Lettre 1452 : Pierre Bayle à François Janiçon

[Rotterdam, le 8 octobre 1699] Nous voions ici, Monsieur, depuis peu de jours, des Lettres de Mr Temple écrites durant son ambassade en Hollande au comte d’ Arlington et au chevalier Trévor, secrétaire d’Etat sous le regne de Charles II [1]. La première de ces lettres est datée du 2 e d’octobre 1668 ; et la dernière du 7 e d’août 1669 : mais ce n’est là qu’une partie des lettres de cet ambassadeur. On y voit ce qu’il a eu ordre de négocier durant le cours de ce tem[p]s-là, pour porter l’Espagne à païer les subsides qui avoient été promis à la Suède, et pour maintenir la Triple Alliance, en quoi il paroît qu’il réussit ; mais il ne put jamais convenir avec les Hollandois, de conclure un traité avec eux, touchant les différen[d]s de Surinam, et ceux que les Anglois avoient avec la Compagnie des Indes Orientales de ce païs-ci. Ces deux dernières négociations remplissent presque toutes ces lettres, et il y revient si souvent, que cela ennuie le lecteur. Avez-vous ouï parler d’un ouvrage, qui a pour titre, Histoire des anabaptistes ; contenant leur doctrine, les diverses opinions qui les divisent en plusieurs sectes, les troubles qu’ils ont causez, et enfin, tout ce qui s’est passé de plus considérable à leur égard, depuis l’an 1521 jusques à présent. A Amsterdam, chez Jacques Des-Bordes [2][?] On trouve dans ce livre des choses dignes de curiosité, des événemen[t]s si extraordinaires, et des faits si surprenan[t]s, qu’on ne peut s’empêcher de tomber en admiration*. C’est une ample matiere à réfléchir sur la folie de la plûpart des hommes, et sur la foiblesse qu’ils ont de recevoir sans examen toutes sortes de nouveautez, et de prendre aveuglément les visions les plus ridicules, pour les véritez essentielles. En effet, n’est-ce pas un sujet d’étonnement, que de voir la doctrine la plus extravagante être reçuë subitement par une multitude de peuples ; des gens de la plus basse condition qui la prêchent ; et qui font passer les pensées chimériques d’un cerveau creux pour de véritables révélations, former des desseins plus ambitieux que ceux des plus fameux conquéran[t]s, et réüssir en partie dans ces desseins ? N’est-ce pas encore une chose qui passe l’imagination, que de voir un homme aussi peu considérable que Muntzer, premier chef des anabaptistes [3], à la tête d’une nombreuse armée, et faire trembler toute l’Allemagne : et après lui un boulanger [4], et un tailleur d’habits [5], se rendre maîtres d’une puissante ville (c’est celle de Munster) et y commander de la manière la plus despotique ; sur tout, le dernier, qui à l’âge de vingt-six ans eut l’adresse de se faire roi, et l’ambition d’étendre sa roiauté sur toute la terre ? C’est pourtant ce qui est arrivé, et ce que le lecteur peut voir fort bien déduit* par ordre dans cet ouvrage. Je me suis entretenu avec quelques-uns des principaux de cette secte. Ils confessent, que les faits rapportez dans ce livre sont véritables ; mais ils nient qu’ils soient descendus de ces anabaptistes-là, et disent qu’ils ne conviennent en rien avec eux, que sur le ba[p]tême. Ils ne les regardent que comme des fous, aïant en horreur tous leurs principes. Ils ont fait une réponse à Mr Spanheim, professeur à Leide, [auteur] d’un ouvrage latin duquel le livre, dont je vous parle, a tiré tout ce qu’il nous apprend, en françois, de ces fanatiques [6]. Il y a plus de quinze jours qu’on nous a avertis qu’on imprime à Amsterdam le Panegyrique de Madame Tiquet  [7]. Il y a des gens fort exacts à ramasser ces sortes de pieces, dès qu’elles paroissent. Le s[ieu]r Moetjens est de ce nombre. Il est certain qu’il a tout le Télémaque complet [8] ; il y en aura cinq volumes, qui paroîtront en peu de jours. Le s[ieu]r Henri Des Bordes vient d’imprimer un fort bon Traité des sources de la corruption qui regne aujourd’hui parmi les chrétiens [9]. On imprime à Amsterdam le Nouveau Testament du Père Bouhours [10]. Adrien Brackman, libraire à Amsterdam, donnera bientôt au public un livre intitulé, Le Théatre italien en six volumes, avec des figures et les airs des chansons notez et gravez : le tout mis au jour par le s[ieu]r Evariste Ghérardi, dit Arlequin, auteur du premier volume du livre qui a ci-devant paru sous le nom des Scenes francoises de ce théatre [11]. On dit que cet ouvrage sera dans sa derniere perfection. La seconde édition du livre intitulé, Jugement d’un protestant, ou traité historique sur les différends de M rs de Cambray et de Meaux , est presque toute venduë [12], bien qu’il n’y ait que huit jours qu’elle soit achevée d’imprimer. On court beaucoup apres cet ouvrage. Cette seconde édition est augmentée en quelques endroits. On y parle dans l’avis, de l’arrêt du Parlement, et du discours de Mr Daguesseau [13] ; mais succintement. « Il y auroit de la matiere », dit l’auteur « à faire un nouveau livre sur ces deux pieces, et sur le mandement de Mr de Meaux ». Nous avons vû, dans une de nos gazettes, que l’on a été surpris à Paris que l’ archevêque de Cambray ait été à Bruxelles, sous prétexte de faire la visite des brebis soûmises à sa jurisdiction pastorale [14]. Pour moi je ne croi pas qu’il l’ait fait sans permission de la Cour. J’ai vû une Lettre de Mons [15], qui porte, que dans la visite qu’il a fait[e] dans cette ville-là, il y a prêché deux fois. Un ministre protestant qui est au service d’un des regimen[t]s suisses en garnison à Mons, à la paie des Etats Généraux [16], se trouva avec plusieurs officiers au sermon de ce prélat. On remarque, que dans le premier, il dit que « la Sainte Ecriture, ni les Traditions n’enseignoient point que la Sainte Vierge eût fait aucun miracle ; et qu’il sembloit, par la réponse que lui fit Notre Seigneur, lorsqu’elle et Joseph l’avoient retrouvé dans le temple, qu’il avoit eu quelque dureté pour elle ». Il cita l’exemple des Noces de Cana, et ajoûta qu’« elle avait toûjours été dans une grande humilité » pour Jésus Christ. Son second sermon fut sur la conversion de saint Matthieu, dans lequel il blâma beaucoup ceux qui poussoient trop loin la confession ; disant que « le principal étoit d’être pénétré dans le cœur d’une vive douleur d’avoir offensé Dieu, et d’avoir une sérieuse repentance ». Mr de Meaux trouvera du quiétisme là-dedans. Cette lettre ajoûte que ce prélat avait parlé de ses ouvrages et de ceux de Mr de Meaux [17] dans une compagnie, et qu’il avait dit qu’« il paroissoit depuis peu un livre, attribué à Mr Jurieu, qui les avoit bien drapez [18] ; mais que Mr de Meaux avoit beaucoup plus été étrillé que lui ». Le Traité de l’amour divin, par Mr Jurieu [19], s’imprime actuellement. C’est un bon livre : il sera composé de différen[t]s chapitres, à la fin desquels on trouve d’excellentes méditations, et des prieres propres à inspirer ce pur amour, que nous devons à la divinité. Vous avez sans doute, ouï dire, qu’il y a dans les cantons suisses protestan[t]s une espèce de quiétistes. On les appelle la Société philadelphique, ou fraternité piétiste [20]. J’ai vû un écrit sommaire qui vient de ce païs-là, par où on prétend prouver, que les maximes de ces gens-là sont dangereuses et intolérables à l’Eglise et au public, singulierement aux cantons reformez. Si je n’avois pas appréhendé de grossir le paquet je vous aurois envoyé copie de cet écrit, qui nous fait voir en quels principes sont les gens dont il parle. Après vous avoir parlé des nouvelles littéraires, je vous dirai ce que je sai de celles qui regardent la politique ; ce qui se borne pourtant à peu de chose. Le duc de Zell s’en est retourné dans ses Etats, fort content de son voyage de Loo [21]. Sa Majesté Britannique ne sera à La Haie, que vers la fin de la semaine prochaine. Mylord Jersey [22] est passé d’Angleterre, depuis huit jours, auprès de sa Majesté, ce qui persuade qu’il y a des affaires importantes, qui sont causes de ce voyage. Mylord Portland continuë à voir très souvent le comte de Tallard [23]. Quelques personnes veulent soütenir, que les Ecossois n’ont pas abandonné le poste de Darien [24] ; cependant je tiens d’une personne qui en a parlé à Mylord Jersey, que ce secrétaire d’Etat lui a dit que la chose était véritable. Beaucoup de particuliers, interessez dans cette entreprise, y perdront. Les Espagnols et les François seront fort aises que cette affaire ait manqué. On craint que les deux jeunes rois du Nord ne se fassent la guerre [25]. Si cela arrive, les Etats Généraux seront obligés d’armer par mer, de crainte que l’on ne ferme le passage du Sund. On m’écrit de Breda, qu’on a arrêté dans les environs de cette place un Anglois, qui y a été amené prisonnier, et qui est étroitement gardé [26]. C’est un des conspirateurs, dont le nom a été proclamé ; mais on ne le nomme pas. L’électeur de Bavière [27] a, dit-on, donné avis, de son séjour et du lieu où il étoit. Cet homme, non plus que les autres arrêtez à Loo, et qui ne sont pas encore en liberté, n’avoient pas apparemment de bons desseins ; car que viennent-ils chercher en ce païs, pendant que le roi y est ? La déclaration nouvelle, que le Roi a donnée, pour empêcher que ses sujets de la religion prétenduë réformée ne sortent de France, n’empêche pas qu’il n’en passe de grandes troupes tous les jours dans les païs étrangers, et qui veulent bien encourir les peines ; car il est difficile de pouvoir s’empêcher de suivre les mouvemen[t]s de sa conscience [28]. C’est une chose surprenante, que le conseil d’un si grand Roi ne voie point le mal que cela fait à son royaume. Il est arrivé ici, des environs de Caen, trente personnes de la campagne, dans un petit vaisseau, et qui ont sauvé leurs enfan[t]s, qu’on vouloit leur enlever. Outre cela, plus de cent autres personnes de différentes provinces. Adieu.

Notes :

[1] Letters written by Sir William Temple, during his being ambassador at The Hague, to the earl of Arlington and Sir John Trevor, secretaries of State to King Charles II. Publish’d from the originals, [...] by D. Jones, [...] (London 1699, 8°) ; voir les comptes rendus par Jacques Bernard dans les NRL, octobre 1699, art. III, avril 1701, art. VIII, et juin 1701, art. IX, ainsi que K.H.D. Haley, An English diplomat in the Low Countries : Sir William Temple and John de Witt, 1665- 1672 (Oxford 1986). Cette première publication de la correspondance de William Temple fut suivie par celle de Jonathan Swift : Letters written by Sir W. Temple, Bart. and other ministers of state : both at home and abroad : containing an account of the most important transactions that pass’d in Christendom from 1665 to 1672 : in two volumes. Review’d by Sir W. Temple sometime before his death : and published by Jonathan Swift (London, Jacob Tonson 1700, 8°, 2 vol.), signalée par Basnage de Beauval, HOS, mars 1700, art. XIII, p.132 (voir aussi décembre 1700, art. X, p.550), et complétée par un troisième et dernier volume : Letters written by Sir W. Temple, [...]. Vol. 3, Letters to the King, the prince of Orange, the chief ministers of State, and other persons (London, Goodwin 1703, 8°). La traduction française des premiers volumes avait paru immédiatement : Lettres de Monsieur le chevalier Temple, ecrites durant son ambassade à la Haye, au comte d’Arlington, et à M. le chevalier Jean Trévor secretaires d’Etat sous le régne de Charles II. Dans lesquelles sont découverts plusieurs secrets, qui avoient été cachez jusqu’à présent : publiées sur les originaux écrits de la propre main de l’auteur. Par M. D. Jones. Traduites de l’anglais par *** (La Haye 1700, 12°).

[2] François Catrou, Histoire des Anabaptistes : contenant leur doctrine, les diverses opinions qui les divisent en plusieurs sectes, les troubles qu’ils ont causez, et enfin tout ce qui s’est passé de plus considérable à leur égard, depuis l’an 1521 jusques à present (Amsterdam 1699, 1700, 1702, 12°). Voir le compte rendu de Basnage de Beauval, HOS, septembre 1699, art. IX, et celui des Mémoires de Trévoux, octobre 1702, art. XVI. Marchand signale l’ouvrage Histoire des anaba[p]tistes ou relation curieuse de leur doctrine, regne et revolutions, tant en Allemagne, Hollande, qu’Angleterre, où il êt traité de plusieurs sectes de mennonites, kouakres, et autres qui en sont provenus. Le tout enrichi de figures en taille douce (Paris 1695, 12°), qui est une traduction par François Catrou de l’ouvrage de Lambertus Hortensius (1500/1501-1574), Tumultuum Anabaptistarum liber unus (Amstelædami 1636, 8°).

[3] Thomas Müntzer (1489-1525), après des études de théologie à Leipzig, se rallia à Luther en 1519 et rédigea le manifeste de Prague en 1521 ; en 1523, il se convertit au millénarisme et prêcha contre l’autorité des princes, répandant ses idées grâce à la révolte des paysans. En 1525, il participa à la rédaction des Douze articles et prit le pouvoir à Mühlhausen, appelant à la restauration par la violence de l’Eglise apostolique afin de préparer le deuxième avènement du Christ. Le 15 mai 1525, son armée livra bataille, aux portes de Frankenhausen, contre les mercenaires commandés par les ducs de Brunswick et de Saxe et par Philippe de Hesse. Les paysans furent massacrés et Thomas Münzer torturé et décapité à Mühlhausen le 27 mai. Voir J. Lefèbvre (trad.), Thomas Müntzer (1490-1525), Ecrits théologiques et politiques (Lyon 1982) ; R. Stauffer, « Thomas Müntzer ou la politisation de l’Apocalypse », in J.-L. Vieillard-Baron (dir.), Apocalypse et sens de l’histoire, Cahier de l’Université de Saint-Jean de Jérusalem, 9 (1983), p.159-180.

[4] Allusion à Jan Matthijs (vers 1500-1534), qui naquit à Haarlem et exerça le métier de boulanger ; il devint un disciple de l’anabaptiste Melchior Hoffman. Il quitta ensuite Hoffman et se mit à la tête des « melchiorites », envoyant son disciple Jean de Leyde à Münster, où il le rejoignit en janvier 1534. Il y institua une théocratie inspirée par le millénarisme de Thomas Müntzer, mais l’évêque de Münster, Franz von Waldeck, entreprit aussitôt d’assiéger la ville. Le 5 avril, se croyant invulnérable, Matthijs sortit sans armes de la ville et fut immédiatement mis à mort. La ville se rendit enfin le 25 juin ; les fidèles anabaptistes furent massacrés et leur derniers prêcheurs furent exécutés. Voir Biographisch-Bibliographisches Kirchenlexikon (Nordhausen 2003), xxi.912–916 : « Jan Matthys » (article de C. Bernet).

[5] Allusion à Jan Bockhold (ou Bockelson) dit Jean de Leyde (1509-1536), marchand drapier de son métier, disciple de Jan Matthijs, qui l’envoya prêcher le millénarisme à Münster : la ville fut saisie par une ferveur extraordinaire, mais après la reprise de la ville par l’évêque Franz von Waldeck, tous les disciples furent massacrés et Jean de Leyde fut exécuté le 22 janvier 1536 : voir la note précédente.

[6] Frédéric Spanheim le père (1600-1649) avait autrefois présidé des thèses dont l’une fut soutenue par Laurens P.F. Laurentius : Disputationum Anti-Anabaptisticarum prima generalis : partim historicæ, partim dogmatica de origine, progressu, sectis, nominibus et dogmatibus Anabaptistarum. Quam [...] præside [...] Friderico Spanhemio [...] (Lugduni Batavorum 1643, 4°), et l’autre par Joannes Outhusius, Disputationum anti-anabaptisticarum undecima kataskeuastikê, de auctoritate librorum apocryphorum in condendis et probandis fidei articulis (Lugduni Batavorum 1644, 4°). Son fils, Frédéric Spanheim (1632-1701), publia un ouvrage polémique intitulé Selectiorum de religione controversiarum, etiam cum Græcis et Orientalibus, et cum Judæis, nuperisque Anti-Scripturariis, Elenchus historicotheologicus (Lugduni Batavorum 1687, 8°), qui connut plusieurs éditions ultérieures. Une réponse à Spanheim fut publiée par Engel Arendszoon van Dooregeest (ou Engel Arentson von Doorgeest) (1645-1706), ministre mennonite à De Rijp pendant quelque quarante années : Brief aan den Heere Fredericus Spanhemius, waarin de leer der Doopsgezinden nader uitgeleid, en verdedigd werd (Amsterdam, 1693, 1694, 1700, 8°), et cette réponse fut traduite en allemand sous le titre Sendschreiben an dem Hn. Fridericus Spanhemius, Professor der Heil. Gottesgelehrtheit und der Historien in der berühmten hohen Schule zu Leyden, worinnen die Lehre der so genandten Tauffgesinnten was näher am Tage gegeben und verthädiget, auch von vielen schweren Beschuldigungen gesaubert wird : gereichend zur Antwort auff das Buch, genandt : Historisches und Theologisches Register der auserlesenste Streitigkeiten von dem Gottesdienst : aus dem Holländischen ins Teutsche übersetzet (s.l. 1694, 8°). Des Maizeaux juge que, selon l’avis de Bayle, François Catrou tirait l’essentiel de ses informations de l’ouvrage de ce ministre mennonite, qui est cité par Bayle dans le DHC, art. « Anabaptistes », rem. D. En revanche, Prosper Marchand, dont le texte est entaché d’une incohérence syntaxique, indique une réponse de Galenus Abrahamsz, docteur en médecine et pasteur d’Amsterdam, traduite du flamand sous le titre Apologie pour les protestan[t]s qui croient qu’on ne doit baptizer que ceux qui sont venus à un âge de raison, avec un abrégé de leur doctrine (Amsterdam, Kuyper 1704, 8°) comme étant la source essentielle de Catrou.

[7] François Gasteau, Oraison funebre de Madame Tiquet, composée par Monsieur l’abbé G*** (Cologne 1699, 8°). Madame Tiquet fut guillotinée pour le meurtre de son mari ; son procès et son exécution « où elle vit la mort avec beaucoup de grandeur d’âme » la rendirent célèbre. Une polémique s’éleva entre le Père François Chauchemer (et non pas Cauchemère), jacobin, et l’abbé Gastaud, avocat au parlement de Provence, autour de cette exécution : voir Claude-Pierre Goujet et al., Supplément au « Grand Dictionnaire historique, généalogique, géographique, etc. » de Louis Moréri, pour servir à la dernière édition de l’an 1732 (Paris 1735, folio, 2 vol.), s.v.

[8] Sur la publication de Télémaque, voir Lettres 1414, n.19, et 1444, n.8.

[9] Jean-Frédéric Ostervald, Traité des sources de la corruption qui règne aujourd’hui parmi les chrétiens (Amsterdam 1700, 8°), publié par Henri Desbordes. Ancien élève de Pierre de Villemandy à Saumur, Osterwald réforma le culte de l’Eglise de Neuchâtel et créa une formation des pasteurs qui fut à l’origine de l’université de Neuchâtel ; il révisa la traduction de la Bible des pasteurs de Genève (1744), acompagnant le texte de réflexions morales. Osterwald, Jean-Alphonse Turretini et Samuel Werenfels formèrent ce qu’on appelle le « triumvirat hélvétique ». Osterwald soumettait systématiquement ses manuscrits à un cercle d’amis : Antoine Léger, Jacques Ingrand, Etienne Jallabert et David Sartoris, auxquels Jean-Robert Chouet fut parfois associé. Voir DHS (art. de M.-C. Pitassi) ; Biographisch-bibliographisches Kirchenlexicon, éd. F.W. Bautz (Hamm, puis Herzberg 1975-) (art. de P.-O. Léchot) ; M.-C. Pitassi, Inventaire de Turrettini, s.v. (qui comporte une bibliographie complète).

[10] Sur la publication du Nouveau Testament traduit par Bouhours en collaboration avec Pierre Besnier et Michel Le Tellier, voir Lettre 1128, n.20. Des Maizeaux signale : « Un libraire d’Amsterdam avoit dessein de réimprimer cette traduction du Nouveau Testament ; mais il ne l’a pas fait. »

[11] Évariste Gherardi (1663-1700), acteur et dramaturge italien arrivé en France à l’âge de 10 ans, débuta au théâtre italien en 1689 en interprétant le personnage d’Arlequin. Il publia un recueil de nombreuses pièces anonymes sous le titre Théâtre italien, ou recueil de toutes les scènes françaises qui ont été jouées sur le théâtre italien de l’Hôtel de Bourgogne (Paris 1694-1700, 12°, 6 vol.) ; voir l’édition établie par C. Mazouer et R. Guichemerre (Paris 1994-1996, 2 vol.). Une édition partielle, « reveue, corrigée et augmentée », parut chez Adriaan Braakman (Amsterdam 1697, 12°, 3 vol.). Sur le théâtre italien, voir aussi Lettre 1268, n.28 et 29.

[12] Pierre Jurieu, Traité historique contenant le jugement d’un protestant, sur la théologie mystique, sur le quiétisme, et sur les démêlez de l’ évêque de Meaux avec l’ archevêque de Cambray ; jusqu’à la bulle d’Innocent XII et l’assemblée provinciale de Paris, du 13 de may 1699 inclusivement. Avec le problème ecclésiastique contre l’archevêque de Paris (s.l. 1699, 8°) ; voir le compte rendu par Jacques Bernard dans les NRL, octobre 1699, art. VI, et son commentaire sur la polémique qui s’ensuivit, NRL, janvier 1700, art. IX. La deuxième édition porte la date de 1700 : voir ci-dessous n.17 et 18, et Kappler, Bibliographie de Jurieu, n° 69, p.341-346. Bonrepaux envoya un exemplaire de cet ouvrage de Jurieu au maréchal de Noailles le 28 juillet 1699 : voir Correspondance de Bonrepaux, lettre 133 du 28 juillet 1699. Voir aussi le commentaire d’ Henri Basnage de Beauval dans sa lettre du 12 juillet 1699 adressée à François Janiçon : « M. Jurieu vient de produire un Traité historique [...]. Il est de 400 pages. Il y pousse assez bien la matiere. Mais il traite trop brutalement l’evesque de Meaux. Il pouvoit luy faire les mesmes reproches moins grossierement. M. l’archevesque de Paris n’y est point épargné. Il menage un peu plus Mr l’archevesque de Cambray : il parle seulement de son acquiescement comme d’une lascheté indigne d’un hon[n]este homme. » (éd. H. Bots et L. van Lieshout, n° 79, p.160).

[13] Sur le bref du pape, l’arrêt du Parlement de Paris et le discours de d’ Aguesseau, voir Lettres 1446, n.7, et 1447, n.4.

[14] Voir la Gazette d’Amsterdam, le jeudi 24 sepembre 1699 : « Bruxelles, le 20 sept. L’ archevêque de Cambray qui continue sa visite, est arrivé à St. Sauveur prés de Ronse. » La Gazette de Rotterdam du lundi 21 septembre, annonce : « De Bruxelles, le 16 sept. L’archevêque de Cambrai qui était venu en cette ville pour faire sa visite des lieux qui sont de sa jurisdiction spirituelle sous la domination de S.M. Cat[h]olique, partit hier pour continuer la visite. »

[15] Nous n’avons pas trouvé trace de ce pamphlet.

[16] Prosper Marchand donne le nom de « M. Brugnier, depuis ministre à Bois-le-Duc et ensuite ministre pensionnaire à La Haye, mort en 1713 ». Il s’agit sans doute de « Daniel Brunier, pasteur de l’Olive, nommé le 7 et installé le 27 décembre 1711, chargé de la moitié des tours de prédication de [Abraham] Couët du Vivier. Mort le 19 novembre 1713. » Voir BCHEW, Liste des Eglises wallonnes des Pays-Bas, La Haye, p.57 : « Ministre des nobles ou de la société, prêchant le dimanche soir, 1686-1730 ».

[17] Sur la bataille de publications entre Bossuet et Fénelon, voir Lettre 1401, n.1.

[18] Sur cet ouvrage de Jurieu, voir ci-dessus, n.12.

[19] Il s’agit cette fois de La Pratique de la dévotion ou traité de l’amour divin. Dans lequel sont expliquées les règles de cette excellente vertu, selon l’esprit de l’Evangile, et par opposition aux faux devots. A l’usage de tous les fideles, et particulièrement de ceux qui souffrent pour Christ (Rotterdam 1700, 8°, 2 vol.), de Jurieu, qui connut des traductions allemande et anglaise en 1710 : voir Kappler, Bibliographie de Jurieu, n° 51, p.236-241.

[20] Le mouvement piétiste fondé par Philipp Jacob Spener s’était étendu en Suisse, comme aussi en Allemagne, où Nicolas Louis, comte de Zinzendorf, dirigeait la communauté des frères moraves à Herrnhut. Voir DHS, art. « Piétisme », par L. Dellsperger : « Dans la Suisse protestante, le piétisme fut à son apogée entre 1690 et 1750. Les premiers foyers virent le jour à Berne, dans le Pays de Vaud, à Zurich, à Saint-Gall et à Schaffhouse. Le piétisme prit une forte ampleur dans les Grisons et à Bâle. Genève et Neuchâtel furent touchés plus tard. Ce mouvement social complexe, sans organisation arrêtée, apparut à Berne à la fin des années 1680. Il entra en conflit avec les institutions religieuses et étatiques parce qu’il critiquait ouvertement l’Eglise établie, organisait des assemblées à domicile et ne respectait pas le principe paroissial ; il fut soupçonné de menées anabaptistes. En 1698-1699, les autorités essayèrent de l’éliminer. Deux de ses principaux acteurs, Samuel Güldin et Samuel König, furent chassés de Berne. Même si Zurich ne connut pas tout de suite un tel mouvement réformateur, des livres piétistes et anabaptistes furent saisis en 1698 alors qu’on découvrait des contacts avec les piétistes bernois. L’année 1699 vit naître un cercle piétiste à Vevey autour du secrétaire de la ville, François Magny. » Voir aussi R. Dellsperger, « Der Pietismus in der Schweiz », in M. Brecht, K. Deppermann, U. Gäbler, H. Lehmann (dir.), Geschichte des Pietismus (Göttingen 1995), ii.588-616.

[21] Georges Guillaume (1624-1705), duc de Brunswick-Lunebourg, duc de Celle, qui avait épousé Eléonore Desmier d’Olbreuze (1665-1725) : voir H.-C. Heimbürger, Georg-Wilhelm Herzog von Braunschweig und Lüneburg (Celle 1852), et C.P.M. Horric de Beaucaire, Une mésalliance dans la maison de Brunswick, 1665-1725, Eléonore Desmier d’Olbreuze, duchesse de Zell (Paris 1884). Sur sa visite à Het Loo, voir la Gazette d’Amsterdam du lundi 5 octobre 1699, qui annonce le départ imminent du duc de Celle : il était arrivé à Het Loo pour une partie de chasse le 22 septembre. Cette visite fait aussi l’objet d’une mention dans la Correspondance de Bonrepaux du 8 septembre 1699, n° 211 : lettre au cardinal de Bouillon. Voir aussi N. Japikse, Prins Willem III : de stadhouder-koning (Amsterdam 1930-1933, 2 vol.).

[22] Sur Edward Villiers, earl de Jersey, beau-frère de Lord Portland, voir Lettre 1181, n.2.

[23] Sur Hans Willem Bentinck, Lord Portland, voir Lettre 778, n.16. Camille d’Hostun de La Baume (1652-1728), comte de Tallard, était ambassadeur extraordinaire de France à Londres depuis 1697 : voir Lettre 1444, n.10. Il avait mené une carrière militaire : colonel à l’âge de seize ans, il devait être promu maréchal de France en 1703, lors de la guerre de Succession d’Espagne ; il subit la défaite à Blenheim et passa sept ans comme prisonnier à Nottingham en Angleterre ; à son retour, il fut nommé duc d’Hostun en 1712, pair de France en 1715 et président de l’Académie des sciences en 1724 ; membre du conseil de la Régence en 1717, il fut ministre d’Etat en 1726.

[24] Il s’agit d’un projet écossais de coloniser Darién (la partie la plus étroite de l’isthme de Panama) à l’initiative du parlementaire whig, Sir William Paterson – et, selon Rapin-Thoyras, de John Hamilton, 2 e Lord Belhaven. Malgré l’optimisme exprimé ici par Bayle, l’entreprise était déjà vouée à l’échec du fait de l’hostilité des Espagnols, qui revendiquaient les terres occupées par les quelque deux mille cinq cents colons écossais ; la plupart des colons moururent de maladie ou de famine. L’indemnisation des investisseurs donna lieu à la création de la Royal Bank of Scotland, exemple qui a pu servir de modèle à John Law dans la création de son « système » en 1718. Voir Rapin-Thoyras, Histoire d’Angleterre, continuée jusqu’à l’avènement de George I er à la couronne (La Haye 1724-1735, 4°, 12 vol.), xi.351-356. Quelques mois après la date de la présente lettre, Furly évoque, dans une lettre adressée à Shaftesbury du 16/26 février 1700, un pamphlet sur le projet écossais : An enquiry into the causes of the miscarriage of the Scots colony at Darien (Glasgow 1700, 8°), parfois attribué à George Ridpath : voir Shaftesbury, Correspondence, n° 100, n.5.

[25] Voir le Post Man and the historical Account (London), n° 664 (30 septembre 1699 - 3 octobre 1699) : « Hague, October 6. [...] The States General[,] being the guarantee of the peace between the Northern Crowns, have sent new instructions to Monsieur Obdam [Jacob II van Wassenaer] at Berlin, who ’tis said, is appointed to congratulate the king of Denmark upon his accession to the throne. Some advices from Hamburg tell us, that there is an overture made for adjusting the difference between that prince and the duke of Holstein Gottorp, and that ’tis thought that expedient and the approach of the winter, will prevent all acts of hostility between these two princes. » Ibid., n° 665 (October 3, 1699 - October 5, 1699) : « Copenhagen, October 1. The king has received advice that the Swedes continue their naval preparations with so much diligence, that they have 12 men of war, besides 4 frigots, and some other ships ready to put to sea ; whereupon orders are given to hasten as much as possible the fitting out of our fleet. There is a report here that England and Holland have made some instances at the court of Sweden, and that the fortifications in Holstein are to be discontinued ; but if there is no appearance of an accommodation, ’tis said the king designs to take 10.000 Saxons into his service. [...]. Ibid., n° 666 (19 october 1699 - 21 october 1699) : « Hamburg. October 23. They write from Copenhagen, that nine of their men of war ride in the Road of Elseneur, where they are to be joyned by several others, which are to be commanded by admiral Stoeken. [...] We have no advice as yet of the Swedish fleet having put to sea to transport their forces for Stralsund, but ’tis confirmed that the king of Denmark is to take 8 or 10.000 Saxons into his service. Notwithstanding these preparations, ’tis hoped that those differences will be amicably adjusted ; but in the mean time this city takes measures for our security, and the duke of Zell as colonel general of the Circle of the Lower Saxony, has caused some troops to move towards the Elbe, in order to watch the motions of the Swedes and Danes. » Le roi Frédéric IV du Danemark (1671-1730) devait s’allier avec la Saxe-Pologne-Lituanie et avec la Russie afin de reprendre à la Suède le contrôle des détroits de la mer Baltique et du protectorat suédois de Holstein-Gottorp, gouverné par le duc Frédéric IV de Holstein-Gottorp (1671-1702), cousin du roi Charles XII de Suède (1682-1718). Ce dernier devait résister aux premières attaques avant de se lancer dans une tentative vaine d’invasion de la Russie de Pierre I er. Nous assistons donc ici aux prémices de la grande guerre du Nord (1700-1721). Voir J. Lisk, The Struggle for supremacy in the Baltic : 1600-1725 (New York 1967) ; L. Bély, Les Relations internationales en Europe : XVII e-XVIII e siècle (Paris 1992) ; A. Stiles, Sweden and the Baltic, 1523-1721 (London 1992) ; R.I. Frost, The Northern Wars. War, State and society in Northeastern Europe, 1558-1721 (London 2000).

[26] Post Man and the historical account (London), n° 664 (30 septembre 1699 - 3 octobre 1699) : « Hague, October 6. We hear from Breda, that an Irish lord has been seized at Brussels, by order of the elector of Bavaria, and delivered into the hands of an officer, who has conducted him close prisoner to Breda. The reason of his being taken up is not yet publickly known, but as he does belong to the court of S[ain]t-Germain, it may be easily guessed at. He desired leave to write to his wife, who is at S[ain]t-Germain, which he did in the following words. “I have been taken up at Brussels and conducted to Breda, which is a place belonging to King William, without knowing the occasion thereof. Don’t be afraid, moderate your self and prepare your self against all events.” » Ibid., n° 665 (October 3, 1699 - October 5, 1699) : « Hague, October 9 [1699]. They write from thence, that the Irishman seized there and carried to Breda, is not a Lord ; as it was first reported, but gentleman of the horse to the earl of Ailsbury, and that his name of O Bryan, had occasioned the report that he was a nobleman. » Ibid., n° 666 (19 october 1699 - 21 october 1699) : « Hague, October 27 [1699]. On Sunday last[,] one Obryan, who was lately seized at Brussels, was brought hither from Breda under a very strong guard, and ’tis said he is likely to be hang’d, there being a positive evidence against him. » Nous ne saurions préciser si le prisonnier O’Brian était apparenté à Charles O’Brien (†1706), appelé vicomte Clare depuis 1693, un habitué de la cour de Saint-Germain, commandant d’un régiment français, qui devait mourir de ses blessures après la bataille de Ramillies en 1706. C’est sans doute à cause de la notoriété de Charles O’Brien, un jacobite qui avait accompagné la reine dans sa fuite de Londres à Paris, que le journaliste avait pris le prisonnier O’Bryan (ou O’Brian) pour un « nobleman ».

[27] Maximilien-Emmanuel de Bavière, électeur de Bavière, gouverneur des Pays-Bas espagnols : voir Lettre 792, n.3.

[28] Il s’agit de la Déclaration du Roy du 13 septembre 1699 portant peine des galères contre ceux de la R.P.R. ou réunis à l’Eglise, qui sortiront du royaume sans permission : voir Edits, déclarations et arrests concernans la Religion P[rétendue] Réformée, 1662-1751, précédés de l’édit de Nantes (Paris 1885), p.391-395. Sur l’exil des huguenots, voir M. Magdelaine et R. von Thadden (dir.), Le Refuge huguenot (Paris 1985) ; M. Yardeni, Le Refuge huguenot. Assimilation et culture (Paris 2002).

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