Lettre 250 : Jacob Bayle à Joseph Bayle

Au C[arla] ce lundy 14 e fevr[ier] 1684

La grande rigueur du tems a empeché tout commerce d’icy à Toulouse. C’est une legitime excuse pour mon silence m[on] t[res] c[her] f[rere.] Je vay repondre à tes lettres de P[uylaurens] [1] et en suitte je te parleray de ce qui se presentera à ma memoire sur toutes les affaires de ces quartiers* autant qu’elles peuvent meriter de t’etre envoyées apres celles de ce lieu et de notre famille.

Mais avant cela il faut parcourir les dernieres que tu m’as envoyé[es] de Geneve, et que j’ay trouvées à Toulouse 2 fois que j’y ay eté pendant les 6 semaines de mon voyage [2]. J’y en trouvay une au com[mencemen]t de [novem]bre que j’accompagnay Mr Brassard, que tu ecrivois à ma femme pour la feliciter de la naissance de notre petit. Elle estoit du 19/9 octobre 1683 et toute pleine co[mm]e les autres de mille marques de bonté dont ma femme est extremem[en]t reconoissante ainsi qu’elle veut te le faire paroitre dans une de ses lettres [3]. Tout ce que tu as ecrit sur sa grossesse, sur son accouchement est fort galand et fort agreable, et la conteste* entre la comtesse Louise [4] et toy sur l’avanture de l’enfant nous a infiniment divertis. Tes souhaiz sur la benediction de ce petit sont un effet de ton affection, mais la multitude des enfans que tu y ajoutes n’est pas bien du goût de la mere, qui se souvient trop long tems de ses longues souffrances. Elle est infinim[en]t obligée à L[eurs] Exc[ellences] de ce qu’elles ont daigné s’abaisser jusques là que de parler de cette naissance, et je les en remerciray s’il plait au Seig[neu]r. L’accablem[en]t de ma femme rendit le remede quoy qu’excellent tout à fait inutile. Son mal au sein et sa delicatesse l’ont empechée de nourrir, et nous avons pris la Rare [5] dans la maison qui est une tres bonne nourrice et dont le lait quoy que de 14 mois a esté tout à fait propre pour notre enfant, qui surpasse en force et en vivacité tous ceux de son âge par une benediction de Dieu toute particuliere. On peut dire qu’il est tres bien fait, d’une blancheur fort grande, mais rehaussée par un coloris fort animé. Il a les yeux bleus, les cheveux d’un tres beau blond, il est fort potelé sans etre fort gros ni gras. Il aura les mains tres belles et propres pour un predicate[ur] si Dieu luy faisoit la grace de l’etre selon nos souhaitz et nos esperances. Il sera apparem[men]t d’une riche taille son front est comme celuy de m[on] fr[ere] et il y a quelque chose de sa phisionomie. Il a aussi quelque chose de ton air dans le bas du visage et aux yeux. On n’a pas voulu qu’il sortit encore à cause du froid, et d’ailleurs les enfans ne font que causer du desordre dans le temple, et on auroit de la peine à empecher les femmes de le faire passer de main en main. Nous avons lieu d’esperer que les vœux qu’on fait par tout pour luy luy attireront les graces du ciel. Tu ne manqueras pas de ta part de luy rendre ce bon et ce s[ain]t office. Pour les jolies choses que tu luy promes, ma femme et moy te prions de ne te mettre pas en fraix, et s’il y a occasion favorable, de te contenter de quelque petit turban à peluche, dont le tour soit noir et le haut bleu. Si le s[ieu]r Bardon ou Du Roy [6] veut faire emplete tu pourras le mettre dans un de leurs cofres bien cacheté, avec un eventail modeste et joly et propre pour une femme de ministre. Tu te pourras servir de cette mesme voye pour m’envoyer quelques imprimés, car je ne doutte pas que tu n’en faces amas te conoissant curieux comme tu es (mais il ne se faut pas servir de la poste p[ou]r cela, puis que la lettre où estoit / la condam[nation] de la Critiq[ue] [7] a esté marquée au double plus q[ue] les lettres ordinaires)[.] A propos d’imprimés je me souviens qu’un cayer du Journal de 1680 [8] marquoit qu’un fameux libraire de Paris donnoit gratis la 1 ere partie de son catalogue, tu ne negligeras pas de l’avoir, aussi bien que les cayers du Journal pendant ton sejour. Il ne faut pas faire comme notre cousin Bourdin [9] qui n’en sceut jamais avoir une feuille. Pleut à Dieu q[ue] Mr le j[uge] mag[e] [10] les eut et qu’il les voulut bailler* aussi bien que le Merc[ure] galant. Ce sont des livres que doivent voir les beaux esprits s’ils n’ont pas dequoy les acheter tous les mois.

Le projet de la filleule que tu destinois à M le la comtesse Louise et son cousin [11] est tres galand et nous nous en sommes fort divertis. Son amitié pour ma femme et pour nous est au dessus de notre reconoissance. Son humeur, ses excellentes qualités nous ravissent, et ce qu’on a voulu recevoir mes lettres [12] avec tant de bonté m’engage à les en remercier dans la suitte. L’ automne* a esté fort belle. Ma femme n’en a pas profité comme nous. Le tems dont elle eût besoin à se remettre l’empecha de manger de nos figues, de nos muscaz[,] de nos raisins et de nos panies [13] les plus belles du monde. Mr Brassard et ma belle sœur ont trouvé tout notre fruit d’un gout plus exquis que celuy de Montauban et nos prunes ont plus de douceur que les leurs mesme lors qu’elles sont cuites. Si ma femme ne mangea pas du fruit dans l’automne, elle a mangé des raisins, et autres choses qu’on a gardé, et toute la menagerie* a esté bien reiglée pour cet hyver. On fit plus[ieu]rs confitures*, jusques là qu’on a fait l’honneur à 5 ou 6 oyes de les confire pour rendre la soupe meilleure. Nous avons voulu q[ue] M le Marthe [14] passat icy l’hyver. Ma cousine d ’Olivery y est encore et son mary [15] qui vint avec moy veut la rameiner. Mais peut etre ne partira-elle qu’apres Paques qui est le tems où ma femme espere d’aller voir sa mere, en luy rameinant sa cadette. A propos de nôtre fruit, il n’est rien de meilleur q[ue] nos longues pommes rouges, nous en avons encore une corbeille q[ue] nous avons garenty des gelées. Le seul arbre q[ue] nous avons nous en a plus donné qu’à ceux qui ont des vergers, en quoy il semble q[ue] Dieu veuille suppleer au larcin de ceux qui nous derobent tous les ans nos entes, comme on l’a fait mesme cette année.

Le paquet q[ue] je trouvay à Toulouse le 12e [decem]bre en m’en revenant de Montauban merite que je le parcoure. Il est du 23/13 [novem]bre 1683, veille de ton depart pour Paris. La satisfaction que cette nouvelle m’a donné[e] me fait oublier le chagrin que j’avois de te voir en danger de perdre l’employ que tu as (car Mr Dusson m’avoit ecrit plus[ieu]rs plaintes obligeantes mais fortes là-dessus) et de plus de te voir endetter tous les jours, ce qu’il faut eviter comme un precipice [16]. Tant y a que Dieu t’a fait la grace de partir avec l’approb[ation] generale. C’est beaucoup et quand on a proposé* souvent en francois et en latin et qu’on a disputé et soutenu des theses on s’aquiert l’estime des gens. L[eurs] Excel[lences] dans les lettres dont elles m’ont honoré me marquent une grande affection pour toy, dont je benis Dieu incessam[ment]. La lettre de la comtesse Louise [17] est pleine d’esprit et d’un tour fort facile et fort degagé, ce qui prouve qu’elle a l’esprit beau. La generosité de cette maison à ton egard est grande. Ce qu’on a fait, en te conduisant à Macon et sur leurs terres en est une forte preuve.

J’ay ecrit au s[ieu]r Garrel [18] touchant les 6 tom[es] du Merc[ure.] Je n’ay p[oin]t reponse, parce qu’il est malade depuis long tems. Il me dit bien, avant de partir que son fils luy envoyoit un balot, et me montra le rôle des livres qui y seroient. Il pensoit q[ue] les 4 tom[es] de Mr Jur[ieu] estoy[en]t d’impression de Geneve, mais l’avis de Roterdam est qu’il ne s’en est p[oin]t fait d’edition [19]. Tout ce que je croy est qu’il y a diversité de papier, car celuy que je vis à Toulouse chés La Riv[ière] [20] en 4 tomes a le mesme caractere, mais le papier est noir et peu fin au lieu q[ue] ceux q[ue] les mar[ch]ans de Montauban ont eu à Bourd[eau]x ou à Bayoune est fin et plus net. Les 12 exempl[aires] de Garrel estoy[en]t marqués 66 l[ivres] t[ournois] qui est 5 l[ivres] t[ournois] 10 s[ols] piece / et à Bourdeaux on me les donnoit reliés en velin tous 4 in 12° pour 9 l[ivres] t[ournois], et au com[mencemen]t pour 12 l[ivres] t[ournois]. J’ecriray encore p[ou]r recevoir les tomes du Merc[ure] avec le paquet de R[otterdam] que je viens d’apprendre qui est chés le s[ieu]r Caussé fermier de ma meterie [21]. Si je vay à Toulouse je tacheray d’avoir ceux qui s[on]t à Peyrolieres [22]. Je ne say au reste si nous trouverons à le vendre apres l’avoir rendu complet. Ce seroit une bonne affaire p[ou]r payer Guilhemat [23], car dans ce tems je vendrois tous mes livres si je trouvois à l’exception d’un fort petit nombre. Les lettres de recom[mandation] que tu as eü[es] ne te serviront pas mal pourveu que tu t’en serves prudem[men]t comme je scay que tu le feras[.] On t’enverra celles de Mr Brassard et de Mr La Riviere. Mr Daltayrac et Mr de La Boissonnade ecriront à Mr de La Bastide [24], et mesme s’il le faut Mr La Lauze [25] ad[voc]at grand camarade d’etude du d[it] Mr de La Bastide. P[ou]r Mr de Rabastens [26] on luy ecrira aussi dés q[ue] tu nous auras fait savoir son estat, car on en parle diversem[en]t à Montauban, les uns disant q[u’i]l sera retabli les autres non. Je suis faché que tu doives tant à G[enève] et que mes affaires soyent si en desordre que je ne te puisse secourir de rien, tant il est vray que je ne recoy pas la maille d’icy, et que les interez m’absorbent. Tu feras bien de menager* ton tems p[ou]r ecrire souvent à Mr Dusson [27]. Il t’aime fort, et les nouvelles q[ue] tu luy donneras de son fils [28], et des choses de literature, te serviront bien aupres de luy.

La ballade de Mr de Francheville [29] est d’un tour délicat. Si j’avois mes petits ouvrages dans un bon ordre je satisferois au desir de Mad[am]e [30] mais je n’ay aucun loisir ni aucune liberté p[ou]r retoucher aucune piece. D’ailleurs c’est si peu de chose que de se faire conoitre par un sermon que cela n’en vaut pas la peine. Il faut eluder civilem[en]t et adroitem[en]t ces demandes. Je me dispose à lire les lettres de notre amy de R[otterdam] et d’en faire un indice p[ou]r y recourir au besoin et sans peine. Alors je te parleray de l’endroit qui regarde les Etats de Foix et Larbont [31][.] Je ne suis pas faché que tu te sois exercé à decrire la fete galante du p[rince] Danhalt [32][.] Il faloit voir si les vers dont est question y alloy[en]t bien. J’ay esté bien aise d’avoir veu le catal[ogue] des livres qu’ Amaulry a fait imprimer [33]. J’aurois voulu ceux que les libr[aires] de Gen[ève] font imprimer au retour de Francfort. Celui q[ue] tu envoyas à La Riviere en contient de tres curieux, et dont Mr Charles n[ou]s avoit parlé, comme Le Rasibus ou le proces fait à la barbe des cap[ucins] [34]. Dans celuy d’ Amaulry il y a les Dialogues des morts qu’on dit etre de Mr Boileau [35]. Il y a aussi les œuvres du mesme augmentées d’un quart [36]. Mr de Pradals n[ou]s en parla et je croy qu’il les a. Il nous recita son complim[en]t p[ou]r Mr d’Aguaisseau qu’il auroit fait s’il eut esté ministre [37]. Il est plein de morismes, et de traits de Mr Du Moulin [38] et tout cela bien tourné. Il y est parlé d’une Lettre d’un docte[u]r à Mr Joux min[istre] de Lyon [39]. Je ne say sur quel sujet cette lettre est faite, et je n’avois pas ouy parler de ce ministre, tu me le dechifreras. Il y est parlé du nou[vel] Estat de la France de l’an 1683 [40]. Mr Goty [41] m’a preté un des 2 tom[es] de celuy q[u’i]l acheta à Paris[.] J’y ay remarqué que l’auteur dit au 2 d tome (car je n’ay pas veu le 1 er et ne say si le nom de l’auteur y est à la tete) que il a prononcé autrefois (aux Cordeliers je pense) un sermon qui se fait tous les ans en grec. C’est au ch[apitre] des universités, ou profes[seurs] royaux etc[.] Par là on pourroit savoir qui est celuy qui a fait ce livre si c’est l’abbé Besoigne [42] ou quelq[u’] autre. J’ay curiosité p[ou]r cela, et elle est née en la lect[ure] de ce livre. Il est facheux qu’on ne puisse avoir divers livres defendus où il y a mille curiosités. Je t’envoye la lettre en vieux gaulois, peut etre qu’aussi ce stile est trop vieux et trop inintelligible, mais je ne le fis q[ue] pour te complaire et à la comtesse Celestielle [43].

Le desir que tu avois de venir faire un tour icy n’estoit pas trop bien fondé. Nous eussions esté charmés de te voir, mais cela t’eut engagé à trop de depense et à trop de peine. Tu as bien fait de prendre la resolution que tu as executée. Je t’ay deja repondu sur le desir que tu as d’envoyer un habit à un petit neveu, quand le tems viendra nous consulterons* cette affaire pourveu q[ue] les mar[ch]ans de Montauban aillent à Paris, car autrem[ent] la douane est fort chere p[ou]r faire passer de cette sorte de mercerie. C’est alors que tu pourras m’envoyer un exemplaire de la fete gal[ante] que tu as decrite, et non s’il te plait par la poste, veu la peine qu’on a de ramasser ponctuellem[ent] ce qu’il faut pour rembourser le s[ieu]r Passet [44], que j’ay toujours bien satisfait neantmoins sed hoc per transen[n]am [45][.] / 

Les 2 let[tres] de R[otterdam] [46] du 8 et 11 oct[obre] que tu as mises dans le paquet qui a precedé ton depart parlent de quelques livres fort curieux. Par de telles lectures on se distingue du commun, et cela aprend à bien penser et à bien mediter, fait mesme des ouvertures pour plusieurs remarques et decouvertes et sur l’Ecriture et sur les autres sciences. Mais on a le malheur de ne conoitre ces livres que par le titre, ce qui donne pourtant quelq[ue] petite satisfaction. Il parle du s[ieu]r La Mothe qui veut des crepons, je voudrois scavoir s’il est frere du min[istre] de La Cabarede [47]. Les 3 fois qu’il dit que ce Mr La Mothe t’ecrivit par la poste montrent qu’il estoit fort empressé, ou q[u’i]l avoit besoin de ton service, car autrem[ent] on ne va pas tuer les gens et les accabler de fraix p[ou]r des bagatelles en ecrivant simplem[ent] pour écrire, chose qu’on abhorre sur tout de la part des personnes indifferentes. Pour moy je n’entretiens commerce qu’avec peu de gens parce q[ue] la pluspart des gens qui vous ecrivent ne vous apprenent rien que l’etat de leur santé, or (à mes freres pres) je suis content de l’apprendre par autre voye, les parens disant assés que leurs parens se portent bien puis q[ue] c’est un lieu commun de conversation. Ce qu’on nous dit des libraires fait voir qu’on ne peut pas attendre q[ue] les auteurs qui traittent avec eux puissent donner leurs livres. Il faut songer d’en acheter si on en veut quoy qu’on soit amy d’ailleurs. Il est parlé d’un livre q[ue] Mr Allix fait impr[imer] à G[enève] [48][.] Peut etre c’est une prepara[ti]on à la Cene, où il fait des remarques tres jolies. Je l’ay veu à Montauban et je l’achetay à 5 s[ols] ches Brasonier. On parle de la rep[onse] à Mr d’Aguesseau et des lettres à la Maison de Do[h]na bien avantageusem[ent] p[ou]r l’auteur dans ces 2 billets [49]. Les copies que tu en envoyas grossirent trop le paquet, et quand on a [à] envoyer de telles choses il se faut servir de quelq[ue] voye d’amy. Dis moy si la rep[lique] de Mr L’Enfant à Mr de Brueys est imprimée, et quel est le nom du jeune min[istre] qui en a fait une qu’il dedie à notre amy [50]. Il est parlé dans ces 2 billets de plus[ieu]rs personnes que je conoitray s’il plait à Dieu avec le tems par ce que tu m’en pourras apprendre.

Je viens aux lettres que tu m’as ecrites et à mon p[ere] depuis ton arrivée à Paris. La 1. qui est du sam[edi] 11 [décem]bre 1683 me fut rendue le 23 du mesme mois par le valet de Mr La Riviere [51] qu’il envoya au Mas. J’eus par là dequoy repondre à Mr Dusson [52] qui s’etoit plaint un peu fortem[ent] de ton procedé quoy que pourtant fort obligeam[ment] ; et ton voyage que tu apprens à mon pere fut un sujet de consolation p[ou]r toute la maison. Il faut cultiver soigneusem[ent] les 2 plantes qu’on commet à ta culture. C’est un malhe[u]r qu’il y ayt tant d’exemples dans la famille de gens qui suivent la fortune [53]. J’avois meilleure opinion du dernier. Il ne nous reste q[ue] l’ainé q[ue] Dieu veuille fortifier. Nous sommes en peine de tes hardes et de tes livres [54]. Appren moy à ton loisir ce q[ue] tu as emporté de G[enève] ou m[anu]s[crit] ou imprimé. Je te felicite du quartier* où tu loges, et de l’honnete veufve où sont tes disciples [55]. Je suis faché des autres incom[modités] que tu auras à souffrir et des fraix immenses qu’il te faudra faire. Je te conjure touj[ou]rs de te menager le mieux q[ue] tu pourras, et de ne faire aucune depense inutile, estant important de se bien conoitre, et l’etat où on seroit s’il faloit se nourrir à ses propres fraix. Pour la depense de Charenton [56] il faut qu’elle aille avant toutes choses. Souvien toy d’ecrire touj[ou]rs tout ce que tu trouveras de curieux dans les conferences*, aux predica[ti]ons, aux livres que tu liras. Cela sert touj[ou]rs et on se repend de ne l’avoir pas fait. On doit mesme ecrire les choses que des grands hommes disent dans le[ur]s entretiens. Si on va en Sorbone on doit noter les argumens les plus forts. Il n’est pas jusqu’au theatre qui ne serve à un predicateur, sans parler que les sermons des aversaires peuvent fort servir p[ou]r l’exterieur et pour le patheme et la morale, p[ou]r la justesse des pensées, pour transitions, divisions etc [57][.]

Mad[am]e la c[omtesse] de Do[h]na t’a marqué son affection par mille endroits. La belle montre et la belle bague que tu as receu[es] de sa generosité font voir q[ue] son ame est grande et liberale. Nous ne douttons pas q[ue] Dieu ne te face la grace de voir à Paris Mrs les min[istres] et plus[ieu]rs persounes de qualité. Ce qui est arrivé à Mr Du Bourdieu fils [58] montre que la conduitte du Bas Languedo[c] nous a rendus puans aux habitans du païs, et q[ue] l’esprit de violence n’est pas approuvé à la Cour [59]. Le mariage …

 

Notes :

[1] Ces lettres envoyées par Puylaurens, comme celles, mentionnées plus loin, envoyées de Genève, ne nous sont pas parvenues.

[2] Ce voyage de Jacob Bayle l’avait conduit à Montauban, en compagnie de son beau-père, le pasteur Isaac Brassard.

[3] Aucune des lettres de Marie Brassard ne nous est parvenue.

[4] Louise-Antoinette, deuxième fille du comte de Dohna, née en 1660, devait épouser par la suite un de ses cousins, Christophe de Dohna.

[5] Il s’agit évidemment ici d’une femme du Carla ou des environs immédiats du bourg ; la désignation « la » n’avait rien de péjoratif.

[6] Il s’agit certainement de négociants, probablement toulousains plutôt que montalbanais.

[7] Sur l’arrêt condamnant la Critique générale, voir Lettre 219, n.13.

[8] Du Journal des sçavans. Nous n’avons pas trouvé cette annonce dans l’exemplaire que nous avons consulté : il a pu s’agir d’un encart ou d’une publicité ne figurant pas dans toutes les impressions.

[9] Sur Charles de Bourdin et son séjour à Paris comme précepteur, voir Lettre 62, n.13.

[10] L’abréviation doit probablement être développée en « juge-mage », autrement dit, lieutenant du sénéchal ; ce titre de « juge-mage » ou « maje » était propre à certaines provinces françaises méridionales.

[11] On devine que Joseph avait le projet de proposer à Louise-Antoinette de Dohna de devenir la marraine et à Wilhem-Albrecht de Dohna de devenir le parrain d’une relation de la famille Bayle, mais nous ne saurions identifier celle-ci.

[12] Ces lettres adressées par Jacob à Louise-Antoinette de Dohna ne nous sont pas parvenues.

[13] Espèce de pêche, originaire de Lombardie, dont le noyau est attaché à la pulpe.

[14] Marthe Brassard, une des belles-sœurs de Jacob Bayle.

[15] Voir Lettre 6, n.1 et 6, sur des Olivier (ou Olivery) qui ne sont certainement pas ceux dont il est question ici, mais qui leur étaient vraisemblablement apparentés.

[16] Voir les plaintes de Pierre Bayle, Lettre 238, p.420, qui vont dans le même sens que celles de Jacob.

[17] Cette lettre de Louise-Antoinette de Dohna, comme celle de son père, Frédéric, comte de Dohna, adressées à Jacob et à son épouse pour les féliciter de la naissance de leur fils, ne nous sont pas parvenues.

[18] Sur Garrel, le libraire réformé de Montauban, voir Lettre 221, n.44.

[19] Sur ces ouvrages de Jurieu, voir Lettre 221, p.335.

[20] Nous conjecturons qu’il s’agit ici de Falentin de La Rivière, chargé de s’occuper des protestants isolés de la région de Toulouse, dont il sera question plus loin.

[21] La métairie, près de Montauban, que Jacob avait héritée de son grand-oncle, David Bayle : voir l’appendice de la Lettre 116.

[22] Il semble s’agir ici du nom d’une métairie ou d’une maison isolée.

[23] Il apparaît donc que le créancier principal de Jacob Bayle aurait été son collègue, Marc-Antoine Guillemat, pasteur de Mazères ; sur celui-ci, voir le Calendarium (vol.i), à la date du 21 août 1670 et Lettre 222, n.3.

[24] La seigneurie d’ Alteyrac appartenait aux Tauriac, une importante famille réformée de Millau ; les Péchels de La Boissonnade (ou parfois Buissonnade) étaient des Montalbanais. La Bastide, s’il habitait alors Paris, était originaire de Millau.

[25] Plusieurs indices portent à croire qu’il s’agit ici d’un avocat de Montauban. Les La Lauze (ou La Lause / Lalause) étaient une famille réformée de Réalmont. L’avocat pourrait être Isaac La Lause, qu’on retrouve plus tard réfugié à Amsterdam. La mère du pasteur Isaac Brassard était une La Lauze.

[26] Le fameux Bertrand de Rabasteins, vicomte de Paulin (mort en 1587), n’avait pas de descendance directe à cette date. Le personnage cité ici, qui semble avoir occupé une charge qu’il avait perdue récemment et qui appartenait assurément à une branche collatérale, n’a pu être identifié avec précision.

[27] Salomon d’Usson, le père de certains des élèves de Joseph Bayle, résidait au Pays de Foix.

[28] Claude-François d’Usson, marquis de Bonac, enfant introverti qui devait plus tard entrer chez les dominicains.

[29] Jacob désigne ainsi Philippe de Frégeville, cousin germain de Salomon d’Usson et père de certains enfants confiés à Joseph Bayle : voir Lettre 246, n.18. Nous corrigeons ici l’identification de Frégeville proposée à la Lettre 221, n.11.

[30] Il s’agit très probablement ici de la comtesse de Dohna.

[31] Dans la Lettre 227 (voir n.15), Bayle avait fait allusion à un livre qui parlait de la maison de Larbont, comme à un ouvrage déjà mentionné par lui, dans une lettre antérieure, qui, apparemment, nous manque.

[32] Le prince Antoine-Günther d’Anhalt (1653-1714) était alors au service du Brandebourg. Lors de son voyage à Genève, il fut reçu chez les Dohna, qui lui offrirent une fête en ville. L’exercice de style de Joseph est peut-être ce qu’on lit au sujet de cette fête dans le Mercure galant : voir Lettre 131, n.12.

[33] Amaulry était un libraire de Lyon.

[34] Le Rasibus ou le procès fait à la barbe des capucins, par un moine défroqué (Cologne 1680, 16°). Il s’agit d’un opuscule de controverse, probablement d’origine protestante, d’une rare indigence. C’est apparemment Jean Charles, pasteur de Montauban, qui en avait parlé à Jacob.

[35] Bernard Le Bovier de Fontenelle (1657-1757), Nouveaux dialogues des morts (Paris 1683, 12°, 2 vol.) ; Nouveaux dialogues des morts. Seconde partie, nouvelle édition (Paris 1684, 12°). Voir JS 22 février, 8 mars et 13 septembre 1683 ; Mercure galant, cité Lettre 228, n.8.

[36] Boileau, Œuvres diverses du sieur xxx. Avec le traité du sublime, nouvelle édition, reveue et augmentée (Paris 1683, 12°).

[37] Sur la réponse de Jacob Bayle à la signification de l’avertissement pastoral, voir Lettre 221, n.22.

[38] A savoir, de formules précieuses et d’images alambiquées à la manière d’ Alexandre Morus ; en revanche, Pierre Du Moulin le père avait employé volontiers des traits satiriques.

[39] Benjamin de Joux : voir Lettre 206, n.7. Pierre Le Lorrain de Vallemont, Lettre d’un docteur en théologie à Monsieur de Joux, ministre de la R.P.R. à Lyon. Où l’on fait voir que suivant les principes de la théologie des Calvinistes, la Communion sous le seul signe du pain […] accordée aux abstinens est un fantome de communion (Lyon 1683, 4° : B.M. de Lyon, cote 118058, inventaire 331944) ; voir L. Desgraves, Répertoire des ouvrages de controverse entre catholiques et protestants en France (Genève 1985), n° 6787.

[40] Sur les éditions annuelles de cette publication, voir le Catalogue de l’histoire de France, de la BNF, iv.606-607.

[41] M. Goty, un ami des Bayle, résidant au Mas d’Azil.

[42] L’abbé Nicolas Besoigne, par ailleurs auteur d’ouvrages héraldiques, fut responsable du texte du Parfait état de la France, parution annuelle, de 1661 à 1678.

[43] Très vraisemblablement, la comtesse de Dohna. On voit ici que Jacob Bayle s’intéressait à l’ancien français.

[44] Le négociant de Toulouse qui payait pour Jacob Bayle le port des lettres que lui envoyaient ses frères : voir Lettre 192, n.17.

[45] « cela soit dit en passant ». « per transennam » : « à travers la jalousie ».

[46] Ces deux lettres ne nous sont pas parvenues.

[47] La Cabarède allait acquérir au siècle suivant un certain renom comme lieu de naissance de Jean Calas. Le bourg est situé à l’est de Mazamet et assez proche de La Bastide-Rouairoux ; certains indices portent à croire qu’il n’a parfois été qu’une annexe de ce dernier exercice réformé. Le crépon est une étoffe légère. Ce La Mothe se trouvait apparemment à Rotterdam, ou du moins en Hollande, et il semble avoir contacté Joseph Bayle quand ce dernier était encore à Genève.

[48] Pierre Allix, Préparation à la Sainte Cène (Charenton 1682, 12°), ouvrage vite réédité à Genève.

[49] Jacob Bayle lui-même ; voir Lettre 221, n.22.

[50] Sur l’ouvrage de Lenfant, voir Lettre 244, n.55 ; Daniel de Larroque est l’auteur du Prosélyte abusé, dédié à Bayle, voir Lettre 242, n.2.

[51] Falentin de La Rivière, quand il se trouvait à Toulouse en hiver, envoyait son valet au Mas d’Azil apporter le courrier reçu pour ses amis des alentours.

[52] Voir ci-dessus, n.27.

[53] Les frères cadets de Salomon d’Usson étaient tous alors convertis au catholicisme, François d’Usson, sieur de Bonrepos, depuis des années déjà, l’un des deux autres assez tard, comme on le voit ici. Il pourrait bien s’agir de Tristan, sieur de La Quère, que son ardente dévotion engagea plus tard à se faire cénobite et dont la piété, quand il était encore réformé, aurait pu frapper Jacob Bayle.

[54] Sur les « hardes » et les livres de Joseph confisqués à Lyon, voir Lettre 246, p..

[55] Sur le logement de Joseph à Paris, voir Lettre 246, p..

[56] Les réformés parisiens utilisaient le plus souvent un coche d’eau, sur la Seine, pour gagner Charenton le dimanche ; en outre, il fallait assurer la dépense du repas de midi, car il y avait deux services religieux dans la journée.

[57] Ce sont là des termes de rhétorique : « pathème », «  », « passion, émotion » ; « morale », «  », « disposition, caractère ». Jacob évite les termes usuels de « pathos » et d’« ithos » ridiculisés par Molière dans Les Femmes savantes, iii.3, v.972.

[58] Allusion possible à la méfiance (injustifiée) inspirée à plus d’un réformé de Montpellier par leur ancien pasteur, Jean Du Bourdieu , qu’on supposait sur le point d’abjurer : voir la lettre de Jacob à Pierre du 12 mai 1685. Il est cependant possible que Jacob Bayle exprime ici ses réserves quant aux formes de la résistance préconisée par Brousson – non violentes dans leur principe, mais qui représentaient une désobéissance au roi –, mais l’approbation ou la désapprobation de Jean Du Bourdieu à l’égard de ces épisodes nous demeure inconnue.

[59] Jacob évoque la réaction du patriarche de la Bible dont il porte le nom. Ayant appris les représailles commises par ses frères Siméon et Lévi, il leur reproche de l’avoir rendu « puant » parmi les habitants du pays, de sorte qu’il est à présent menacé de mort ainsi que sa famille (Genèse 34, 30). Sur la réaction de Jacob Bayle aux projets de Brousson et sa désapprobation à l’égard du consistoire de Mazères, voir Lettre 231, n.11.

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 118177

Institut Cl. Logeon