Lettre 163 : Pierre Bayle à Joseph Bayle

[Sedan, le 17 decembre 1678]

Je n’ay appris votre arrivée à Montauban m[on] t[res] c[her] f[rere], qu’aujourdhuy 17 decembre 1678 que j’ay receu vos 3 lettres presques en meme tems [1], celle du 5 dec[embre] par la poste, et les 2 autres dans un paquet que le s[ieu]r Carla avoit remis à la messagerie ; les chemins etant si rompus, et les rivieres et ruisseaux ay[an]t tellem[en]t inondé les campagnes, que les coches qui sont d’ailleurs assez diligens, n’ont peu faire le voyage de Paris icy qu’en 10 ou 12 jours. Mais quand meme vos lettres auroient eté portées par le courrier du monde le plus vite, vous n’auriez pas eu lieu d’etre surpris, comme vous le paroissez dés le commencem[en]t de v[ot]re lettre du 28 nov[embre] de ce que vous n’aviez pas receu de mes nouvelles par le dernier ord[inai]re* et vous ne deviez pas conclurre de là que v[ot]re lettre du 21 novembre ne m’avoit pas eté rendue car puis qu’il y a 9 journées de poste de Montauban icy, et qu’il arrive rarement que le depart du courrier pour une ville se rencontre justement au tems que le courrier d’une autre ville decharge ses lettres à Paris, vous voyez bien qu’il etoit impossible q[ue] vous receussiez le 28 novembre ma reponse à votre lettre du 21, car il ne faut pas moins de 18 jours pour l’aller et le venir du courrier.

J’ay receu avec vos 2 lettres 3 Journaux des scavans et le Mercure du mois dernier que j’avois prié le s[ieu]r Carla de m’envoyer pour une personne qui m’avoit chargé de luy faire venir cela. Je suis bien aise de ce que mes lettres n’ont pas eté perdues ; vous avez veu en les trouvant que je ne me justifie pas par un faux exposé. Je suis faché que vous ne m’ayez pas averti plutot de vous envoyer les livres qui vo[us] sont necessaires, car je vous les eusse envoyez avec le paquet qui partit de Paris le 11 du courant, ce qui vous eut epargné bien du port, car ces petits paquets ne coutent guere moins de 30 ou 40 sols chacun et un livre de plus ou de moins dans un paquet ne change point la taxe. Je voi un autre inconvenient c’est que vous aurez quitté Mont[auban] avant que le s[ieu]r Carla mette cette lettre à la poste de sorte que vous ne pourrez pas donner à mad le de Paule [2] le livre qu’elle souhaitte. Je ne voi pas que vous soyez assez bien servi par vos correspondans de Montauban pour croire que le Mercure etc que je vous envoyerai vienne entre vos mains avant le mois d’avril, ainsi votre commission sera fort mal executée, et la demoiselle aura bien le tems de voir son livre par d’autres moyens, mais pour faire voir que ce que j’en dis n’est pas que je veuille me dispenser de vous acheter les livres en question, je m’en vas* ecrire tout de ce pas* au s[ieu]r Carla de les acheter et de les remettre à la messagerie incessamment [3].

Je ne saurois vous donner aucun eclaircissement ni sur [le] lieu où est Mr Persode (car personne n’en sait rien icy) ni sur le voyage de Mr Arbussy à Paris[.] [4] Je ne connoi ame vivante qui me le puisse dire, mais po[ur] Mr Perou [5] je croi qu’il sera icy dans quelque tems car s[es] parens lui ont mandé de venir au plutot. Je lui fairai vos embrassa / des avec le plus grand plaisir du monde. Mr du Petitval [6] est retourné en Angleterre, Mr Basnage l’ainé est ministre de Roüen, avec beaucoup de reputa[ti]on ; son puisné s’est deja fait admirer dans le parlement plusieurs fois, celuy qui a fait icy sa philosophie a quitté les etudes, et traine l’ epée* sur le pavé [7] ; si la paix ne se fut point faitte il eut acheté quelq[ue] charge dans un vieux corps*. Apparemment il le faira quand il n’y aura plus de casse* à craindre. Mr Daire [8] se faira recevoir au prochain synode pour etre ministre de Chartrai assez pres de Paris, comme je l’ay ecrit à mon frere il n’y a pas encore 8 jours [9] en luy envoyant l’etat des Eglises de Normandie q[ue] je venois de recevoir de Mr Basnage. Vous verrez dans la meme lettre ce que Mr Basnage vouloit faire pour vous dés à present. Vous verrez aussi dans ma grande reponse q[ui] fait partie du paquet qui e[st] en chemin la reponse à la demande que vous me faites sur le sujet de L’Apocalypse de Meliton (non pas d’Hamilton) car j’y marque expressement que c’est un ouvrage de Mr Pithoys [10]. Je m’informerai de ce qui regarde la traduction des Georgiques et le nouvel opera, dont je ne sai rien p[ou]r le present [11]. L’ abbé dont vous me parlez me tue avec ses predications d’avent et de careme aupres de Paris, j’aymerois mieux qu’il prechat dans quelque cathedrale au delà de la Loire ; il y trouveroit mieux son conte et moi aussi [12].

Je suis tres aise que vous prenniez la resolution de bien etudier, sans pourtant aller à des excez ruineux pour la santé ; il faut qu’il y ait commerce* frequent, mais comme je vous le marque dans ma derniere*, il vaut mieux s’ecrire de grandes et longues lettres de 2 en 2 mois que de billets tous les 15 jours [13]. C’est à dire qu’il faut tenir une lettre commencée, y mettre journellement ce qui viendra dans l’esprit digne d’etre envoyé et quand on aura suffisamment de la matiere, l’envoyer. Voila quelle sera ma methode.

L’ Histoire de Mr Le Sueur [14] est fort bonne, mais ce n’est pas le plus beau coté que le stile : l’autheur est un vieux ministre qui ne s’est guere mis en peine de la delicatesse* de n[ot]re langue, il s’est contenté d’ecrire nettement et clairement. La lettre que vous avez veüe dans l’ extraord[inai]re* du Mercure [15] a eté ecritte à mon instigation seulement, je priai un homme de ma connoissance qui passa quelques mois icy et qui est allé en Allemagne d’y inserer la clause des familles nobles voyant qu’il avoit dessein d’ecrire à Mr de Vizé. Expliquez moi qui est ce marquis de Reniez qui a la ville p[ou]r prison, et quelle charge comptable il avoit dans l’armée de Catalogne [16]. L’ouvrage de Mr Terson n’est point imprimé [17], il pourra l’etre avec le tems ; je luy dois une reponse dans laquelle je veux le prier de me le faire voir tout entier, co[mm]e il a eu la bonté de m’en faire voir le plan. Je serai ravy que mad le de Paule recoive bien tot le livre [18] et je marquerai au s[ieu]r Carla de l’envoyer à la messagerie pour le p[remi]er voyage, donnez ordre qu’on le retire promptem[en]t et qu’on vous l’envoye. Je connois Mr Alpron [19] juif converty pour l’avoir veu chez Mr de Beringhen / où il montroit la langue italienne, qu’[il] entend parfaitem[en]t aussi bien que l’espagnolle. Il paroit avoir un esprit fort vif. Du reste je ne le connois que sur le temoignage de Mr Daire qui a logé ches luy à Saumur et qui m’en ecrivit en termes fort magnifiques. Or c’est un bon connoisseur que ce Mr Daire là[.] On ne parle point de l’histoire de Mr Charles [20], et peu de gens savent icy qu’il y en ait une, je ne croi point qu’on travaille à l’imprimer encore, car Mr Allix qui doit y repasser la veüe* a bien des affaires, il vient de se marier avec une jeune fille de 14 ans qui luy apporte 10 mille louys [21] ; la p[remi]ere année du mariage detraque furieusem[en]t les etudes. Le Mercure du mois de novembre m’a appris que Mr d’Almanny a eté tué par un parti de schnapans, c’est ainsi qu’on appelle les paysans d’Alsace, comme ceux des Pyrenées s’appellent des mikelets [22]. Je ne sai ce que sera devenu son regim[en]t. Je m’informerai du regiment de Quinson. Quand on ne peut pas acheter des livres on est fort malheureux, mais quand on a des voisins comme Mrs Dusson et Lariviere qui en achetent beaucoup et qui les pretent volontiers, on e[st] moins à plaindre que moi qui n’ay ni le moyen d’en acheter, ni aucun voisin qui en achette. Il faut vous prevaloir de la bonne fortune du prochain autant que faire se pourra. L’edition du Traitté de Mr Jurieu que vous avez veu[e] augmentée n’est pas celle dont j’attends un exemplaire pour vous l’envoyer. Il est vray qu’apres le debit de la premiere edition Mr Jurieu envoya quelques nouveaux chapitres à Lucas son imprimeur pour une 2e edition plus ample et c’est celle dont vous me parlez [23], mais depuis ce tems là l’autheur a reveu son ouvrage avec une extreme exactitude, y a raccommodé* plusieurs choses, fait des additions considerables et envoyé le tout à Lucas, qui cependant ne se hate pas de le donner au public [24]. Vous n’avez qu’à vous resouvenir de ce q[ue] je vous ay ecrit, pour savoir la raison qui fait que Mr Jurieu ne publie pas la suitte de sa reponse [25].

Je repondrai à la belle lettre q[ue] mon frere m’a ecritte le 29 du passé et que j’ay receue aujourdhuy avec la votre du 5 decembre [26], j’y repondrai dis je, en son tems. J’asseure n[otre] t[res] h[onoré] p[ere] de mes tres tendres et tres humbles respects. Faites mes complimens à m[on] c[ousin] de Naudis que je felicite de ses 2 aymables enfans  [27], au loyal Freinshemius, à l’illustre Mr Rivals à l’excellent Mr de Lariviere et sic de cæteris [28]. Ne negligez aucune occasion de savoir depuis les plus petites jusques aux plus grandes choses. Tout trouve ses usages dans le cours de la vie ; sur tout garantissez vous des phrases provinciales de v[ot]re climat* et ne croyez pas q[ue] ce soit une chose facile. Moy qui vous parle je ne suis corrigé q[ue] d’une petite partie de mes pechez originels. Pour l’accent il n’y a point de remede, il faut eviter les prononciations vicieuses comme lur pour leur ; le vin pour le vein etc, et laisser agir la nature pour le reste. Je suis tout à vous. /

Les nouvelles de la paix et de la guerre sont encore indecises. Le Roy a fait presenter un memoire par ses plenipotentiaires portant que si l’empereur ne conclut point son traitté avant le commencem[en]t de janvier, S[a] M[ajesté] retirera sa parole et n’offrira plus les conditions qu’il avoit offertes le 15 avril [29]. Apparemm[en]t cela hatera la conclusion de ce grand ouvrage. L’Angleterre est dans une extreme agitation. On y avoit conspiré la mort du roy et l’aneantissement de la religion protestante. Les complices sont tres puissans et tres nombreux. On travaille avec empressem[en]t à decouvrir le tout, et je ne sai si on aura assez de vigueur pour punir les principaux autheurs de ce noir attentat [30]. Les 3 journaux ne me marquent que des livres de chymie ou de mathematiques [31], ainsi je ne vous en diray rien. Le bibliotheqaire du college de Clermont qui s’appelle le P[ere] Garnier vient de publier un systeme de cette grande bibliotheque en latin [32][ ;] il ne donne pas le catalogue des livres qui y sont mais il parle des differentes manieres de ranger les livres, et dit bien des choses curieuses. L’ abbé Cassagnes de l’Academie françoise a fait un Traitté de morale sur la valeur [33]. Mr Mariotte de l’Academie royale des sciences l’autheur du livre de La Percussion des corps, passe pour etre l’autheur des Essays de logique [34]. Il y a de belles choses, mais il emprunte des exemples de l’algebre et de la geometrie qui rebuttent. J’ay appris par le Mercure que Mr de Bonnecorse dont nous avons veu un ouvrage intitulé La Montre, et un autre, Les Sentimens galans est consul de notre nation au grand Caire [35].

Informez vous de la famille de Mr de Cornusson qui est senechal de Toulouze [36], si c’est un s[ei]g[neu]r d’importance, où il se tient, quel e[st] son merite etc[.] Le Mercure galant m’a appris qu’une fille de Mr Riquet nommée madame La Valette-Cornusson a epousé le marquis de Lanta de Grammont ; qui e[st] parent de Mrs de Paulo [37].

A Monsieur/ Monsieur Ynard notaire royal/ rue Dauriol/ pour faire tenir à Mr Bayle/ A Montauban

Notes :

[1] Ces lettres ne nous sont pas parvenues.

[2] Il avait déjà été question de cette demoiselle de Paule (ou de Paulo), visiblement de Puylaurens ou des environs immédiats de la ville, Lettre 134, p.394, et il sera question plus bas dans la présente lettre de « messieurs de Paulo », apparentés au marquis de Lanta de Grammont : nous n’avons su identifier cette famille, certainement protestante. Nous apprendrons par la Lettre 169, p. (voir n.12) que le livre dont il s’agit ici est celui des Préceptes galants, poème de Louis Ferrier, sieur de La Martinière, que Bayle avait signalé à son frère le 21 juillet 1678 : voir Lettre 154, p. (voir n.15).

[3] La correspondance entre Pierre Bayle et A. Ribaute, « M. Carla », ne nous est pas parvenue.

[4] Joseph avait connu ce Pierre de Persode à Puylaurens : voir Lettre 144, n.8 ; mais il était maintenant revenu au nord de la Loire. Mr Arbussy est Théophile II Arbussy (le fils), dont il avait été question précédemment, Lettre 150, n.10 ; après avoir été quelque temps proposant à Genève (voir Stelling-Michaud, ii.55, n°4389), il aurait donc regagné le Midi en passant par Paris.

[5] Isaac Pérou : voir Lettres 112, n.8 et 119, n.22.

[6] Isaac Addée, sieur du Petit-Val (voir Lettre 135, n.12), dont Bayle nous apprend ici qu’il avait séjourné en Angleterre avant de fréquenter l’académie de Genève. Tout naturellement, Joseph Bayle s’intéresse aux jeunes hommes de sa génération, proposants comme lui et tous, notons-le, appartenant à des familles assez fortunées pour leur permettre d’étudier hors des frontières du royaume.

[7] Bayle parle ici successivement de Jacques Basnage, d’ Henri Basnage de Beauval et de Pierre Basnage de Bellemare.

[8] Philippe Mesnard, sieur d’Aïr : voir Lettre 139, n.4.

[9] Cette lettre de Pierre à Jacob et celle qu’il a adressée à Jacques Basnage ne nous sont pas parvenues : voir Lettre 160, n.144.

[10] Nous n’avons pas la lettre qui accompagnait le « paquet qui est en chemin », mais Pierre avait donné le même renseignement à Jacob : voir Lettre 160, n.14.

[11] La traduction de Virgile par l’ abbé de Marolles date de 1662. Elle est en trois volumes, dont le troisième contient les Bucoliques et les Géorgiques. La traduction de Martignac, également en trois volumes, date de 1681. C’est le premier volume qui contient les Bucoliques et les Géorgiques. Quant à l’opéra d’hiver 1678-1679, Bayle reviendra sur cette question dans la Lettre 164 (voir n.52).

[12] Sur l’ abbé de R., voir Lettre 160, n.138.

[13] La dernière lettre de Pierre à Joseph que nous connaissions est la Lettre 159, écrite six semaines plus tôt que la présente lettre ; la lettre intermédiaire, où Bayle proposait à son frère de lui écrire tous les deux ou trois mois et à laquelle il a déjà fait allusion à la fin du premier paragraphe de cette lettre, ne nous est pas parvenue – et d’ailleurs n’est peut-être pas parvenue à son destinataire.

[14] Sur cet ouvrage de Le Sueur, voir Lettre 147, n.36.

[15] Nous n’avons pas su identifier avec certitude la lettre publiée par le Mercure galant que Bayle évoque ici : il s’agit peut-être de la « Lettre de Sedan » sur la qualité d’auteur et sur la querelle des Anciens et des Modernes, extraordinaire du Mercure galant, avril 1678, p.209-228, ou bien de la « Lettre de Sedan » sur les énigmes, extraordinaire du Mercure galant, avril 1678, p.228-253, ou bien encore du « Discours touchant les médailles », Mercure galant, octobre 1678, p.266-278.

[16] Apparemment, le marquis de Reniez dont il est question ici est une autre personne que le marquis de Reyniès dont il avait été question auparavant (voir Lettre 128, n.17), que Bayle connaissait fort bien de réputation. Il pourrait s’agir d’un fils de ce dernier, évidemment un officier qui avait fait sa campagne en Catalogne et qui était soupçonné d’incompétence ou d’indélicatesse dans le maniement des soldes des troupes.

[17] Le livre ne paraîtra jamais. Jean Terson devait se convertir au catholicisme en 1681 ; or, le livre dont il est ici question semble avoir été un ouvrage de controverse, probablement projeté par son auteur pour conforter une adhésion aux thèses protestantes qui s’affaiblissait – ce qui explique que Terson ait prolongé son statut de proposant sans chercher à desservir une communauté. Sa correspondance avec Pierre Bayle ne nous est pas parvenue.

[18] Voir ci-dessus n.2.

[19] Bayle avait déjà parlé de cet Alpron à son frère Jacob (Lettre 147, n.53), mais, curieusement, sans préciser qu’il l’avait vu chez les Beringhen (donc, entre avril et août 1675) et que Philippe Mesnard, sieur d’Aïr, lui en avait écrit plus précisément. La lettre de celui-ci est perdue.

[20] Il s’agit apparemment d’une Histoire de l’Eglise probablement composée par Paul Charles, le défunt professeur de théologie à l’académie de Montauban, mort trente ans plus tôt. Dans cette hypothèse, le texte du livre aurait été soumis à Pierre Allix, le plus érudit des pasteurs de Charenton, pour une sorte de mise à jour. Si c’était un des pasteurs Charles en vie quand Bayle écrit qui était l’auteur du livre, un tel recours à Allix serait un peu inattendu, l’auteur étant en mesure de remettre en chantier lui-même son ouvrage s’il semblait imparfait.

[21] En 1678, Pierre Allix épousa Marguerite Roger, troisième fille du riche marchand Jean Roger. Ce dernier devait abjurer à la Révocation, mais, en 1698, il réussit à quitter la France pour s’établir à La Haye, auprès d’une autre de ses filles, prénommée Anne-Marie, et qui avait épousé en 1682 Isaac Jaquelot, pasteur de Vassy.

[22] La mort de M. d’Almanny (ou Almani), est annoncée dans le Mercure galant, novembre 1678, p.272-332 : récit de la bataille autour de Strasbourg : « J’apprens tout présentement que M. d’Almani, mestre de camp de cavalerie, a été attaqué dans son quartier par des partys ramassés et par des chanapans, et qu’il n’a pu éviter le malheur d’estre tué. » Pinard ne fournit aucune information sur lui. Le terme « schnapan » a survécu sous la forme « chenapan ». Les « miquelets » furent des combattants espagnols qui s’armèrent en 1675 sur les frontières de la Catalogne et de l’Aragon pour repousser une invasion des Français ; ils étaient appelés du nom d’un de leurs chefs, Miquelet de Prats.

[23] La première édition du Traité de la dévotion est de 1674 ; la seconde édition est légèrement augmentée, car « on a ajouté à la fin de chaque chapitre une petite méditation et une courte prière », comme l’annonce l’Avertissement placé en tête.

[24] La troisième édition du Traité de la dévotion (Rouen 1676, 12°) est très sensiblement augmentée, « de près de la moitié », selon l’Avertissement qui l’ouvre. Ce qui rend ici la bibliographie complexe, c’est que des imprimeurs – à Niort et ailleurs – ont repris le texte d’un ouvrage qui connaissait un énorme succès parmi les réformés, mais sans toujours disposer de la dernière édition parue avant la leur. Les usages du temps permettaient une telle appropriation pour les livres qui ne jouissaient pas d’un Privilège et les éditeurs-pirates ne prenaient nul soin de se faire connaître par l’auteur.

[25] Dans sa Justification de la morale des réformés, contre les accusations de M. Arnauld (La Haye 1685, 8°), Jurieu reprendra les arguments de son Apologie et y ajoute un deuxième tome dirigé contre un nouveau livre d’ Antoine Arnauld, où celui-ci attaquait les thèses de Le Blanc de Beaulieu, professeur de Sedan, intitulé Le Calvinisme convaincu de nouveau de dogmes impies, ou la justification du livre du Renversement de la morale par les erreurs des calvinistes […] (Cologne 1682, 12°).

[26] Ces lettres ne nous sont pas parvenues. La Lettre 164 comporte la réponse de Pierre à la lettre de Jacob du 29 novembre 1678 ainsi que celle à la lettre de Joseph du 5 décembre.

[27] Précédemment (Lettre 161, n.27), Bayle n’avait mentionné qu’un enfant de Jean Bruguière de Naudis ; on peut penser que l’un des frères de Bayle lui aura rappelé ou précisé que leur cousin était déjà père de deux enfants .

[28] « Et ainsi des autres ».

[29] Depuis de longs mois, les négociations de la paix de Nimègue s’embourbaient : voir, p.ex., la Gazette, n°99, nouvelle de Nimègue du 30 septembre 1678. Bayle fait allusion ici à la déclaration de Louis XIV rapportée dans la Gazette, n°122, nouvelle de Nimègue du 6 décembre 1678.

[30] Sur le « complot papiste », voir Lettre 160, n.176. Une foule d’articles de la Gazette sont consacrés aux évolutions de l’affaire : voir le n° 103, nouvelle de Londres du 15 octobre 1678 ; n° 104, nouvelle de Londres du 21 octobre 1678 ; n° 108, nouvelle de Londres du 24 octobre 1678 ; n° 110, nouvelle de Londres du 21 octobre 1678 ; n° 112, nouvelle de Londres du 7 novembre 1678 ; n° 114, nouvelle de Londres du 15 novembre 1678 ; n° 118, nouvelle de Londres du 21 novembre 1678 ; n° 120 du 1 er décembre 1678 ; n° 122, nouvelle de Londres du 8 décembre, 1678 ; enfin, n° 124, nouvelle de Londres du 15 décembre 1678. Ce dernier rapport se termine en faisant savoir que « La Chambre des Communes a prié le Roi d’accorder quelque liberté à Oatz [ sic : Titus Oates], de faire pourvoir à sa subsistance, et de l’assurer de sa grace, pour la part qu’il a eu[e] dans la conspiration ».

[31] Ces trois fascicules du JS figurent vraisemblablement dans le Recueil des mémoires et conférences sur les arts et les sciences presentées [ sic] à Monseigneur le Dauphin pendant l’année 1672 [1673, 1674] par Jean Baptiste Denis, conseiller, et médecin ordinaire du Roy, qui y continuë le Journal des sçavans (Amsterdam 1673[-1674], 12° et Paris 1672-1683, 4°).

[32] Jean Garnier, S.J. Systema bibliotheca collegii parisiensis Societatis Jesu (Parisiis 1678, 4°).

[33] Bayle désigne un ouvrage déjà ancien de l’abbé Jacques Cassagnes, Traité de morale sur la valeur, divisé en deux livres (Paris 1674, 12°).

[34] Il s’agit ici de l’abbé Edme Mariotte (1620 ?-1684). Le JS du 25 mai 1676 avait recensé son Traité de la percussion ou choc des corps, dans lequel les principales règles du mouvement sont expliquées et démontrées par leur véritable cause, traité qui figure dans un Recueil de plusieurs traitez de mathématique de l’Académie royale des sciences (Paris 1676, folio), dont Mariotte avait été l’un des membres fondateurs en 1666 ; voir aussi son Essay de logique, contenant les principes des sciences et la manière de s’en servir pour faire de bons raisonnemens (Paris 1678, 12°). Voir Bibliographia, JS du 28 novembre 1677 et JS du 9 mai 1678.

[35] Balthazar de Bonnecorse (1631-1706), poète marseillais, La Montre (Paris 1666, 12°), ouvrage qui connut une seconde édition « reveue et corrigée » (Paris 1671, 12°, 2 vol.). Sous le titre Les Sentimens galans, Bayle désigne peut-être L’Amant raisonnable (s.l.n.d. [1671], 12°), seul autre ouvrage de Bonnecorse paru à cette date.

[36] M. de Cornusson, sénéchal de Toulouse, est un descendant des La Valette de Cornusson, éminente famille toulousaine. On connaît surtout François, marquis de La Valette de Cornusson (1536-1586), gouverneur et sénéchal de Toulouse et du Pays albigeois (1576), gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi (1581), conseiller d’Etat (1582) ; il commanda en chef, sous le duc de Joyeuse, les armées du roi en Languedoc pendant les guerres de religion. En 1563, il épousa Gabrielle de Murat, qui lui donna au moins deux filles et quatre fils, dont Jean (?-1622), marquis de La Valette de Cornusson, baron de Cornusson, qui succéda à son père comme sénéchal de Toulouse et du Pays albigeois en 1586. Il assista aux Etats de Blois en 1588 et servit dans plusieurs expéditions dans le Languedoc avant de commander en 1621 un régiment d’infanterie toulousain, levé pour le siège de Montauban. Nommé maréchal de camp le 19 mai 1621, il fut tué à la tête de son régiment au siège de Tonneins. Il eut comme successeur François de La Valette, marquis de Cornusson, sénéchal de Périgord, qui leva par commission du 14 juillet 1632 un régiment d’infanterie de son nom, qu’il commanda à la bataille de Castelnaudary et qui fut licencié après la campagne. Il le rétablit le 17 décembre 1634, le commanda en Guyenne en 1635 et en 1636 à la reprise des îles de Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat en 1637, à l’armée d’Italie en 1638. Son régiment fut licencié après la campagne ; on le créa maréchal de camp par brevet du 3 juin 1649. Voir La Chesnaye-Desbois, xix.426-428 ; Pinard, vi.21-22, 66, 263, et DBF, articles de D. Masson.

[37] Sur le mariage de M lle Riquet de Saint-Félix avec le marquis de Lanta de Grammont, voir le Mercure galant, mai 1678, p.32-34 ; sur la famille Paule ou Paulo, voir ci-dessus n.2.

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