Lettre 212 : César Caze d’Harmonville à Pierre Bayle

[La Haye, septembre-octobre 1682]

[Texte inconnu : lettre désignée par Charles de La Motte dans sa lettre à Des Maizeaux du 15 mars 1712]

• Il [Caze d’Harmonville] m’a raconté la maniere dont Mr Bayle fut decouvert l’auteur des Pensées sur la comete et [de] la Cri[tique] gen[erale] du calvin[isme] où il a eu part, voici comment.

Mr Caze en sortant de France acheta à Namur la Lettre sur les cometes, qu’il lût avec beaucoup de plaisir, sans savoir qui en étoit l’auteur. Lorsqu’il fut arrivé dans ce païs il s’informa de cet auteur, mais personne ne le connoissoit. Peu de tems après la Crit[ique] gen[erale] parut, Mr Caze jugea qu’elle partoit de la même main que la • Lett[re] sur les com[etes] et il soupçonna Mr Brueys, il ne connoissoit point Mr Bayle. Et comme il trouva quelque erreur de fait, qu’il ne m’a pas specifié, il en fit avertir par un ami Mr Brueys qui étoit alors à Montpelier. Celui-ci répondit que cela ne le regardoit pas. Mr Caze ne sachant donc à qui s’adresser fit donner ses remarques sans se nommer, à Wolfgang, qui les communiqua à Mr Bayle [1].

Notes :

[1] D’après la lettre de La Motte à Des Maizeaux, en date du 15 mars 1712 (BL Add. 4286, f.169-170), après la parution de la première édition de la Critique générale, en juillet 1682, Caze pensa que Brueys en était l’auteur et il écrivit à celui-ci, qui était à Montpellier. Or, en fait, la conversion de Brueys au catholicisme était chose faite ou imminente, et il se trouvait alors à Paris et en relations suivies avec Bossuet. Brueys répondit donc à Caze en niant catégoriquement avoir eu la moindre part à l’ouvrage. Caze remit alors à Wolfgang une lettre destinée à l’auteur inconnu, dans laquelle il lui signalait une petite erreur de fait, qui se trouve corrigée dans la seconde édition, publiée en novembre 1682. Ces indications permettent de dater approximativement la présente lettre, qui est perdue à l’heure actuelle. Les éditeurs des Œuvres diverses ont minutieusement indiqué en note les changements intervenus entre les différentes éditions. Nous conjecturons que la rectification suggérée par Caze se place à la Lettre III, §2 de la seconde édition : Bayle a supprimé la description de « joye » en parlant de la femme pour les beaux yeux de laquelle il y avait eu une querelle entre Guise et Mayenne. César Caze, sieur d’Harmonville et Du Vernay, né en 1641 de Jean Caze et Marie Huguetan, épousa à Charenton, en 1677, Catherine, fille d’ Etienne de Monginot, fermier général. Depuis 1675, César Caze d’Harmonville était associé lui-même à la Ferme des Tabacs, où il comptait parmi ses associés Jean Tronchin du Breuil. L’arrêt du Conseil du juin 1680, qui écartait les réformés des Fermes, entraîna pour les deux hommes, qui se refusèrent à abjurer, des règlements laborieux, par lesquels ils perdirent beaucoup d’argent. En 1683, César Caze d’Harmonville s’établit à La Haye, et, l’année suivante, il vint à Amsterdam ; toutefois, en décembre 1685, on le trouve en Frise, à Balk. Après la Révocation, ses anciens associés catholiques lui intentèrent un procès, qui semble avoir été de mauvaise foi ; ils gagnèrent en France, bien entendu, mais, chose plus curieuse, ils obtinrent que les tribunaux de Frise reprissent à leur compte le jugement intervenu en France. Assurément entêté et sûr de son bon droit, Caze refusa de verser la somme exigée et subit de ce fait un très long emprisonnement pour dettes (à Leeuwarden, d’avril 1688 à juillet 1700), alors qu’il n’était pas lui-même sans ressources et que son père et son beau-père étaient des hommes riches. Il semble finalement avoir obtenu la révision de sa condamnation ou le désistement de ses créanciers : voir H.D. Guyot, Un épisode de la Révocation (Groningue 1905). César Caze d’Harmonville – c’est le même homme que ses amis désignaient indifféremment comme Mr Caze ou Mr d’Harmonville – était encore en vie en 1718 : dans une lettre du 10 juin 1718, La Motte raconte à Des Maizeaux l’avoir rencontré (BL, Add. 4286, f.236 r). Par suite de son mariage, il fut l’un des oncles du chevalier de Jaucourt, un des principaux collaborateurs de l’ Encyclopédie.

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