Lettre 1375 : Paul La Roque-Boyer à Pierre Bayle

[Londres, début août 1698]

Monsieur

J’ay reçû le 12/22 de juillet, votre lettre du 31 e de may [1] ; il m’a semblé d’abord que vous vous étiez mêpris, et que vous aviez supposé que j’etois Mr Bayle, et que vous Monsieur êtiés un jeune homme, dont le savoir et le merite consistent ou à peu prez dans une passion violente d’en acquerir. Je suis bien tôt revenu de cette pensée, mais en relisant votre obligeante lettre, un honneur si inesperé et que je merite si peu, m’a presque fait douter que tout cecy ne fut un songe ; je me suis frotté les yeux, il m’a semblé que je ne dormois pas et que j’etois bien eveillé.

Il est donc vray, Monsieur, que vous voulez m’accorder quelque part à votre amitié, que vous avez lû avec indulgence, le sermon que j’ay pris la liberté de vous faire presenter [2] ; et que par un excez de bonté vous daignez descendre dans le détail des minuties que j’écrivois à M de Buzelin [3] touchant le Diction[naire] critique. Ce sont là des faveurs dont je sens tout le prix, et je voudrois etre aussi éloquent que vous l’êtes pour vous en bien remercier. Au defaut de belles paroles que je n’ay pas, acceptez mon cœur, et contez s’il vous plaît sur toute ma reconnoissance.

Je savois bien il y a long temps que vous etiez un des plus savan[t]s hommes du monde, mais j’ignorois que vous fussiez un des plus civils[,] des plus modestes[,] des meilleurs mêmes[,] je vous estimois infiniment, trouvez bon que je vous aime à present de tout mon cœur. Je n’avois pas attendu à vous admirer, Monsieur, que M ade Buzelin me parlat de vous. Dez que j’ay commençé à connoitre et à goûter les bonnes et les belles choses, vos livres m’ont charmé. J’aime naturellemet une erudition choisie, Amœnitas litterarum ; et je crois bien sentir la force d’un raisonnement, le tour, la justesse, la finesse, la délicatesse et l’atticisme d’une pensée et d’une expression. Mais ce bon gout vous me l’avez donné, et je crois vous en avoir obligation ; je suis sûr du moins que vos livres ont beaucoup contribüé à me former l’esprit. /

Sur ce pied là jugez Monsieur si cette effusion de cœur que vous avez vû dans ma lettre à M de Buzelin, est un jeu d’esprit. Je ne croyois pas que vous dûssiez la voir, si je l’avois crû je n’y aurois pas parlé si librement ni de vous, ni de mon sermon. Je ne me plains pourtant point de la petite supercherie qu’on m’a faitte, elle a produit un effet qui m’est trop agreable.

Je me suis acquitté Monsieur avec bien du plaisir des commissions que vous me donniez. Mr de S[ain]t Evrem[on]t fait assez mystere de ses livres, et ne les avoüe pas volontiers ; j’ay craint que si je m’adressois à lui en droiture* il ne me satisfit pas. J’ay donc prié une personne de la premiere qualité qu’il voit tres souvent de lui faire la question que vous souhaittez. Elle l’a fait, et voicy la reponse qu’a fait Mr. de S[ain]t Evrem[on]t [4][.] Qu’il est vray qu’au sortir du college il avoit travaillé à la piece intitulée les Academistes, qu’il n’y avoit pas travaillé seul, que le comte dont parla le Chevreana y avoit eu plus de part que lui, que d’autres encore y avoient contribüé ; que la comedie etoit fort mauvaise, mais qu’il y a 18 ou 20 ans qu’on la lui renvoya, qu’il la retoucha et la réfit[,] que cette piece ainsi refaitte etoit fort bonne, mais qu’elle s’est perdûë.

Mr de La Bastide [5] n’est pas en ville, je lui ay donc fait tenir à sa campagne votre billet, en lui faisant dire seulement qu’il venoit de Hollande. Il a pris la peine de m’envoyer une reponse que vous trouverés incluse dans ma lettre [6]. Il y a bien des on ; s’ils ne vous contentent pas Monsieur et que vous souhaittiez quelque chose de plus positif, je m’offre de faire parler à Mr de Ruvigni qui est aujourd’huy comte de Gallway et l’un des 3 gouverneurs de l’Irlande [7]. Je crois que ce seigneur pourroit mieux vous contenter que Mr de La Bastide ; faites moi savoir s’il vous plait ce que vous en pensez.

Croiriez vous Monsieur que les perquisitions que j’ai fait[es] sur le temps de la mort de Mr Colomiez [8] m’ont donné plus de peine que tout le reste, et que je ne suis pas content de ce que j’ay à vous ecrire, tout ce que j’en ay pu savoir dans la maison où il est mort, des personnes qui l’ont servi et assisté etc., est qu’il y aura 7 ans à • Noel prochain qu’il mourut, et que ce fut 8 ou 9 jours apres la fete de Noël, un me[r]credy à ce qu’on croit. Si je n’avois attendu le retour d’une personne qui est à la campagne et qui est instruitte de tout cecy, j’aurois eté consulter les registres de l’Eglise de S[ain]t Martin où son corps fut enterré. Ce sera pour une autre fois, et peutetre même avant que de fermer ma lettre si celui qui doit s’en charger ne part que demain. Vous avez raison de dire qu’il ne suffit pas qu’il soit vray qu’il soit mort socinien, qu’il faudroit en avoir pour garand ou la notorieté publique ou quelque piece authentique. / Je me suis informé de ce fait avec toute l’exactitude que m’a pû permettre la maladie et la mort de Mr Chamier [9] min[istre] mon intime ami. Il m’a eté impossible de parvenir à la certitude que je cherchois. Tout le monde est convaincû ou à peu pres de son socinianisme[ ;] il est etrange qu’on soit en peine de le prouver. Toutes les preuves que j’en ay pu decouvrir se reduisent à cecy que Mr • Colomiez voyoit tous les jours durant sa maladie un ou plusieurs ministres sociniens ou reputez tels. Mr de L’Ortie [10], Mr Du Sene [11], Mr • Souverein [12], Mr Maiou [13], et Mr Du Temps [14], je ne sçai si j’ortografie bien leurs noms. Le dernier de cette Pleiade [15] mourut quelque temps apres et se declara socinien au lit de mort, quoi qu’il eut tergiversé et nié avec des sermen[t]s horribles pendant qu’il se portoit bien. Je m’arrête trop sur un fait que vous ne seriez pas bien aise je pense qui fut averé [16]. Mr de La Riviere m’a dit une particularité assez plaisante de Mr Colomiez[ ;] c’est une bagatelle mais vous savez faire un si bon usage de tout[,] que j’ose vous l’ecrire [17].

Colomiez etoit marié d’un mariage de conscience avec une fille de peu, quelque servante de cabaret à Lambeth où il etoît bibliothequaire de l’archev[êque] de Cantorbery [18]. Se sentant malade il vint à Londres, il y mourut ; on n’en donna point avis à cette femme. Elle arriva chez lui precisem[en]t dans le temps qu’on alloit l’enterrer : elle fit la furie, se declara sa femme, témoigna des transports de douleur qui effrayoient tout le monde. Il fallut décloûër la biere, elle voulut voir ce cadavre qui êtoit hideux, elle se colla sur son visage[,] le baigna de ses larmes[,] vouloit expirer sur lui. On s’approche d’elle, on lui dit, par le conseil de Mr de La Riviere qui etoit present qu’il fallait qu’elle prit patience et qu’il y avoit un legs de 30 livres sterlin[g] pour elle. Sur le cham[p] elle se leve[,] oublie sa douleur[,] demande à voir le testament, avale un verre de vin d’Espagne et marque presque autant d’emportement dans sa joye qu’elle venoit de faire dans son affliction feinte ou veritable.

Je ne saurois m’informer de nouveau si Heidanus a êté ministre pres de Geneve [19]. Ce fut Mr Suicer, professeur en philos[ophie] à Zurich [20], tres savant et tres honnete homme qui me le dit, il a 8 ans, en me prêtant le livre De Origine erroris. Il me nomma le village, mais le nom m’a échappé. Je jurerois bien sur sa parole que cela est ainsi. Si la chose en vaut la peine et que vous vouliez vous en informer, vous le pourrez aisement, Mr Suicer a commerce* avec Mr We[t]stein libraire d’Amsterdam [21]. Depuis que je suis en Anglet[erre] je n’ay eu nul commerce ny en Suisse ni à Geneve, quoy que j’aye beaucoup d’amis et de connoissances.

L’approbation que vous donnez à l’apologie que j’ay fait[e] de David [22] m’est fort glorieuse. Pour faire la mienne car j’en ay besoin aussi de n’avoir pas supposé que vous aviez vû tout ce que je pouvois alleguer en faveur de ce prince, je vous avoûërai avec ma franchise ordinaire que j’aime beaucoup les Pseaumes et que cette affection tombe par contre coup sur le prophete qui les a faits : et que sçachant que vous n’avez pas [de] raison d’aimer les nouveaux prophetes, je craignis que les vieux ne patissent un peu d’une mauvaise humeur dont ils ne pouvoient pas mais. Qu’ainsi vous n’y aviez pas regardé de si pres, Tros Rutulusve ferat [23], je vous en demande tres humblement pardon, je m’en rapporte à vous, j’espere que vous / contenterez tout le monde ; les gens raisonnables du moins ; et c’est assez ; pour les bigots c’est une autre affaire, cette secte là et celle des ignoran[t]s qui est bien nombreuse n’est pas capable d’entendre raison. Il faut les abandonner à leur mauvais goût.

Vous voyez Monsieur que je tache de meriter la confidence que vous m’avez faitte, en vous parlant à cœur ouvert. Je pousserai ma sincerité jusqu’à vous dire qu’il ne me souvient point du tout de mes remarques sur David, mais qu’il me semble seulement en gros que lors que je les ecrivis il me paroissoit qu’on ne pouvoit repliquer rien de bon à la pluspart. Je crois bien que je me trompois, si votre temps etoit moins pretieux je vous prierois de m’en convaincre en detail quand vous en aurez le loisir.

Si l’ami [24] qui me prêta votre Dictionnaire est encore en humeur de me le preter[,] je me delasserai volontiers avec vous Monsieur de l’etude fatiguante des Peres. Nous sommes malheureux nous autres, il nous faut ennuyer longtemps à lire ces gens là, pour dire que nous les avons lûs. Au moins faut il beaucoup d’industrie pour faire de leurs ouvrages ce que Virgile faisait de ceux d’ Ennius [25]. Pourquoy tous ces faiseurs d’in folio n’ont ils mêlé utile dulci [26] comme vous faites si bien. L’étude ne seroit plus un travail, ce seroit une occupation delicieuse.

En vous rélisant je marquerai mes doutes, et puisque vous le voulez bien Monsieur j’oserai vous les proposer. Il y a trop à gagner pour moi dans la permission que vous me donnez et sans parler de cette esperance que vous me laissez entrevoir, et qui auroit bien satisfait Pline le Jeune qui importunoit tant Tacite [27] comme vous scavez, qui n’etoit pas un aussi bon garand que vous de la reputation de qui que ce soit. Je m’instruirai et je n’aurai pas honte de vous decouvrir mon ignorance, assuré que vous auriez la bonté de la guerir.

Si vous vouliez Monsieur me donner lieu de meriter et les faveurs que vous m’avez dejà faites et celles que vous me promettez dont je vous ren[d]s mille action[s] de graces, j’en serois charmé ! Voyez à quoi je puis vous etre utile, j’aime à lire[,] j’ay perdu ou employé bien du temps à apprendre beaucoup de langues, je vous ecris cecy afin que s’il y avoit en ce pays icy et dans nos bibliotheques quelque livre que vous souhaitaissiez [ sic] de connoitre vous me fassiez la grace de m’employer. Je vous promets de vous en rendre bon conte, vous servir c’est servir le public, et c’est travailler pour soi même et je vous avouë, que je ne suis pas insensible à cette espece de gloire, nec enim mihi cornea fibra est [28].

Je suis plus que je ne le puis dire Monsieur votre tres humble et tres obeissant serviteur Paul de La Roque

Si vous me faittes l’honneur de m’écrire [29] vous pouvez m’adresser vos lettres Monsieur, chez Mr Vaillant [30], libraire dans le Strand, vis à vis la Savoye.

Notes :

[1] Cette lettre de Bayle à Paul de La Roque-Boyer est perdue. Paul de La Roque-Boyer (vers 1671-1732) était étudiant à Genève en octobre 1689, proposant à Londres en 1693 et ministre à Wandsworth dans le Surrey en 1707. Il avait publié en 1697 ou 1698 un sermon sur la paix, imprimé à Londres, que nous n’avons pu retrouver, mais la date de publication indique sans doute qu’il était déjà ministre à cette époque. Il était peut-être fils ou parent d’ Hercule de La Roque-Boyer, né entre 1626 et 1631, ministre de Castres, qui abjura à la Révocation et publia un livre de controverse intitulé La Clef de l’Ecriture et des Peres. Ou réponse au sieur Jurieu ministre et professeur dans l’Eglise pretendüe reformée de Roterdam, et professeur en theologie (Toulouse 1691, 12°).

[2] Le sermon de Paul de La Roque-Boyer qui avait été communiqué à Bayle par M me de Buzelin (ou Beuzelin) est également perdu.

[3] Nous n’avons su identifier avec certitude M me B[e]uzelin. Un Francis Beuzelin fut naturalisé anglais le 31 janvier 1690 : D.C.A. Agnew, Protestant exiles from France in the reign of Louis XIV ; or, the Huguenot refugees and their descendants in Great Britain and Ireland (London 1886), ii.62. Il est désigné de nouveau, sous la date du 14 mars 1705, comme étant originaire de Rouen, fils de Benjamin et Mary B[e]uzelin ( ibid., ii.79). Judith Be[u]zelin est désignée comme ayant épousé Jacques Amiot le 25 juin 1703 dans l’église française de St. Martin Orgar, Martin’s Lane, Cannon Street, City of London ( ibid., ii.104).

[4] On pourrait croire que Bayle fait état de cette réponse dans sa lettre du 18 août (Lettre 1376 : voir n.6) à Bernard de La Monnoye, dont les remarques sur le DHC avaient certainement soulevé un doute quant à la date de composition de la pièce de Saint-Evremond. Mais dans sa lettre du 16 décembre, il explique qu’il avait reçu deux avis concernant la pièce de Saint-Evremond : une réponse courte, qu’il a donnée à La Monnoye le 18 août et une plus ample qu’il lui communique le 16 décembre : voir Lettre 1399, n.7.

[5] Sur Marc-Antoine de La Bastide, réfugié en Angleterre depuis 1687, voir Lettre 1252, n.9.

[6] Cette lettre de La Bastide est perdue et Bayle n’en fait pas état dans le DHC ; nous ne saurions donc préciser la nature des informations que Bayle recherchait.

[7] Sur Henri de Massue (le fils), marquis de Ruvigny, devenu Lord Galway, voir Lettres 1026, n.7, et 1080, n.5.

[8] Dans le DHC, art. « Colomiès (Paul) », rem. G, Bayle précise que cet ancien bibliothécaire de l’archevêque de Cantorbéry, destitué en 1691, mourut le 13 janvier 1692 et qu’il doit cette information précise à « M. de La Roque [-Boyer], ministre françois à Londres » : voir Lettre 1403.

[9] Daniel Chamier fils (1661-1698), originaire de Beaumont-en-Diois, fut consacré pasteur en Suisse et, après avoir assisté au synode wallon de Rotterdam en 1686, gagna l’Angleterre en 1691 ; il fut par la suite pasteur de diverses communautés francophones de Londres. Voir Jacques Souverain, Lettre à Mr *** touchant l’apostasie, éd. S. Matton, introduction d’E. Labrousse et étude de M. Mulsow (Paris, Milan 2000), p.27, n.46.

[10] André Lortie (vers 1645/1650-vers 1720), originaire de La Rochelle, y devint pasteur en 1674. Cette même année, il publia un Traité de la sainte Cène [...] où sont examinées les nouvelles subtilitez de M. Arnaut, sur les paroles « Cecy est mon corps » (La Rochelle 1674, 12°), prenant ainsi la suite de Jean Claude dans la controverse eucharistique. En 1682, sous le coup d’une prise de corps, il réussit à s’enfuir en Angleterre, où, après une ordination anglicane, il devint l’un des pasteurs de l’Eglise francophone de la Savoie. Voir Lettre 107, n.24, et Jacques Souverain, Lettre à Mr *** touchant l’apostasie, p.27, n.47.

[11] Sur Charles Le Cène, voir Lettres 143, n.4, 147, n.5, 314, n.22, et 324, n.16. Dans son Dictionnaire historique, art. « Souverain », rem. G, Prosper Marchand énumère et commente les publications de Charles Le Cène ; voir aussi l’article que lui consacre Chaufepié, art. « Cène (Charles Le) ».

[12] Sur le milieu de Jacques Souverain, voir Lettres 222, n.14, et surtout 1304, n.11, ainsi que la lettre de Pierre Coste à Locke du 29 juin 1699 (éd. de Beer, n° 2601), où il est fait allusion au fait que Samuel Crellius a obtenu le manuscrit du Platonisme dévoilé de Souverain, qui devait être publié l’année suivante (Cologne, Pierre Marteau [Amsterdam, Sebastian Petzold] 1700, 18°) ; l’ouvrage fut recensé par Jacques Bernard dans les NRL, juillet 1700, art. VI.

[13] Jérémie Majou (1650- ?), originaire de Saintes, fit ses études à Puylaurens et puis à Genève. Consacré en 1674, il devint pasteur à Ciré au Poitou ; banni de France en 1682, il se rendit en Angleterre et y reçut l’ordination anglicane le 13 décembre 1683. Il desservit plusieurs paroisses francophones de Londres, puis, en 1721, la chapelle royale française de Saint-James. Voir Jacques Souverain, Lettre à Mr *** touchant l’apostasie, p.28, n.49.

[14] Daniel Dutens (ou Du Temps) naquit à Blois apparemment un peu avant 1630 ; il étudia la théologie à Saumur et y soutint ses thèses en 1651. Il fut d’abord chargé de l’Eglise réformée de Romorantin, puis, en 1673 au plus tard, de celle d’Angers, où il eut pour jeune collègue Jean Lombard (voir la note suivante). Soupçonnés d’opinions sociniennes, les deux pasteurs subirent une très dure incarcération durant l’hiver rigoureux de 1684-1685. Transférés finalement à Paris, ils furent peu après acquittés, chargés d’une amende minime de 50 lt ; le temple d’Angers fut rasé et ils furent tous deux interdits d’exercer le ministère pastoral en France. Le 30 août 1685, Dutens obtint un passeport pour l’Angleterre. Nous savons seulement qu’il y mourut, peu après Colomiès, à Londres et qu’au dernier soupir, il s’avoua socinien. Voir Jacques Souverain, Lettre à Mr *** touchant l’apostasie, p.28-29, n.50.

[15] Comme l’explique E. Labrousse dans son introduction à l’édition critique de Jacques Souverain, Lettre à Mr *** touchant l’apostasie, p.29, n.51, c’est sans doute ce terme de « Pléiade », suggérant le chiffre de sept, qui incita Prosper Marchand, dans son Dictionnaire historique ou mémoires critiques [...] (La Haye 1758-1759, folio), art. « Souverain », à ouvrir sa liste de sociniens par le nom de Jean Lombard, qui ne figure pas dans la lettre autographe de Paul de La Roque-Boyer. Jean Lombard fut consacré en 1673 et affecté à la communauté réformée d’Angers (synode de Bellesme), où il fut collègue de Daniel Dutens (voir la note précédente). Accusés de socinianisme, les deux pasteurs subirent une incarcération très dure pendant l’hiver rigoureux de 1684-1685 mais refusèrent d’abjurer. Après leur transfert à Paris, ils furent libérés et, quelques semaines après Dutens, le 26 septembre 1685, Jean Lombard reçut un passeport pour l’Angleterre (F. de Schickler, Les Eglises du refuge en Angleterre (Paris 1892, 3 vol.), iii.309). E. Benoist, Histoire de l’édit de Nantes (Delft 1693-1695, 5 vol.), iv.516-517, explique que Dutens et Lombard furent fortement soupçonnés de socinianisme, mais que cette rumeur vint aux oreilles du commissaire catholique, qui eut la maladresse (de son point de vue) de faire état de ces soupçons. Devant pareille attaque, l’assemblée synodale fit entendre les deux suspects et, par solidarité, se contenta de faire signer par tous les présents une déclaration à teneur fort orthodoxe. Benoist ajoute qu’avant de mourir, Jean Lombard s’était « purgé » de ses erreurs et avait achevé sa vie « pieusement ».

[16] En effet, un tel portrait « socinien » de Colomiès donnait raison aux accusations portées par Jurieu dans L’Esprit de M. Arnaud (Deventer 1684, 12°), ii.296-318.

[17] Bayle n’exploite pas cette anecdote de Paul Falentin de La Rivière dans le DHC, art. « Colomiès (Paul) », qui souligne les qualités du huguenot réfugié et les calomnies ridicules de ses ennemis presbytériens.

[18] William Sancroft (1617-1693) avait succédé à Gilbert Sheldon à l’archevêché de Cantorbéry en décembre 1677. Malgré ses relations tumultueuses avec Charles II, Sancroft resta scrupuleusement fidèle à son serment d’allégeance et refusa de reconnaître la légitimité de Guillaume d’Orange, ce qui lui valut d’être révoqué en 1689 et remplacé par John Tillotson.

[19] Bayle consacre un article du DHC à Abraham Heidanus (1597-1678), professeur en théologie à Leyde, et y mentionne son père, Gaspar, appelé comme ministre à Amsterdam en 1608.

[20] Johann-Caspar Schweitzer (1620-1684), plus connu sous son nom latinisé de Suicer, fit ses études à Saumur et à Montauban et fut nommé professeur d’hébreu et de grec au collège de Zurich. Son fils, Jean-Henri (1644-1705) – qui est évoqué ici – succéda à son père en 1683 dans la chaire de grec à Zurich, puis accepta la chaire de théologie à l’académie de Heidelberg en 1700 ; il mourut peu après.

[21] Henrik Wetstein : voir Lettre 285, n.5, et surtout l’édition de sa correspondance, R. Maber (éd.), Publishing in the Republic of Letters, 1679-1692. The Ménage-Grævius-Wetstein correspondence (Amsterdam, New York 2005).

[22] Après celle de Mathieu Marais (Lettre 1363), Bayle avait apparemment reçu de la part de La Roque-Boyer une nouvelle défense de David contre son article du DHC. Il se peut qu’il s’agisse du sermon (perdu) évoqué ci-dessus, n.2.

[23] Virgile, Enéide, X.108 : Tros Rutulusve fuat, nullo discrimine habebo : « Que ce soit un Troyen ou un Rutule [de Latium], je ne ferai pas de distinction. »

[24] Paul de La Roque-Boyer était proche du milieu de Saint-Evremond et d’ Hortense Mancini, proche aussi du milieu des huguenots réfugiés, comme on le voit par son récit concernant Paul Colomiès : nous ne saurions préciser l’identité de l’ami qui lui avait prêté un exemplaire du DHC de Bayle.

[25] Quintus Ennius (239-169 av. J.-C.), poète épique, dramaturge et satirique. Son épopée Annales joua le rôle d’épopée nationale avant d’être dépassée par l’ Enéide de Virgile. Sur celui-ci et sur d’autres grands écrivains latins, son influence fut profonde.

[26] Bayle fait allusion à un vers célèbre de L’Art poétique d’ Horace (v.343) : Omne tulit punctum, qui utile miscuit dulci : « celui-là eut tous les suffrages, qui mêla l’utile à l’agréable ».

[27] Voir Pline le Jeune, Lettres, VIII, vii, de Pline à Tacite : Tacite soumet son œuvre à Pline comme à un maître ; Pline lui répond : « Ce n’est point comme de maître à maître, ni comme de disciple à disciple, ainsi que vous me le mandez, mais comme de maître à disciple, que vous m’avez envoyé votre livre : car vous êtes le maître et moi l’élève ; aussi me rappelez-vous à l’école, moi qui prolonge encore les Saturnales. Je ne pouvais vous faire un compliment plus embarrassé, et vous mieux prouver par là, que, loin de passer pour votre maître, je ne mérite pas même le nom de votre disciple. Toutefois je vais essayer le rôle de maître, et j’exercerai sur votre livre le droit que vous m’avez donné. J’en userai d’autant plus librement, que je ne vous enverrai pendant ce temps rien sur quoi vous puissiez vous venger. Adieu. »

[28] Perse, Satires, I, 47 : nec enim mihi cornea fibra est : « et mon cœur n’est pas sans sentiment. »

[29] Bayle fait état dans le DHC d’informations fournies par La Roque-Boyer : leurs échanges se poursuivirent certainement, mais aucune autre lettre ne nous est parvenue. Voir E. Labrousse, Inventaire, n° 1334, qui évoque les articles « Dieu (Louis de) », rem. D, « Drusille », rem. A, « Drusius », rem. R : nous indiquons cet apport dans l’Annexe du tome XIV de la présente édition.

[30] François Vaillant, libraire à Londres : voir Lettre 1178.

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