Lettre 186 : Pierre Bayle à Jean Bayle

A Paris, le 28 d’octobre 1680

Je suis icy il y a pres de 2 mois M[onsieur] e[t] t[res] h[onoré] p[ere] non pas pour me divertir par les curiositez savantes que l’on y trouve, mais pour des affaires de notre academie, qui m’ont fait deputer par Mrs les moderateurs [1]. C’est un employ auquel je n’etois guere propre et qui etant fort penible et defavorable m’a fait supplier ces m[essieu]rs de jetter les yeux sur un autre, mais il ne s’est trouvé personne dans le conseil qui fust en etat d’etre deputé, ainsi il m’a falu subir le joug. C’a eté pour 2 affaires principalem[en]t, la premiere qui a eté jugée et perdue consistoit en ce que le Roy nous ayant oté 1 500 francs des 4 500 livres qu’il donnoit annuellem[en]t à notre academie, nous avions à remontrer à S[a] M[ajesté] diverses raisons pour la porter à revoquer ce retranchem[en]t. La 2e qui n’a point eté encore raportée regarde la permission d’etablir un imprimeur en la place du defunct, à quoi les juges des lieux s’opposent [2]. Une maladie de 3 sepmaines dont j’ay eté travaillé a eté sans doutte cause que cette affaire là n’a pas eté encore vuidée. Je la laisse entre les mains d’un de nos amis, parce q[ue] nos vacances sont finies et que ma profession me rappelle. Il eut meme fallu que j’eusse recommencé mes exercices il y a 15 jours, si la foiblesse où ma maladie m’avoit reduit avoit peu souffrir q[ue] je m’exposasse à la fatigue d’un voyage de 6 jours. Cette maladie m’a couté beaucoup d’argent, car à Paris les medecins n’epargnent point les remedes, et quand on n’est point dans sa famille il n’y a pas jusqu’à la moindre vetille qu’il ne faille payer. Dieu soit loüé qui m’a rendu la santé par un effet de sa misericorde. Prions le tous de me faire la grace de me mieux servir de cette santé recouvrée q[ue] je ne l’ay fait de celle dont je jouyssois avant que de tomber malade. Notre academie souffrira terriblem[en]t de la perte qu’elle vient de faire de cinq cens ecus ; d’autant plus que l’Eglise de Paris ainsi que je l’ay pressenti, se trouve dans l’impuissance de nous ayder en quelque chose à cause des depenses qu’elle est obligée de faire ailleurs, par le mauvais etat où sont les affaires de notre Religion*, dont il faut que cette Eglise soit l’appuy au delà meme de ses forces.

Le dessein qu’on a pris de nous perdre fait que bien des gens se retirent aux pays etrangers où plusieurs trouvent des emplois avantageux. Cela et le peu d’ apparence* que je voi à voi[r] fleurir notre academie et d’autres raisons encore me font songer à la retraitte [3]. J’ay dessein de faire un tour en Hollande s’il plait à Dieu les vacances prochaines et de m’y arreter si j’y trouve quelque petit etablissement* qui ne soit pas de grande fatigue, car ma complexion demande cela necessairement, et peu m’importe de l’humeur dont je suis, qu’il y ait beaucoup à gagner, adsit modo victus et vestitus frugalissimus [4]. Si je m’y etablissois je chercherois quelque chose pour notre c[adet] qui cependant se doit munir de toute sorte de literature et / de connoissance du monde tout ensemble. Mr Jurieu vient de refuser la vocation* que Mrs de Groningue luy avoient adressée pour les 2 charges q[ue] la mort de Mr Des Marets laissa vacantes il y a 5 ou 6 ans, de professeur en theologie et de pasteur de l’Eglise wallonne [5]. Il etoit fort tenté de l’accepter et il y trouvoit mille douceurs et mille commoditez* ; mais presque tous les membres de l’Eglise luy ont fait tant de remontrances et de prieres, que cela joint au refus de congé que le consistoire et l’academie luy declara qu’on luy fairoit, l’a determiné à demeurer, considerant surtout qu’il n’est pas d’un bon pasteur d’abandonner son troupeau lors qu’il va etre attaqué des loups pour songer à sa seureté particuliere.

J’ay fait soutenir quelques theses ausquelles j’ay joint une disserta[ti]on contre un endroit d’un livre qui a fait beaucoup de bruit, et qu’un jesuite de Caen nommé Louis de Valois a publié sous le nom de Louis de La Ville [6]. Ce traitté prouve que les principes de Mr Des Cartes sont incompatibles avec la doctrine de l’Eglise romaine dans le point de l’Eucharistie, et conclut que cette philosophie est dangereuse, exhortant le clergé de France à la condamner et le Roy à empecher qu’on ne l’enseigne dans son Royaume. Mr Bernier disciple de Gassendi qui s’est trouvé enveloppé dans l’affaire des cartesiens parce qu’en effet dans le point de l’Eucharistie, Gassendy et Descartes sont egalement contraires à l’opinion commune[,] a publié un ecrit pour tacher de se mettre à couvert [7].

Un amy du P[ere] Malebranche a composé un autre petit ecrit où apres avoir repoussé les coups portez contre ce Pere il donne une explication du mystere de l’Eucharistie selon les nouveaux philosophes qui paroit assez ingenieuse [8]. Comme je n’ay eu aucun interet à concilier mes principes avec les decisions du concile de Trente, j’ay repoussé Mr de La Ville par un autre endroit comme vous verrez, car je fais partir par le messager un petit paquet qui contient 2 exemplaires de mes theses [9] dont l’un est pour Mr Rivals ministre de Puyl[aurens ;] 2 exemplaires des Pseaumes imprimez par Jannon [10] ; les Derniers discours de Mr Morus [11] et un discours de Mr Drelincourt sur un arret du Conseil d’Etat [12] ; m[on] f[rere] m’a souvent ecrit que Mr Mestrezat en avoit fait un semblable [13] ; si je l’eusse peu rencontrer je luy eusse envoyé [14], mais c’est ce que je n’ay point fait[,] bien qu’une bonne partie des brochures ou petits livrets non reliez, de la bibliotheque de Mr Justel qu’il a vendue en detail depuis peu ayent passé sous mes yeux [15]. Mr Daillé vend aussi la sienne de cette facon ; je n’y ay pas eté parce que depuis que je suis icy la vente est sursise à cause de l’absence de Mr Daillé qui est à Blois.

Les affaires generales de l’Europe sont assez tranquilles ; il y a quelque apparence que les pretensions du duc de Monmouth fils naturel du roy d’Angleterre causeront des troubles en ce pays là [16]. Le roy a fait tout ce qu’il a peu pour justifier* qu’il n’a jamais epousé la mere du duc de Monmouth comme les amis de ce duc le publient. D’autre coté le peuple a conceu tant d’indignation contre le duc d’Yorc qui s’est fait papiste et qu’on soubconne l’autheur de la conspiration dont on a tant parlé [17][,] qu’il favorise ouvertement le duc de Monmouth, de sorte que ce prince appuyé de cett[e] / faveur populaire a bien osé depuis peu oter la barre de ses armes pour faire voir qu’il se croit le legitime successeur. On verra bien tot ce que le Parlement qui va s’assembler dira sur le point de la succession au royaume.

Pour nouvelles de livres je vous diray que le P[ere] Maimbourg qui depuis 7 ou 8 ans donne chaque année une histoire d’un volume in 4° a donné pour celle cy l’ Histoire du lutheranisme [18]. Il ecrit d’une maniere fort agreable et comme la cour de Rome n’a pas eté satisfaite de quelques choses qu’il a publiées ; que meme la congregation de l’Indice a censuré son Histoire du schisme d’Occident et celle de la decadence de l’Empire, il s’est tout à fait jetté dans les principes de la Sorbonne touchant le pouvoir des papes dans les choses seculieres et trouve adroitement le moyen de faire des digressions pour donner sur les doigts à la cour de Rome et aux jansenistes qui maintenant ont un pape assez de leurs amis [19]. Il a inseré dans sa derniere Histoire un fait qui luy a donné occasion de fronder la conduitte de l’evesque de Pamiers au sujet de la regale d’une maniere fort maligne [20]. A propos dequoi je vous dirai que cette affaire a eté terminée quoi que le Roy eut receu 3 lettres du pape fort vigoureuses dans la derniere desquelles il se voyoit menacé des foudres du Vatican, quelque puissance qu’on sceut qu’il a d’user de main mise pour repousser ces procedures ecclesiastiques. Mais cette affaire n’a pas eté plutot vuidée que le pape s’en est fait une autre avec le Roy, ayant adressé un bref aux religieuses de Charronne proche le bois de Vincenne, par lequel il destitue la superieure qu’il suppose que l’archevesque de Paris avoit etabli[e] sur elles à la nomination du Roy, et leur enjoint de s’assembler pour en elire une autre canoniquement [21]. Mr le procureur general informé de la chose s’est porté appellant comme d’abus contre ce bref et a plaidé d’une façon vehemente contre cette entreprise de la cour de Rome, semant mille traits choquans contre la personne du pape. Son plaidoyé a eté imprimé avec l’arret du Parlem[en]t donné par la Chambre des vacations [22]. On verra comment le pape se gouvernera* dans une affaire si delicate. Le meme Parlement a deffendu le debit du livre de feu Mr de Pamiers sur la regale et l’Assemblée du clergé avant que de se separer ecrivit une lettre au Roy pour luy protester que dans le different que S[a] M[ajesté] avoit à cette occasion avec le pape, l’Eglise gallicane seroit inseparablement unie à ses interets, et cette lettre a eté imprimée [23]. Quelques uns croyent que Mr Arnaud est à Rome et qu’il pousse le pape à temoigner cette grande fermeté [24]. Il a repondu au livre que Mr Mallet grand vicaire de Roüen a composé contre la version du N[ouveau] T[estament] de Mons [25], mais l’exactitude avec laquelle on empeche le debit des livres qui ne plaisent pas est cause que cette reponse ne paroit pas icy[.]

Mr Gallois qui faisoit autrefois le Journal des scavans a publié un traitté des plus celebres bibliotheques du monde [26] où il y a bien des choses curieuses, mais un ministre hollandois nommé Lomeyer a traitté en latin cette matiere encore / plus amplement et plus exactement [27].

Il y a un pere de l’Oratoire tres savant homme nommé Thomassin qui a fait imprimer en francois un Traitté des jeunes qui contient beaucoup d’erudition, et un autre en latin de verbi divini incarnatione [28]. Le nom de Thomassin est heureux pour les sciences, car il y a eu un Italien de ce nom qui a laissé quantité d’ouvrages ; un recueil d’éloges des personnes illustres ; Petrarcha redivivus , Titus Livius redivivus , De Tesseris hospitalitatis  ; et De donativis c’est à dire des presens que l’on faisoit aux temples ex voto ou autrem[en]t [29]. Mad le Le Fevre fait imprimer Aurelius Victor avec des notes, c’est le 3e ouvrage qu’elle a • commenté pour Mr le Dauphin ; les 2 autres sont Florus et Dictys Cretensis [30]. Mr d’Assier fait imprimer son Festus, et en suitte il donnera une traduction francoise d’ Horace avec des notes courtes mais fort recherchées et savantes [31]. A propos dequoi je vous diray que le bon homme Mr l’ abbé de Marolles à qui l’age a fort affoibli l’esprit s’est piqué extremement de ce qu’on a dit à l’avantage de la traduction d’ Horace de Mr de Martignac, pretendant que quand on loüe une traduction sans parler des siennes on luy fait une grieve injure. Il a donc pris occasion en faisant imprimer une liste alphabetique de tous ceux qui luy ont fait present de leurs livres de parler de la traduction de Mr de Martignac, d’en comparer quelques endroits avec les siens, de se donner de l’encens, et de se plaindre du mauvais gout du public [32]. Sa traduction d’Athenée qui est sa derniere piece et qui est la p[remi]ere qu’on ait jamais veue en francois ne fait pas beaucoup de bruit [33].

Mr l’evesque d’Amiens a fait imprimer depuis peu un panegyrique du Roy [34] ; celuy de Tournay, des memoires concernant la Religion [35] où il se propose de prouver 3 choses 1° qu’il y a un Dieu, 2° que Jesus Christ est Dieu 3° que notre Religion est fausse. Il insiste principalement sur le 2. point. Mademoiselle de Scudery a fait imprimer 2 volumes in 12 de Conversations sur diverses matieres de morale et de la science du monde [36]. Il y a beaucoup de politesse et d’ornemens. Madame de La Sabliere qui a eté autrefois de la Religion et qui se brouilla si fort avec feu son mary qu’il se separerent de corps et de biens, femme d’un grand esprit, qui a toujours à ses trousses La Fontaine, Racine, les philosophes du plus grand nom[,] a fait imprimer un receuil de madrigaux sous le nom de son mary [37] : Mr de Vaumoriere un roman en 4 petits volumes intitulé Adelaïde de Champagne [38] ; et Mad le Bernard jeune fille de 17 ans de la Religion*, de Rouen un autre roman intitulé Frideric de Sicile [39]. Je vous souhaitte M[onsieur] e[t] t[res] h[onoré] p[ere] toute sorte de benedictions et à m[on] t[res] c[her] f[rere] et suis votre tres humble etc

Notes :

[1] Voir Lettre 185, p., et n.2.

[2] Voir Lettres 129, n.12 et 161, n.2 : au printemps 1677, Chayer, libraire et imprimeur réformé de Sedan, venait de mourir. Il était certainement gênant pour l’académie de devoir s’adresser à un imprimeur catholique.

[3] C’est-à-dire, à quitter le royaume. A pareille date il ne fallait aucune pénétration politique exceptionnelle à un réformé, surtout s’il résidait au nord de la Loire, donc relativement près de la capitale et de la Cour, pour prévoir dans un proche délai la Révocation de l’Edit de Nantes ; seules les modalités d’une telle mesure demeuraient incertaines : par exemple, les réformés qui refuseraient d’abjurer auraient-ils le droit de réaliser leurs biens et de sortir de France ? Rappelons les assurances que Bayle donnait à Jurieu, Lettre 175.

[4] « pourvu seulement qu’il y ait de quoi se nourrir et s’habiller avec un minimum de confort ».

[5] Samuel Des Marets avait enseigné la théologie à Sedan avant de briller à Groningue ; cette dernière université songeait à créer une sorte de tradition en invitant Jurieu, mais elle se heurta à un refus : la communauté réformée de Sedan et l’académie ne voulaient pas perdre un de leurs membres les plus éminents.

[6] Sur ces thèses, voir Lettre 183, n.8.

[7] François Bernier, Eclaircissement sur le livre de M. de La Ville intitulé « Sentimens de M. Des-cartes touchant l’essence et les propriétez des corps » (s.l. [1680 ?], 8°). Bayle devait revenir sur ce petit texte dans son Recueil de quelques pièces curieuses.

[8] Cet « ami du Père Malebranche » n’est autre que Malebranche lui-même, et Bayle reprendra l’opuscule en question dans son Recueil de 1684 : voir Malebranche, O.C., éd. A. Robinet, XVII.i.477-490.

[9] Ces thèses figureront également dans le Recueil. Voir Lettres 183, n.8, et 185, n.1.

[10] Jean Jannon (1580-1658), très connu dans l’histoire du livre comme libraire, imprimeur et tailleur de caractères (au total, trente fontes, dont trois polices d’hébreu, une gothique, une grecque, une arabe, une syriaque... et surtout la « sedanaise » avec son italique, le plus petit caractère typographique de l’époque). Après une période d’activité parisienne, il s’installa en 1610 à Sedan, où il devint imprimeur attitré de l’académie protestante ; il continuait cependant à imprimer des livres pour les libraires de Charenton. Jean Jannon et son fils Pierre (ce dernier pendant la période 1640-1646, où son père retourna travailler à Paris) imprimèrent plus d’une vingtaine de Psautiers réformés, tous de très grande qualité. Les plus remarquables sont minuscules, de format 32° ou 64° ; ils utilisent la « sedanaise » et comportent même parfois la musique des Psaumes. A la mort de Jean Jannon, la charge d’imprimeur de l’académie revint à François Chayer. Voir H. Williamson, « Jean Jannon », Printing historical Society Bulletin, 21-24 (1987-1988), p.270-325, et L. Guillo, « Jean Jannon et Pierre Jannon, éditeurs du Psautier à Sedan (1614-1650) », Psaume, 4 (1990), p.85-96.

[11] Alexandre Morus, Derniers discours (Amsterdam 1680, 12°).

[12] Cette pièce fugitive, que nous n’avons pas retrouvée, était apparemment de Laurent Drelincourt, pasteur de Niort.

[13] On hésite fort à attribuer cette pièce non identifiée à Jean Mestrezat, mort en 1657. Il pourrait s’agir d’un opuscule du professeur genevois Philippe Mestrezat, neveu de Jean, mais il reste possible que l’indication donnée par Jacob ait été inexacte. De toutes façons, la pièce était sans doute relativement récente, puisque c’était depuis une vingtaine d’années que les arrêts du Conseil à l’encontre des réformés s’étaient multipliés.

[14] Cette omission du pronom d’objet direct devant un pronom d’objet indirect, courant au siècle, se rencontre encore de nos jours en français parlé.

[15] Henri Justel, que Bayle avait pu fréquenter lors de son séjour à Paris, s’apprêtait à partir pour l’Angleterre : il prétexta que Charles II l’appelait pour prendre soin de sa bibliothèque et demanda un congé de six ans (qu’il obtint), bien décidé à ne pas revenir, car il prévoyait la Révocation. Il avait réuni une riche bibliothèque qui avait encore accru celle de son père, érudit célèbre.

[16] Sur les prétentions du duc de Monmouth, voir Lettre 148, n.5.

[17] Sur le « complot papiste », voir Lettre 160, n.176 ; il s’agissait ici d’un revirement de l’opinion publique.

[18] Sur cet ouvrage de Maimbourg, voir Lettre 179, n.26.

[19] Innocent XI (Odescalchi), pape depuis 1676.

[20] Nous n’avons pas trouvé, dans l’ouvrage du Père Louis Maimbourg, S.J., Histoire du luthéranisme (Paris 1680, 12°, 2 vol.), l’allusion malicieuse, évoquée ici par Bayle, à la résistance de François-Etienne de Caulet, évêque de Pamiers, à la volonté de Louis XIV dans la querelle de la régale ; ce trait ne figure pas dans le compte rendu du JS du 16 septembre 1680. Il se peut que Bayle se souvienne confusément d’un passage de l’« Epistre au Roy » où Maimbourg s’en prend au jansénisme et vante les prouesses de Louis XIV, qui « par les mêmes voies également douces et efficaces [...] a fait cesser les troubles que certaines opinions, qui tendaient à établir en France une nouvelle espèce de Calvinisme sous un autre nom, y avaient excités ». Sur la résistance de Caulet et des chanoines de Pamiers, voir Dictionnaire de Port-Royal, s.v.

[21] Il s’agit de la communauté des religieuses de Notre-Dame, qui avait été fondée, sous la direction de Pierre Fourier, à Charonne en 1643 par Marguerite de Lorraine (1613-1672), seconde femme de Gaston d’Orléans. En vertu d’un bref pontifical et par exception, la première supérieure avait exercé ses pouvoirs à vie ; quand elle mourut en 1672, la communauté souhaita reprendre son droit d’élire une supérieure triennale ; mais l’archevêque de Paris, Harlay de Champvallon, voulut y installer une supérieure de son choix. Les religieuses en appelèrent au pape, qui prit leur défense par des brefs du 7 août et du 15 octobre 1680. Le Parlement de Paris, fidèle à son gallicanisme, cassa ces brefs du pape (il y en eut un postérieur à la présente lettre, en date du 24 janvier 1681) par arrêts du 24 septembre 1680 et ultérieurement du 24 janvier 1681. Enfin, l’ archevêque obtint un arrêt supprimant la communauté et dispersant les religieuses, arrêt qui fut brutalement exécuté. L’Assemblée du clergé de 1682 allait approuver avec ardeur les mesures prises par l’archevêque de Paris, qui au reste avaient été appuyées, sinon suggérées, par la Cour.

[22] Achille III de Harlay (1639-1712) était procureur général du Parlement de Paris depuis 1667 et en devint le premier président en 1689. Sur son plaidoyer de septembre 1680, voir l’ Arrest de la Cour de Parlement, Sur un Bref du mois d’Aoust mil six cens quatre vingt, Du 24 septembre 1680 (Paris 1680, 4° : BNF f.fr. 22.173, f.11-20).

[23] Lettre ecrite au Roi par nosseigneurs les archevêques, évêques et autres ecclésiastiques députés du clergé de France, assemblés à S. Germain-en-Laye, sur le dernier bref du pape au sujet de la Régale (10 juillet 1680) (Paris 1680, 4°).

[24] Antoine Arnauld n’était pas à Rome ; il s’était exilé aux Pays-Bas immédiatement après la mort de Mme de Longueville le 15 avril 1679, ayant été averti par l’abbé Pierre Danet, curé de Sainte-Croix-en-la-Cité et homme de confiance du duc de Montausier, de l’imminence de son arrestation : voir E. Jacques, Les Années d’exil d’Antoine Arnauld (1679-1694) (Louvain 1976), p.32-40. A cette date (octobre 1680), après des pérégrinations dans les Pays-Bas autrichiens dont Mme de Sévigné se fait l’écho et après un premier voyage en Hollande, Arnauld s’était réfugié à Bruxelles : voir E. Jacques, ibid., p.193-203.

[25] Arnauld avait publié sa Nouvelle défense de la traduction du Nouveau Testament imprimée à Mons, contre le livre de M. Mallet (Cologne 1680, 8°), qui devait être suivie la même année par une Continuation [...] (Cologne 1680, 8°). Ces ouvrages répondaient à Charles Mallet (?-1680), docteur de Sorbonne, vicaire de Rouen, De la lecture de l’Ecriture Sainte en langue vulgaire (Rouen 1679, 12°), qui poursuivait la polémique lancée dans son Examen de quelques passages de la traduction française du Nouveau Testament imprimée à Mons (Rouen 1676, 12°), dont une deuxième édition avait été publiée dès l’année suivante (Rouen 1677, 12°).

[26] Bayle a lu l’annonce dans le JS du Traité des plus belles bibliothèques de l’Europe, des premiers livres qui ont esté faits, de l’invention de l’imprimerie, des imprimeurs, de plusieurs livres qui ont esté perdus et recouvrés par les soins des sçavans, avec une méthode pour dresser une bibliothèque, par le sieur Le Gallois (Paris 1680, 12°), et a confondu l’auteur, Pierre Le Gallois, avec le directeur du JS, l’ abbé Jean Gallois.

[27] Lomeyer, De Veterum gentilium lustrationibus syntagma (Ultrajecti 1681, 4°).

[28] Louis Thomassin, oratorien, Traité des jeûnes de l’Eglise, divisé en deux parties (Paris 1680, 8°) – dont le JS devait donner un compte rendu le 30 décembre 1680 – et Dogmatum theologicorum authore Ludovico Thomassino (Parisiis 1684, 1680, 1689, 4°, 3 vol.), ii : De Verbi Dei incarnatione liber unicus (1680).

[29] Giacomo Philippo Tomasini (1597-1654), évêque de Città Nova d’Istrie, Illustrium virorum elogia, iconibus exornata (Patavii 1630, 1644, 4°) ; la deuxième partie de cet ouvrage, parue ultérieurement, a un titre un peu différent : Elogia virorum literis et sapientia illustrium ad vivum expressis imaginibus exornata (Patavii 1644, 4°) ; Petrarcha redivivus, integram poetæ […] vitam iconibus […] exhibens. Accessit nobilissimæ Lauræ brevis historia (Patavii 1635, 4° ; réédité Patavii 1650) ; T. Livius Patavinus (Patavii 1630, 4°) – c’est probablement l’édition d’Amstelodami 1670, in-12°, que Bayle a rencontrée ; De Tesseris hospitalitatis, liber singularis, in quo jus hospitii universum apud veteres potissimum, expenditur (Utini 1647, 4°) – dans ce cas aussi il est assez probable que Bayle connaît l’ouvrage par sa réédition (Amstelodami 1670, 12°) ; De donariis ac tabellis votivis Liber singularis (Utini 1639, 4° ; 2 e éd. Patavii 1654, 4°).

[30] Anne Tanneguy Le Fèvre, épouse d’ André Dacier, Sex. Aurelii Victoris historiæ romanæ compendium (Parisiis 1681, 4°) ; son édition de Florus datait de 1674 (Lettre 117, n.17) ; celle de Dictys de Crète et de Darès de Phrygie venait de paraître (Privilège daté du 28 juin 1680) : voir C. Volpilhac-Auger, La Collection Ad usum Delphini, p.67.

[31] André Dacier, de quatre ans plus jeune que Bayle, avait lui aussi fréquenté l’académie de Puylaurens. Son Sexti Pomponii Festi et Marci Verrii Flacci de verborum significatione libri XX, cum notis et emendationibus (Parisiis 1681, 4°) devait paraître l’année suivante ; sa traduction d’ Horace parut sous le titre : Remarques critiques sur les œuvres d’Horace, avec une nouvelle traduction (Paris 1681-1689, 12°, 10 vol.).

[32] La traduction d’ Horace par Michel de Marolles datait de 1652 (Paris 1652, 8°, 2 vol.), celle de Martignac de 1680 (voir le compte rendu dans le JS du 31 mars 1681). Le « Dénombrement où se trouvent les noms de ceux qui m’ont donné leurs livres ou qui m’ont honoré extraordinairement de leur civilité » devait paraître à la suite des Mémoires de Marolles dans l’édition établie par l’ abbé Goujet (Amsterdam 1755, 12°, 3 vol.).

[33] Les Quinze livres des Deipnosophistes d’Athénée (Paris 1680, 4°), traduits par Marolles, venaient de paraître.

[34] L’évêque d’Amiens était François Faure (1612-1687), cordelier, sous-précepteur autrefois de Louis XIV et excellent orateur, lié avec Pavillon, évêque d’Alet, sans pour autant être janséniste : voir Dictionnaire de Port-Royal, s.v. Ce prélat fut très actif à l’encontre des réformés picards. Bayle évoque son écrit : Louis le Grand, panégyrique (Paris 1680, 4°).

[35] Gilbert de Choiseul Du Plessis-Praslin, évêque de Tournai : Mémoires touchant la religion (Paris 1680-82, 12°, 2 vol.).

[36] Madeleine de Scudéry, Conversations sur divers sujets (Paris 1680, 8°, 2 vol.) : voir JS du 18 novembre 1680.

[37] En fait, ces Madrigaux de M.D.L.S. (Paris 1680, 12°) sont d’ Antoine de Rambouillet, sieur de La Sablière, et non de sa femme, séparée de lui depuis 1668.

[38] Pierre d’Ortigue, sieur de Vaumorière, Adélaïde de Champagne (Paris 1680, 12°, 4 vol.).

[39] Selon les biographes actuels, Catherine Bernard (1662-1712), protestante (quoiqu’apparentée aux Corneille), qui abjura à la Révocation, n’est pas l’auteur du roman que Bayle lui attribue ici. Certains penchent à y voir une incursion – malheureuse – dans le genre romanesque de la part de Nicolas Pradon. Sous le titre de Le Prince de Sicile, nouvelle historique, l’ouvrage reparaîtra, augmenté (Paris 1690, 12°, 3 vol.).

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