Lettre 152 : Pierre Bayle à Jacob Bayle

[Sedan,] le 5 juin 1678

Votre lettre du 14 may [1], M[onsieur] e[t] t[res] c[her] f[rere], m’a donné une extreme satisfaction, et vous en conviendrez facilement si vous considerez qu’elle a porté avec elle son rabat-joye, car cela ne manque jamais aux grands plaisirs. Un bien mediocre peut venir seul, mais ceux qui sont d’une espece plus relevée, ont toujours quelq[ue] melange d’amertume, vous savez là dessus mille sentences, et mille apophtegmes. Mais laissant là cette moralité, je vas* vous dire que cet importun rabatjoye n’est autre chose que les attaques que vous avez souffertes en v[ot]re santé pendant le cours de cette année. Je prie le bon Dieu de vous en donner une pleine delivrance, et de conserver à n[otre] t[res] h[onoré] p[ere] celle dont vous m’apprennez qu’il joüit à present. C’est une prosperité incomparable p[ou]r moi q[ue] d’apprendre des nouvelles comme celle là.

J’ay fait vos complim[en]s à Mr Jurieu qui m’a chargé d’y repondre par des termes qui marquassent egalement l’estime qu’il fait de m[on] p[ere] et de vous, et le cas qu’il fait de votre amitié. Je vous envoierois incessamment son Examen du livre de la Reunion, et son Traitté de la devotion, mais je crois qu’il faut attendre que Lucas nous ait donné ce dernier ouvrage reveu et corrigé avec une grande exactitude par Mr Jurieu [2]. Il ne faudra pas attendre long tems, car co[mm]e c’est une piece d’un grand debit, l’imprimeur ne chomme pas, et on se hate beaucoup d’en achever l’edition ; dés qu’elle paroitra je vous promets ces 2 ouvrages.

Notre cadet m’envoya dernierement le sermon de Mr Morus , les Dernieres heures de Mr Bonnafous, Mont[auban] florissant, et un catalogue des livres que vous avez achettez ces années dernieres [3]. Il m’apprennoit que vous vous attachiez fort à l’etude de l’ histoire ecclesiastique, dont j’ay eté fort aise, car c’est à present la grande mode parmi les theologiens de l’autre parti ; on ne se distingue plus par la scholastique comme on faisoit autrefois, à la reserve de quelque moine ; tout le monde court apres les discussions historiques de l’ancienne Eglise [4]. Mrs de l’Eglise rom[aine] sont abondans en ecrivains, et ils ne cessent de faire imprimer plusieurs savans ouvrages dans lesquels ils nous presentent l’Antiquité du coté qui leur est favorable ; c’est dommage que nous n’ayons pas plusieurs savans, pour tourner les choses d’un autre coté et pour nous faire voir cette medaille par tous les endroits. On estime assez les Disserta[ti]ons historiques, critiques, chronologiques etc d’un jacobin nommé Natalis Alexander, dont on a deja veu 2 volumes qui s’etendent sur tous les points curieux des 3 ou 4 premiers siecles [5]. Je voudrois q[ue] nous eussions seulem[en]t 6 Jean Daillé, il n’en faudroit pas d’avantage pour battre tout le party romain dans ces retranchemens qu’ils se sont faits au pays de l’Antiquité [6]. Le meme cadet m’a ecrit 2 lettres depuis le mois de fevrier, qu’il arriva à P[uylaurens.] Je lui ay fait reponse autant de fois [7], et luy ay appris le peu de nouvelles que j’avois de la rep[ublique] des lettres [8]. Comme il y a apparence* q[ue] vous n’avez pas veu cela, je pourrai bien vous marquer les memes choses que je lui ay ecrittes, parce que cette consideration me rendra moins attentif à eviter les redites. Il m’ap[p]rennoit en passant la mort du s[ieu]r Coras, je lui en ai demandé les circonstances princi / pales [9]. Quant à ce q[ue] vous m’apprennez de Mr Isarn, il sera bien trompé s’il espere q[ue] Mr Jurieu repondra à ses reflexions, par des ecrits publics [10]. Il a bien d’autres choses à faire que de satisfaire la passion d’un homme qui cherche à se signaler par des inimitiez d’eclat, et par des demeslez avec les illustres ; et je croi que ce silence ne sera pas le moins efficace moyen de se venger de lui et de le mortifier. Quant au synode de la prov[ince] [11] empechez je vous en prie, qu’il ne donne les mains à aucune proposition qui soit contre Mr Jurieu, car ces assemblées venerables sont d’un poids et d’une autorité que* les particuliers se doivent menager* soigneusement, pour l’honneur de leur doctrine ; au lieu que les censures d’une seule tete sont de peu de consequence et ne sauroient faire un prejugé legitime. Dans le catalogue des livres que vous avez achettez j’ay veu plus d’une fois le nom de Mr Isarn et d’un certain Mr Le Bret, que je croi etre le meme q[ue] celui q[ue] Coras a cité dans la preface de son poeme. Apprennez moi qui e[st] et d’où est ce Le Bret, et s’il a travaillé sur les antiquitez de Montauban [12]. Il n’y a q[ue] peu de jours que Mr Perou m’ecrivit une lettre fort obligeante [13], où il me temoignoit se faire un merveilleux plaisir de l’esperance de vous voir au synode de Saverdun, et que votre reputa[ti]on luy en donnoit une extreme envie ; il ajoutoit un temoignage fort avantageux p[ou]r n[ot]re c[adet.] Je ne pense pas qu’il soit en etat d’aller voir v[ot]re synode, car son pere m’a dit qu’il s’en va le retirer de Puyl[aurens.] En cas que vous le vissiez à Saverdun je vous supplie de luy faire bien des amitiez, car c’est un fort honnete homme et d’une bonne famille d’icy.

Vous m’ecrivez le 14 de may qu’on publioit q[ue] Puyserda s’etoit rendu il y avoit 3 ou 4 jours. Cependant la gazette de Paris q[ue] j’ay veu en suitte, dans l’article du camp devant cette place le 15 may, marque formellement q[ue] les assiegez se deffendoient encore [14]. Vous m’avez fort obligé en m’apprenant les particularitez des milices du Foix, et l’expedition du gouverneur avec la noblesse du pays. Que je sache s’il vous plait l’etendue de ce gouvernem[en]t, et si La Bastide de Cerou en e[st], comme le porte une carte q[ue] j’ay veuë depuis peu ; elle est de la façon de Sanson le fils, et assez nouvelle [15], cependant à peine y a t’il 2 villes du comté de Foix qu’il nomme comme il faut ; qui est une negligence punissable en de gens q[ui] se nomment geografes du Roy et qui obtiennent mille privileges en veuë des esperances qu’ils font concevoir, de n’epargner aucuns frais pour s’instruire de l’etat des coins et des recoins du monde. Ce que vous m’apprennez de Mr Mesure [16] et de l’occasion qu’il vous fournit de precher autrem[en]t q[ue] vous n’aviez medité, est une de ces choses qui me plaisent plus q[ue] je ne saurois dire, et vous me deroberiez de plaisirs tres sensibles, si vous supprimiez de pareils incidens. Nous n’avons point encore veu icy les sermons de Mr Charles. Son discours contre les athées [17] sera bien beau s’il a plus de force et d’eloquence qu’un traitté que j’ay leu depuis quelques jours contre les athées, deistes et nouveaux pyrrhoniens ; il fut imprimé l’année passée sans nom d’autheur, mais il sent fort le Port Royal [18], c’est / un in-12°. On y pousse d’abord la pensée de Mr Pascal, que quand meme le party de la religion ne sembleroit pas plus probable q[ue] celuy de l’irreligion, toutes les maximes du bon sens nous engageroient à tenir le premier party parce qu’on ne risque rien s’il se trouve faux, et qu’on sera eternellem[en]t heureux, s’il se trouve veritable, au lieu qu’on ne gagnera rien si le party de l’atheisme se trouve vrai, et qu’on sera le plus malheureux du monde pend[an]t toute l’eternité, s’il se trouve faux.

Je suis bien aise de l’avancem[en]t de Mr de La Quere, et de la grande passe* de Mr de Bonrepos [19], et je ne demanderois pas mieux q[ue] de voir sur les gazetes et sur les autres nouvelles publiques, les noms de nos compatriotes, j’entends par là nos voisins de 15 ou 20 lieues à la ronde. Je vous remercie de la bonne nouvelle du theologal d’Alet, mais au reste je ne comprends pas comment Mr de Pamie[r]s s’expose à la persecution, sous pretexte de la regale, car j’avois toujours ouy dire q[ue] les droits de regale ne sont ouverts en faveur du prince, qu’apres le deceds de l’evesque sede vacante ; ainsi je ne voi pas par quelle avanture on a pretendu faire valoir ces droits là, pendant sa vie [20]. Eclaircissez moi cela, s’il vous plait. L’autre jour en lisant un ouvrage de Mr de S[ain]te Marthe imprimé l’an 1670 en 4 tomes in 12° intitulé L’Etat present de l’Europe [21], je remarquai que les marquis de Faudoas (c’est ainsi qu’il parle) sont de la maison de Rochechoüart ; que le chef de ladite branch[e] de Faudoas a epousé sa cousine germaine Marie de Rochechoüart fille du seigneur de Barbezan ; que les seigneurs de S[ain]t Clement sont d’une autre branche de la meme maison, et que le chef de cette autre branche a epousé Jeanne de Foix fille de Henry Gaston comte de Rabat et de Jeanne de Pardaillan de Gondrin[.] Sur quoi j’ay à vous demander quelque petite nouvelle des seigneurs de Faudoüas et de Barbazan (comme on prononce ches vous) dont j’ay oui parler comme etant dans votre voisinage, et de cette sœur du feu marquis de Raba[t], mariée au seigneur de S[ain]t Clement [22]. Je sai bien que la genealogie ne fait pas votre etude, comme elle auroit eté ma marotte, si j’eusse eté d’une fortune à etudier selon ma fantaisie, mais vous avez à 4 pas de v[ot]re porte de gens qui vous donneront de memoires pour cela. Je vous supplie de me donner des nouvelles de l’excellent Mr R. [23] et de l’asseurer que je conserve precieusement le souvenir de toutes les bontez qu’il a eües po[ur] moi, priant Dieu po[ur] sa conservation.

Lors que l’on commence la guerre en Catalogne (car en comparaison de ce que les autres armées du Roy ont fait en cette derniere guerre, on peut dire que celle de Catalogne n’a servi que d’amusem[en]t) on la finit en Flandres, puis qu’on assure de toutes parts que la Hollande vient de faire sa paix avec le Roy ; or les Hollandois n’etant plus de la partie, l’Espagne faira son accord tout aussi tot ; et ainsi nous pourrons voir la fin d’une guerre qui a eté extremem[en]t / glorieuse à la France, mais q[ui] ne laissoit pas de lui peser beaucoup [24].

Vous avez seu sans doutte la revolte* de Mad le de Duras [25]. Mr Claude fut instamm[en]t prié de vouloir entrer en conference avec Mr de Condom, p[ou]r eclaircir des douttes dont elle disoit etre [t]ravaillée ; il s’en deffendit par la raison q[ue] ce n’etoit qu’une pure grimace*, et q[ue] ces pretendus chercheurs d’eclaircissem[en]s ont deja leur marché conclu, et ne cherchent que le specieux* pretexte d’une conference dans laquelle ils disent qu’ils ont veu le triomfe de la verité, mais enfin il falut ceder aux instances qui lui en furent faittes. Mr de Condom l’attaqua sur l’autorité q[ue] no[us] donnons à nos synodes, dequoi il a deja fait la plus plausible difficulté de tout son livre [26]. Mr Claude se tira d’affaire en habile ho[mm]e. Ils se firent beaucoup d’excuses et d’honnetetez en se separant. Le livre de Mr Dize prof[esseur] à Die sur l’accord des religions a eté saisi et remis au greffe du Chatelet [27]. / 

Le 4e tome des Essais de morale par Mrs de Port Royal q[ui] traitte des 4 fins de l’ho[mm]e, est imprimé [28] ; l’eloquence et la force des pensées y regnent egalem[en]t. Ces Mrs ont fait un livre q[ui] n’a pas eté gouté, qu’ils intitulent Le Miroir de la pieté chretienne [29], C[e] n’est pas qu’il ne soit beau, c’est qu’il traitte une doctrine q[ui] n’accommode pas les molinistes [30]. On considere avec des reflexions [mo]rales l’enchainem[en]t des veritez catholiques de la predestina[ti]on et de la grace de D[ieu] et leur alliance avec la liberté de la creature. Mr l’abbé Colbert a fait imprimer le cours de phi[loso]phie qu’il avoit dicté dans un des colleges de Paris, il y joint la vieille et la nouvelle opinion [31]. Mr Guillet autheur d’ Athenes anc[ienne] et nouvelle vient de donner au public le Dictionnaire du gentilho[mm]e, où [il] donne une definition tres jus[t]e et tres claire de tous les termes du manege, de l’art militaire et de la naviga[ti]on. Il donnera bien tot les plaisirs du gentilho[mm]e [32]. J’asseure n[otre] t[res] h[onoré] p[ere] de mes tres humbles respects et me recommande à vos [prières] /

A Monsieur/ Monsieur Ynard not[ai]re royal ru[e]/ Dauriol/ po[ur] faire tenir s’il lui plait à Mr Baile/ A Montauban

Notes :

[1] Cette lettre ne nous est pas parvenue.

[2] Voir Lettre 113, n.9. Bayle promet d’envoyer l’ouvrage de Jurieu, Examen du livre de la Réunion du christianisme, où il répondait à Isaac d’Huisseau, La Réunion du christianisme. Ou la manière de rejoindre tous les chrestiens sous une seule confession de foy (Saumur s.d. [1670], 12°). Cet ouvrage avait été censuré par le synode provincial d’Anjou, réuni à Saumur en 1670, et par ailleurs attaqué par Marc-Antoine de La Bastide dans ses Remarques sur un livre intitulé, la Réunion du christianisme […] (Saumur 1670, 12°). L’ Examen de Jurieu fut lui aussi censuré par le synode provincial de Saintonge en 1671. Voir R. Stauffer, L’Affaire d’Huisseau, une controverse protestante au sujet de la réunion des chrétiens (1670-1671) (Paris 1969). L’édition « revue, corrigée et augmentée de nouveau par l’auteur » du Traité de la dévotion que Bayle promettait dès le mois d’octobre 1676 (voir Lettre 131, n.6) était sans doute la troisième, qui devait paraître chez Lucas à Quevilly dès cette année-là. Bayle promettait de nouveau un exemplaire de la « dernière » édition dans sa lettre du 12 janvier 1678 (voir Lettre 147, p.). Très vraisemblablement, il désigne ici celle de 1677, également parue chez Lucas à Quevilly, et qui reprenait les corrections de la troisième édition.

[3] Sur ce poème de Coras, voir Lettre 147, n.43, et sur ses autres ouvrages, Lettre 151, n.4 et 5.

[4] Bayle explique ici son allusion dans la Lettre 150, p. et n.11.

[5] Noël Alexandre, Selecta historiæ ecclesiasticæ capita et in loca ejusdem insignia dissertationes historicæ, chronologicæ, criticæ, dogmaticæ  : le premier volume fut publié à Paris en 1676, in-8°, et quand l’ouvrage fut achevé, en 1686, il comptait vingt-six volumes. Voir le JS du 12 avril et du 30 août 1677.

[6] Sur Jean Daillé et l’historiographie huguenote, voir A. Minerbi Belgrado, L’Avènement du passé : la Réforme et l’histoire (Paris 2004).

[7] Les lettres de Joseph à Pierre sont perdues, mais les réponses de ce dernier sont les Lettres 150 et 151.

[8] La formule dont Bayle fera le titre de son périodique est déjà courante sous sa plume : voir aussi Lettres 160, p., et 165, p..

[9] Voir Lettre 151, n.4.

[10] Bayle fait ici écho à l’attitude arrogante de Jurieu, qui dédaignait répondre au pasteur de Montauban ; celui-ci avait contesté la nécessité du baptême précoce des petits enfants des fidèles : voir Lettres 106, n.6, et 116, n.7.

[11] Il s’agit du synode provincial de l’année 1678. Puylaurens ne se trouve pas dans les environs immédiats de Saverdun, mais la réunion d’un synode provincial était l’occasion d’un grand rassemblement de pasteurs et de proposants ; seuls les députés prenaient part aux discussions et aux votes, mais les séances semblent avoir été publiques, comme l’étaient, bien entendu, les nombreuses prédications au temple qui les accompagnaient.

[12] Effectivement, il s’agit bien du même homme ; sur la polémique avec Isarn, voir Lettre 134, n.24. Henry Le Bret publia une Histoire de la ville de Montauban (Paris 1668, 4°) et un Récit de ce qu’a été et de ce qu’est Montauban (Montauban 1701, 8°).

[13] La lettre du jeune Sedanais en pérégrination académique, à laquelle Bayle fait allusion, ne nous a pas été conservée.

[14] Bayle a lu la Gazette, n°50, nouvelle du camp devant Puycerda du 15 mai 1678.

[15] Bien que les cartes de Guillaume Sanson (?-1703) et de son père, Nicolas Sanson (1600-1667), géographe du roi, fussent souvent publiées ensemble, nous n’avons pas trouvé la carte dont parle Bayle. Il est hors de doute, cependant, que La Bastide de Sérou, située tout près du Mas d’Azil, faisait partie intégrante du comté de Foix sous l’ancien régime, tout en se trouvant à l’extrême limite du territoire. Le nom de Bastide de Ferou [ sic] est clairement visible sur la carte du Languedoc en general, n° 93 des Cartes de geographie les plus nouvelles et les plus fideles, Avecque leurs divisions regulieres, par N. Sanson et P. Du Val, géographes du Roy (Paris 1669, folio, 2 vol.).

[16] Ce M. Mesure était probablement un Montalbanais.

[17] Sur ce Recueil de sermons de Michel Charles, pasteur de Châtellerault, voir Lettre 149, n.2. Son Discours contre les athées est un projet qui ne semble pas avoir abouti.

[18] Le Traitté de la religion contre les athées, les déistes et les nouveaux pyrrhoniens (Paris 1677, 12°) « sent fort le Port-Royal », en effet, car, comme le souligne Bayle ici, il se fonde essentiellement sur les arguments apologétiques exposés par Pascal dans les Pensées (Paris 1670, 12°). En fait, il est l’œuvre de Michel Mauduit (1634-1709), oratorien, qui était lié avec les théologiens de Port-Royal à partir de 1667. Une deuxième édition modifiée et augmentée du Traité paraîtra, toujours à Paris, en 1698 : Mauduit y introduit d’importants chapitres dirigés contre Pomponazzi. Voir le JS du 5 juillet 1677, le Dictionnaire de Port-Royal, s.v., et l’édition du Traité établie par M. Hyun (Clermont-Ferrand 1996).

[19] Il s’agit de deux des quatre fils de François d’Usson (1595-1667), le noble réformé le plus prestigieux de la région du Carla, apparenté à la famille de la mère des frères Bayle. Les quatre fils devaient abjurer à des dates diverses, après la mort de leur père. Il s’agit ici du second, François, sieur de Bonrepos (ou Bonrepaux) (?-1719), qui fit une belle carrière d’abord dans la marine et ensuite dans la diplomatie, et du troisième, Tristan, sieur de La Quère (voir Lettre 147, n.56).

[20] Sede vacante : le siège étant vacant. La question de Bayle est pertinente. A Pamiers, le conflit sur la Régale se déclencha à partir de 1673, lorsque le roi proclama, par une déclaration royale du 10 février, l’extension de la Régale à tout le royaume. Il s’attribuait ainsi le droit de se substituer à l’évêque pendant la vacance du siège épiscopal, au temporel pour percevoir les revenus de la manse, et au spirituel pour nommer aux bénéfices n’ayant pas charge d’âmes, et il déclarait ce droit « inaliénable et imprescriptible », s’appliquant à tous les évêchés et archevêchés du royaume. L’ évêque d’Alet, Nicolas Pavillon, n’accepta pas cette déclaration royale, et François-Etienne de Caulet, évêque de Pamiers, le suivit dans l’opposition aux prétentions des régalistes. Les deux évêques furent soutenus par le pape Innocent XI (1676-1689), ce qui créa un conflit ouvert avec le clergé de France – conflit suivi de très près par les huguenots, qui s’imaginaient volontiers que la détérioration des relations entre Rome et la Cour de France bénéficierait indirectement au protestantisme. A l’initiative de l’archevêque de Toulouse, Joseph de Montpezat de Carbon, asservi à la Cour et farouche ennemi des « jansénistes », les vexations commencèrent du vivant de Caulet : Bayle fait peut-être allusion à Henri Disnematin Dorat, archiprêtre d’Ax, envoyé par Caulet comme procureur à Rome en 1678. Après la mort de Caulet, le 7 août 1680, la plupart des chanoines de Pamiers furent exilés ou emprisonnés. Voir P. Blet, Les Assemblées du clergé et Louis XIV de 1670 à 1693 (Rouen 1972), ch. 5, et Dictionnaire de Port-Royal, article « Pamiers ».

[21] Sur cet ouvrage de Pierre Gaucher [ou Scévole] de Sainte-Marthe, L’Estat de la Cour des roys de l’Europe (Paris 1670, 12°, 3 vol.), voir Lettre 37, n.13. Bayle se réfère ici à un passage, i.292, où Sainte-Marthe indique tout simplement que les marquis de Faudoas constituent la cinquième branche de la famille des Rochechouart.

[22] La généalogie des Faudoas est en effet très complexe : voir A. Ledru et E. Vallée, La Maison de Faudoas (Gascogne, Maine et Normandie) (Paris 1908, 3 vol.). Il s’agit d’une famille de très ancienne noblesse méridionale : voir aussi Lettre 160, n.117.

[23]  « M. R. », Laurent Rivals, pasteur de Saverdun.

[24] Sur les perspectives de paix en Hollande, Bayle a lu la Gazette, n°52, nouvelle de Vettere du 25 mai 1678, qui sera suivie par l’extraordinaire n°55 : « Réponse du Roy à la lettre des Etats-Généraux des Provinces Unies des Pays-Bas » du 7 juin 1678.

[25] La conférence entre Bossuet, alors évêque de Condom et précepteur du Dauphin, et le pasteur Jean Claude ne fit l’objet d’une publication qu’en 1682 et 1683, parce que les copies manuscrites des débats qui circulaient devenaient de plus en plus inexactes, mais elle eut lieu dès le 1 er mars 1678 et fut célèbre par la qualité des intervenants et aussi de celle qui en créa l’occasion (voir Gazette n°29, nouvelle de Paris du 26 mars 1678). En effet, Marie de Durfort (1648-1689), de la famille des ducs de Durfort-Duras, dame d’honneur de la duchesse d’Orléans, était la nièce de Turenne, converti au catholicisme par Bossuet en 1668, et sœur de Jacques-Henri, futur duc de Duras, et de Guy Aldonce, duc de Lorges, convertis également sous l’influence de Bossuet dans les années qui suivirent. C’est après avoir lu l’ Exposition de la foi catholique (1671) de Bossuet que Marie de Durfort demanda une conférence entre Bossuet, qui faisait déjà figure de son directeur spirituel, et le pasteur Claude. Celui-ci accepta avec beaucoup de réticence, soupçonnant à bon droit que la décision de la jeune fille était prise d’avance, mais cédant enfin aux instances de l’intéressée et de sa sœur, la comtesse de Roye. La conférence se déroula, en effet, avec beaucoup de civilité, comme le souligne d’ailleurs Bossuet dans son propre récit, Conférence avec M. Claude, ministre de Charenton, sur la matière de l’Eglise (Paris 1682, 8°), p. 203-204, mais Claude en gardera un souvenir amer, car le prélat entoura sa protégée de ses soins dès le lendemain et elle abjura le 22 mars. Bossuet eut néanmoins l’élégance d’obtenir pour Claude la permission de faire paraître sa Reponse au livre de monsieur de Meaux intitulé « Conférence avec monsieur Claude, ministre de Charenton », divisée en deux parties (Charenton 1683, 8°). Voir E. Kappler, Conférences théologiques, p. 378-383.

[26] Voir Bossuet, Exposition de la doctrine de l’Eglise catholique, p.168-183 : « Sentiments de Messieurs de la R.P.R. sur l’autorité de l’Eglise ».

[27] Alexandre d’Yze, Propositions et moyens pour parvenir à la réunion des deux religions en France ([Paris] 1677, 4°). La modération de l’ouvrage irrita tant les réformés que d’Yze dut démissionner de la chaire de professeur de théologie qu’il occupait à l’académie de Die ; cependant, Bossuet jugeant son livre très dangereux, l’ouvrage fut supprimé avec soin… D’Yze devait mourir peu après sans abandonner sa foi protestante.

[28] Pierre Nicole, Essais de morale. Quatrième volume, contenant deux traittez. Le I. sur les quatre dernières fins de l’homme. Le II. sur la pratique de la vigilance chrestienne (Paris 1678, 12°). A partir de cette date, les éditeurs de Nicole devaient publier, sous le titre souvent peu approprié d’ Essais, des écrits théologiques ou moraux de caractère très divers.

[29] Flore de Sainte-Foi [Gabriel Gerberon, O.S.B. (1628-1711)], Le Miroir de la piété chrétienne, où l’on considère, avec des réflexions morales, l’enchaînement des vérités catholiques de la Prédestination et de la Grâce de Dieu, et de leur alliance avec la liberté de la créature (Bruxelles 1670, 12° ; et Liège 1676, 1677, 12°). Sur Gerberon, voir Dictionnaire de Port-Royal, s.v., P. Lenain, Dom Gabriel Gerberon, 1628-1711. Introduction à sa vie et à son œuvre, suivie d’un essai d’analyse doctrinale (Lille 1998) et L’Ordre de Saint-Benoît et Port-Royal, dir. D.-O. Hurel, Chroniques de Port-Royal, 52 (2003).

[30] Adversaires des « jansénistes », les molinistes sont les partisans du théologien jésuite Luis Molina (1535-1601), qui avait tenté de concilier le libre arbitre humain et la prescience divine dans sa Concordia (1588) ; les adversaires du molinisme y dénonçaient un pur et simple pélagianisme.

[31] Il s’agit ici de l’ouvrage de Jacques-Nicolas Colbert (1654-1707), Philosophia vetus et nova, ad usum scholæ accommodata, in regia Burgundia novissimo hoc bienno pertractata (Parisiis 1678, 12°, 4 vol.) ; voir le JS du 2 mai, du 23 mai et du 4 juillet 1678. Second fils du ministre, l’ abbé Colbert devint coadjuteur de Rouen dès février 1680 et, en 1691, archevêque de cette ville ; il le resta jusqu’à sa mort.

[32] Sur le premier ouvrage mentionné de Guillet de Saint-Georges, voir Lettre 121, n.13 ; sur le second ouvrage voir Lettre 151, n.18. Quant au livre annoncé que Bayle mentionne, il n’a jamais paru.

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