Lettre 17 : Vincent Minutoli à Jacques Basnage

[juillet 1672 ?]

La veneration que les Medes avoient pour leurs roys et qui fait dire à Virgile parlant de l’amour respectueuse des abeilles pour le leur

Regem non sic ∆gyptus et ingens

Lydia nec populi Parthorum aut Medus Hydaspes

Observant [1]

et à Saluste
Adeò illis ingenita est sanctitas regii nominis [2]
cette veneration di-je si soûmise, cede de beaucoup mon tres-cher Monsieur à celle que les François ont pour leur monarque[.] J’en pourrois alleguer mille eclatantes preuves, mais je me veux arréter à celle que vous en donnés dans vôtre belle critique sur les versions latines du sonnet de l’ abbé de Quinçay [3]. Ce ne vous est pas assez que l’on loue vôtre Roy, vous voulez que tous les eloges qu’on luy donne soient dignes de luy, vous desavoüés l’encens que l’on luy presente s’il n’est du plus pur et du plus exquis et vous etes si delicat sur ce chapitre qu’à peine seriés vous satisfait si le triomphant et l’invincible Louis Quatorzieme avoit trouvé ce qu’Alexandre envioit tant à Achille [4] et que vous douteriés encore qu’un Homere en sceût décrire comme il faut les grandes et les heroiques actions. J’approuve vôtre zele et conviens avec vous que si c’est une tres mauvaise chose qu’un mauvais panegyrique c’est la derniere impertinence que de mal faire celuy d’un roy et surtout quand il s’agit de celuy d’un monarque aussi brillant et aussi accomply que le vôtre[.] Vous scavez la raillerie que fit Demosthene des loüanges qu’Eschines et Philocrate donnoient à Philippe [5] et comment ayant appris qu’ils le loüoient de ce qu’il parloit tres bien, de ce qu’il etoit beau de visage et de ce qu’il ne beuvoit pas tant mal, ce veritable orateur se moque de ces sophistes en disant que toutes ces qualités etoient indignes d’un roy, puis que la premiere appartenoit à un avocat, la seconde étoit d’une femme et la troisieme d’une éponge. Et comme il ne faut rien dire de ceux qui sçavent bien porter la couronne qui ne leur tourne veritablement à gloire, il faut aussi que l’on exprime noblement tout ce qu’on leur attribue et que ceux à qui l’on ne doit jamais parler qu’avec des paroles de soye, ne soient jamais loüés que par des Chrysostomes ou des bouches d’or. Mais vous me permettrez pourtant de vous dire avec la liberté qu’une amitié aussi bien établie que la nôtre est capable de donner, que l’usage que vous faites de cette grande delicatesse à l’égard d’une des versions dont j’ay déja parlé ne sçauroit avoir mon approbation toute entiere. J’avoue que vôtre censure est belle soit pour l’érudition dont elle est pleine, soit pour le tour que vous donnez aux pensées que vous y faites entrer, mais je ne puis tomber d’accord qu’elle soit juste, ny m’empecher de prendre contre un de mes meilleurs amys, le party d’un inconnu qui[,] loin de m’en sçavoir gré[,] regardant plûtôt à ma foiblesse qu’à ma bonne intention[,] ne fera peut être que s’en moquer en disant
Non tali auxilio &c [6]
Cependant quoy quil en puisse arriver je vous diray que l’epithete de placida qui vous déplait dans la traduction que j’entreprens de défendre convient également au mot de lux [7] qu’il accompagne, et à la constitution de la monarchie françoise que le prelat de Quinçay et son traducteur ont voulu representer. Pour la lumiere la chose n’a pas besoin d’être prouvée puis que c’est constamment ce que le monde a de plus doux et de plus universellement bienfaisant[.] Et quant à l’état de la monarchie fra[n]çoise que les auteurs veulent décrire, c’étoit un état tranquille et de paix et ou il en prenoit* d’elle comme de ce roy dont Virgile dit au 7e de l’ Eneide
Rex arva Latinus et urbes

Jam senoir longâ placidas in pace regebat [8]

Elle se contentoit d’exercer un doux empire sur ses sujets sans se méler d’envahir les estats d’autruy, tandis que l’ambition de la Maison d’Autriche ne cherchoit qu’à l’assujettir elle même, et pour ce sujet qu’à la partager en factions, temoin ces tems funestes et mal-heureux que nous ne connoissons que sous le nom de ceux de la Ligue[.] Vos roys aussi sages qu’ils étoient[,] puisqu’ils avoient assés de moderation pour se contenter du sceptre que la naissance leur avoit donné[,] eussent bien voulu qu’on ne les fût point venu troubler et qu’on n’eût point pretendu de les empecher de le manier aussi doucement qu’ils le souhaitoient ; mais comme patientia læsa fit furor [9] il falut que ceux qui n’etoient que douceur s’armassent enfin de colere malgré eux, et qu’il leur en prit comme à Neptune chez Virgile, qui est placidus pour les Troyens et graviter commotus contre les vents qu’Eole a lâchez sur eux afin de les faire perir à la requete de Junon
Interea magno misceri murmure Pontum

Emissamque hyemem sensit Neptunus et imis

Stagna refusa vadis, graviter commotus et alto

Prospiciens, summâ placidum caput extulit unda [10]

Servius n’a garde de manquer d’en faire le sujet d’une de ses sçavantes remarques quærunt multi, dit-il, quemadmodum placidum caput si Neptunus graviter commotus, quasi non possit fieri ut irascatur ventis, propitius sit Trojanis [11]. Je dis plus mon cher Monsieur et j’ose avancer que les rois tres chretiens n’etoient pas seulement benins et debonnaires envers leurs sujets mais qu’ils l’etoient encore à l’egard de la Maison d’Autriche, ils demandoient seulement que chacun regnât chez soy se contentant de dire aux Espagnols quand ils entreprenoient quelque chose contre la belle France ce que le Dieu des eaux dit au Zephyr et à un autre de ses compagnons qu’il avoit appellé par son nom propre, dans la description de la tempête sûdite.
Maturate fugam, regique hæc dicite vestro

Non illi imperium Pelagi sævumque tridentem

Sed mihi sorte datum tenet ille immania saxa

Vestras Eure domos : illâ se jactet in aulâ

Æolus et clauso ventorum carcere regnet [12]

Mais le mal est qu’au lieu que les vents obeïrent à Neptune, les Espagnols broüillons ne voulurent jamais entendre raison, ny goûter les propositions de paix que la France leur faisoit suivant la sentence
Omnia prius tentanda, quám armis experiundum [13],
ce qui fut cause qu’elle changea de facon d’agir et fit (s’il m’est permis de pecher à l’exemple du Pere Commire [14] quand il fait dire au Roy les mêmes paroles qu’à Medée la plus mechante de toutes les femmes servare potui perdere an possim rogas) ce que fait Corisque dans le Pastor fido lors qu’apres avoir taché vainement de gagner le cœur de Mirtil par toute sorte de caresses elle prend enfin pour luy des sentimens tout contraires & le menaçant encore plus fierement qu’elle ne l’avoit caressé flatteusement, non vuoi amor, luy dit elle, pruoverai odio [15][.] De sorte que si, pour demeurer dans l’allegorie de la lumiere et ne se pas écarter de l’embléme qui a été choisi et par le Roy et par nos autheurs, on vid bien de la difference entre le beau Phœbus lors qu’il se paroit de tous ses attraits pour tâcher de plaire à la cruelle Daphné, et ce même Apollon armé de traits e[t d]e fléches contre le serpent [16], il n’y a pas lieu d’étre étonné que la placida lux de la France ait fait place à celle des éclairs et des tonnerres, et qu’on voye foudroyer aujourd’huy tout ce qui luy fait opposition, celle dont la lumiere n’eclairoit auparavant que d’une maniere toute benigne et avec la serenité la plus aimable[.] Je crains de m’être un peu trop étendu sur cette premiere remarque, dont vous avez de méme fait un grand chapitre. Il faut pourtant qu’avant que de passer à la seconde je vous avertisse que s’il y avoit quelque chose à reprendre au premier des vers que vous avez attaqués, ce seroit sans doute le 1er mot ass[avoir] celuy d’ aggressus qui fait à mon avis un vilain pleonasme dés que l’on le joint comme on fait icy à celui de ferire [17], mais cela etant clair je n’y insiste pas et tache de gagner chemin.

Vous ne pouvés pas souffrir que les montagnes soient dites s’opposer à la lumiere du soleil et obluctantia luci montium juga [18] vous choquent, il n’est pourtant rien de si vray que cette opposition car outre que c’est à leur elevation qu’on doit ordinairement la diversité des horizons particuliers[,] témoin ce que vôtre cher Guarini fait representer à ce grand chasseur qui veut aller de trop bon matin au temple et éveiller des gens chez qui la montagne qui les couvre ne permet pas qu’il soit jour aussi tôt qu’ailleurs lodo ben Silvio luy dit Linco

Lodo ben Silvio il venerar gli dei

Ma il dar noia á coloro

Che son ministri degli dei non lodo

Tutti dormono ancora

I custodi del templo i quai non hanno

Piu tempestivo ó lucido orizonte

De la cima del monte

 [19]
Outre encore que la hauteur des montagnes ne contribüe pas peu à la difference des climats par l’interception tant de la lumiere que de la chaleur du soleil[,] il n’est rien de si commun que de leur entendre donner chez les poétes tantôt l’epithete d’ umbrosi tantôt celle d’ umbriferi [20][.] La premiere marque qu’elles sont ordinairement le receptacle des ombres soit par l’obscurité de leurs antres et de leurs cavernes, soit par la touffe des forêts qui les couvrent pour la pluspart[,] n’y ayant guere que la côte de Génes qui ait la singularité d’avoir monti senza legna [21], soit enfin par les nuages qui les enveloppent et qui en font comme leur trône
Nunc petit umbrosos montes et lustra ferarum [22]
dit le poète Juvencus et j’aurois le tetricus, le dumosus, l’ obscurus, et le nebulosus [23] à mon service si je voulois[,] mais ce sont des gens que je n’aime gueres et pour venir à la 2e epithete qui montre que si les montagnes sont quelquefois ombragées, elles mettent aussi à leur tour beaucoup de choses à l’ombre, j’aimerois bien mieux vous pouvoir envoyer de cet[te] excellente liqueur que Silius Italicus appelle au 13 de ses livres
Umbrifero generatum monte Calenum
 [24]
At ne umbraticus doctor videar [25] je laisse les ombres pour tâcher de superas evadere ad auras [26] et de faire voir que supera ad convexa [27] n’est pas une expression si hyperbolique que vous pensés[.] Il est permis déja en general aux poëtes d’aller un peu plus haut que les autres, en second lieu selon la maxime qui porte que verba intelligenda sunt pro subjectâ materiâ [28] cela voudra dire seulement que les nuages ont été elevés aussi haut qu’ils pouvoient aller, de plus si vous y prenez bien garde la traduction est plus modeste que l’original[,] puis que ad signifie plus souvent vers que jusques[scol] enfin vous n’y trouverés rien à redire si vous faites reflexion que puis que ces nuages devoient servir de foudres il faloit bien que celuy qui les devoit lancer les eût à la main et quand même il s’ensuivroit que le poéte les auroit mis au dessus du soleil, vous sçavés la fable du roytelet et de l’aigle [29][.]

Vous admirez le flammae ministros vindicii c’est signe que vous n’êtes pas encore critique fiefé* et je ne vous en veux point de mal, cependant ce mot vous condamne et montre par la belle antithese de lux placida et de flamma vindex [30] que l’auteur a voulu décrire le Roy ou la monarchie de France, sous deux états et sous deux visages bien differens l’un de clemence et d’amour et l’autre d’irritation et de colere ce qui va directement contre vôtre premiere remarque.

Si je ne criois gare en cet endroit incautum aggrederer, c’est pourtant bien incautus [31] que je cherche[.] Vous accusés le traducteur d’avoir fait une grande faute quand il a dit

Illi adeo incautos ausi percellere visus
 [32]
Cette hardiesse vous semble mal placée et vous ne voulés pas qu’il y en puisse avoir à surprendre des gens qui meritent le titre d’ incauti c’est à dire ou des dupes, ou des endormis, ou des gens qui ne sont pas sur leurs gardes, mais vous ne considerés pas que l’audace et l’effronterie sont le propre appanage des fourbes et que[,] quoy que les imposteurs n’abusent guere que des simples[,] il faut pourtant qu’ils soient armez de je ne sçay quelle affectation d’assurance qui est comme le principal des moyens par où ils imposent aux mal-avisés[.] Avoüés encore un coup* icy avec moy que la traduction est en cet endroit plus raisonnable que l’original. L’ abbé de Brianville avoit trop flatté les Hollandois de vouloir qu’ils eussent surpris tout le monde
Ces broüillards éclatans surprirent tous les yeux
 [33] C. D. L. R [34]., car je ne le connois point autrement, a été beaucoup plus judicieux de dire qu’ils n’oserent pretendre d’ébloüir que des ignorans tandis que les connoisseurs voyoient bien que cette lüeur etoit foible vaine et passagere[colon] ils n’ebloüirent qu’ incautos visus ou de méchans yeux, ou des gens prenables par un faux éclat.

Je presse le reste mon cher Monsieur et dis que je ne trouve pas plus juste vôtre observation sur le mot de futilis que vous ne voulez pas qui puisse jamais faire l’adjectif de splendor [i][.] Mons[ieu]r Bayle vous a pourtant montré que si et comment il se met à toute sauce n’y ayant rien de si frequent dans les poëtes que ces sortes de transports des objets d’un organe et d’un sens à ceux d’un autre.

Invidiosa bella signifient des guerres malignes et qui devoient faire hair ceux qui les faisoient et partout dans Ciceron on voit crimen invidiosum [35] pour une accusation que tout le monde trouve mauvaise et judicium invidiosum [36] pour une sentence qu’on n’approuve pas.

Par le nubilam caliginem [37] le traducteur a voulu marquer quelle sorte de guerre ces gens faisoient[.] La bienseance et la netteté du stile demandant qu’il demeurât dans les termes de l’embleme qui avoit été choisi par l’autheur et n’y ayant que l’épaisseur et l’obscurité par où les nüages puissent offusquer la lumiere du soleil.

Enfin par terrificas procellas [38] on n’a pas pretendu que ces orages et que ces tempêtes peussent épouvanter le Roy mais on a voulu dire simplement qu’elles sembloient le devoir faire[,] tant leur bruit et leur noirceur, leur agitation et leur enflure etoient grandes. C’est ce qu’a tres bien designé un des traducteurs de la fable du pere Commire que je crois être Mr de La Fontaine quand il a dit que c’étoit à leur dire et à les oüir.

A les oüir tout le monde

Toute la machine ronde

Rouloit sur les interêts

De quatre méchans marêts

 [39] pour dire qu’ils s’en faisoient trop à croire* et qu’on presumoit trop en ce païs là, j’ay bien peur qu’on ne m’en dise autant d’avoir osé entreprendre de vous corriger et je crains bien que quelqu’un n’écrive sus Minervam [40] justement à l’endroit où je dois mettre que je suis tout à vous. V. MINUTOLI

Notes :

[1] Virgile, Géorgiques, iv.210-12 : « Ni l’Egypte ni la vaste Lydie, ni les peuples des Parthes ni les Mèdes de l’Hydaspe n’ont autant de vénération pour leur roi. » On a méconnu le sexe de la reine d’une ruche pendant de longs siècles, bien au-delà de l’Antiquité. La formule de Virgile est citée par Maurus Honoratus Servius ( c. quatrième siècle ap. J.-C.) dans son grand commentaire sur les œuvres de Virgile, qui fut édité pour la première fois en 1471. Minutoli utilise sans doute une des éditions du dix-septième siècle, qui révèlent de légères différences avec le texte actuel. La version du commentaire citée par Minutoli correspond par exemple à celle des Pub[lii] Vergilii Maronis Opera, quæ quidem exstant, omnia : cum justis et doctis […] commentariis Tib. Donati et Servii Honorati, summâ curâ ac fide â Georgio Fabricio Chemnicense primò collectis et emendatis (Basileæ [1613], folio.) Servius ajoute à son commentaire du passage des Géorgiques cité par Minutoli une observation que Minutoli va citer lui aussi.

[2] Salluste, Histoires, v.3 : « à tel point le sentiment du caractère sacré du nom de roi leur est naturel. »

[3] Bayle cite intégralement ce sonnet de Finé de Brianville, abbé de Quinçay, Lettre 16, p.93-94 ; la critique que fit Basnage des traductions latines ne nous est pas parvenue.

[4] Ce qu’Alexandre enviait à Achille, c’était d’avoir été célébré par Homère : voir Cicéron, Plaidoyer pour Archias, x.xxiv ; et Plutarque, « Vie d’Alexandre le Grand », §xxv, Vies, ii.339.

[5] Voir Plutarque, « Vie de Démosthène », §xxiii, Vies, ii.723. Ces observations sur Eschine et Philocrate ne semblent pas figurer dans le texte publié des discours de Démosthène.

[6] Virgile, Enéide, ii.521 : « Non tali auxilio [nec defensoribus istis Tempus eget] » ([l’heure ne demande] pas une telle aide [ni de tels défenseurs]).

[7] « une lumière douce » ou « tranquille » : voir le premier vers de la version latine du sonnet de Brianville, planche 10.

[8] Virgile, Enéide, vii.45-46 : « Le roi Latinus, maintenant âgé, régnait sur des villes et des campagnes tranquilles dans une paix prolongée. »

[9] Il s’agit d’une maxime de Publilius Syrus ( Mimes, clxxviii) citée par Erasme, Adages, i.v.47, LB ii.209 : « La patience outragée devient colère ». Le texte latin porte « Furor fit læsa sæpius patientia ».

[10] Virgile, Enéide, i.124-127 : « Sur ces entrefaites, Neptune entendit l’immense grondement de la mer tourmentée, sentit la tempête déchaînée, et vit des nappes d’eau refoulées des profondeurs ; vivement ému, il regarda devant lui la pleine mer, levant son visage serein au-dessus de la surface des eaux. »

[11] Servius, Pub[lii] Vergilii Maronis Opera : « Ils sont nombreux à demander comment Neptune pouvait avoir le visage serein s’il était vivement ému : comme s’il était impossible qu’il fût en colère contre les vents et propice aux Troyens. » Le commentaire de Servius fait suite au passage de Virgile en question.

[12] Virgile, Enéide, i.137-41 : « Hâtez votre course et portez ce message à votre roi : ce n’est pas à lui, mais à moi que le sort a donné l’empire des mers et le puissant trident. Lui a pouvoir sur les roches immenses ; elles sont votre demeure, Vent d’Est ; qu’Eole se pavane dans ce palais-là et qu’il règne sur la prison close des vents. »

[13] « Il faut tout essayer avant d’avoir recours aux armes. » Sous une forme légèrement différente, cette phrase se trouve chez Térence, Eunuque, 789, « omnia prius experiri, quam armis » (il convient que le sage tente tout avant d’en venir aux armes).

[14] « J’ai pu te conserver et tu veux savoir si je peux te perdre. » Ce vers, très admiré pour sa concision expressive, est l’un des deux seuls vers qui nous restent de la tragédie Médée d’ Ovide. Nous n’avons pas retrouvé le poème de Commire où figure ce vers.

[15] Voir Battista Guarini (1538-1612), Il Pastor fido, tragicommedia pastorale (Venetia 1602, 4 o), acte i, sc.iii, f.34 r. Dans un soliloque qui remplit la troisième scène du premier acte, Corisca finit par apostropher Mirtillo en disant : « si tu ne veux pas de mon amour, tu recevras ma haine ». Le texte de Guarini porte le futur vorrai et non le présent vuoi.

[16] Voir Ovide, Métamorphoses, i.438-47, et l’illustration de l’emblème, planche 00.

[17] Le pléonasme que dénonce Minutoli vient de ce que aggredi (attaquer) et ferire (frapper) constituent un doublet. Pourtant aggredi peut signifier aussi « se mettre à », et c’est ce sens qu’il faut donner à aggressus ferire, « s’étant mis à frapper » : voir les deux premiers vers de la version latine du sonnet de Brianville, planche 10.

[18] L’expression latine signifie « les sommets des montagnes qui luttent contre la lumière » : voir la planche 10.

[19] Guarini, Il Pastor fido, acte i, sc.i, f.17 v : « Je vous loue bien, Silvio, de vénérer les dieux, mais d’ennuyer ceux qui sont ministres des dieux, je ne vous en loue pas. Tous les gardiens du Temple dorment encore : leur horizon n’a pas la clarté de celui qu’on voit de bonne heure du haut de la montagne. »

[20] Respectivement « ombragés » et « ombreux ».

[21] « des montagnes dénudées ».

[22] C. Vettius Aquilinus Juvencus, poète chrétien de la première moitié du quatrième siècle, Evangeliorum libri quattuor, i.364 : « Maintenant il se dirige vers les montagnes ombragées et les tanières des bêtes sauvages. » Selon les divers manuscrits, le premier mot de la citation peut être aussi tum.

[23] Ces mots latins signifient : « sombre », « buissonneux », « ténébreux », « embrumé ».

[24] Silius Italicus, La Guerre punique, xiii.219. Minutoli ne se souciait que de fournir un exemple de l’emploi du mot umbriferus. Pour que la citation ait un sens, il faut en restituer le début ( Tifata) et la fin ( nutrierant) : « Tifate, sur ses côteaux ombragés, avait alimenté Calenus » (à savoir, le vin de Calès, défini quelques mots plus haut comme une « excellente liqueur »). Il se peut d’ailleurs que Minutoli commette ici un contre-sens et qu’il s’agisse originellement d’un homme appelé Calenus, et non d’un vin cultivé sur des côteaux.

[25] « Pour que je n’aie pas l’air d’être un professeur obscur » (ou « pédant »). On trouve l’expression umbraticus doctor chez Pétrone, Satiricon, ii.4.

[26] Voir Virgile, Enéide, vi.128 : « remonter vers la lumière ».

[27] Voir Virgile, Enéide, vi.241 : « vers la voûte du ciel » : voir le vers 3 de la version latine du sonnet de Brianville, p.000.

[28] « Il faut comprendre les mots en fonction du sujet traité. »

[29] On trouve dans l’édition la plus complète des Carmina (Parisiis 1753, 12 o, 2 vol.) du Père Commire une fable intitulée « Aquila et trochilus » qui n’est pas datée. L’aigle et le troglodyte étant rivaux pour le titre de roi des oiseaux, le petit concurrent se met sur le dos ou sur la tête de l’autre quand celui-ci monte dans les airs et arrive ainsi plus haut que lui. Bien que Plutarque dans ses Œuvres morales (806a) parle d’une fable d’Esope sur ce thème, cette fable ne nous est pas parvenue. L’histoire de la rivalité de l’aigle et du troglodyte est cependant très répandue dans le folklore européen. Il s’agit bien du troglodyte et non du roitelet, le contraste étant exemplaire entre l’oiseau qui niche dans des trous dans la terre et celui qui habite les hautes montagnes.

[30] Ces expressions latines signifient : « ministres de la flamme vengeresse », « lumière douce », « flamme vengeresse » : voir les vers 1 et 4 de la version latine du sonnet, planche 10.

[31] « J’attaquerais un homme qui ne se méfie pas. »

[32] « Ils furent assez effrontés pour éveiller la suspicion de gens sans méfiance » : voir le vers 5 de la version latine du sonnet, planche 10. Minutoli discute longuement, dans les phrases qui suivent, le sens à donner au mot incautos.

[33] Voir le vers 5 du sonnet, cité intégralement p.94.

[34] Ces initiales désignent probablement le Père Charles de La Rue (1643-1725), jésuite, poète néo-latin, et auteur d’une édition de Virgile Ad usum Delphini. Ses Carmina (Lutetiæ Parisiorum 1680, 4 o) comprennent des panégyriques de Louis XIV et plusieurs poèmes explicatifs de devises et d’emblèmes. Il s’agit ici de sa traduction du cinquième vers du sonnet de Brianville : voir Devise pour le roy, p.4.

[i] Futilis signifie soit « fragile » ou « cassant », soit « futile » ou « vain ». Par splendor futilis on comprendrait « vain éclat ». Le jeu de mots de Brianville – « éclat de verre » – est difficile à imiter : voir le vers 5 du sonnet et la version latine, planche 10.

[35] Voir Cicéron, Plaidoyer pour Fonteius, ix.19 ; Verrines, II. ii.xlvi.112 ; Verrines, II. v.ix.23 ; Plaidoyer pour Cluentius, iii.143 : voir aussi, le vers 7 de la version latine du sonnet, planche 10.

[36] Voir Cicéron, Plaidoyer pour Quinctius, xiv.47 ; Plaidoyer pour Cluentius, i.138.

[37] « des nuages ténébreux » ; voir le vers 8 de la version latine du sonnet, planche 10.

[38] L’expression latine signifie « des tempêtes effrayantes », voir le vers 11 de la version latine du sonnet, planche 10.

[39] Sur cette traduction de La Fontaine, voir Lettre 16, n.13.

[40] Cicéron, Académiques, i.v.18 : « [sed quid ago] sus Minervam ? » (Que fais-je ? Pourceau qui en remontre à Minerve), formule passée en proverbe : voir Erasme, Adages, i.i.40, LB, ii.43a.

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