Lettre 214 : Pierre Bayle à Jean Rou

A Rotterdam, le 22 d’octobre, 1682

Je ne pensois pas que vous dussiez vous en retourner dès hier même, mon cher Monsieur, et je fus bien mortifié quand j’appris à l’issuë du second prêche, que votre retour à La Haye me privoit du plaisir de vous entretenir quelque tems. Je voulois vous demander, s’il est vrai qu’on imprime à La Haye les manuscrits que Mr Claude reçut de Mr Maimbourg de Londres : il paroit par une lettre de Mr Maimbourg à Mr Jurieu, que Mr Claude lui a écrit qu’il a laissé ces manuscrits dans un coffre [1].

Je voulois vous dire aussi qu’ on m’a écrit de Géneve que vos Remarques y ont été imprimées, / et bien goutées ; mais, on m’a assuré que ce n’est pas Claudin Le Jeune qui a fait la musique de nos pseaumes, comme vous l’avez avancé ; mais, Gaudimel, comme il paroit par le LII. livre de Mr de Thou [2]. C’est peu de chose : mais, si vous en faites faire une seconde edition, vous verrez ce que c’est plus exactement. Je suis, Monsieur, &c.

Notes :

[1] Sur Théodore Maimbourg, sieur de Plairville, un cousin du Père Maimbourg, voir DHC, art. « Maimbourg (Louis) », rem. E. Après une conversion passagère au protestantisme, Théodore Maimbourg était revenu au catholicisme, mais, finalement, en 1682, il gagna l’Angleterre et revint au protestantisme. Apparemment, il devint socinien, et mourut vers 1693. Dans sa première période protestante, il avait composé un ouvrage de controverse sous le pseudonyme de La Ruelle, publié en 1664. On peut conjecturer que, revenant au protestantisme, il avait confié au pasteur de Charenton, Jean Claude, divers manuscrits. On imprima effectivement à La Haye l’ Examen du premier traité de controverse du P. Louis Maimbourg, intitulé « Méthode pacifique pour ramener sans dispute les protestants à la vraie foi sur le point de l’Eucharistie au sujet de la contestation touchant la Perpétuité de la foi du même mystère » (Cologne 1683, 12°) ; le traité du Père Maimbourg réfuté avait été publié en 1670. Il semble probable que le Mr Claude nommé ici soit le pasteur de Charenton, à qui Théodore Maimbourg aurait confié ses manuscrits avant de partir pour l’Angleterre. Claude aurait pu renvoyer le manuscrit en Hollande sans peine, car il correspondait avec son fils Isaac, établi à La Haye, par l’intermédiaire de l’ambassade des Provinces-Unies, avantage considérable en un temps où la poste ordinaire n’offrait aucune garantie.

[2] Voir Jaques-Auguste de Thou (1553-1617), Historiarum sui temporis pars prima (-altera) (Paris 1604-1608, 8°, 5 vol.), livre 52, p.1084, et DHC, art. « Goudimel ». Les auteurs des mélodies des Psaumes réformés publiés à Genève sont Guillaume Franc, Loys Bourgeois et Pierre Davantès : voir P. Pidoux, Franc, Bourgeois, Davantès (Genève 1993 : ouvrage dactylographié diffusé en tirage limité). Claude Goudimel et Claudin Le Jeune ont écrit des harmonisations de ces Psaumes : voir P. Pidoux, Le Psautier huguenot (Bâle 1962, 2 vol.).

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