Lettre 144 : Pierre Bayle à Joseph Bayle

[Sedan,] l[e] 16 novembre 1677
Pour m[on] f[rere] Jos[eph]

Je ne savois à quoi attribuer votre long silence m[on] t[res] c[her] f[rere], et il y avoit long tems que je m’en chagrinois*, lors que votre lettre du 8 octobre m’a eté rendue [1]. Elle a eté 5 sepmaines en chemin, de sorte que vous ne devez pas vous en prendre à moi, de ce que ma reponse n’arrivera pas au tems que vous avez marqué peut etre. J’ai eté extremement faché* d’apprendre la grande maladie que vous avez euë, et je loüe Dieu de tout mon cœur de vous en avoir delivré. Je ne doutte point que cela ne vous ait empeché de soutenir, car vous me le faites entendre assez clairement en disant que vous avez gardé le lit depuis le 6 aout jusqu’à la fin du meme mois, puis que d’ailleurs vous m’envoiez des theses qui marquent qu’on les devoit soutenir le 24 aout [2]. Je souhaitte que vous puissiez achever et votre cours de philosophie et celui de theologie sans aucune interruption de cette nature, ni d’aucune autre. J’ai leu les theses de Mr Bon avec plaisir, on le voit entierement detaché de ses vieux principes, il paroit avoir penetré dans le cartesianisme mais je voudrois bien savoir à quoi lui sert son cours imprimé qui est toute pure philosophie d’ Aristote [3]. Pour les autres theses, j’avoüe qu’elles ne sont pas de meme trempe, ne quid graviùs dicam [4]. Mais pour vous repondre par ordre je commencerai par votre lettre de plus vieille datte. Je remarque que n[otre] c[her] f[rere] etoit à Mont[auban] dés le mois de mai, puis que ce fut de cette ville qu’il vous fit tenir le 12 de ce mois là ma lettre [5] : Cependant l’embarras de ses affaires a eté tel qu’il n’a peu m’ecrire que le 14 juillet, ni envoier votre paquet à la poste. Au reste par sa lettre du 14 juillet il me parloit de vous comme [a]yant eté actuellement aupres de lui à Mont[auban][.] D’où vient donc que dans la suitte de votre lettre dattée du 26 juillet [6], vous ne m’avez rien dit de votre petite course dans cette charmante ville ?

Je suis surpris du desavantage que vous m’apprennez q[ue] notre armée a eu dans le combat du col de Bagnols. La relation qui s’en est publiée à Paris chante bien autrement [7], et la liste des officiers espagnols faits prisonniers qu’elle donne avec leurs noms et surnoms et celui de leurs charges, où on voit quantité de gens de la 1ere qualité, ne permet pas de croire que notre nation ait eté si deconfite, principalement quand on considere que les Espagnols n’ont fait aucune demarche de gens victorieux apres le combat, car je n’ai pas oui dire qu’ils ayent passé au deça* des Pyrenées, co[mm]e ils auroient fait infailliblement, s’ils n’eussent pas eté mal menez par nos gens. Je ne voi pas en un mot qu’ils ayent entrepris la moindre chose, et c’est un grand prejugé contre eux. Quant à / Mr Persode [8] je n’ai à vous dire sinon que j’ai oui fort parler de lui ches Mr Le Blanc [9], qui est un des moderateurs de l’Academie, et meme le chef du conseil des moderateurs (qui est ici distinct du senat academique, et qui connoit des affaires de l’Academie souverainement, à l’exclusion dudit senat academique [10]) ancien du consistoire, conseiller au presidial, frere de feu Mr de Beaulieu prof[esseur] en theol[ogie] et qui a des filles tres belles, tres spirituelles et tres accomplies. Le pere de Mr Persode a eté resident de France à Francfort, et je l’ai oui loüer à plusieurs personnes. Son fils a effectivement logé ches Mr Le Blanc comme il vous a dit, du reste comme je ne le connois point, j’acquiesce à tout ce que vo[us] m’en dittes, qui avez mangé beaucoup de sel* avec lui. Je suis bien aise de ce que Mr Sartori [11] est à Geneve. J’avois l’honneur d’etre cheri de Mr son pere qui etoit un tres grand homme, et si je trouvois occasion d’en temoigner ma reconnoissance à son fils, j’en serois le plus content du monde.

Je ne connoi p[oin]t de Beringhen avocat au parlement. Celui qui a eté mon disciple n’est avocat que depuis 1 mois, et a eté receu avant que d’avoir etudié la jurisprudence comme c’est assez la coutume [12]. On en veut faire un conseiller. Son frere ainé l’est deja au Parlement de Paris [13]. Mr son pere vit de ses rentes et d’un fort grand air*, car il est de naissance à cela, etant de la meme maison que Mr le marquis de Beringhen premier ecuyer du Roy [14].

Si vos proposans ont à cœur leur avancement, ils doivent venir icy, car Mr Jurieu est sans contredit le p[remi]er homme de notre communion, et celui qui se devoüe le plus au profit des Academies. Pour moi je souhaitterois passionnement de rendre mille services à tous nos compatriotes, et je le ferai s’il en vient ici en tout ce qui dependra de moi. Tant de gens savent ce qui me regarde qu’enfin on le saura dans cette ville, et dés lors je n’ai qu’à songer à faire Gilles*. J’y suis tout pret quand il plairra à Dieu. Quant au nommé La Mothe qui vous demande 1 ecu qu’il pretend m’avoir preté amiablement, je vous dirai que j’ai en vain voulu me remettre ce personnage et son pretendu pret, je n’ai peu en reveiller la moindre petite espece [15]. Je ne sai ce que c’est, et je ne saurois dire s’il est vrai ou non. Je me souviens fort bien d’avoir emporté 2 petits mechans livres au s[ieu]r Besi qui etoient les Œuvres galantes de Cotin [16], et de n’avoir pas achetté un Ciceron pour lequel n[ot]re c[her] Bourdin m’avoit avancé 3 l[ivres] t[ournois], Je me souviens encore que le s[ieu]r Lavaur me devoit 2 ou 3 ecus de repetition et le petit La Boisse [17] autant ou plus, mais voila tout ce que j’ai peu rameiner dans ma memoire. Vous n’avez qu’à lui dire que vous n’etes pas mon heritier, que les dettes sont personnelles, que vous n’avez que faire à tout cela. Si j’etois asseuré que je lui dois cela ; de bon cœur je vous prierois de le payer et vous en rembourserois incessamment, mais comme je vous l’ai dit c’est pis qu’un songe p[ou]r moi[.] / 

• Je fairai toute la diligence possible pour vous envoier au p[remi]er jour le tome du Mercure galant q[ue] vous souhaittez [18], j’y joindrai le dernier ouvrage de Mr Jurieu De la puissance ecclesiastique [19], que j’envoirai à m[on] f[rere] avec les theses qu’on a soutenues icy. Il n’y en a point cette année de Mr Brazi [20]. Je • ferai mettre le paquet à la messagerie avec une addresse à Mr Ynard, et vous aurez soin de l’avertir qu’il envoye au bureau quand il sera tems. Si je le mettois à la poste comme vous m’en priez, il vous couteroit (j’entens le seul tome du Merc[ure] gal[ant]) plus de soixante dix sols. Et je ne sai si vous en serez quitte à la messagerie po[ur] 15 ou 20 car les petits paquets ne se payent pas au poids, mais à la discretion du commis. Le folio q[ue] m[on] f[rere] m’a envoié [21] m’a couté de port 2 l[ivres] t[ournois] 2 s[ols] à Paris. Voila votre 1ere lettre expediée.

Je viens à celle du 8 oct[obre] [22][.] Je suis bien aise de l’asseurance que vous me paroissez avoir, d’etre de retour à Puyl[aurens] p[ou]r la S[ain]t Martin, [c]ar c’est une marque que les necessitez domestiques ne mettront pas dans le cours de vos etudes, de ces hiatus qui m’ont eté si prejudiciables. Continuez de bien en mieux, devenez grand philosophe, sachés à fonds la scholastique, et soyez assuré que par ce moyen vous vous servirez avec plus de force de la doctrine des modernes : Liez amitié avec Mr Bon, pour apprendre de lui diverses choses de physique [23], pourveu que cela se puisse faire sans aucune distraction considerable. Je suis bien aise de ce que vous allez loger ches Mr Arbussi [24] ; je connois son merite il y a long tems, entrainez y votre cher camarade Mr B. [25] à qui je souhaitte mille benedictions. Ce que vous me dittes de la diminution des philosophes, et de la corruption qui regne dans l’acad[emie] m’afflige mortellement, sur tout le dernier article, parce que c’est une chose qui couvre de honte et de diffame notre Reformation, et nous fait regarder comme de schismatiques qui n’ont eu pour but que de se liberer du pesant joug de l’abstinence et de la mortification de la chair, ce qui rend les gens plus odieux que s’ils faisoient bande à part pour ne pouvoir croire certaines doctrines de speculation, comme ont fait les arminiens en Hollande [26]. La mollesse de nos directeurs en cela et cet indigne relachement qui les empeche de proceder par de censures exemplaires contre ces effeminez postulans de la chaire de verité, me paroit encore plus deplorable que le libertinage de la jeunesse. Mais laissons là des matieres aussi desagreables.

Cette academie est fort deserte tant parce que la situation dans le voisinage des ennemis detourne les gens d’y venir, que parce qu’il n’y vient plus d’Allemans, Hollandois, et Wallons, qui en faisoient autrefois toute la gloire outre qu’il y fait cher vivre beaucoup plus que dans les autres lieux d’etude. Il y a une douzaine de proposans tout au plus, et 7 philosophes, 4 logiciens et 3 physic[iens][.] Celui qui enseigne la logique cette année [27] a 2 auditeurs qui ne payent point de miner- / val* par mois, si bien qu’il peut faire son conte de n’avoir pendant ce cours que 460 l[ivres] t[ournois] par an pour le plus, à savoir 400 l[ivres] t[ournois] de gages, et 10 ecus de chacun de ses 2 ecoliers payans. Encore faut il supposer qu’ils ne quitteront pas avant les vacances, qu’ils reviendront pour la physique, et dés la fin des vacances, ce qui ne se prattique que tres rarement. Jugez s’il est en etat d’etre à son aise payant 300 l[ivres] de pension comme il fait. Il ne sauroit rendre une collation à ceux qui lui en donnent (quoi qu’il n’ayme rien moins que cela) pour lier connoissance, qu’il ne lui en coute des 4[,] 5 ou 6 ecus, le plus mechant chapeau lui coute 100 sols, le linge coute epouvantablement, enfin plusieurs proposans m’ont juré qu’avec toutes les lesines du monde, ils ne pouvoient avoir assez de 50 pistoles par an, (je n’ai pas peine à le croire car j’eprouve la meme chose)[.] N’en dites pourtant rien à personne, de peur que cela ne refroidit nos Gascons qui ne sont pas ordinairem[en]t fort pecunieux, de l’envie qu’ils ont de venir voir l’academie[.] Quand ils y seront une fois, ils prendront leurs mesures* selon l’etat des choses. Vous ferez tres bien de faire des courses po[ur] voir le beau monde de vos quartiers* : quand on se plait à cela on y profite et on se fait connoitre avec ava[n]tage. Ceux qui n’aiment pas le monde ne doivent pas s’y commettre, et ç’a eté ma maxime.

J’aimerois mieux apprendre que Mr Bal. a fait donner une cure de 2 000 l[ivres] de rente à son parent en Languedoc, que la chaire d’Argenteuil, car ce petit emploi ne l’eloigne p[oin]t de Paris, comme je souhaitterois qu’il • fut [28]. Je vous remercie de toutes les particularitez que vous m’apprennez tant du C[arla] que d’ailleurs. Vous aurez compris par mes dernieres lettres qu’il m’importe extremement de savoir ces sortes de choses. Ainsi je vous prie de continuer, puis qu’outre que cella sert à me faire passer d’agreables moments, et à delasser mon esprit accablé d’occupations peu agreables, j’en puis encore tirer du profit. Apprennez moi qu’est devenu Mr de S[ain]t Martin Dusson [29]. J’ai bien du chagrin que nos guerriers [30] ne soient pas tous officiers, et qu’il y en ait de ceux que nous cherissons le plus, qui soient encore sur le pied qu’ils s’en sont allez. Il y a tant de canaille parmi les cavaliers, qu’un homme de bonne maison ne peut y croupir long tems sans quelque espece de honte, quod inter nos dictum sit [31]. La maison du Roy a eté fort maltraittée dans une grosse escarmouche en Alsace le 7 oct[obre] dernier [32], je ne sai si votre garde du corps qui doit entrer en semestre, en sera sorti bragues* nettes [33]. L’avantage demeura pourtant à la France, car on prit prisonnier le comte de Nassau Sarbruck, le comte de Ritberg, le general Harrant etc et les 2 premiers sont morts de leurs blessures [34]. Mr de Peguilin est toujours en prison à Pignerol [35]. Voila tout ce que j’en sai. Mr Terson [36] est fort estimé à ce que j’apprens, il m’a fait dire qu’il est bien faché* de n’avoir pas le loisir de m’ecrire. A Dieu m[on] c[her] f[rere] priez D[ieu] po[ur] moi co[mm]e je fais p[ou]r vo[us][.] / 

Vous verrez dans les lettres qui accompagnent celle ci ce q[ue] je sai de nouvelles.

Vous aurez encore ces 2 mots. Je continue à vous exhorter de ne rien negliger pour orthografier exactement. Cela veut dire qu’il ne faut retrancher ni changer que les lettres que vous verrez retrancher ou changer au plus grand nombre d’habiles gens. Mr Menage s’est avisé depuis peu d’ecrire segret, segond, et j’ay û etc mais il n’y a point de presse* à l’imiter [37]. Observés aussi les lettres capitales, les accens, et la distinction de l’u voyelle et de l’u consonne. Il y a quantité de grands hommes qui se mettent au dessus de cela, ou du moins dans les lettres desquels on ne voit p[oin]t cette exacti[t]ude, mais cela vient de ce qu’une longue habitude dans la negligence de l’or[t]hographe l’a emporté sur les autres considerations. A cause de cela vous [p]ourrez remarquer que moi meme qui vous donne cet avis, je l’oublie fort [s]ouvent. La 6. these de Mr Bon, accidens mutat de sub[jec]to etc favorise extremem[en]t l’opinion de l’Egl[ise] rom[aine] q[ue] les accidens peuvent exister sans sujet [38] : Et [il] paroit n’avoir pas bien compris la doctrine de Desc[artes] sur ce point là. J’ai re[mar]qué une expression dans vos lettres qui e[st] furieusem[en]t gasconne, cela les chagri[n]oit fort de meme qu’à moi. Cet à moi e[st] un solecisme. Languir pour s’ennuyer dont / vous vous servez ailleurs ne vaut pas mieux. C’est une grande loüange pour un Gascon qui vient à Paris de s’etre preservé de la contagion des phrases provinciales. Mais il faut avoir eté long tems sur ses gardes, pour en venir là. On me surprend tous les jours sur le fait, quoi que depuis 6 ou 7 ans je ne sois plus exposé à cet air contagieux. Si je croiois q[ue] cette lettre vous sera rendue au C[arla] je vo[us] prierois de vo[us] informer q[ui] etoit dom Vidal Dauch [39] dont j’ai oui parler diverses fois à vos Mrs[.]

Pour/ Monsieur Bayle etudiant en/ philosophie.

N’oubliez pas à me satisfaire sur les points que je vous ai marqués dans mes precedentes*, si vous n’en etes pas trop fatigué[.]

Notes :

[1] Cette lettre est perdue.

[2] Il est possible que Bayle ait soupçonné que la maladie de Joseph était diplomatique, soit que des difficultés financières aient ramené le jeune homme au Carla avant la période des vacances, soit qu’il ait redouté d’affronter ses examens de fin d’année.

[3] Des trois ouvrages connus de Jean Bon, Bayle pense ici apparemment à son Compendium totius logicæ in gratiam studiosæ juventutis impressum (Castris 1664, 8°). Les autres livres du professeur de Puylaurens sont des recueils de dissertations tout aussi étroitement tributaires d’ Aristote, intitulés Physica (Castris 1664, 8°) et Logica (Podiolauri 1665, 8°). Voir aussi Lettre 135, n.3.

[4] « Pour ne pas être plus sévère », ou « Pour ne pas en dire plus ».

[5] La « première lettre » est constituée par les Lettres 135 et 136, écrites à quelques jours d’intervalle et que Pierre a sans doute envoyées en un seul « paquet », puisqu’il y fait allusion, dans la Lettre 138, comme à un seul envoi. La deuxième lettre à laquelle Joseph vient de répondre est la Lettre 138.

[6] Ces lettres ne nous sont pas parvenues.

[7] Sur la bataille du col de Bagnols, les sources d’information de Bayle sont indiquées, Lettre 142, n.12.

[8] Il s’agit probablement de Jean de Persode, de Metz, alors proposant en séjour à Puylaurens, après avoir étudié à Sedan ; après la Révocation, il fut pasteur à Francfort, et ultérieurement en Angleterre. Il était vraisemblablement frère de Charles de Persode, sieur de Laistre, avocat au Parlement de Paris, conseiller d’Etat et secrétaire des commandements du Roi, et fils de Pierre de Persode, sieur de Mézery, interprète du roi en langue germanique, et de Susanne de Saint-Aubin.

[9] Pierre Le Blanc, frère du défunt professeur de théologie, conseiller au Présidial de Sedan, avait quatre filles. Il abjura à la Révocation, mais tenta vainement par la suite, à deux reprises, de sortir de France. Après sa mort, sa veuve y parvint et se retira à Berlin avec ses filles.

[10] Bayle précisera plus tard (Lettre 158 [Sedan 1678]) la différence entre le Conseil des Modérateurs (ou Curateurs), émanation du pouvoir politique et composé de laïcs, et le Sénat académique, qui regroupait les pasteurs de la principauté.

[11] Voir Lettre 119, n.24. Jean Sartoris, fils du défunt professeur de Genève, songeait, dix-huit mois auparavant, à entreprendre une peregrinatio academica et avait envisagé alors d’aller à Sedan. Finalement, on le constate, c’est à Puylaurens qu’il s’est rendu – peut-être par Saumur, et probablement parce que la ville des Ardennes était proche du théâtre de la guerre.

[12] Voir Lettre 83, n.2. Frédéric de Beringhen, sieur de Langarzeau, qu’on trouve cornette de cavalerie, était né en 1663 : on voit mal comment il aurait pu être reçu avocat à l’âge de 14 ans. Il faut peut-être supposer un autre fils, un peu plus âgé – celui dont il est question ici – reçu avocat en 1677 et qui apparemment mourut un peu plus tard et avant la Révocation.

[13] Théodore de Beringhen, l’aîné des fils de l’employeur de Bayle, beaucoup plus âgé que ses cadets, était né en 1644. Comme son père, lors de la Révocation, il se refusa obstinément à abjurer et ils furent tous deux expulsés vers la Hollande en 1687. Théodore y publia anonymement par la suite des Lettres d’exhortation et de consolation sur les souffrances de ces derniers temps (La Haye 1704, 12°) d’une piété fervente et exaltée.

[14] Pierre de Beringhen, premier valet de chambre d’ Henri IV, fut le père d’ Henri de Beringhen (1603-1692), valet de chambre de Louis XIII, conseiller d’Etat, premier écuyer de la petite écurie du Roi, dit « Monsieur le Premier le père » ; il avait abjuré assez précocement dans sa carrière (la branche « bretonne » de la famille était restée protestante). Son fils Jacques-Louis, marquis de Beringhen (1651-1723), lui succéda dans la charge de premier écuyer de la petite écurie de Louis XIV – à la Cour on l’appelait « Monsieur le Premier » : voir Tallemant des Réaux, Historiettes, i.608-611, et Saint-Simon , i.192, 265 ; sur son mariage avec Mlle d’Aumont, voir le Nouveau mercure galant, novembre 1677, viii.257-273 et ix.185.

[15] Autrement dit, pas le moindre souvenir. Ce La Mothe de Puylaurens, impossible à identifier précisément, avait réclamé à Joseph Bayle – après huit ans – une prétendue dette laissée par Pierre quand il avait quitté Puylaurens pour Toulouse.

[16] Charles Cotin, Œuvres galantes en prose et en vers (Paris 1663, 12° ; seconde édition augmentée, Paris 1665, 12°, 2 vol.), célèbre surtout par le « Sonnet à Mlle de Longueville, à présent duchesse de Nemours, sur sa fièvre quarte » (p.386-387), que Molière reprit mot pour mot dans sa satire des Femmes savantes, Acte III, scène 2. Impossible d’en savoir plus sur le sieur Besi, victime de l’indélicatesse de Bayle.

[17] Sur Charles de Bourdin, voir Lettres 62, n.13, et 134, n.13. Nous ne saurions identifier ni Lavaur ni La Boisse, mais il s’agissait visiblement de collégiens auxquels Bayle donnait des répétitions quand il était proposant à Puylaurens, en 1668-1669.

[18] Nous ne pouvons savoir quel fascicule du Mercure galant Joseph demandait à son frère, probablement pour avoir des informations sur l’opéra.

[19] Le Traité de la puissance de l’Eglise : voir Lettre 141, n.21.

[20] Etienne Brazi, l’autre professeur de philosophie du collège de Sedan : voir Lettres 112, n.4, et 114, n.14.

[21] Il s’agit du cours de philosophie du Père Maignan : voir Lettres 107, n.26, 128, n.43, 133, n.19, et 140, p.425.

[22] Cette lettre est perdue.

[23] Joseph Bayle étudiait à présent la physique, mais toujours sous Ramondou (voir Lettre 135, p.400-401). Visiblement, Bayle juge ce professeur inférieur à son collègue Bon, et conseille donc à son cadet d’entrer en relations avec ce dernier qui, médecin et non pasteur comme l’était Ramondou, semblait devoir être plus compétent en physique.

[24] Pour sa seconde période de scolarité à Puylaurens, Joseph Bayle logeait donc chez Théophile Arbussy, pasteur et professeur de théologie dans l’académie : voir Lettre 5, n.10.

[25] Bayle n’a écrit que l’initiale, mais il est patent qu’il faut la compléter par le patronyme Bayze, celui du cousin qui se trouvait à Puylaurens en même temps que Joseph Bayle et qu’identifie la Lettre 134 (p.393 et n.6 ; voir aussi Lettre 3, n.7). L’autre cousin dont le patronyme commençait aussi par un B, que mentionne cette même Lettre 134, le cousin Bourdin, était en effet déjà proposant, donc, sinon sensiblement plus âgé que Joseph – car il avait pu prendre du retard dans ses études – du moins trop avancé dans celles-ci pour être qualifié de « camarade ».

[26] Les arminiens, disciples d’ Arminius, ou remontrants, calvinistes érasmisants, avaient été condamnés au synode de Dordrecht en 1618-1619, pour des motifs assez largement politiques : ils se recrutaient majoritairement chez les républicains néerlandais, influencés par les régents des grandes villes qui répugnaient à concéder trop de pouvoir aux princes d’Orange et qui, avant tout, négociants, représentaient le parti de la Paix, tandis que les Orangistes souhaitaient reprendre la guerre avec l’Espagne, interrompue par une trêve et au cours de laquelle la jeune république des Provinces-Unies avait connu d’étonnants succès. L’orthodoxie calviniste la plus rigide insistait sur la prédestination, décidée selon les supralapsaires dès avant la chute d’Adam, et selon les infralapsaires, après cette chute. Dans les deux cas, les contre-remontrants (ou gomaristes) adoptaient des thèses qui réduisaient la liberté humaine à des questions de mots. Les remontrants, en revanche, faisaient de la prédestination plutôt une question de mots qu’une réalité contraignante. Les arminiens affirmaient la liberté humaine plus ouvertement que n’allaient le faire par la suite les théologiens de Saumur. L’autre problème clef qui opposait les deux camps était celui de savoir si le Christ était mort pour le salut de tous les hommes ou pour celui des seuls prédestinés. Sur ce point aussi, sans rejoindre l’arminianisme, l’école de Saumur allait s’orienter, avec Moyse Amyraut, vers l’universalisme, le qualifiant de « conditionnel ».

[27] A savoir Bayle lui-même, qui pouvait s’appuyer sur le cours qu’il avait composé et professé dans l’année 1675-1676.

[28] Bayle a souvent parlé de cet abbé de R. qu’il avait rencontré à Paris et qui, à ses yeux, risquait de le dénoncer aux autorités. Par ailleurs, on pourrait être tenté de compléter les initiales Bal. en Baluze et de supposer que l’abbé méridional qui pouvait reconnaître Bayle était apparenté à l’érudit bibliothécaire de Colbert, évidemment très bien placé pour favoriser la carrière d’un ecclésiastique. Nous n’avons pu déterminer le nom du prédicateur responsable des sermons de l’Avent en 1677 à Argenteuil.

[29] Sur M. de Saint-Martin d’Usson : voir Lettres 5, n.5, et 13, n.66, et la lettre de Pierre à Joseph Bayle du 16 juillet 1678 (Lettre 153).

[30] Bayle désigne ainsi les soldats originaires du Pays du Carla : voir Lettre 138, n.13.

[31] « Soit dit entre nous ». Remarquons que le fait d’être réformé n’aidait assurément pas à faire une belle carrière dans l’armée ; ainsi savons-nous que le cousin germain de Bayle, Gaston de Bruguière, abjura le protestantisme, probablement à l’époque de la Révocation, d’ailleurs sans pour autant faire une carrière brillante, puisqu’il semble l’avoir achevée comme capitaine.

[32] Bayle résume fidèlement l’ordinaire de la Gazette n° 94, nouvelle du camp de Kockberg du 10 octobre 1677.

[33] Nous ignorons quelle relation de Joseph Bayle servait dans les gardes du corps.

[34] Bayle poursuit son résumé du même article de la Gazette : voir ci-dessus n.32.

[35] Sur Puyguilhem, à savoir, Antoine Nompar de Caumont, connu d’abord sous le nom de marquis de Puyguilhem, puis sous celui de Lauzun, emprisonné à Pignerol, voir Lettre 68, n.12. Sur les adoucissements apportés au régime auquel Lauzun était soumis à Pignerol, d’où il avait tenté de s’évader, voir J. Petitfils, Lauzun, ou l’insolente séduction (Paris 1987, n lle éd. 1998), p.191-192.

[36] Jean Terson était alors proposant et résidait à Paris : voir Lettre 135, n.11.

[37] Sur la réforme de l’orthographe vainement proposée par Ménage, voir Observations de M. Ménage sur la langue françoise, partie (Paris 1676), §75. Bayle était en tout cas partisan d’une certaine simplification et d’une certaine unification des aberrations de l’orthographe française ; il n’osera introduire des innovations à ce sujet que dans l’édition de 1699 des Pensées diverses : voir PD, éd. Prat, I, Introduction, p.xxxi-xxxii.

[38] Jean Bon, médecin et philosophe, fut professeur de philosophie à l’académie de Montauban et à celle de Puylaurens de 1658 à 1682 : voir Lettre 3, n.8. Il écrivit des cours de physique et de logique. Aucune des thèses publiées par lui pour les exercices de discussions entre les élèves de philosophie ne nous est parvenue ; nous ignorons donc celle qui posait que « l’accident change de suppôt ». Voir FP 2 , ii, col.777-82.

[39] A cette question sur Dom Vidal d’Auch, Bayle recevra la réponse six mois plus tard : voir ses lettres du 16 juillet et du 26 novembre 1678.

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