[Amsterdam, le 14 août 1679]
Révérend et très illustre Monsieur [1],
Entre plusieurs autres choses qui font que je vous suis attaché à bien des titres, je compte encore celle-ci, que mon opuscule ayant été transmis au très perspicace Monsieur Bayle, vous lui avez demandé des objections [2] et, les ayant obtenues, me les avez transmises de sorte que j’ai remarqué en elles le jugement du lecteur, l’exactitude de l’observateur, la vigueur du critique et l’engageante amabilité envers moi d’une âme des plus bienveillantes. Je vous en suis reconnaissant à tous les deux, à vous ainsi qu’à lui, et je vous demanderai de bien vouloir le lui signaler en mon nom quand vous lui communiquerez mes notes de réponse, qui sont plutôt brèves, à la vérité, et je vais dire pourquoi. Le temps ne permettait guère que je copie les objections, dont j’ai voulu vous rendre l’autographe : et pendant que j’y étais occupé, il me venait des pensées accidentelles que j’ajoutais en marge, afin que, ayant rapidement inséré ces quelques mots, je puisse conserver la mémoire de remarques, alors plutôt modestes, dont j’espérais faire une réponse en les développant. Comme j’avais l’intention de vous montrer ces remarques en vous renvoyant les objections que j’avais copiées, j’ai pensé qu’il n’y avait que celles qui figurent telles quelles ici (et une forme plus étendue et plus élégante n’est pas trop strictement requise dans un ouvrage de deux jours) qui puissent jouer le rôle de réponse, et cela d’une façon qui convienne particulièrement à l’auteur très distingué des objections, dont la pénétration intellectuelle (pour employer une terminologie nouvelle et expressive) n’exige pas une multitude de paroles ; la solidité, aussi bien, n’a cure d’une disposition de mots artificielle, qu’on ne trouvera pas ici. Pour ce qui est des autres lecteurs, s’il y en avait qui n’auraient pu comprendre mes réponses telles qu’elles avaient été formulées, ils ne seraient pas capables non plus de comprendre les objections elles-mêmes. Finalement, comme j’avais commencé à ajouter des notes plus fournies au texte même de mon traité, je n’ai pas jugé utile d’ajouter autre chose ici. Que ceux qui, ayant abandonné depuis quelque temps le rôle d’adversaires pour assumer véritablement la tâche de me comprendre correctement, examinent ces notes : ils y trouveront quelque satisfaction. Sinon, vous, du moins, homme éminent, ami ainsi que votre bienveillant ami, monsieur Bayle, jugez favorablement l’esprit qui anime ces lignes.
Avec le plus profond respect pour votre Révérence
P[ierre] Poiret
Amsterdam, le 14 août 1679

Notes :

[1] David Ancillon.

[2] Voir Lettre 167, n.2, et la traduction des objections proposées par Bayle à Poiret dans : Pierre Bayle, Œuvres diverses (Hildesheim 1982), V.i.13-77, ainsi que le commentaire de G. Mori, Tra Descartes e Bayle. Poiret e la teodicea, et Pierre Bayle philosophe, ch.2, p.55-88.

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