’il fera son cours [7]. Je ne voi point de milieu à cela, et un plus long retardement rendra ses etudes inutiles. Cependant je ne laisse* pas d’entrevoir malgré la distance de 200 lieües et plus, que les sommes qu’il convient fournir pour la pension de Puylaurens, vous seront tres difficiles, voire impossibles à trouver [8], veu l’obstination acharnée que l’on temoigne de fouler* la comté par des quartiers* d’hyver continuels, et en particulier votre malheureuse Ithaqu[e] [9]. Il vaudroit beaucoup mieux pour vous d’avoir les Allemans pour voisins que les Espagnols car pour les Allemans ils font des campagnes si longues qu’ils ne permettent pas à nos armées de se retirer quand elles voudroient. A l’heure que je vous ecris cecy l’armée de Mr de Luxembourg en Alsace observe la demarche des Imperiaux, celle de Mr de Crequy qui est sur la Saare aux confins de la Lorraine et du pays de Treves, veille sur les mouvemens des trouppes de Lunebourg et de Munster pour les empecher de se saisir de Deux Ponts et d’etablir leurs quartiers d’hyver dans nos frontieres : Par consequent point de quartier d’hyver pour ces 2 armées là. Si les Espagnols faisoient comme cela en Catalogne, Mr de Navailles n’envoiroit pas son armée en quartier* d’hyver dés la fin de septembre comme vous m’apprennez qu’il a fait [10] ; et il est d’autant plus etonnant que cela se fasse si tot, que la Catalogne et le Roussillon sont des climats où il fait plus de chaud en octobre et novembre, qu’il n’en fait en Allemagne au cœur de l’eté. Mais il y a apparence que vos armées de Catalogne ne servent que pour la montre et qu’on ne les envoye que par forme, car on n’entend pas dire un mot de leurs exploits. On m’a mandé de Paris que Mr de L. R. y est de retour de l’armée, et Mr le marechal de Schomberg son maitre aussy [11] ; il a temoigné au s[ieu]r C. qu’il me vouloit ecrire ; sans doutte pour repondre à celle que je lui ecrivis le mois d’avril dernier [12].

Je croi que vous avez receu presentement le paquet que j’ay fait remettre à la messagerie de Thoulouze [13]. Je n’y ay peu joindre l’excellent Traitté de la devotion de Mr Jurieu, à cause qu’on le reimprime reveu, corrigé et augmenté par l’autheur [14]. Je vous le dis et vous le repete, c’est le p[remi]er homme de notre communion, soit pour le grand jugement, soit pour la delicatesse* d’esprit. On ne peut pas mieux rencontrer le nœud et le point de veüe de toutes sortes de matieres et de questions, qu’il le fait. Jamais on n’a veu une imagination plus vaste et plus feconde, jamais la morale n’a eté traittée dans nos chaires avec plus d’eclat et de solidité. Enfin il preche d’une facon toute extraordinaire, et il revet ses pensées d’un air d’eloquence si magnifique que rien* plus. Ils ont cela de commun Mr Martel [15] et luy qu’ils disent sur leurs textes ce que d’autres ne sauroient s’imaginer • qui s’y peut di[r]e[.] / Si je n’etois pas si occupé que je le suis, je vous ferois quelquefois l’analyse de ses predications. Il vient de nous precher cette apresdinée* 15 nov[embre] sur la section qui explique le second commandem[en]t de la loy [16], et il a dit les plus belles choses du monde. Son avis est que Dieu n’y defend pas la representa[ti]on des creatures, mais seulement d’etre representé sous la figure de quelque creature, et qu’il ne deffend pas aussi le culte ou l’adoration interne mais seulement les honneurs externes. Sa raison est qu’il a assez defendu par le premier commandement d’adorer aucune creature de cette adoration interne qui fait que reconnoissant la souveraine majesté et puissance d’un etre et notre neant devant luy, nous mettons en luy notre confiance et notre amour, de sorte que s’il deffendoit dans le second de rendre cette adoration aux images, ce ne seroit que la repetition de la premiere deffence. Outre qu’il n’y a pas apparence* que Dieu se soit amusé de deffendre une chose qui est impossible humainement parlant, je veux dire qu’il ne semble pas possible que l’esprit de l’homme soit jamais assez abruti pour reconnoitre une statue comme le souverain etre qui a creé toutes choses ; ainsi il tient que dans le second commandement Dieu ne deffend autre chose sinon qu’on le represente sous quelque figure que ce soit, et qu’on luy rende des cultes externes sous cette figure : et de là il a tiré plusieurs belles consequences contre ceux de l’Egl[ise] r[omaine][.] Au reste je vous dirai que c’est mon patron, et qu’il s’est si fort employé pour mon etablissement*, que malgré les oppositions de plusieurs personnes apparentées et accreditées en cette ville, il a fait avoir le dessus à un etranger au prejudice des enfans du lieu [17]. Je luy ay toutes les obliga[ti]ons du monde ; c’est dommage qu’il y ait dans son Eglize un petit nombre de gens à qui son grand merite donne de l’ombrage, et qui par leur malignité sement plusieurs epines dans son chemin. Cela luy fait de la peine, mais apres tout il se retranche dans la droitture de sa conduitte, et de ses mœurs qui sont sans aucun soupcon.

J’ay bien du regret à la mort de votre excellent Mr Bonafous [18] et je prie D[ieu] de susciter toujours d’aussi bons exemples pour opposer aux railleries de ceux de dehors* qui ont quelquefois trop de sujet de nous reprocher la morale relachée de nos m[œurs] sinon quant à la doctrine du moins quant à la vie. Je vous serai fort obligé du present que vous me voulez faire de la philosophie du P[ere] Maigna[n] [19], et meme • d’autant plus qu’il a retenu le stile scholastique. Je ne demande pas mieux que cela, car pour s’y [ sic] attaché que l’on soit à la philosophie à la mode, il faut de toute necessité que ceux qui regentent, l’habillent à la scholastique, et cela pour plusieurs raisons. Mandez moi si ce pere est de Thoulouze meme, et quel sentiment fait Mr Martel l’avocat du cours du professeur de Bourdeaux [20], imprimé l’année / derniere, comme vous me le marquiez. Vous m’obligerez beaucoup d’asseurer led[it] Mr Martel de la haute estime que j’ay pour luy. Je suis tres humble serviteur à vos chers et illustres amis Mrs La Boissonnade et Debia. J’ay fait reponse au premier [21].

Comme j’ecris cette lettre à diverses reprises, je vous dirai qu’aujourdhui 16 novembre j’ay receu par la poste une lettre de Mr de La Riviere [22] la plus honnete et la plus obligeante du monde. Il me dit que l’ abbé etc l’a prié 2 ou 3 fois en forme de l’aller ouyr precher à des religieuses et luy a parlé de vous en termes extremement obligeans… Je suis icy sans livres et sans personnes curieuses, de sorte que je ne puis vous dire grand chose de nouveau sur cette matiere là.

Mr Turretin tres habile prof[esseur] de Geneve a fait imprimer un tome de sermons, qu’il a dediez à mad[am]e la marech[ale] de Schomberg [23][.] Je ne les ai point leus encore quoi qu’il ait eu la bonté de m’en envoyer un exemplaire, mais je sai d’un habile connoisseur, qu’ils sont parfaittement beaux. Mr Claude a fait imprimer un sermon qu’il prononcea un jour de jeune il y a 6 ou 7 mois [24]. On m’a dit qu’il fait imprimer un traitté de la connoissance de soi meme [25], qui sera tres bien receu. Je pense que c’est sur l’epreuve avant la communion. Mr Jurieu ayant fait un voyage à Paris l’eté dernier, y precha sur le commencem[en]t du ch[apitre]12 Aux Hebr[eux] Nous donc aussi puis q[ue] nous sommes environnez etc[.] Son sermon e[st] à p[rese]nt sous la presse [26]. Il me semble avoir oui dire que Mr Pajon a fait imprimer quelque chose de l’usage de la raison dans les matieres de foy [27] ; que Mr Merlat ministre de Xainctes fait imprimer une Reponse au livre de Mr Arnaud contre notre morale [28]. Celle de feu Mr Hesperien ne verra pas sans doutte* le jour [29] parce qu’il y a une certaine hypothese qui regne par tout son livre, qu’il faudroit changer, or il n’y a que les autheurs memes qui soient propres à faire ces corrections. Je croi que Mr Bruguier travaille à faire une replique pour son livret que Mr Arnaud a terriblement mal mené [30]. Il paroit un petit livre intitulé les Intrigues de la Cour de Rome depuis 1669 jusqu’à present [31] qui est assez curieux, mais il y en a un autre qui a eté deffendu, qui est bien plus choquant contre la Cour de Rome. Il a eté fait pendant le dernier conclave, et s’intitule L’Idee du conclave present [32]. On y fait voir agreablement le fin de la politique de cette Cour et sur tout des cardinaux papables, ce qui peut servir pour prouver demonstrativement que l’election des papes n’est pas un ouvrage du S[aint] Esprit [33]. Vous aurez seu peut etre que Mr de S[ain]t Maurice l’un des ministres et professeurs de Sedan est relegué à Soissons depuis 2 ou 3 mois [34]. On espere son retour au commencem[en]t de l’année. Le P[ere] Bouhours vient de publier la vie d’un grand maitre de Malthe de la maison d’Aubusson, en faveur de Mr l’eveque de Mets grand ami des jesuites, qui est de cette maison là [35][.] Ce prelat a eté autrefois eveque d’Ambrun, e[st] habile, et laisse en paix ceux de la Rel[igion]* dans son diocese.

Notes :

[1] Cette lettre du 28 octobre n’a pas été retrouvée.

[2] Nous apprenons ici que Jacob Bayle, sans doute gêné de ne pouvoir envoyer d’argent à son frère, qui lui en avait instamment demandé (Lettre 108, p.275, Lettre 111, p.287, et Lettre 116, p.307) avait cessé un temps de lui écrire. Peut-être, au surplus, Jacob avait-il vainement essayé de se procurer la somme nécessaire et n’avait-il repris la plume qu’après de longs mois d’efforts inutiles.

[3] Il s’agit du poste de professeur de philosophie à l’académie réformée de Sedan, dont le traitement minime était en outre versé à terme échu : voir Lettre 116, p.308 et n.17.

[4] Joseph Bayle avait alors vingt ans révolus : il devenait urgent qu’il pût fréquenter une académie : voir Lettre 120, p.327.

[5] Voir Lettre 125, n.5, et, sur les difficultés de l’académie de Sedan, J. Peyran, Histoire de l’ancienne principauté de Sedan jusqu’à la fin du siècle (Paris 1826, 2 vol.), ii.218-19. Dès 1659, le roi avait réduit la pension accordée par lui à l’académie en 1644, mais surtout, le 15 octobre 1663, des Lettres patentes avaient autorisé l’installation d’un collège jésuite à Sedan et, simultanément, réduit de plus de la moitié la subvention royale à l’institution réformée. La mesure la plus menaçante pour l’avenir, cependant, fut l’arrêt du 20 janvier 1673, qui assimilait les Eglises réformées de la principauté à celles du royaume : voir E. Benoist, Histoire de l’Edit de Nantes, iii.2, p.232 et 297-99, ainsi que iii.3, pièces justificatives, LXVI, p.83-84.

[6] Bayle avait pris pension chez Mme Nepveu, sœur de Pierre Trouillard (ou Trouillart), le troisième professeur de théologie, qui ne prit son poste qu’en avril 1676, remplaçant Paul Joly, devenu pasteur à Metz. Pierre Trouillard, un Sedanais, avait achevé ses études en 1639 ; il avait deux fils pasteurs et FP n’est pas le seul ouvrage de référence qui confond les trois hommes.

[7] Cet « il » désigne Joseph Bayle, à qui Pierre avait proposé le même programme dans la Lettre 126.

[8] Tous les proposants ne fréquentaient pas les cours d’une académie réformée ; plus d’un acquérait sa formation auprès d’un pasteur en exercice. Ainsi quelques-uns gravitaient autour des pasteurs de Paris et travaillaient par eux-mêmes sur des cours, soit imprimés, soit qui circulaient en copies manuscrites. Il s’agissait le plus souvent de proposants peu fortunés qui poursuivaient leurs études tout en étant précepteurs ; quand ils se jugeaient prêts, ils se rendaient dans une académie réformée pour y affronter les examens prévus.

[9] Bayle avait déjà appelé Le Carla « Ithaque » : voir Lettres 68, n.28, et 106, n.3.

[10] Sur ces activités militaires, voir dans la Gazette, n° 102, les nouvelles de Brisac du 7 novembre 1676 et du « camp de Sarguemines, à trois lieües de Sarbruck, au-delà de la Sarre, le 8 novembre 1676 ». Comme Jacob Bayle l’a écrit à Pierre, la relative inactivité en Catalogne permettait de replier très tôt les troupes sur leurs quartiers d’hiver – au grand dam des populations qui devaient les héberger pendant de longs mois.

[11] Bayle a déjà mentionné que Falentin de La Rivière accompagnait en tant qu’aumônier le maréchal de Schomberg, protestant, à la guerre sur le front du Roussillon (voir Lettre 120, n.4).

[12] Cette lettre ne nous est pas parvenue. On observe ici d’une part, qu’à l’interruption du culte à Charenton, les fidèles causaient entre eux sans être séparés par leur statut social, et de l’autre, que Ribaute – le « sieur » C. », « Monsieur Carla » – était le commissionnaire attitré de Bayle.

[13] Voir Lettre 131, p.376. Tandis que la poste dépêchait les lettres, la messagerie, plus lente et aux voyages moins fréquents, acheminait les paquets.

[14] Bayle annonce une nouvelle édition de l’ouvrage de Jurieu, Traité de la dévotion, publié pour la première fois à Rouen en 1674 ; il s’agit ici très probablement de la troisième édition qui devait paraître « revue, corrigée et augmentée de nouveau par l’auteur » chez Lucas à Quevilly en 1676 in-12°.

[15] André Martel, professeur de théologie à Puylaurens.

[16] Les prédications réformées, généralement dans les périodes précédant les quatre services annuels de Sainte-Cène, portaient souvent non pas sur un verset biblique, mais sur une des sections du catéchisme. Ce sermon de Jurieu du 15 novembre 1676 portant sur le texte de Dt 5,8 : « Tu ne feras aucune image sculptée de rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, ou sur la terre ici-bas, ou dans les eaux au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux ni ne les serviras », ne figure pas parmi les sermons publiés de Jurieu ; aucun de ses autres sermons ne nous est parvenu. Voir E. Kappler, Bibliographie de Pierre Jurieu, section 62.

[17] Le mot « patron » n’est pas excessif, car Jurieu s’était dépensé pour éviter que le nouveau professeur de philosophie fût recruté localement. Non seulement les candidats du cru semblent avoir été médiocres, mais en outre le théologien lui-même, venu de l’extérieur, avait de bonnes raisons de ne pas souhaiter que se fortifie le clan des Sedanais de l’académie qui, autour d’ Alpée de Saint-Maurice, semble avoir regroupé des gens qui lui étaient plus ou moins hostiles.

[18] Jean Bonafous était mort le 4 octobre 1676 : voir Lettre 134, n.21.

[19] Sur le Père Maignan et son cours de philosophie, voir Lettres 107, n.26, et 128, n.43. Sans doute, gêné de n’avoir pu fournir d’argent à son frère, Jacob Bayle lui avait annoncé qu’il lui envoyait un ouvrage du Père Maignan, soit qu’il l’ait trouvé parmi les livres de son grand-oncle David, soit qu’il l’ait acheté pour Pierre.

[20] Il s’agit ici de l’avocat Thomas Martel. Le professeur de Bordeaux dont Bayle mentionne le cours est Jean Bauduer, Philosophiæ clavis, seu cursus philosophicus ad usum studiosæ juventutis (Burdigalæ 1675, 8°, 3 vol.).

[21] Sur Jérôme Pechels de La Boissonnade, voir Lettres 111, n.9, et 114, n.18 ; sur Debia, voir Lettre 108, n.11.

[22] Cette lettre de M. de La Rivière à Pierre Bayle s’est aussi perdue. Il s’y agissait de l’ abbé de R., dont la présence au nord de la Loire inquiétait Bayle, comme nous l’avons vu dans plusieurs lettres précédentes : voir Lettres 104, n.1, et 108, n.7.

[23] Frédéric-Armand de Schomberg avait épousé en secondes noces, le 14 avril 1669, dans le temple de Charenton, Suzanne d’Aumale, fille de Daniel d’Aumale, sieur d’Haucourt, qui était très zélée protestante. Pour le recueil de sermons de François Turrettini, voir Lettre 118, n.24.

[24] Jean Claude, Les Fruits de la repentance ou sermon sur ces paroles de Salomon : « Il y aura propiciation pour l’iniquité par gratuité et vérité. Et par la crainte de l’Eternel, on se detourne du mal. Quand l’Eternel prend plaisir aux voyes de l’homme, il appaise mesme envers luy ses ennemis. » Proverb. XVI,6 et 7, prononcé à Charenton le 3 avril 1676, jour de jeusne (Charenton 1676, 8°), réédité à Genève en 1688.

[25] L’Examen de soy-mesme, pour se bien preparer à la communion. Cet opuscule circula plusieurs années sous forme de copies manuscrites. Il connut une première édition (Charenton 1682, 12°) qui fut aussitôt désavouée par Claude ; celui-ci se hâta d’en faire publier une édition correcte, qui porte la mention « seconde edition, reveue et corrigée par l’auteur » (Charenton 1682, 12°) et qui comporte un court Avertissement signalant que l’édition précédente avait été faite sur une « copie subreptice ». Le petit livre reparut deux ans plus tard, augmenté d’un « Discours sur le veritable sens de ces paroles de Jesus-Christ : ‘Ceci est mon corps’ » et de deux sermons, déjà imprimés précédemment, sur la section LIII du catéchisme et sur Ep 4,30 (La Haye, 1683, 12° ; puis Montauban 1684, 8°).

[26] Ce sermon de Jurieu fut prêché à Charenton le 21 juin 1675 et devait être publié sous le titre Les Devoirs de la persévérance, ou sermon sur ces paroles de l’Epître aux Hébreux chap. 12. vers. 1 (Charenton 1677, 8°). Un deuxième sermon, portant sur les deux versets suivants de l’ Epître aux Hébreux sera ajouté à ce volume en 1683 : Les Devoirs de la persévérance, en deux sermons sur les trois premiers versets du douzieme chapitre de l’Epître aux Hebreux, publié à Genève, chez Samuel de Tournes, in-12°, et à Rotterdam chez Reinier Leers, in-8°.

[27] Il n’existe pas, à notre connaissance, d’ouvrage de Pajon explicitement consacré au thème ici évoqué ; Bayle pourrait faire allusion à l’ Examen du livre qui porte pour titre « Préjugez legitimes contre les Calvinistes » (Bionne 1673, 8°, 2 vol.) dans la deuxième partie duquel le ministre français aborde le problème du rôle de la raison dans le domaine théologique.

[28] Elie Merlat, Reponse generale au livre de M. Arnauld intitulé « Le Renversement de la morale de Jesus-Christ… » (Saumur 1676, 12°).

[29] Sur ce livre d’ Hesperien qui ne fut jamais publié, voir Lettre 97, n.17.

[30] Jean Bruguier, Apologie du synode de Dordrecht, ou refutation du livre intitulé « L’Impiété de la morale des calvinistes » (Genève 1679, 8°) ; en fait, L’Impiété de la morale des calvinistes pleinement découverte par le livre de M. Bruguier, ministre de Nismes, approuvé par M. Claude, ministre de Charenton (Paris 1675, 12°) était un ouvrage de Pierre Nicole : voir Lettre 74, n.12.

[31] Clément X était mort le 22 juillet 1676. Le conclave se réunit et son successeur, Innocent XI, fut élu le 21 septembre 1676. Il s’agit ici très probablement des Mémoires des intrigues de la Cour de Rome, depuis l’année 1669 jusques en 1676 (Paris 1676, 12°), œuvre de l’ abbé Pageau, curé de Gien, si l’on en croit Barbier. Si Bayle ne commet pas une erreur en tenant l’ouvrage pour défendu, une telle prohibition ne dura guère, puisque le libraire obtint un privilège pour réimprimer le petit livre en 1677. L’auteur anonyme avait au reste pris grand soin, au début de son opuscule, de distinguer catégoriquement le Saint Siège – inerrant – de la Cour de Rome. Il évoque au passage sa longue résidence à Rome, sous trois pontificats. Ce détail a été introduit dans le titre de la traduction anglaise : The Intrigues of the Court of Rome for these seven or eight years. Written originally in French. By a French gentleman, who lived with a publick Character several years at that Court. Now rendered into English (London 1679, 12°). On peut penser que l’ abbé Pageau occupait un poste à l’ambassade de France à Rome, mais nous n’avons su trouver de renseignements plus précis sur ce gallican.

[32] [ Gregorio Leti], L’Idée du conclave present de 1676, ou le pronostique du pape futur, avec des reflexions sur la cour de Rome, durant le siege vacant, par un abbé romain (Amsterdam 1676, 12°). Voir aussi Lettre 141, n.23.

[33] Bayle ne raisonne pas ici en théologien : les voies de la Providence étant impénétrables, on peut soutenir que les ambitions personnelles ou la vénalité de certains cardinaux sont des causes secondes dont elle se sert à ses propres fins.

[34] Sur la relégation d’ Alpée de Saint-Maurice à Soissons, voir Lettre 129, n.11.

[35] Il s’agit de l’ouvrage du Père Dominique Bouhours, Histoire de Pïerre d’Aubusson, grand maître de Rhodes (Paris 1676, 4°), qu’il aurait composé pour plaire à Georges d’Aubusson de La Feuillade, évêque de Metz, ancien évêque d’Embrun.

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