Lettre 213 : Pierre Bayle à Joseph Bayle

[Rotterdam,] le 3 o[cto]bre 1682

Quoy que ma lettre ne puisse partir que lundy prochain, je ne laisse pas de l’ecrire dés aujourd’huy, par ce que c’est le dernier jour de mes vacances et que si je le laissois passer, je n’aurois pas le tems necessaire une autrefois pour vous repondre [1] amplement, Mr e[t] t[res] c[her] f[rere.] Les avis que vous me donnez touchant Mr Spanheim sont bons, et j’en suis obligé à ceux qui vous les ont insinués [2]*. Mr Spanheim est un grand homme que j’honnore, et que j’estime infiniment, et qui est fort accredité. Mr Jurieu l’estime aussi beaucoup : nous l’allames voir ensemble, et en receumes un accueil tres obligeant. Je voudrois bien cultiver son amitié mais il est si occupé, et moi aussi que l’on ne peut gueres se voir. Du reste je ne croi pas que Mr Jurieu se soucie fort de quitter ce poste. Les professions de Leyde sont belles, et eclatantes au dehors, mais elles sont exposées à l’envie, et avec / mauvais offices ; on a toujours des collegues qui cabale[nt] qui degoutent les etudians de ceux qu’ils n’aiment pas. Mr Jurieu aura mille fois plus de douceurs icy qu’il n’en auroit à Leyde, ou d’ailleurs il auroit la mortification de ne pas faire valoir son talent principal qui est la predication ; car les professeurs en theologie n’y sont pas ministres ordinaires [3]. Mr Le Moine l’est à present, mais c’est par accident, parce qu’y aïant eu une place vacante dans l’Eglise vallonne de Leyde on l’y a appellé [4]. Pour ce qui est de moi à vous parler en confidence ; j’ay si peu d’ambition que je ne voudrois pas un poste si eclatant, quand meme j’y serois propre, ce que je ne suis point du tout ; je me connois je ne suis fait que pour un etat moyen, entre la derniere obscurité, et l’eclat, et j’acquerray toujours plus d’approbation dans un petit theatre que dans un grand. C’est le tour de mon esprit ; le peu d’opinion que j’ay de mes forces, l’aversion pour l’intrigue une santé peu affermie, un peu trop d’amour pour le repos, qui sont cause de ce que je viens de vous dire : je suis fort aise que vous aïez eté faire la reverence à Mr le comte de Dona [5]. J’ay eté deux fois à La Haye expressement pour voir Mr le comte de Ferassieres [6] sans le rencontrer ; la premiere fois il etoit deja parti pour aller saluër Mr le prince d’Orange en Gueldre, et la seconde il etoit allé à Nimegue[.]

Vous me dites bien que Mr Mesnage a ecrit à Mr Minutoli pour le prier d’avoir soin de l’edition de ses Origines italiennes : je le savois deja mais vous ne me dites pas si Mr Minutoli luy a repondu, ni si le livre s’imprime : etant à Paris Mr Mesnage se plaignit à moi de n’avoir aucune reponse de Mr Minutoli à qui il avoit envoyé un present de livres, je lui en ecrivis, et lui en fis ecrire par Mr Pictet, ministre qui etoit alors à Paris, c’est dequoi je n’ay plus ouï parler [7].

Vous me parlez d’une lettre d’une lettre que Mr Choüet m’a ecritte [8], mais c’est ce que je n’ay point veu encore ; si je la recois, je ne manquerai pas d’y repondre ; car c’est une per / personne que j’honnore infiniment, et à qui j’ay de grandes obligations : vous me ferez plaisir de luy dire que je vous ay ecrit cela : je suis bien aise qu’il se souvienne encore de moy ; ne manquez point l’occasion de faire connoissance avec lui, si elle vous est offerte ; il a de l’esprit infiniment, et j’ay passé d’agreables heures avec lui pendant mon sejour de Copet [9] : pour la Lettre des cometes je vous avoüerai : sub sigillum confessionis [10] : que j’en suis l’auteur : elle n’a pas eté effectivement envoyée à un docteur de Sorbonne ; mais j’ay eu en veüe un docteur de cette faculté dont le nom repond aux lettres que j’ay fais mettre au titre, avec qui j’ay fais ma philosophie, et que je trouvai à Paris il y a deux ans [11] ; nous renouvelames connoissance, et je lui dis meme où j’etois, car il l’eut appris d’ailleurs, et par cette confidence je l’engageai au secret : il ne faut pas que vous decouvriez rien de tout cecy à personne : Si vous entendez dire qu’on me l’attribuë, il faut dire quelque chose qui fasse connoitre qu’il n’y a pas apparence* à cela, et du reste apprenez moi bien sincerement ce qu’on y trouve à redire, et sur quoi on se fonde pour me l’attribuer ; car on [ne] peut le savoir que par conjecture ; et si les remarques de Mr Lenfan [12] se pouvoient envoyer dans une lettre, je vous prierois de me les envoyer, parce qu’on en va faire une seconde edition, reveüe, corrigée, et augmentée, et il m’importe pour cela de savoir les divers jugemens des lecteurs.

Si je puis trouver la lettre de Mr Spanheim le resident, concernant le livre du P[ere] Simon [13], je vous l’enverroy ; mais c’est ce que je ne rencontrerai que difficilement. La veuve du s[ieu]r Carla [14] m’a ecrit de Londres où elle s’est etablie, et m’apprend que Dieu l[’]a benie au dela de ses souhaits, qu’elle a plus de besogne qu’elle n’en peut faire ; ce qui m’a eté confirmé par Mad le Du Moulin [15], mere de Mad le Jurieu. A l’egard du Fossae [16] qui n’est pas si enfoncé qu’autrefois, il n’y a rien de plus facile que d’en penetrer la cause : les pluyes enlevent incessamment quelques terres du haut des collines, et les entrainent dans les lieux creux où elles s’amoncellent, et font par succession de tems / que pendant que la cime des coteaux s’abaisse, les valons se comblent un peu.

Mr Persode ayant quitté Heidelberg [17] ; Mr Charles [18] croioit passer à sa place, auquel cas Mr Albus [19] qui est dans cette ville, eut eté appellé à Manheim, mais on nous a ecrit qu’un ministre d’aupres de Sedan, nommé Monsieur Pericart qui servoit l’une des trois Eglises de la campagne de cette principauté, ayant preché devant Mr l’Electeur[,] avoit plu à S[on] A[ltesse] [20], et etoit demandé[,] ce qui retient icy Mr Albus. Il a eu le bonheur de trouver de quoi s’exercer ici : car le collegue de Mr Jurieu qui s’appelle Mr Pielat, et est natif d’Orange [21] ; n’etant pas icy, mais etant allé faire un voiage en sa patrie pour quatre ou cinq mois avoit donné charge à un de ses amis de precher pour luy. Cet ami a eté incommodé, si bien que Mr Albus fait la fonction, et est payé pour cela ; à l’egard de la reponse de Mr Jurieu, à Monsieur Maimbourg [22], vous avez seu ce qu’il a repondu aux libraires de Geneve qui luy avoient fait des offres, nous avons ici un libraire [23] qui luy fera encore des conditions plus avantageuses que celles qu’ils lui offroient, sans conter l’avantage d’etre sur les lieux pour revoir toutes les epreuves ; de sorte c’est icy qu’on l’imprimera : on commencera dans 8 ou 10 jours. Ce sera un gros in 4° pret pour la foire de Francfort. Vous me dites que Mr Basnage vous a ecrit que Mr Arnaud a repondu depuis peu à Mr Claude d’une maniere qui luy a paru fort judicieuse et qu’il a parlé de la predestination fort savamment. Je croi que vous avez pris l’un pour l’autre : car il n’i a point de nouvelle reponse à Mr Claude, mais seulement à Mr Mallet [24]. La lettre que vous me demandez du s[ieu]r Elizée Spanheim etc me fait voir que vous prenez encore là l’un pour l’autre. Il s’appelle Ezechiel Spanheim, et est dans une grande posture*, envoyé extraordinaire de Mr l’Electeur de Brandebourg à Paris. Il y fait imprimer Les Cesars de Julien l’Apostat avec de savantes notes [25] :

Je suis bienaise que Mr de Normandie vous ait receu avec des / marques de bonté. Son fils qui a eté mon disciple, et qui s’est marié à La Haye depuis peu, me vint voir l’autre jour, et je le vis aussi chez lui à La Haye avec bien de la joye [26] : il doit aller bientot à Geneve. Je vous prie de faire connoissance avec Mr Bourdillon [27], l’un des regens de Geneve, et de lui dire que je suis bien son serviteur : il est fort officieux*, et fort honnete homme. J’ay ecrit au païs amplement depuis trois semaines[.] Le paquet de Negrepelisse sera apparemment perdu [28] ; car j’ay appris que l’homme est un grand fripon. Faites souvenir • Mr Turretin de sa promesse à l’egard d’une condition*, luy representant adroitement que l’argent de la pension est dur à tirer extremement, et informez vous vous meme s’il y en a quelqu’une par la ville, pour l’indiquer, afin qu’on vous y rende service, le plutot n’est que le meilleur [29]. Un poste comme celuy de Mr Darassus n’est gueres une chose à esperer [30]. On trouverra tant de ministres desormais qui ne demanderont point qu’on leur obtienne permission de sortir hors du royaume, que ces etrangers qui en voudront n’auront pas besoin de faire ces demandes au roy, que l’on obtiendroit bien plus difficilement que du tems de Mr Darassus. Si pour la satisfaction de n[otre] p[ere] et f[rere] vous vous resolvez à retourner à la patrie, il faut etre receu en France, et s’y fixer d’ abord* ; car un ministre receu en France qui en sortiroit pour s’etablir hors du Roy[aum]e ne pourroit plus demander une Eglise en France sans de nouvelles permissions du Roy [31].

Les professeurs de ce païs ci ne dictent point de cours en public ; ainsi leurs lecons ne sont pas comme celles de Geneve, et des academies de France ; il faut ou les lire, ce qui est bas ; ou les reciter de memoire ; ce qui est penible : il y a des professeurs qui lisent mais il n’y en a gueres en philosophie qui le fasse[nt.] Il n’y a point d’autre etudiant francois à Rotterdam, que Mr La Croze [32]. Mes ecoliers ne sont que six ; les cartes de Mr Rou ne se trouvent point, parce qu’elles n’ont pas eté reimprimées [33]. Vous pouvez / mander à Mr Dusson qu’il ne doit pas esperer de les trouver nulle part. La Critique generale de l’Histoire du calvinisme se reimprime fort augmentée : avertissez en vos amis les libraires, afin qu’ils se defassent promptement de la premiere edition. Ce livre a eté trouvé si beau, partant* qu’on l’a cru de monsieur Jurieu, mais je sai de science certaine qu’il n’est pas de lui [34]. Mr l’eveque de Meaux, a fait imprimer un Traitté de la communion sous les deux especes, où il repond à Mr Du Bourdieu, et à Mr Jurieu [35], cela est fort delicat, et fort adroit, et en meme tems fort honnete. La 2e partie de la reponse à La Politique du clergé paroit ; on l’attribuë à Mr Arnaud [36] ; c’est un livre plein de colere, et de fureur contre nous, et contre l’auteur de La Politique ; il y a mêlé plusieurs disputes etrangeres contre Mr Claude, et Mr Spanheim. Mr de Cordemoi a fait un livre contre notre union avec les lutheriens [37], et Mr l’abbé Renaudo[t] un autre de la creance des Grecs sur la transubstantiation [38]. Il y a apparence que Mr Jurieu repliquera à Mr Arnaud, apres avoir achevé sa reponse à Mr Maimbourg [39]. Tout à vous m[on] t[res] c[her] f[rere] etudiez bien en grec par vous meme : cela se peut fort bien. Mes recommandation[s]* à Mr Minutoli.

Notes :

[1] La lettre de Joseph à laquelle Bayle répond ne nous est pas parvenue.

[2] Il semble bien que les professeurs de Genève, qui voulaient du bien à Bayle, lui aient conseillé par son frère de chercher la protection de Frédéric Spanheim, professeur de théologie à Leyde, et qu’ils aient souhaité que Jurieu soit un jour nommé dans cette prestigieuse université.

[3] Un ministre ordinaire était titulaire de son poste et avait un salaire stable, ce qui n’était pas le cas d’un pasteur extraordinaire. En France, les académies réformées assuraient des salaires trop modestes à leurs professeurs pour que ceux-ci aient pu aisément subsister sans l’appoint d’un traitement de pasteur de la ville d’académie. Ce n’était absolument pas le cas en Hollande, où, au surplus, les nominations aux postes de professeur et à ceux de pasteur ne dépendaient pas des mêmes autorités.

[4] Le cumul dont bénéficiait Etienne Le Moine était licite, mais il était purement accidentel.

[5] Durant l’été, Joseph Bayle était allé à Céligny, la maison de campagne de Minutoli, et de là à Coppet, saluer le comte de Dohna.

[6] Johann-Friedrich de Dohna Ferrassières (né en 1663), ancien élève de Bayle à Coppet, avait embrassé la carrière des armes au service des Etats et résidait alors à La Haye. Rappelons que les Dohna étaient apparentés aux Orange-Nassau.

[7] Sur ces échanges entre Ménage et Minutoli, voir Lettre 193, n.4 et 5.

[8] Cette lettre de Jean-Robert Chouet n’a pas été retrouvée.

[9] Nous ne connaissons la présente lettre que par une copie, et il y a tout lieu de croire que le copiste a omis une phrase qui mentionnait David Constant, car c’est certainement de lui, alors professeur à Lausanne, qu’il est question ici et c’est lui que Joseph est encouragé à tâcher de rencontrer.

[10] « sous le sceau de la confession », locution devenue proverbiale pour exiger du confident une discrétion absolue.

[11] Nous apprenons ici que l’ abbé de R. (dont il a été question dans plusieurs lettres précédentes) était élève des jésuites à Toulouse en même temps que Bayle. Le titre de l’ouvrage est Lettre à M. L. A. D. C., docteur de Sorbonne, etc. Quand ce personnage est décrit comme « l’abbé de R. », cette dernière initiale couvre peut-être un nom de lieu. Les initiales M. L. A. D. signifient vraisemblablement « Monsieur l’abbé de (ou du) » : reste à percer le « C », et à savoir si Bayle n’a pas créé un nom, sinon un personnage, fictif.

[12] Il s’agit ici du proposant Jacques Lenfant, fils de Paul, pasteur à Châtillon-sur-Loing. Jacques Lenfant (1661-1728), après des études à Saumur, était venu à Genève (Stelling-Michaud, iv.314-315 ; voir aussi Chaufepié, s.v.) ; en dépit de la différence d’âge – qui rappelle celle qui avait séparé naguère Pierre Bayle de Jacques Basnage – et certainement aussi de culture, les deux jeunes gens se lièrent. Dénoncé comme « socinien » par des lettres venues de Saumur et de Die, Lenfant n’obtint pas l’imposition des mains à Genève, mais, finalement, en août 1684, à Heidelberg. Il allait par la suite devenir un érudit de renommée européenne, installé à Berlin, et il fut un correspondant de Pierre Bayle dès avant la mort de Joseph Bayle. L’accusation de socinianisme s’explique aisément par l’amitié qui liait Paul Lenfant et Claude Pajon ; le pajonisme n’étant pas une hérésie reconnue par les Eglises réformées, les dénonciateurs, à savoir le professeur de théologie de Saumur, Jacques de Prez, et son collègue, Thomas Gautier, professeur de théologie à Die, se devaient de forcer la note. Il est intéressant que Joseph Bayle, dont les proches au Carla étaient assurément théologiquement très « orthodoxes », n’ait pas aperçu la pente rationaliste de son ami, peut-être d’ailleurs par manque de formation personnelle.

[13] Sur l’opuscule d’ Ezéchiel Spanheim, alors résident à la Cour de France, voir Lettre 179, n.11.

[14] Nous apprenons ici la mort du tailleur A. Ribaute ; nous n’en savons pas plus sur le destin de sa veuve que ce qu’en dit Bayle ici.

[15] Marie de Marbais, veuve de Cyrus Du Moulin et belle-mère de Jurieu, avait séjourné en Angleterre avec sa fille Suzanne et était revenue aux Provinces-Unies en laissant sa fille chez son oncle, Pierre Du Moulin le fils. Voir Lettre 196, n.5.

[16] Nous conjecturons qu’il s’agit du bourg de Fossat, situé au pied de la colline sur laquelle est construit Le Carla, sur la vallée de la Lèze. Actuellement, Le Fossat est un bourg et Le Carla un village ; la situation était assurément inverse autrefois, en partie pour des raisons militaires d’ailleurs : situé sur la hauteur et muni de remparts, Le Carla avait soutenu des sièges avec succès.

[17] Nous apprenons ici que Jean de Persode (voir Lettre 144, n.8), que Joseph avait connu à Puylaurens, était devenu pasteur à Heidelberg et qu’il venait de le devenir à Francfort, poste qu’il devait occuper de longues années.

[18] Jean Charles, auparavant à Montauban, desservait alors l’Eglise de Mannheim : voir Lettre 192, n.20.

[19] Pierre Albus, reçu au ministère en 1675, pasteur de Mme la présidente de Vignole, arriva aux Pays-Bas en 1682 et fut déclaré « appelable » en août 1682, après avoir prouvé qu’il avait abandonné sa communauté légitimement et que celle-ci avait été édifiée par sa doctrine et par sa conduite (A.S. Gouda, août 1682, 4). Il devait être appelé au Surinam en 1683, mais mourut au cours du voyage. Voir H. Bots, « Les pasteurs français au Refuge des Provinces-Unies » (1999), p.20, n°3.

[20] Sur Salomon Péricard, pasteur à Raucourt, près de Sedan, voir Lettre 158, n.11. L’Electeur dont il est question ici est l’ Electeur Palatin, frère de la seconde Madame, duchesse d’Orléans, prénommé Charles (?-1685), de la maison de Bavière.

[21] Sur Phinéas Piélat, voir Lettre 195, n.5.

[22] La réponse de Jurieu à Maimbourg connut plusieurs éditions sous plusieurs titres : les éditions de Rotterdam, 1683, in-12° furent publiées par Reinier Leers sous le titre : Histoire du calvinisme et celle du papisme, 1ère partie ; Apologie pour la réformation, 2e partie et Histoire du papisme, 3e et 4e partie ; les éditions in-4° portent toutes deux le titre : Histoire du calvinisme et celle du papisme, et furent publiées l’une à Rotterdam chez Reinier Leers, l’autre à Genève chez Jean Louis Du Four : voir Kappler, Bibliographie de Jurieu, p.121-132.

[23] Au printemps 1683, le libraire de Rotterdam était Reinier Leers. Voir O.S. Lankhorst, Reinier Leers (1654-1714), Uitgever en boekverkoper te Rotterdam (Amsterdam, Maarssen 1983).

[24] S’agit-il encore à cette date de la réponse d’ Antoine Arnauld à la critique de Charles Mallet, Examen de quelques passages de la traduction française du Nouveau Testament imprimée à Mons (Rouen 1676, 12°), dont une deuxième édition parut l’année suivante et ensuite une refonte : De la Lecture de l’Ecriture Sainte en langue vulgaire (Rouen 1679, 12°) ? La réponse d’ Antoine Arnauld avait paru déjà en 1680 : De la lecture de l’Ecriture Sainte, contre les paradoxes extravagans et impies de M. Mallet dans son livre intitulé De la Lecture de l’Ecriture Sainte en langue vulgaire (Anvers 1680, 8°). En ce cas, les nouvelles que rapportait de façon erronée Joseph Bayle de la part de Jacques Basnage n’étaient guère fraîches...

[25] Ezéchiel Spanheim, Les Césars de l’empereur Julien, traduits nouvellement du grec (s.l. 1666, 12°).

[26] Jean-Antoine de Normandie, né en 1658, devint négociant en Hollande ; le 19 avril 1682, il épousa à La Haye Marie de Putter ; sur Michel de Normandie, qui avait engagé Bayle comme précepteur de son fils, voir Lettre 11, n.4.

[27] Bernard Bourdillon (1637-1704). Voir J.A. et J.B.G. Galiffe, Notices généalogiques sur les familles genevoises (Genève 1892), vi.162.

[28] La lettre au Carla que Bayle dit avoir écrite trois semaines plus tôt ne nous est pas parvenue, pas plus que le paquet confié à l’homme de Négrepelisse n’arriva à sa destination (voir sur ce paquet, Lettres 201, p. et 206, p.).

[29] Chez Minutoli, Joseph Bayle était au pair, logé, nourri, blanchi, comme autrefois Pierre chez M. de Normandie ; il s’agissait de trouver un poste qui comporterait en outre une rétribution, comme celui de Pierre auprès du comte de Dohna, et Pierre incite Joseph à solliciter discrètement François Turrettini.

[30] Toujours optimiste et chimérique, Joseph avait rappelé dans une de ses lettres la carrière de Jean Darassus, qui avait assurément frappé les Méridionaux, parce qu’il était originaire de Montauban : voir Lettre 164, n.28 in fine.

[31] Les autorités se méfiaient de plus en plus des pasteurs formés, fût-ce partiellement, à l’étranger ; pendant longtemps, il avait suffi de ne pas terminer ses études à l’étranger, mais de les faire sanctionner dans une académie du royaume. A présent, pour être pasteur en France, sans autorisation spéciale, il fallait que ce ministère n’ait pas été interrompu par un temps de service hors du royaume. On n’acceptait plus, non plus, le ministère de non-régnicoles.

[32] Nous ne savons rien sur ce jeune La Croze, si ce n’est que sa famille a été précocement réfugiée et qu’il venait de Genève. Il est possible qu’il s’agisse de Jean Cornand de La Crose (1661-1705), né à Grenoble, étudiant à Genève, où on lui refusa le témoignage honorable en 1682 : on sait qu’il arriva aux Pays-Bas en juillet 1682. Voir Sgard, Dictionnaire des journalistes, s.v., art. d’A. Juillard.

[33] Sur les Tables de Jean Rou, voir Lettre 78, n.5.

[34] La première édition de la Critique générale avait paru au début de juillet 1682 ; l’ouvrage connut un tel succès que, dès le mois d’août, Bayle en prépara une seconde édition revue et très augmentée, avec une nouvelle préface. L’anonymat de cette seconde édition, achevée d’imprimer vers la fin du mois de novembre 1682, fut aussi jalousement préservé que pour la première. Bayle était bien placé pour contester catégoriquement l’attribution du livre à Jurieu

[35] J.-B. Bossuet, Traité de la communion sous les deux espèces (Paris 1682, 12°). Selon Rébelliau, Bossuet, historien du protestantisme (Paris 1891), il s’agit d’une sorte d’appendice à la Perpétuité d’ Arnauld et Nicole. Bossuet y répondait à Isaac Du Bourdieu, Deux traitez d’un docteur romain pour le retranchement de la coupe du sacrement de l’Eucharistie, avec deux reponses pleines et solides par l’Ecriture, par les Pères et par l’histoire ecclésiastique, qui font voir combien ce retranchement est contraire à la Loy de Dieu et à l’usage perpétuel de l’Eglise (Charenton 1681, 12°), et à Pierre Jurieu, Examen de l’eucharistie de l’Eglise romaine, divisé en six traités (Rotterdam 1682, 8°). Un compte rendu devait en paraître dans le JS du du 16 novembre 1682 : Bayle est bien informé.

[36] Antoine Arnauld, Apologie pour les catholiques, contre les faussetez et les calomnies d’un livre intitulé : La Politique du clergé de France (Liège 1681-1682, 12°, 2 vol.) ; voir Kappler, Bibliographie de Jurieu, p.234.

[37] Après un premier pamphlet : Récit de la conférence du diable avec Luther, fait par Luther même dans son livre de la Messe privée (Paris 1681, 8°), Louis-Géraud de Cordemoy, fils du cartésien Géraud de Cordemoy, avait publié un nouvel ouvrage de controverse dès l’année suivante : Réflexions sur l’union que les calvinistes ont faite avec les luthériens (Paris 1682, 12°).

[38] Cet ouvrage, intitulé La Créance de l’Eglise grecque touchant la transsubstantiation défendue contre la réponse du ministre Claude au livre de Mr Arnauld, avait déjà été mentionné par Bayle lors de sa publication initiale (Paris 1672-1675, 12°, 2 vol.) ; il l’attribuait alors au Père Anselme de Paris, génovéfain : voir Lettre 106, n.25. L’ouvrage a connu une réédition chez Charles Savreux, un des libraires-imprimeurs attitrés de Port-Royal (Paris 1682, 12°, 2 vol.) : voir Desgraves, Répertoire..., ii.378, n°6688 (localisation : Alençon B.M.). Bayle l’attribue cette fois à l’ abbé Eusèbe Renaudot, qui collaborait déjà à cette date avec Nicole à l’œuvre de la Perpétuité ; certains bibliographes attribuent d’ailleurs La Créance de l’Eglise grecque... à Nicole lui-même, soulignant par là l’étroitesse de la collaboration et l’incertitude de l’attribution.

[39] La réponse de Jurieu à Maimbourg, Histoire du calvinisme et celle du papisme mises en parallèle... ne paraîtra que l’année suivante (Rotterdam 1683, 2 vol. in-4° et 4 vol. in-12°) : voir Lettre 206, n.11. Sa réponse à Arnauld sera l’ouvrage polémique publié anonymement, L’Esprit de M. Arnauld (Deventer 1684, 12°, 2 vol.) : voir Kappler, Bibliographie de Jurieu, n°16, p.78-88.

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