Lettre 1421 : Pierre Bayle à Bernard Le Bovier de Fontenelle

[Rotterdam, le] jeudi 19 e mars 1698 [1699 [1]] Je repon[d]s tout à la fois, mon cher Monsieur à vos deux dernières lettres [2]. Je suis ravi des nouvelles que vous m’ap[p]renez touchant les beaux desseins de M rs vos confrères dans l’Académie roïale des sciences [3], et de la tache qui vous est écheuë de donner l’histoire des Académies [4]. Vous vous en a[c]quitterez très bien ; vous me faites plus d’honneur que je ne mérite en me demandant des lumières ; je voudrois etre assez habile pour vous en fournir et avec une joie extreme, je vous ferois part de mes thrésors, si j’en avois. Je ne puis que vous indiquer un homme qui nomme un très grand nombre d’écrivains qui ont traitté cette matiere. Consultez la Bibliotheca bibliothecarum de Mr Teissier. C’est un in 4° qui fut imprimé à Genève l’an 1686. Vous y trouverez au 4 e indice à la page 349 de quoi être bien content [5]. S’il vous etoit difficile de trouver ce livre-là[,] je vous enverrois une copie de cette page[.] / Les Ragguagli historii e politici de Mr Leti dont Mr Bernard a dit un mot dans ses Nouvelles de janvier, ce me semble, sont en vente [6]. On attend dans quelque tem[p]s le livre que le sieur Deslandes imprime de Mr Bohereau, savant réfugié de La Rochelle à qui Mr Le Fevre de Saumur a écrit tant de lettres. Cet ouvrage est une version en françois de l’ouvrage d’ Origène contre Celsus, avec des remarques [7]. Je vous ren[d]s un million de graces, mon cher Monsieur, de toutes les peines que vous prenez si obligeamment pour l’envoi du paquet que vous me destinez [8], et je suis avec toute l’estime et tout le respect possible votre très humble et très obeissant serviteur Bayle •

Notes :

[1] La date doit être corrigée, quoique autographe, car on comprend par le texte de la lettre que Fontenelle venait d’être nommé pensionnaire-secrétaire de l’Académie des sciences : or, cette nomination eut lieu le 28 janvier 1699.

[2] En dehors de la présente lettre, toute la correspondance entre Bayle et Fontenelle est perdue. Rappelons que Fontenelle avait connu les frères Basnage à Rouen et qu’il était resté en contact avec eux, comme en témoigne la publication de l’« Extrait d’une lettre écrite de Batavia dans les Indes orientales, le 27 novembre 1684 contenu dans une lettre de M. de Fontenelles, reçuë à Rotterdam par M. Basnage », publiée par Bayle dans les NRL, du mois de février 1686, cat. iii. Voir aussi Lettre 1053, n.2. Pour la correspondance de Fontenelle pendant toute cette période, voir M. Freyne, La Correspondance de Fontenelle jusqu’en 1740, thèse dactylographiée (Université de Sorbonne (Paris IV) 1972).

[3] Sur les statuts récemment donnés à l’Académie des sciences, voir Lettre 1420, n.10.

[4] La charge de Fontenelle en tant que secrétaire général de l’Académie devait donner lieu à la publication de son Histoire du renouvellement de l’Académie royale des sciences en 1699 et les éloges historiques de tous les académiciens morts depuis ce renouvellement ; avec un discours préliminaire sur l’utilité des mathématiques et de la physique (Paris 1708, 12°), suivie par la Suite des éloges des académiciens de l’Académie royale des sciences morts depuis l’an 1722 (Paris 1733, 12°), et par une nouvelle édition des Eloges des académiciens de l’Académie royale des sciences morts depuis l’an 1699 (Paris 1766, 12°, 2 vol.).

[5] Antoine Teissier, Catalogus auctorum qui librorum catalogos, indices, bibliothecas, virorum litteratorum elogia, vitas, aut orationes funebres, scriptis consignârunt (Genevæ 1686, 4°), dont une nouvelle édition devait paraître sous le titre Catalogus auctorum actuarium (Genevæ 1705, 4°) : voir Lettre 1029, n.4. A la page 349 de la première édition, Bayle renvoie Fontenelle au premier élément de la rubrique des livres in-quarto, indiquant les auteurs d’histoires d’Académies et d’universités : « De Academiis, sive Universitatibus scripserunt, Edmundus Richerius, Franciscus Donius, Franciscus Junius, Franciscus Suvertius, Gabriel Lurbeus, Henricus Bocerus, Hieronymus Matranga, Jacobus Cahagnesius, Jacobus Middendorpius, Jacobus Schopperus, Maternus Cholinus, Petrus Cratepolius, Petrus Winstrupius, Simon Maricius, Wolgangus Justus. »

[6] Gregorio Leti, Raguagli historici e pol[i]tici delle Virtù, e massime nicessarie alla conservatione degli Stati, con infiniti Esempi, overo compendio delle virtù heroiche sopra la fedeltà de’ suditi e amore verso la patria de’ veri cittadini (Amsterdam 1699, 8°, 2 vol.) ; voir le compte rendu par Jacques Bernard dans les NRL, août 1699, art. V. Dans les NRL, janvier 1699, art. VI, Bernard avait recensé un autre ouvrage de Leti, Vita di Don Pietro Giron, Duca d’Ossuna, Vicerè di Napoli, e di Sicilia, sotto il regno di Filippo III : scritta da Gregorio Leti. Arrichita di figure (Amsterdam, Georges Gallet, 1699, 3 vol.), qui devait être traduit aussitôt sous le titre La Vie de don Pedro Giron, duc d’Ossone, viceroi de Sicile et de Naples, sous le régne de Philippe III (Amsterdam, Georges Gallet 1700, 12°, 3 vol.). Sur ces deux ouvrages, voir l’article que lui consacre Chaufepié, s.v., et N. Krivatsy, Bibliography of the works of Gregorio Leti (New Castle, Delaware 1982), p.64-65, 80-82.

[7] Traité d’Origène contre Celse. Ou défence de la religion chrétienne contre les accusations des païens. Traduit du grec par Elie Bouhéreau (Amsterdam 1700, 4°), imprimé par Henry Desbordes. Elie Bouhéreau (1643-1719), issu d’une famille réformée éminente à La Rochelle, voyagea en Europe entre 1689 et 1692 comme secrétaire personnel de Thomas Coxe, envoyé britannique auprès des Cantons suisses. Entre 1694 et 1696, il fut le secrétaire personnel du marquis de Ruvigny, alors commandant des troupes anglaises au Piémont. Il suivit Ruvigny, devenu Lord Galway, en Irlande en 1697 et continua à le servir jusqu’en 1701. A cette date, il fut nommé bibliothécaire de la Marsh’s Library, fondée à Dublin par Narcissus Marsh (1638-1713), provost de Trinity College, Dublin (1679), évêque de Ferns et Leighlin (1683), archevêque de Cashel (1691), puis de Dublin (1694) et enfin d’Armagh (1703). Cette bibliothèque, très riche en ouvrages français, conserve également la correspondance passive de Bouhéreau entre 1662 et 1690 et son journal tenu à jour depuis 1689 jusqu’à sa mort. Voir Lettre 970, n.11, et A catalogue of books in the French language printed in or before A. D. 1715 : remaining in Archbishop Marsh’s library, Dublin, with an appendix relating to the Cashel diocesan library (Dublin 1918) ; A.P. Coudert, S. Hutton, R.H. Popkin, G.M. Weiner (dir.), Judaeo-Christian Intellectual Culture in the seventeenth century. A celebration of the library of Narcissus Marsh (1638-1713) (Dordrecht 1999) ; M. McCarthy, « Elie Bouhéreau, first keeper of Marsh’s library », Dublin historical record, 56 (2003), p.132-145 ; P. Benedict et P.-O. Léchot, « The library of Elie Bouhéreau : the intellectual universe of a Huguenot refugee and his family », in M. McCarthy et A. Simmons (dir.), Marsh’s Library – A Mirror on the World. Law, learning and libraries, 1650-1750 (Dublin 2009), p.165-184 ; R. Whelan, « Marsh’s Library and the French Calvinist tradition : the manuscript diary of Elie Bouhéreau (1643-1719) », in M. McCarthy et A. Simmons, The Making of Marsh’s library (Dublin, 2004), p.209-34, et « La correspondance d’Elie Bouhéreau (1643-1719) : les années folâtres », Littératures classiques, 71 (2010), p.91-112.

[8] Il n’est pas question de ce paquet dans les lettres qui suivent ; nous ne saurions préciser les livres que sans doute il contenait.

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