Lettre 216 : Pierre Bayle à César Caze d’Harmonville

[Rotterdam, novembre 1682]

[Texte inconnu : lettre désignée par Charles de La Motte dans sa lettre à Des Maizeaux du 15 mars 1712] [1]

Mr Caze croioit toujours l’auteur de ce livre en France. Lors que la sec[onde] ed[ition] fut imprimée, Mr Bayle donna ordre au libraire d’en faire donner un exemplaire à l’auteur des rem[arques] avec une lettre qu’il lui écrivoit sans se signer, et sans date. Il remercioit Mr Caze de ses avis, et le prioit de garder par devers lui sa conjecture que la Lett[re] sur les com[etes] et la Crit[ique] du calv[inisme] étoient du même auteur. Il ajoutoit qu’il • ne craignoit point qu’on le trouvât quand on le chercheroit par toute la France. Mr Caze connut que cet auteur n’étoit pas loin d’ici, parce que l’ancre paroissoit fraîche. Peu de tems après étant à Honslardyn chez M. Des Marets, Mr Claude le fils y vint, il ne faisoit que d’arriver à la Haye. Il demanda à Mr Caze s’il savoit qui étoit l’auteur de la Crit[ique] du calv[inisme]. Mr Caze lui dit que non, quoi qu’il eut une lettre de cet auteur qu’il lui fit voir. Mr Claude connut d’abord qu’elle étoit de M. Bayle.

Notes :

[1] D’après la lettre de Charles de La Motte à Des Maizeaux, du 15 mars 1712 (BL, Add. 4 286, f.169-170), cette lettre était une réponse à celle que Caze avait écrite peu auparavant à l’auteur, inconnu de lui, de la Critique générale (voir Lettre 212), et elle fut remise au réfugié en même temps qu’un exemplaire de la seconde édition de l’ouvrage, parue le 29 novembre. Sans dater ni signer, Bayle remerciait Caze de ses observations sur son livre et il le priait de garder par devers soi sa conjecture perspicace, selon laquelle la Critique générale venait de la même plume que la Lettre sur la comète. Bayle ajoutait qu’il ne craignait pas qu’on le trouvât, quand bien même on le chercherait par toute la France... L’encre paraissait fraîche et Caze en conclut aisément que son correspondant inconnu résidait dans les Provinces-Unies. Peu de temps après, Caze eut l’occasion de montrer à Isaac Claude la lettre qu’il avait reçue, et c’est ainsi que l’anonymat de Bayle fut percé, car Isaac Claude, qui le connaissait bien, identifia immédiatement son écriture. Le secret ne mit pas très longtemps à filtrer et il finit par atteindre la France, soit par le truchement de l’ambassade, soit qu’un réfugié indiscret en ait informé un correspondant parisien.

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 117737

Institut Cl. Logeon