Lettre 1437 : Claude Nicaise à Pierre Bayle

Dijon le 14 juin 1699 Il y a long tem[p]s Monsieur que je n’ay recû de vos nouvelles [1], j’en attends avec impatience, et particulierement sur celle que je vous ay escripte touchant l’imperfection du Junius que je demande à Mons r Leers [2], et qu’il m’a promise [ sic] par sa lettre du mois d’aoust dernier et que j’ay envoyée à Mons r Anisson pour luy faire voir le tort qu’il a de m’accuser d’estre cause de sa rupture avec Mons r Leers [3] ; il ne m’a point renvoyé cette lettre quoyque je lui aye demandé trois fois pour la faire voir à Mr Leers ; s’il ne me la renvoye incessamment je me plaindray de son procédé d’une maniere qui ne luy sera peut estre pas fort agreable. / Je ne scay rien qui soit digne de vous estre mandé* de la Rep[ublique] des Lettres que le dernier livre du P[ère] Lamy de l’Oratoire en 2 vol. 4° Commentarius in harmoniam concordam quatuor Evangelistarum [4] ou sur tout il refute Spinosa et l’auteur de la nouvelle chronologie le Pere Pezron autrem[en]t Mr l’abbé de La Charmoye [5] nostre bon amy. Je suis d’ailleurs Mons r si affligé de la triste nouvelle de la mort de nostre bon amy le scavant P[ère] Pagi [6] que je n’ay pas le cœur de vous dire beaucoup de choses ; j’en ai envoyé un petit detail à Mons r Cuper que j’invite de vous en faire part pour le communiquer à Mons r de B[e]auval, qui pourra s’il le desire en faire parler son journal, comme l’on ne manquera pas d’en faire mention / dans celluy de France [7] ; ce scav[an]t religieux m’a promis autrefois dans quelques unes de ses lettres qu’il vouloit travailler à un epitome de l’hist[oire] ecclesiastique [8], qui vaudra mieux que tous ceux qu’on a vû[s] jusqu’à present ; s’il en a laissé quelque memoire son • neveû [9] qui est fort habile et qui est son eleve pourra bien en faire part au public. Mons r de La Monnoye [10] et Mons r Chesne [11] me demandent souvent de vos nouvelles. On ne parle en ce pays que du quietisme et du proces que l’on y faict aux quietistes[ :] [12] c’est l’heresie des Bourguignons ; voilà comme l’on la baptise en France ; elle fait neanmoins plus de bruit que d’effect ; je suis Mons r tout à vous Nicaise Pour Monsieur Baÿle / Rotterdam

Notes :

[1] La dernière lettre connue de Bayle à Nicaise est celle du 26 février 1699 (Lettre 1419).

[2] Cette lettre de Nicaise ne nous est pas parvenue. Il s’agit toujours de l’édition par Grævius de l’ouvrage de François Du Jon le fils, De pictura veterum (Roterodami 1694, folio), où l’éditeur avait omis de reconnaître sa dette à l’égard de Nicaise. Nicaise avait enfin reçu un exemplaire, mais celui-ci était défectueux et Nicaise demandait à Leers de lui envoyer un nouvel exemplaire. Voir Lettres 1066, n.3, et 1338, n.12.

[3] On ne trouve pas dans l’ouvrage d’O.S. Lankhorst, Reinier Leers (1654-1714), Uitgever en boekverkoper te Rotterdam. Een Europees « Libraire » en zijn fonds (Amsterdam, Maarssen 1983), d’informations sur les relations de Leers avec Jean Anisson, directeur de l’imprimerie du roi.

[4] Bernard Lamy, Commentarius in harmoniam concordam quatuor Evangelistarum (Paris 1699, 4°, 2 vol.) ; il avait publié dix ans auparavant l’ouvrage initial : Harmonia sive concordia quatuor Evangelistarum (Paris 1689, 12°). Sur l’auteur, voir F. Girbal, Bernard Lamy (Paris 1964), et, sur le Commentarius, le compte rendu dans le JS des 20 et 27 juillet 1699.

[5] Paul-Yves Pezron, abbé de La Charmoye depuis 1693, avait consacré plusieurs ouvrages à la chronologie : sa dernière publication s’intitulait Histoire évangélique confirmée par la judaïque et la romaine (Paris 1696, 12°, 2 vol.), sur laquelle voir Lettre 1107, n.47. Voir aussi la « Copie d’une lettre de Mr l’abbé de La Charmoye, à Mr l’abbé Nicaise, où il lui fait un détail de son ouvrage de l’ Origine des nations, qu’il doit bien-tôt mettre au jour », publiée par Jacques Bernard dans les NRL, juin 1699, art. II : annonce de son ouvrage Antiquité de la nation et de la langue des Celtes, autrement appelez Gaulois (Paris 1703, 12°), qui devait être traduit par David Jones, The Antiquities of nations ; more particularly of the Celtæ or Gauls (London 1706, 8° ; London 2000).

[6] Le chronologiste Antoine Pagi (1624-1699), né à Rognes, cordelier établi à Aix-en-Provence, auteur d’un commentaire critique sur les Annales de Baronius publié en 1689, mourut à Nice le 5 juin 1699. Il avait été un correspondant de Nicaise, de Gijsbert Kuiper et du cardinal Noris : voir Lettre 720, n.7.

[7] Nous n’avons trouvé ni dans le JS ni dans l’HOS de notice nécrologique concernant le Père Antoine Pagi. Jacques Bernard devait publier dans les NRL, juillet 1699, art. III, une « Lettre du Pere Pagi à Monsieur l’abbé Nicaise, ancien chanoine de la Sainte Chapelle de Dijon ». Un compte rendu de la Critica historica-chronologica in Annales ecclesiasticos Em. Card. Baroni [...] (Lutetiæ Parisiorum 1686, folio) de Pagi avait paru dans les NRL, avril 1686, art. IX ; l’édition ultérieure publiée par son neveu François Pagi (Coloniæ Allobrogum 1705, folio, 4 vol.) fut également recensée en février 1706, art. I, et en mars 1706, art. II ; sur cette édition, voir ci-dessous, n.9.

[8] C’est peut-être l’annonce de son ouvrage posthume, Dissertatio chronologica Antonii Pagi, [...] de periodo Græco-Romana, paucis abhinc annis primum ab auctore in Gallia magno chronologiæ commodo ingeniose concinnata Antoine Pagi ; denuo cura et studio Henrici Leonardi Schurzfleischii edita [...] et problematibus usum ejus commonstrantibus locupletata (Vitembergæ Saxonum 1705, 4°).

[9] François Pagi (1654-1721), né à Lambesc, publia les derniers volumes de la critique des Annales de Baronius composée par son oncle : Critica historico-chronologica in Annales ecclesiasticos [...] Cæsaris Cardinalis Baronii, [...] in quà rerum narratio defenditur, illustratur [...] et periodo græco-romana nunc primum concinnata munitur (Lutetiæ Parisiorum 1689, folio) ; Critica historico-chronologica in universos Annales ecclesiasticos [...] Cardinalis Baronii [...] auctore R.P. Antonio Pagi, [...] Opus posthumum quatuor tomis distinctum [...] Accedunt catalogi decem veterum summorum pontificum hactenus inediti [...] cura R. P. Francisci Pagi [...] (Antverpiæ 1705, folio, 4 vol.).

[10] Bernard de La Monnoye, Dijonnais comme Nicaise ; il avait apporté beaucoup de remarques et de références bibliographiques aux deux éditions du DHC : voir Lettres 923 et 1347, ainsi que l’article que lui consacre Chaufepié, art. « Monnoye (Bernard de La) ».

[11] Sur Etienne Chêne, avocat au parlement de Dijon, voir Lettres 1393, n.6, 1419, n.13, et 1450, n.2.

[12] Sur la bataille du quiétisme, voir Lettre 1401, n.1.

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