Lettre 192 : Pierre Bayle à Jacob Bayle

A Paris le 13 septembre 1681

Je commenceois à etre fort en peine sur votre sujet[,] M[onsieur] e[t] t[res] c[her] f[rere], ayant eté fort long tems sans savoir ce que vous etiés devenu, lors que votre lettre du 13 aout me fut rendue [1]. J’y ay veu avec bien de la joye les bonnes nouvelles que vous m’apprennez de l’etat de la famille, • mais je n’ay pas laissé de sentir un grand chagrin par ce que vous m’avez touché des maladies dont n[otre] t[res] c[her] e[t] t[res] h[onoré] p[ere] a eté visité depuis quelques mois, et par ce que vous m’avez insinué* de la souffrance que vous avez eüe à Montauban et de la necessité où vous serez encore de continuer des remedes pour l’affermissement de votre santé delicate et peu asseurée. Le bon Dieu veuille epandre sa paternelle benediction sur ces remedes, et s’en servir pour le parfait retablissement de votre santé. Je le prie aussi de tout mon cœur de conserver cherement notre cher p[ere] et de le preserver desormais des maladies et des douleurs où il tombe assez souvent ; mais il faut que nous l’exhortions tous lui meme à ayder la benediction de Dieu, lui faisant comprendre qu’il se doit menager, et ne pas abuser de la bonté de son temperament, qui apres Dieu est la seule cause qu’il n’a pas succombé aux maladies que le peu de menagement qu’il fait de ses forces, lui a peut etre attirées.

Quant à votre mariage j’ay eté bien aise que la demoiselle qui en est le sujet, n’ait pas desaprouvé le conseil que je vous ay donné [2] ; c’est une marque de l’estime et de l’amitié qu’elle a pour vous ; à quoi je suis tellement sensible, que quand vous ne m’auriez pas fait un compliment fort obligeant de sa part, dont je vous supplie de lui bien faire mes remercimens, je n’aurois pas laissé de vous prier de lui temoigner l’estime particuliere que je fais de sa personne, et combien je m’estimerois heureux d’avoir l’honneur d’etre son frere par votre moyen : lors qu’on a engagé son affection et son cœur à un homme de votre merite, de l’aveu et du consentem[en]t de ses parens, comme a fait cette demoiselle, il est d’une ame bien née, pleine de vertu et d’equité, d’honneur et de sentimens genereux, de ne pas ecouter de nouveaux conseils, et de ne point changer par de considerations externes : si bien qu’il n’est pas etrange que la connoissant par tant de beaux endroits, je concoive une idée fort avantageuse de son merite.

Je vous remercie de tout ce que vous avez fait pour moi aupres de Mr Gaillard. Je m’en vais lui ecrire, car il doit etre arrivé presentement ches lui : je lui eusse ecrit dés le / lendemain de la suppression de notre academie si je n’eusse cru selon vos premiers avis qu’il ne partiroit de France qu’apres la foire de Bourdeaux du mois d’oct[obre ;] [3] quoi que le climat de Hollande me fasse peur pour ma santé, il faut pourtant se resoudre à y chercher quelque chose : j’en ecrivis à Mr Le Moine qui me repondit qu’il seroit toujours pret à me rendre ses services et d’employer pour cela ses amis [4] ; mais je ne crus pas que je deusse m’y en aller pour cela, car ce n’etoit pas m’offrir quelque chose de present, comme il en faudroit pour moi qui n’ay pas la finance necessaire pour m’entretenir en attendant qu’il se presente quelque chose, dans un pays où tout est cher prodigieusement, et où l’argent fond entre les mains d’une maniere inexprimable : quelques autres personnes m’ayant aussi promis de me produire quand il y auroit lieu, et de menager les esprits dont on aura besoin, mais personne ne m’assurant que je trouverois bien tot quelque chose, j’ay pris le parti d’aller attendre en Normandie où j’ay quelques habitudes et où je ne depenserai pas mon argent comme je fairois ailleurs, ce que la providence de Dieu faira naitre pour moi dans les pays etrangers. J’entretiendrai les gens qui me veulent servir, dans ces bonnes dispositions, autant qu’il me sera possible par des lettres ; ils sauront où me trouver quand il faudra que je parte, et je donnerai sur tout avis à Mr Gaillard du lieu où j’attendrai ma destinée et où il pourra me faire savoir ce qu’il me conseillera de faire.

Je ne saurois assez vous dire les obliga[ti]ons que j’ay à Mr et à Mad le Jurieu ; ils ont voulu à toute force que j’allasse loger ches eux, en attendant que nous eussions avis s’il se trouveroit quelque emploi pour moi, afin que ce fut autant d’epargné : je me rendis enfin à leurs pressantes sollicita[ti]ons et j’ay logé ches eux defrayé de toutes choses depuis le 1. aout jusques au 2 de septembre que je partis pour Paris : en partant Mr Jurieu me donna une lettre pour vous [5], et nous beumes votre santé et celle de mon pere ; Mad le Jurieu s’en etant avisée la premiere avec une bonté singuliere. Ce grand homme est sur le point de quitter Sedan quoi qu’on l’y ayme d’une façon qui a peu d’exemples : la raison qui le porte à cela est que le magistrat catholique romain lui veut mortellement du mal le regardant comme celui qui empeche ce qu’ils appellent des conversions : on ecrit cent calomnies contre lui aux ministres d’Etat et au prelat diocesain qui est l’archevesque de Reims [6] et le frere de Mr de Louvois, et en un mot ils ont temoigné qu’ils le veulent chasser quoi qu’il en coute. On lui a / suscité une affaire depuis peu qui l’eut ruiné sans ressource si Dieu n’eut empeché le coup en faisant que les temoins se soient dedits. On l’avoit accusé d’avoir preché que le tems d’ Herode etoit venu à nous dans ce royaume, ce tems cruel et sanguinaire où on arrachoit les enfans du sein de leurs peres pour leur donner la mort : il n’y avoit rien de plus faux, et Dieu le protecteur de l’innocence n’a pas voulu permettre pour ce coup qu’elle fut sacrifiée à la calomnie, car les temoins n’ayant point persisté dans leur deposition, Mr Jur[ieu] a eté absous : mais comme il ne faut pas tenter la providence qui ne nous promet pas de nous sauver toujours de la fureur de nos ennemis, Mr Jurieu bien averti qu’on lui tend des pieges de toutes parts, et qu’on pourroit bien lui faire des affaires qui lui attireroient un emprisonnem[en]t long et ennuyeux* pendant lequel il seroit non seulem[en]t inutile à l’Eglise de Dieu mais meme d’une contagion dangereuse, parce qu’on se plait à envelopper les Eglises dans les peines qu’on inflige à leurs ministres, Mr Jurieu dis je considerant toutes ces choses a resolu de leur quitter la partie, afin que leur passion etant ainsi assouvie, ils laissent ses collegues en repos. Pour le lieu où il se retirera, c’est une chose qui le jette dans de cruels embarras : il voit qu’en demeurant en France, il demeure dans le peril : qu’en n’y demeurant pas, il temoigne vouloir chercher son repos particulier au lieu d’èncourir tous les hazards de ses freres : outre qu’il n’a pas encore de vocation* pour les pays etrangers, comme il en a une de l’Eglise de Rouen : je vous apprendrai le parti qu’il prendra ; s’il viendra à Roüen, ou s’il se faira demander par l’université de Groningue qui a une place à remplir de professeur en theologie [7].

L’histoire du Preservatif est que celui qui l’a imprimé n’a point voulu que son nom ni celui de l’auteur parussent [8] ; et comme on ne peut faire entrer aucun livre dans Paris qui ne soit visité avec des soins extraordinaires, on n’a envoyé à Paris des exemplaires de ce Preservatif, que par voye d’ami, dans les poches ou dans les valises des personnes de connoissance, c’est pourquoi les libraires de Paris n’en ayant pas beaucoup, les menageoient extremement et n’en donnoient pour ainsi dire que sur des lettres de recommanda[ti]on : on le reimprime au meme lieu où il a eté imprimé, et outre cela il s’en fait une edition à Geneve, et une autre en Hollande [9] : Mr de Condom, à present evesque de Meaux / n’a p[oin]t de part apparemm[en]t à la suppression de l’academie, ou s’il y en a, ce n’est point pour frapper Mr Jurieu [10]. On a fait imprimer en Hollande la Requete qui fut presentée au Roy pour le prier de revoquer la declaration qui ordonne que les enfans de 7 ans pourroient se faire catholiques [11] : c’est une piece tres eloq[uen]te et aussi forte qu’il s’en puisse faire : on a aussi fait imprimer au meme pays des remarques sur ladite declara[ti]on [12] ; mais cette 2e piece n’est pas si bonne que la premiere, quoi qu’elle soit tres hardie : si j’avois un copiste, je vous enverrois tout cela.

J’apprens avec une joye incroyable ce que vous me dites de n[otre] c[adet] et des dons qu’il a po[ur] la chaire ; si vous m’en croyez vous le fairez partir incessamment : on n’arrete point les gens de son age : quand on voit un pere qui se retire avec toute sa famille, et sur tout avec de petits enfans, on les arrete, mais on ne deffend pas d’envoyer hors du Royaume des enfans qui ont 16 ans passez : l’arret du Roy y est formel [13] : outre que les deffenses de sortir ne sont pas si exactes, qu’il ne sorte beaucoup de familles toutes entieres : encore un coup envoyez notre c[adet] à Geneve dés apres la tenue du synode : il sera tres bien ches Mr Minutoly, et s’il etoit plus avancé dans les humanitez qu’il n’est, Mr Turretin lui auroit un poste tout pret, car il m’a prié de lui apprendre jusqu’où il pourroit bien mener un disciple c’est à dire jusques à quel degré de capacité dans le grec et le latin il pourroit pousser un jeune homme, ce qui suppose que si mon frere pouvoit se tirer de l’instruction d’un ecolier bien avancé on lui en donneroit un, avec des avantages [14].

J’ay veu 2 lettres que le roy d’Angleterre a ecrittes l’une à l’evesque de Londres, l’autre au maire de la meme ville, dans lesquelles il leur ordonne de faire faire des collectes pour les protestans de France qui se refugient en Angleterre, et de procurer à ces pauvres exilez tous les secours que la charité chretienne demande [15] : les violences continuent dans le Poictou et causent des revoltes tres nombreuses ; il y a plus de 15 ou 16 mille ames qui ont changé de religion dans cette province, mais ce sont des changem[en]s qu’on arrache à force de maltraitter les personnes d’une maniere inouye[ ;] on a commencé la meme chose dans la Xainctonge, et on va encore plus loin en fait de violences que dans le Poictou : dela on passera en Guyenne et en Languedoc, et on parcourra tout le royaume, et par ce moyen on nous exterminera de dessus la face de la terre dans ce royaume qui est le but que l’on se propose [16]. Dieu qui preside sur tout est seul capable de nous • delivrer.

Aprenez moi qui est ce Mr Passet [17] qui envoye les arrets à m[on] p[ere] et en quel etat etoit mon pere la nuit du 21 au 22 de juillet dernier : car je fis un songe / cette nuit là qui me fait souhaitter d’en etre eclairci. J’ay mille fois eprouvé que mes songes n’ont aucun rapport avec les choses qui en sont le sujet, et je suis hors de toute superstition à cet egard là autant que qui que ce soit ; cependant aprenez moi si cette nuit là mon p[ere] souffrit du mal ou du bien [18]. Il ne sera pas necessaire d’adresser vos lettres à Mr Milhau, envoyez les moi tout droit à Rouen ches Mr de Heuqueville rue des Faulx proche la fontaine S[ain]t Ouyn [19]. Le malheur q[ui] e[st] arrivé à Mr Charles [20] confirme fort Mr Jur[ieu] dans la resolution de quitter Sedan où on envoye perpetuellem[en]t des gens à ses preches, qui en font des extraits empoison[n]ez qui s’envoyent au prelat. Je plains l’Eglise de Montauban de perdre cet excellent homme, car pour lui pourveu qu’il puisse gagner la Hollande il ne manquera pas d’un employ tranquille et commode, comme il est arrivé à Mr Merlat qui jouyt à Lausanne d’un repos tres avantageux, etant principal ministre de l’Eglise [21] : je dis principal, parce qu’en Suisse lors qu’il y a 2 ministres dans un lieu, l’un d’eux est une espece de vicaire. Le synode des • Eglises de l’Isle de France etc se tient à Lisy depuis le 4 de ce mois : le commissaire catholique est le president de l’election de cette ville de Paris nommé Mr de Chenevieres . On ne sait pas le raport qu’il faira à la Cour, mais on dit qu’il ne fait qu’ecouter ce qui se dit sans s’opposer à rien.

On a trouvé dans les papiers de Mr Patru qui est mort doyen de l’Academie francoise, quelques pieces qui viennent d’etre imprimées avec les plaidoyers qu’on avoit deja veus de lui [22] : Mr de Wicquefort autrefois resident de l’ Electeur de Brandebourg à Paris, connu par plusieurs beaux ouvrages a fait imprimer un grand et beau traitté de L’Ambassadeur et de ses fonctions en 2 vol[umes] in 4°[.] Il l’avoit promis dans le curieux ouvrage qu’il donna au public il y a 3 ou 4 ans sous le titre de Memoires pour les ambassadeurs [23]. Mr Guillet autheur d’ Athenes ancienne et nouvelle, vient de donner au public la Vie de Mahomet 2 empereur des Turcs [24] : il paroit un petit roman intitulé Daumelinde reyne de Lusitanie [25]. Un docteur de Paris doyen de la cathedrale de Sens vient d’ecrire contre la dissertation de Mr Allix De sanguine Christi selon la doctrine contenue dans une des epitres de s[ain]t Augustin [26]. On a publié aussi depuis peu une dissertation touchant les representa[ti]ons en musique anciennes et modernes [27] ; et une autre sur La Comparaison de Thucidide et de Tite Live [28]. Je suis votre &c[.]

A Monsieur/ Monsieur Bayle ches Mr Aboulin [29]/ proche les jesuïtes/ A Montauban

Notes :

[1] Cette lettre ne nous est pas parvenue.

[2] Voir Lettre 190, p., dans laquelle Bayle conseillait à son frère de ne pas se laisser décourager dans ses projets matrimoniaux par l’opposition de certains parents de la demoiselle, fille d ’Isaac Garrisson.

[3] Gaillard avait passé plusieurs mois à Montauban (voir Lettre 190, p.) : le bannissement n’excluait pas la possibilité de séjours temporaires dans la ville dont on était banni.

[4] Nous n’avons ni la lettre de Bayle ni la réponse d’ Etienne Le Moine.

[5] Cette lettre de Jurieu à Jacob ne nous est pas parvenue ; elle était évidemment envoyée à Montauban avec la présente lettre.

[6] L’archevêque de Reims, Charles-Maurice Le Tellier, fut très actif à l’encontre des protestants ; sur lui, voir Dictionnaire de Port-Royal, s.v.

[7] Voir Lettre 186, n.5 : Jurieu avait décliné peu auparavant une offre de Groningue, mais, le poste n’ayant pas encore été pourvu, il pouvait espérer que cette possibilité restait ouverte. Par ailleurs, il avait reçu vocation de l’Eglise réformée de Rouen.

[8] Sur la nouvelle édition du Préservatif, voir Lettre 188, n.12.

[9] Bayle parle de la seconde édition ([Rouen] 1681, 12°) – probablement publiée sans adresse bibliographique, d’une édition de Genève et d’une édition de La Haye (1682, 12°).

[10] Témoignage intéressant, car Jurieu était vraisemblablement bien informé. Depuis Montauban, on voyait partout, à tort, la main de Bossuet.

[11] Requeste présentée au roy par Messieurs de la R.P.R. au mois de juillet mil six cens quatre-vingts un (s.l.n.d., 4°, 8 pages ; cote : BNF Ld176 423).

[12] Considérations sur la Déclaration du Roy donnée à Versailles le 17 juin 1681 & enregistrée en Parlement le 8 juillet suivant (s.l. 1681, 12°). Cet opuscule commence par reproduire (p.3-8) la déclaration royale ; il manifeste une véhémence âcre, qui est une nouveauté par rapport aux suppliques respectueuses d’usage jusque-là, par exemple dans la Requeste bien argumentée citée dans la note précédente.

[13] Arrêt ou, plus exactement, déclaration du 17 juin 1681, où il est précisé : « défendons à nos sujets de ladite R.P.R. d’envoyer leurs Enfans dans les Païs Etrangers pour leur éducation avant l’âge de seize ans ».

[14] Le fils de François Turrettini, Jean-Alphonse, était né en 1671, et nous apprenons ici que Joseph Bayle, s’il avait été plus compétent, aurait pu devenir le précepteur de ce quasi enfant prodige, qui devint par la suite un théologien de renom. Cet échange de Pierre Bayle avec François Turrettini ne nous est pas parvenu.

[15] Voir F. de Schickler, Les Eglises du refuge en Angleterre (Paris 1892, 3 vol.), ii, p.296-311, sur les arrière-plans de cette collecte publique de fonds. Notons que les protestants français n’en étaient pas nommément désignés comme les bénéficiaires. Cependant, c’est la Déclaration du 16 juin 1681, permettant la conversion au catholicisme des enfants réformés à partir de l’âge de sept ans, qui avait décidé Charles II à faire cette concession à son opinion publique, en dépit de sa dépendance financière à l’égard de la France et de son catholicisme personnel mais secret. La démarche du roi d’Angleterre fut vite connue en France : voir E. Benoist, Histoire de l’Edit de Nantes, iii.2, p.491-492, qui mentionne un document postérieur à la présente lettre de Bayle et qui fut relativement bien diffusé en France, à savoir : André Lombard, Harangue très éloquente & très touchante au roy de la Grande Bretagne sur l’asyle qu’il donne aux pauvres protestans persécutés qui se retirent dans son royaume, faite par M. André Lombard, ministre de l’Eglise françoise de la Savoye, dans Londres, le 19 d’octobre 1681. Imprimée par l’exprès commandement de Sa Majesté [Charles II]. Suivant la copie de Londres (Rotterdam 1681, 8°). Les facilités accordées aux huguenots qui chercheraient à s’établir en Angleterre étaient le complément logique des collectes d’abord organisées en leur faveur et la solidarité confessionnelle était confortée par l’intérêt économique.

[16] Echos de la dragonnade du Poitou, puis de la Saintonge, et échos aussi du pessimisme justifié des réformés parisiens.

[17] Nous ne connaissons pas l’identité de ce M. Passet qui prenait soin de faire parvenir à Jean Bayle les arrêts du Conseil, précaution indispensable pour qu’un pasteur ne se trouve pas en infraction à son insu.

[18] Curiosité toute pragmatique, apparemment.

[19] Guillaume de La Basoge, baron d’Heuqueville, conseiller au parlement de Normandie, réussit à s’enfuir de France après la Révocation avec toute sa famille, hormis son vieux père, qui, après un séjour en prison, finit par abjurer. La Lettre 195, p., contient quelques détails sur la manière dont Bayle avait connu ce gentilhomme.

[20] Jean Charles fut poursuivi au sujet d’un sermon dans lequel il aurait attaqué le catholicisme – ce qui est assez vraisemblable, même si les témoins peuvent avoir exagéré les expressions employées. Il fut aussitôt interdit par l’intendant Foucault et quitta assez vite le royaume pour gagner le Brandebourg. Il fut pasteur de l’Eglise française de Mannheim et ensuite de Berlin jusqu’à sa mort, en 1693 : voir D. Guillemenot-Ehrmantraut, L’Eglise réformée de langue française de Mannheim de 1652 à 1689 (Paris 2003), p.196, 293-295.

[21] Par arrêt du 19 juillet 1679, Elie Merlat, pasteur de Saintes, fut accusé de « paroles scandaleuses » utilisées dans divers sermons et dans sa Réponse au Renversement de la morale d’ Antoine Arnauld : il fut emprisonné et condamné par le parlement de Guyenne le 5 juillet 1680 à des excuses publiques, à voir son livre brûlé de la main du bourreau, à une lourde amende et au bannissement à perpétuité. Il put s’établir à Lausanne comme pasteur en 1680, puis, deux ans plus tard, en outre, comme professeur de théologie ; c’est là qu’il devait mourir en 1705. Voir D. Poton, « Elie Merlat, pasteur de l’Eglise réformée de Saintes (1658-1680). Une victime consentante de la justice du roi ? », in Les Victimes, des oubliées de l’histoire ?, dir. B. Garnot (Rennes 2001), p.381-390.

[22] Olivier Patru, Plaidoyers et œuvres diverses. Nouvelle édition, augmentée de plusieurs pièces qui ont esté trouvées parmi les papiers de l’auteur après sa mort (Paris 1681, 8°, 2 vol.) ; voir le JS du 3 février 1681.

[23] Abraham de Wicquefort, L’Ambassadeur et ses fonctions (seconde partie, La Haye 1680 ; première partie, La Haye 1681) : voir Conlon, Prélude, n° 350 et 728. Sur ses Mémoires par les ambassadeurs, voir Lettre 136, n.11.

[24] Georges Guillet de Saint-Georges, Histoire du règne de Mahomet II (Paris 1681, 12°, 2 vol.).

[25] Marie Madeleine Germain, dame de Saint-Martin (veuve de Raneuvel de Saint-Martin), Daumalinde, reyne de Lusitanie, livre (Paris 1681, 12°). Les deuxième et troisième parties de ce roman devaient paraître sensiblement plus tard (Paris 1688, 12°, 2 vol.).

[26] Jacques Boileau, docteur de Sorbonne et doyen du chapitre de Sens, Disquisitio theologica de Sanguine Corporis Christi post Resurrectionem. Ad Epistolam CXLVI sancti Augusti. Autore Theologo Parisiensi, Metropolitanae Ecclesiae Senonensis Decanae (Paris 1681, 8°).

[27] Claude-François Menestrier, Des Représentations en musique anciennes et modernes (Paris 1681, 8°).

[28] R. Rapin, S.J., La Comparaison de Thucydide et de Tite-Live, avec un jugement des défauts et des beautez de leurs ouvrages (Paris 1681, 12°) ; l’ouvrage est annoncé dans le JS du 21 juillet 1681 et un compte rendu paraît le mois suivant, le 18 août 1681. Sur les autres ouvrages de Rapin, voir Lettre 164, n.59, 60, 61.

[29] Aboulin, chantre de l’Eglise de Montauban, loge chez Jacob Bayle ou lui sert de boîte aux lettres : voir Lettres 201, n.12, et 221, n.6.

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