Lettre 1343 : Jacques Du Rondel à Pierre Bayle

[Maastricht, le 4 janvier 1698]

Il s’est donc trouvé un homme de mesme humeur que moy, qui n’a pu souf[f]rir l’ignorance et l’injustice de Renaudot ! Je m’en félicite, mon cher Monsieur, et d’autant plus que cet homme est un personnage illustre et connu depuis longtemps dans la Rep[ublique] des Lettres [1]. Si on me tient parole, je m’appreste à voir de la raillerie bien fine et bien adroite ; car Mr de S[aint] Evermont [ sic] réussit admirablement en sujets satiriques. Me[r]credy 1 er jour de l’an, j’appris cette bonne nouvelle par une demoiselle à qui son frere escrivoit de Londres ; et cette nouvelle me parut d’un bon présage : de sorte que solemnia mihi Vota pro incolumitate tuâ et suscepi, Domine, pariter et solvi, precatus Deos, ut velint ea semper solvi semperque signari [2]. Mr le grand / doyen [3] et Mr Barthelemy [4] ont tous deux fait la mesme chose, et nous sommes tous tout à vous

Ce 4 me janv[ier] 1698.
Mr de Marsilly [5] vous baise très humblem[en]t les mains, et croit avoir l’honneur de vous voir, s’il faut qu’il passe par Nimegue. Il m’escrivit l’autre jour une lettre du [ sic] huit grandes pages ; et c’estoit pour regagner le temps perdu, car il a esté huit mois sans oser ni lire ni escrire [6].

 

A Monsieur / Monsieur Bayle professeur / en philosophie et en histoire / A Rotterdam •

Notes :

[1] Du Rondel fait allusion au texte de Saint-Evremond édité en Annexe II du présent volume.

[2] Pline le Jeune, Epistularum Libri Decem, X,1, adapté : Solemnia vota pro incolumitate tua, Domine, suscepi, pariter et solvi, precatus Deo ut velint ea semper solvi semperque signari : « J’ai fait des vœux solennels pour votre salut, ô Seigneur, et les ai également confirmés, priant Dieu de bien vouloir qu’ils soient toujours exaucés et toujours signalés. »

[3] M. Bonhomme, doyen catholique de l’Ecole Illustre de Maastricht : voir Lettres 1149, n.1, 1186, n.12, 1306, n.2, et 1308, n.13.

[4] Sur le docteur Jean Barthélemy, professeur de philosophie à l’Ecole Illustre de Maastricht et médecin de la ville de Maastricht, voir Lettre 1186, n.12.

[5] Pierre Salbert de Marcilly, officier au service des Etats, ami de Du Rondel et de Bayle : voir Lettre 232, n.9.

[6] Nous ne saurions expliquer cette crainte de Marcilly : il se peut qu’il s’agisse de raisons politiques, mais, plus probablement, ce sont des raisons de santé qui lui imposaient de s’abstenir de lire et d’écrire.

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