Lettre 1463 : Claude Nicaise à Pierre Bayle

• [Is-sur-Tille, 1699] Pour Mr Bayle • Je suis bien faché* Monsieur d’apprendre, que vous n’ayiés pas ancore recû l’ Hist[ori]a della volgar poësia [1] que j’ay envoyé à Geneve à Mons r Choüet [2] par Mons r de Lyvron [3] il y a plus de trois mois ; je lui en ay ancore écrît il n’i a que 8 jours ; Mons r Chesne [4] s’est fort mal acquitté des autres livres que je luy avois confié[s] pour vous ; je scay peu de nouvelles littéraires à vous dire ; vous scavés celles qui regardent les jesuites, dont le clergé de France aussi bien que la Cour de Rome ne sont pas contents, qui condamnent leurs termes et leur conduitte [5]. Mons r d’Avranches l’ancien [6], me mande* qu’il est bien ayse que le s[ieur] Halma ayt abandonné le grand dessein des inscriptions, que les gros receüils sont fort à la mode en Hollande, qu’il croit que c’est Mr Grævius qui les a mis en vogue [7] ; mais qu’il approuve davantage les receüils des petits ouvrages, qui sont conservés par ce moyen et qui périraient autrement ; mais de faire des receüils des receüils, cela luy paroist peu utile pour le public et fort ruineux pour les libraires[.] Le s[ieu]r Halma va r’imprimer son petit Traicté du paradis terrestre, reveu, et corrigé, et augmenté [8]. On r’imprime à Utrec[h]t des notes qu’il a faictes dans sa jeunesse sur l’anthologie [9], et dont monsieur Grævius estoit depositaire depuis 12 ou 13 ans. Faites ma paix je vous prie avec Mr de Witt [10], qui ne m’ecrit plus depuis quelque tem[p]s ; il m’avoit écrit jusqu’à 8 couriers consecutifs, et je luy [avois] mandé que je n’avois pas toujours des nouvelles littéraires toutes prestes à luy envoyer ; cela l’a peut estre faché dont je luy demande pardon ; il m’avoit promis une reponse d’un sien amy au Traicté du paradis terrestre de Mons r d’Avranches [11], que j’avais promis à ce prelat ; il a un receüil de vases anciens qui pourroit estre joinct à celluy que Mons r Henninius [12] vous a faïct voir autrefois si bien dessinés, et que M. Halma pourroit imprimer utilem[en]t [13]. Je suis Mons[ieur] tout à vous Nicaise

Notes :

[1] Sur cet ouvrage de Crescimbeni, voir Lettres 1400, n.9, et 1460, n.3.

[2] Jean-Antoine Chouet (1650-1732), le libraire imprimeur genevois : voir Lettres 1157, n.11, et 1241, n.3.

[3] Abraham de Livron (vers 1660-1730), qui servait d’intermédiaire dans la correspondance entre Nicaise et Jean-Alphonse Turrettini : Pitassi, Inventaire Turrettini, n° 990, 1022.

[4] Il a été plusieurs fois question d’ Etienne Chêne, avocat auprès du parlement de Dijon, intermédiaire pour les envois de Nicaise : voir Lettre 1393, n.6.

[5] Il s’agit sans doute des débuts de l’« affaire » des rites chinois : voir Lettre 1453, n.1-5.

[6] Pierre-Daniel Huet avait été intronisé évêque d’Avranches en 1692 ; en 1699 il avait échangé cet évêché contre l’abbaye Saint-Étienne-de-Fontenay au sud de Caen, où il résidait.

[7] Sur le recueil monumental de Grævius, Thesaurus antiquitatum romanarum, voir Lettre 1105, n.30.

[8] Huet, Traité de la situation du paradis terrestre (Paris 1691, 12°). Une traduction anglaise parut quelques années plus tard : A treatise of the situation of Paradise [...] To which is prefixed a map of the adjacent countries. Translated from the French original (London 1694, 12°) ; une traduction latine parut ensuite aux Provinces-Unies : Tractatus de situ Paradisi terrestris, nunc primum latine factus, ab auctore auctus. Accedit eiusdem commentarius de navigationibus Salomonis (Amstelodami 1698, 8°). La « septième édition » parue chez Pierre Brunel (Amsterdam 1701, 12°) porte l’adresse « Amsterdam, François Halma » au frontispice ; un compte rendu de la version latine parut dans le JS du 8 septembre 1698.

[9] Ce livre est difficile à identifier. Il s’agit peut-être de ses De interpretatione libri duo publiés près de quarante ans auparavant (Parisiis 1661, 4°), mais nous n’en avons pas trouvé de nouvelle édition à cette époque. Ce n’est que vingt ans plus tard que parurent les Dissertations sur différens sujets, composés par M. Huet et par quelques autres savans, recueillis par M. l’abbé de Tilladet (La Haye 1720, 12°).

[10] Sur Johan de Witt, secrétaire de la ville de Dordrecht, qui avait été autrefois lui-même un correspondant très paresseux, voir Lettres 504, n.1, 889, n.16, et 924, n.13.

[11] Sur le traité de Huet, voir ci-dessus, n.8. Nous n’avons su identifier la critique annoncée par un ami de Johan de Witt : il semble qu’elle n’ait pas été publiée.

[12] Sur Henrich Christian Henning, dit Henninius, le traducteur de Nicolas Bergier, voir Lettre 1031, n.9.

[13] Cet ouvrage ne semble pas avoir été imprimé.

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