Lettre 134 : Joseph Bayle à Jean Bayle

de Puylaurens le mardy au soir premier decembre 1676
Monsieur et trés honoré pere

J’ay fait jusques icy tout ce que j’ay peü pour trouver occasion à vous donner de mes nouvelles, mais il m’a eté tout à fait impossible. Je croyois de vous escrire lors que le fils de Mr Rey [1] proposant* partit pour Saverdun avec Mr Rivals [2] ministre de La Chambre, mais il s’en alla sans m’avertir à temps. Je voulois me servir de la voye de Toulouse, m’imaginant bien que quelques uns de nos marchands [3] y seront allés, si le fils de Mr Rivals qui vient d’arriver tout à l’heure ne m’eut fait rendre la lettre que vous avés eü la bonté de m’escrire [4]. Elle me donne beaucoup de satisfaction en ce qu’elle m’aprend que vous ètes en bonne santé pour la conservation de laquelle je prie le Seigneur incessament. De meme que pour la conduite de son Saint Esprit que je luy demande et pour mes etudes et pour ma vie.

Puis que vous souhaités que je vous aprene comment je suis logé et comme je vis, je m’en vas* le faire en 2 mots vous disant que nous sommes asses bien chés Mr d’Alborede [5] pour toutes choses, nous despansons le moins qu’il nous est possible, car Mr Baÿse [6] est bien en cella de mon humeur* : Messieurs les professeurs que je vis dés que je fus arrivé m’ont fait et me font tous les jours mille civilités et sur tout Mr d’Arbussi [7] / et toute sa maison, Il fut ravy d’aprendre que vous etiés en bonne santé. Il m’exorte toujours à l’etude et veut que je l’aille voir tous les jeudis. Il me promet de faïre toutes les choses imaginables pour moy. Il a eté me voir et tous ceux de chéz luy. Mr Perés [8] m’a tesmoigné beaucoup d’amitié de meme que tous les autres. Mr Martel [9] n’est pas encore de retour de Montauban, on l’attand à toute heure. Mr Ramondou [10] prend soin de moy et en general et en particulier, Il m’a fait grace de son cours, car il ne m’en a fait payer que 12 l[ivres] t[ournois] et il en prend de tous les autres 22 sans remission [11] ; si j’eusse eté d’un autre humeur j’eusse peü vous faire acroire que j’en avois donné 22 l[ivres] t[ournois.] mais comme je veux faire toutes choses le mieux que je pourrai pour vous donner de la satisfaction, je suis bien aise de commencer par celle cy. Nous ne sommes que douse logiciens [12] et de ces douze il y en a 4 du paÿs de Foix avec moy. L’academie n’est pas fort nombreuse[.] Il n’y a pas plus de 40 proposans* et tous à la reserve de 7 où 8 de trés pauvres clercs. Il y en a pourtant 3 de nostre paÿs qui est fort celebre cette année en echoliers. Mon cousin Bourdin [13] doit proposer* au college samedy prochain en françois, on espere que ce sera quelque belle piece. Il a pris texte sous Mr Arbüssy. Mr Gorse [14] proposera ausy dans peü de temps sur ce texte bien heureux sont ceux qui sont nets de cœur car ils xx[.] [15] C’est un abysme de science et un grand philosophe carthesien, Il vient des proposans dans notre auditoire tous les jours et en repet[iti]on*, et il est toujours le capitaine [16] ; Mr Ramondou me fait [to]ujours repeter les argumens, nous avons expliqué auj[our]dhuy le chapitre de relatione [17], et il ÿ a eü bien du t[in]tamarre entre les proposans et Mr Ramondou. Ce qui est de facheux*, c’est que l’on n’entre que rarement [le] jeu / dy et le samedy et les jours de fete on n’entre point [18]. Il n’y a que des desbauchés* [19] dont je me separe le mieux que je puis. De douze que nous sommes il se trouve bien de foix que nous ne sommes en classe que 2 et 3. Jusques icy je n’ay pas manqué aucune* classe ny aucune repetition*, ny n’en manqueré s’il plait au bon Dieu[.] Il y a icy proposition en latin tous les mercredys, dispute* publique tous les vendredy à 2 heures où l’on nous commande expressem[en]t d’aller pour voir la forme des argumens. Le samedy proposition* au college, le mardy preche et le jeudy, et le vendredy priere et proposition au temple. Je frequente tous les exercices le plus souvent que je puis pour acquerir toute la pieté qu’un veritable ministre doit avoir. Mr de La Terrasse [20] et toutes les demoiselles m’ont fait beaucoup d’honetetés.

Je n’ay pas peü voir encore les dernieres heures de Mr Bonafous [21] que Mr Amalvy ministre de cette vile et son filheul a envoyées à quelques particuliers, mais dés qu’elles paroitront Sieu[r] Delmas [22] le chantre [23] m’en donnera une copie. Mr Barraule medecin [24] qui est un trés bel esprit me doit faire voir cette dispute imprimée de Mr Isarn et de Mr Le Brest prevôt du chapitre de Montauban sur un passage de Tertulien [25] qu’il receut avant hier. On attand pour la Nöel Mr Rivals ministre [26] d’icy pour commencer de faire sa charge. Vous aurés sans doutte sceü que la chambre de Castelnaudarry est transportée enfin à Castres moyenant 6 mile louis d’or [27], Mr d’Arbussy me dit samedy que Mr de Fregevile qui est à Paris devoit conter l’argent, et qu’il n’attandoit que la procuration des m[essieu]rs de Castres qui luy a eté envoyée par un courrier extraordinaire [28]. On parle aussy du transport* de l’academie à Montauban [29]. / 

A propos de Montauban, j’ay receü une letre de mon frere [30] il y a plus de 8 jours par laquelle il m’aprend que mon c ousin Olivié et mon cousin Dumas [31] sont partis sans prendre ses letres. Je suis en pene* de luy donner de mes nouvelles. J’en aurai des sienes par Mr Martel [32]. Je suis surpris que Pierre [33] ait peü faire tant de chemi[n] dans si peü de temps. Je luy donnai une piece de 30 s[ols.] Je croy qu’il ne luy en resta pas beaucoup, pour si bien qu’il s’y prit. Pour les memoires des livres que j’ay laissés il vous faut attandre s’il vous plait Monsieur et trés honoré pere, que mon frere soit de retour pour les executer car • pour ceux que j’ay laissés à Mad le de Paule [34], mon cousin de Ros [35] prendra assés de soin de les retirer quand il sera besoin. Mon frere m’escrivoit qu’il seroit encore p[ou]r 3 semaines à Montauban. Je ne sçay si Mr Debia et Mr le marquis de La Tour [36] seront arrivés au paÿs co[mm]e il me le disoit. Il a des afaires jusques par dessus la tete et je croy qu’il n’en sortira jamais.

Je vous prie de donner ordre à ma subsistance, car l’argent que j’ay est en petit nombre de 51 l[ivre] t[ournois] 7 s[ols] que j’emporté avec moy j’en despansé en chemin ou à Puylaurens ou p[ou]r le retour du valet 5 l[ivres] t[ournois] 15 s[ols] et 12 l[ivres] t[ournois] à Mr Ramon[dou] et apres p[ou]r du papier, charbon, encre, chandeles, escritoire, p[ou]r se faire raser xx. J’ay payé à Mr Loquet et à Mr Perés les 4 l[ivres] t[ournois] 1[…] qu’a monté* ce que l’eglise devoit, les regens 1 l[ivres] t[ournois] 8 s[ols] et 6 d[eniers] p[ou]r la quitance et 8 l[ivres] t[ournois] 10 s[ols] et 6 d[eniers] p[ou]r l’aquit. C’est 4 l[ivres] t[ournois] 19 s[ols] et je receüs 1 l[ivre] t[ournois], 1 s[ol]. C’est 2 s[ols] justem[en]t qu’il faudra que vous leur rendiés. Je vous enverrois les quitances s’il n’etoit pas trop tart p[ou]r les aller chercher chés Mrs Perés et Loquet [37]. Ce sera à la premiere comodité. Je m’en vais finir en vous asseurant de mes tres humbles respets et en priant le bon Dieu qu’il veuille vous conserver par sa mysericorde lo[ngue]ment sur la terre p[ou]r sa gloire et p[ou]r mon bien en parti[cu]lier vous priant d’etre fortement asseuré que je m’attacher[é] et à la pieté, et à l’etude de la philosophie de toutes mes / forces, et que je tacheré de vous faire cognoitre que je ne desire que de vous plaire et de vous obeir en toutes choses. Ce sont mes veritables sentimens

Monsieur et trés honoré pere

de votre trés humble et trés obeissant serviteur et fils.

Bayle.

J’asseure avec votre permission de mes trés humbles obeissances ma maignane [38], mes oncles, tantes, cousins cousines, amis voisins voisines et tous ceux qui me font l’honneur de m’aimer. Et sur tout ma tres honorée tante de Dumas, mon oncle, ma cousine Annete et mon cher cousin de Gouardere [39]. Je n’oublie pas Mari[e] Coumete [40].

Dites à ma maignane que je me recommand[e à] ses saintes prieres.

Si vous voulés avoir de mes nouvelles, il faudroit faire dire au frere de Jean Rous [41] qu’il me demandat lors qu’il viendra à Puylaurens. / 

• Pour/ Monsieur Bayle f[idele] m[inistre]/ d[u] s[ain]t Ev[angile]/ Au Carla.

Notes :

[1] Rey est le nom d’une famille de notables protestants de Puylaurens. Antoine Rey étudia la théologie à l’académie de sa ville natale, puis compléta ses études à Genève en 1677-1678. En septembre 1679, revenu dans sa province d’origine, il fut nommé pasteur à Saint-Félix-sur-Sorgue. Il se réfugia dans les Provinces-Unies à la Révocation et devint pasteur à Ziericksee, où il mourut en 1727. Voir Stelling-Michaud, v.316.

[2] Il s’agit d’ Elie Rivals, qui, après avoir été pasteur à Calmont depuis 1669, puis à Castelnaudary en 1676, le devint à Puylaurens dès 1677 : on verra un peu plus loin dans la présente lettre qu’il assuma cette charge à Noël 1676.

[3] Par « nos marchands », il faut sans doute entendre des marchands du Carla que leur profession conduisait fréquemment à Toulouse.

[4] Par « le fils de M. Rivals », il faut comprendre apparemment un neveu du pasteur Laurent Rivals, frère par conséquent du pasteur Elie Rivals. La lettre de Jean Bayle est perdue.

[5] Paul Terson, sieur de L’Albarède (ou Lalbarède), était le cinquième des six frères Terson, fils de David, plusieurs fois consul de Puylaurens entre 1611 et 1636. Voir P.L. Berthaud, «  Suzon de Terson (1657-1684) », p.113-138.

[6] Sur Jean de Bayze, voir Lettre 3, n.7.

[7] Sur Théophile Arbussy, l’un des professeurs de théologie de l’Académie de Puylaurens depuis 1673, voir Lettre 5, n.10.

[8] Sur Pérès, voir Lettre 3, n.8.

[9] Il s’agit du professeur de théologie André Martel.

[10] Sur Ramondou, voir Lettre 1, n.15.

[11] On voit ici que Ramondou vendait – et plutôt cher ! – un texte manuscrit de son cours de philosophie, une manière d’arrondir son traitement. Peut-être consentait-il une réduction de prix aux fils de pasteur, mais plus probablement la pauvreté du pasteur du Carla était connue.

[12] Les « logiciens » étaient les étudiants de philosophie de première année.

[13] Il s’agit de Charles de Bourdin, devenu proposant à cette date après avoir été précepteur à Paris et avoir étudié à Genève ; sur lui voir Lettre 62, n.13.

[14] Nous ne sommes pas en mesure d’identifier ce proposant, objet de l’admiration de Joseph Bayle ; il se pourrait que Gorse soit mort avant l’achèvement de ses études de théologie, ce qui expliquerait que nous n’ayons su retrouver sa trace.

[15] Mt 5,8 : c’est la sixième des Béatitudes. Le verset que Joseph laisse en suspens se termine par « ils verront Dieu ». Joseph ne termine pas la citation : les « xx » correspondent à « etc. ». Il utilise plus loin le même symbole.

[16] C’était certainement lors de la discussion hebdomadaire de thèses en classe de philosophie que les proposants fréquentaient leurs cadets. Ramondou ronronnait un vieux cours, et il est intéressant d’apprendre que les proposants, derrière Gorse, se présentaient en champions des recentiores et connaissaient Descartes au moins de réputation.

[17] On peut voir comment Bayle lui-même traitait cette question, qui concerne une catégorie logique : voir Système abrégé de philosophie, i.3, OD, iv.231.

[18] Il faut comprendre « entre en classe » : du fait que Ramondou vendait à ses élèves des copies de son cours, il ne les incitait guère à l’assiduité.

[19] « débauchés » est pris ici au sens étymologique : il s’agit d’étudiants qui manquent des cours.

[20] La Terrasse est peut-être le patronyme de la famille habitant les Salenques, dont il a été question déjà dans la correspondance de Joseph : voir Lettre 126, n.15.

[21] Sur cet opuscule, voir Lettre 5, n.4, in fine. On peut présumer, d’après ce que dit ici Joseph Bayle, que les Dernières heures de M. Bonafous […] furent rédigées par son neveu, filleul et disciple David d’Amalvy (ou Damaluy), alors pasteur à Négrepelisse, venu au chevet du mourant. Bonafous souhaitait l’avoir pour successeur, ce qui se fit. Voir G. Dumons [capitaine Rey-Lescure], Les Réfugiés du pays castrais, édité par G. Tournier (Mazamet 1924), p.8. Le titre exact du livre est Le Testament de Monsieur Bonafous, ministre de la Parole de Dieu dans l’Eglise réformée de Puylaurens. Avec un recueil de ce qui s’est passé de plus remarquable dans ses dernières heures (Montauban 1677, 8°). Le Testament a été publié dans BSHPF, 11 (1862), p.351-355 et 471-479, et les Dernières heures, ibid., 12 (1863), p.57-70, 158-169.

[22] Les communautés réformées les plus prospères rétribuaient un chantre : aucun instrument de musique, en effet, n’accompagnait le chant des psaumes, si essentiel dans un culte réformé, dans lequel l’entraînement par un chantre était certainement très utile. Nous ne savons rien de plus sur ce personnage, dont le patronyme est très fréquent en Languedoc.

[23] Les communautés réformées les plus prospères rétribuaient un chantre : aucun instrument de musique, en effet, n’accompagnait le chant des psaumes, si essentiel dans un culte réformé, dans lequel l’entraînement par un chantre était certainement très utile. Nous ne savons rien de plus sur ce personnage, dont le patronyme est très fréquent en Languedoc.

[24] Il avait déjà été question d’un Barreau (Barrault, Barrau), avocat : voir Lettre 1, n.17 ; le médecin dont parle ici Joseph était prénommé Isaac et certainement il était apparenté d’une manière ou d’une autre à l’avocat.

[25] Sur Henry Le Bret (1618-1705), voir E. Forestié, « Biographie d’ Henry Le Bret, auteur de l’ Histoire de Montauban, prévôt de la cathédrale de cette ville, et note sur Cyrano de Bergerac », Bulletin archéologique et historique de la société archéologique du Tarn-et-Garonne, 18 (1890), p.89-128. Le Bret était ami d’enfance de Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655) et tous deux étaient Parisiens. Ce fut Le Bret qui assura l’édition posthume de plusieurs des œuvres de son ami. Après avoir embrassé, comme celui-ci et en sa compagnie, la carrière des armes, Le Bret devint avocat (après 1641), puis, en 1656, il fut ordonné prêtre par Antoine-François de Bertier, alors coadjuteur de Rieux. Chanoine de Montauban, Le Bret devint le secrétaire de Pierre de Bertier, évêque de la ville, et, quand ce dernier mourut en 1674, Le Bret resta un collaborateur très proche de son successeur, Colbert de Saint-Pouange (voir Lettre 62, n.14) et continua à être très actif à l’encontre des protestants. Il reste des traces de la controverse de Le Bret avec le pasteur Isarn (Ysarn) de Capdeville dans ses Diverses lettres de controverse, dans lesquelles la mission et la doctrine des auteurs de la religion prétenduë reformée est examinée succintement et littéralement condamnée par la sainte Ecriture, par les conciles et par les Peres des premiers siecles de l’Eglise (Montauban 1684, 12°). Cet ouvrage réunit douze lettres dont la (p.49-56) porte sur « un passage de Tertullien, et un autre de saint Augustin mal interpretez par les ministres », et la « explique les deux passages de Tertullien et de saint Augustin dans leur veritable sens » (p.72-85). Il est fait allusion (p.72) à « tous les imprimez que M. Izarn Ministre de cette ville, et moy avons faits » à l’occasion de cette dispute et (p.84) au « quatrieme » imprimé d’ Isarn. Il s’agissait visiblement de feuilles volantes de quatre pages dont on ne connaît plus d’exemplaire, mais dont le livre postérieur de Le Bret nous a conservé les traces. Cette polémique pourrait bien avoir eu pour point de départ un sermon d’Isarn : De la Communion des malades. Sermon prononcé en un jour de Cene [24 décembre 1675 sur Lc iv.40]. Auquel est traitée la question s’il faut porter le sacrement de l’Eucharistie aux malades (Montauban 1676, 8°), signé d’initiales P.Y.

[26] Voir ci-dessus, n.2.

[27] Depuis sept ans, la Chambre de l’Edit du Languedoc avait été transférée de Castres à Castelnaudary, au grand regret des conseillers réformés et des protestants en général : voir S. Capot, Justice et religion en Languedoc au temps de l’édit de Nantes. La Chambre de l’édit de Castres (Paris, Ecole des Chartes, 1998). Les nouvelles que donne ici Joseph Bayle à son père s’avérèrent sans fondement, et elles témoignent de l’irréalisme de ceux qui les colportaient, bien peu conscients de l’hostilité de la Cour à l’égard de la R.P.R. En fait, en juillet 1679, les trois Chambres de l’Edit qui subsistaient encore (Languedoc, Guyenne et Dauphiné) furent abolies ; leurs conseillers ne perdirent pas leur charge, mais allèrent grossir leurs parlements respectifs : les conseillers de Castelnaudary vinrent donc à Toulouse (E. Benoist, Histoire de l’Edit de Nantes, iii.2, p.378-379). Toutefois, tout en étant incorporés au parlement, les conseillers protestants furent exclus de la Grand’Chambre, la plus importante et la plus prestigieuse.

[28] S’il faut en croire Joseph Bayle, Théophile Arbussy, un des professeurs de théologie, aurait été aussi crédule que les autres, ce qui suggère tout de même que la fausse nouvelle du retour à Castres de la Chambre de l’Edit s’était échafaudée sur quelques bases, dont nous n’avons su trouver la trace. Philippe de Frégeville (1646- ?) était avocat à Castres, fils de Louis Don de Frégeville et de Marguerite d’Usson, et cousin de Salomon d’Usson et des trois frères de celui-ci. Frégeville (actuellement Frejeville) est situé non loin de Castres. Il faut distinguer les Don de Frégeville (famille d’un chef protestant de la région au siècle) des Gau (ou Du Gault) de Frégeville, également réformés, dont l’un fut auteur au siècle.

[29] Depuis le transfert de l’académie réformée de Montauban à Puylaurens en 1659 (voir Lettre 1, n.1), les réformés languedociens n’avaient pas cessé de désirer et d’espérer le retour de l’institution dans sa ville d’origine (voir Lettre 1, n.9). La mort de Pierre de Bertier, évêque de Montauban, le 27 juin 1674, avait suscité des démarches renouvelées de la part des protestants, parfaitement vaines, et son successeur, Colbert de Saint-Pouange, leur fut, bien entendu, tout aussi hostile que son prédécesseur : voir l’article d’E. Forestié (cité supra n.24), p.104.

[30] Comme tant d’autres, cette lettre de Jacob à Joseph a disparu.

[31] Le cousin Olivi serait-il ce Samuel Olivier, pasteur de Sabarat, qu’avait mentionné Jacob Bayle en 1666, sans le qualifier d’ailleurs de « cousin » (voir Lettre 6, p.17) ? Quant au cousin Dumas, il était probablement parent des frères Bayle par leur mère, et habitait donc, sinon Le Carla même, du moins dans ses environs ; c’est probablement sa mère qui est mentionnée aussi à la fin de la présente lettre.

[32] Il s’agit vraisemblablement ici d’ André Martel : les Montalbanais « exilés » à Puylaurens avaient évidemment plus d’occasions de revenir passagèrement dans leur ville natale que n’en avaient les gens de Montauban – tels l’avocat Thomas Martel – de se rendre à Puylaurens.

[33] L’emploi du seul prénom suggère qu’il s’agit du petit valet du pasteur du Carla, venu à Puylaurens avec Joseph soit à cheval, soit à mulet, et qui était retourné au Carla avec les bêtes.

[34] Nous n’avons su identifier cette demoiselle de Paule ou de Paulo, dont il sera question par la suite : voir Lettre 163, n.2.

[35] Il s’agit évidemment d’un Bruguière de Ros, cousin germain des frères Bayle.

[36] Sur Debia, voir Lettre 108, n.11 ; quant au marquis de La Tour, il s’agit très vraisemblablement d’ Etienne II, marquis de Reyniès : sur lui, voir Lettre 128, n.17.

[37] Sur Pérès, voir Lettre 3, n.8. Jacques Loquet, pasteur de Cuq (Cuq-Toulza actuellement), non loin de Puylaurens, était professeur d’éloquence (de première) au collège de cette ville. Visiblement, Antoine Pérès et lui centralisaient les subventions que les communautés réformées de la province synodale (chacune selon ses « forces ») devaient verser annuellement pour assurer le fonctionnement de l’académie. On notera le coût relativement élevé de la quittance sur papier timbré : le juridisme pointilleux des usages du temps – si avantageux pour les finances royales – coûtait cher aux justiciables… Jacques Loquet semble avoir abjuré à la Révocation et avoir ensuite vécu comme un bourgeois de Montauban. Il est possible que son abjuration ait été insincère : en effet, quand une de ses filles mourut octogénaire à Montauban en 1738, ses sœurs durent demander une permission pour l’enterrer, car elle n’avait pas reçu les derniers sacrements, à les en croire parce que la rapidité de l’issue fatale les avait prises de court. Voir M. Nicolas, « Les registres des baptêmes, mariages et décès des protestants de Montauban du 17 décembre 1564 à la fin de 1792 (2 e série) », BSHPF, 23 (1874), p.512.

[38] C’est la grand-mère maternelle des frères Bayle, qu’ils appelaient d’un terme habituel en Languedoc : voir Lettres 113, n.13, et 135, n.16.

[39] Il s’agit de toute une parentèle que nous ne saurions identifier plus précisément.

[40] Marie Coumete pourrait bien avoir été la servante des Bayle.

[41] Il avait déjà été question de Jean Roux et de son frère commissionnaire, Lettres 1, n.3, et 2, n.6. C’est par erreur que nous y avons identifié ce Jean Roux à Jean Rou, auteur des Tables historiques, chronologiques et généalogiques (Paris 1672-1675) et futur ami de Bayle en Hollande : sur celui-ci, voir Lettre 78, n.5. Nous remercions Elisabeth Quennehen d’avoir signalé cette erreur d’identification.

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