Lettre 1445 : Pierre Bayle à Hervé-Simon de Valhébert

[Rotterdam, le ] 27 d’août [16]99 La derniere nuit a été si mauvaise pour moi, mon cher Monsieur, que crainte de pis la suivante je suis obligé de me tenir en repos cette journée [1], et si je ne savois pas que Mr Leers vous doit envoier ce soir un connoissement*[,] je dif[f]ererois à vous ecrire, mais quand je devrois essuier une insomnie plus facheuse que la precedente, je me donnerai l’honneur de vous escrire pour le moins un billet. Ne vous mettez point en peine d’acheter mon Dictionnaire, je vous promets un exemplaire de la 2 e edition qui sera achevée Dieu aidant à la fin de l’année prochaine [2], et plus correcte que la precedente. Un particulier qui achete un exemplaire chez Mr Leers a autant d’avantage qu’un libraire qui n’en achete qu’un. Ce n’est qu’en cas d’une emplette de 20, 30, 50 exemplaires, etc. que Mr Leers rabat aux acheteurs, c’est pourquoi si vous voulez avoir pour quelqu’un de vos amis un exemplaire, vous l’aurez à prix de libraire, c’est à dire au prix fixé que Mr Leers les vend un à un. C’est je pense 30 florins de Hollande en blanc. J’ai mis dans le ballot les papiers que vous m’avez fait la grace de me preter [3], et je vous en dois un million d’actions de graces, comme aussi par avance des livres [4] que vous voulez m’envoier par Mr Cramer [5]. Ne craignez pas que je montre à trop de gens l’ Esope ; je voudrois que ce que j’en tirerai en citant Méziriac ne fut guere con[n]u [6]. Ne prenez point la peine de m’envoier le present du Melange de lit[t]erature. On le reimprime ici [7]. Mes respects tres humbles au patron [8]. Je suis contraint de finir par l’assurance que je suis mon cher Monsieur, votre etc. A Monsieur / Monsieur Simon de Valhebert.

Notes :

[1] Sur la santé fragile de Bayle pendant la préparation de la deuxième édition du DHC – époque où il avait préparé également la publication de la troisième édition des Pensées diverses – voir Lettres 1428 et 1429.

[2] L’achevé d’imprimer de la deuxième édition est du 27 décembre 1701 ; l’ouvrage devait paraître en trois volumes in-folio sous la date de 1702.

[3] Plusieurs lettres de Valhébert sont perdues et la nature de ces papiers n’est pas précisée dans les échanges connus entre Bayle et Valhébert. Il semble probable cependant qu’il s’agit du mémoire de l’abbé Jean Gallois sur Méziriac, dont Bayle indique qu’il lui a été envoyé par Simon de Valhébert : voir DHC, art. « Méziriac (Claude Gaspar Bachet, seigneur de) », rem. C.

[4] L’un des livres que Valhébert avait accepté de prêter à Bayle et qu’il lui envoyait par « la voie de Genève » est sans doute la Vie d’Esope par Méziriac : voir le DHC, art. « Esope », rem. O : « La Vie d’Esope composée par Meziriac. On en verra [...] quelques extraits. C’est un petit livre imprimé à Bourg-en-Bresse, l’an 1632. Il ne contient que 40 pages, in 16. Il est devenu extrêmement rare. Mr Simon de Valhebert, bibliothécaire de Mr l’abbé Bignon, a eu la bonté de m’envoier son exemplaire. Voici ce que j’en tire... » Voir Jean Bouhier, Philippe Louis Joly et Jean-Bernard Michault, Eloges de quelques auteurs françois (Dijon 1742, 8°), p.1-84, où sont évoquées (p.57-58) plusieurs éditions de la Vie d’Esope, tirée des anciens auteurs (Bourg-en-Bresse 1632, 8° ; 1646, 16° ; 1712, 16°). Nous n’avons localisé qu’un exemplaire de l’édition de 1646 : Les Fables d’Æsope traduites fidèlement du grec, avec un choix de plusieurs autres fables attribuées à Æsope par des auteurs anciens, par M. Pierre Millot, [...]. Ensemble la vie d’Æsope composée par M. de Meziriac (Bourg-en-Bresse 1646, 16°), ainsi qu’une édition ultérieure dans le recueil de ses œuvres : Commentaires sur les Epistres d’Ovide [...] Nouvelle édition. Avec plusieurs autres ouvrages du même auteur, dont quelques uns paroissent pour la première fois (La Haye 1716, 8°, 2 vol.). John Toland devait faire publier une traduction anglaise des Fables avec la Vie d’Esope par Méziriac et des réflexions morales de Pierre de Boissat (London 1704, 8°) : voir J.H. Broome, An agent in Anglo-French relationships : Pierre Des Maizeaux, p.150-151 ; G. Carabelli, Tolandiana. Materiali bibliografici per lo studio dell’opere e della fortuna di John Toland (1670-1722) (Firenze 1975), p.102. Des Maizeaux devait s’entretenir avec Bayle de cette édition, qu’il essayait d’acquérir en juin 1704, mais la dédicace à Anthony Collins date du 7 mars 1704 et l’ouvrage avait paru le 12 avril de la même année : une participation de Des Maizeaux à la traduction de la Vie d’Esope par Méziriac semble donc peu probable.

[6] Voir le DHC, art. « Esope », rem. O, tirée de la Vie d’Esope par Méziriac.

[7] Sur les éditions rouennaise et parisienne des Mélanges [...] de Vigneul-Marville, dus à Noël (ou Bonaventure) d’Argonne, voir Lettre 1444, n.9. Une nouvelle édition devait en effet être publiée à Rotterdam chez Elias Yvans (Rotterdam 1700, 12°, 3 vol.), dont un compte rendu parut dans les NRL, janvier 1700, art. VII.

[8] L’ abbé Jean-Paul Bignon, dont Valhébert était le bibliothécaire.

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