Lettre 253 : Joseph Bayle à Salomon d’Usson

de Paris le 6 mars 1684

Je vous envoye 2 catalogues de livres, vous verrés le prix Del Mercurio di Siri impr[imé] par Cramoisy [1]. Il faut attandre que la derniere edition des Travaux de Mars soit achevée d’imprimer, elle est sous la presse [2][.] Pour des gram[maires] italienes[,] il y en a une assés nouvelle et fort bonne, c’est celle du s[ieu]r Veneroni [3]. Il n’y en a point d’autre que celle de Port Royal d’espagnol [4]. Le Dictionaire de Danet est imprimé de 2 manieres [5], en l’un le latin est imprimé avant que le francois et en l’autre c’est tout le contraire, le francois est impr[imé] avant le le [ sic] latin. Donnés moy avis de celuy que vous voulés. Je vous prie de donner de mes nouvelles à mon pere. J’ay veu ce matin Mr de Frejeville et M le Marie [6] qui vous asseurent et à madame Dusson de leurs services. Je fus hier avec les enfans disner chez Mr de Bonrepeaux [7]. Il nous envoya querir en carrosse, et nous fit des honnetetés* à sa maniere, et à son ordinaire, car vous savés assés qu’il est froid et fort peu caressant quoy que pour moy j’aye grand sujet jusques icy d’estre satisfait de lui. Il etoit au lit, parce qu’il avoit pris medecine, sans etre incommodé. Il y avoit 2 demoiselles de ses amies qui dinnerent avec nous, et Mr Dessein [8] y dina aussi. Il ne nous parla ni prés ni loin de religion non plus que les • morts, ni ne s’informa absolument point de vous. Tout ce qu’il dit ; [ sic] à Bonnac [9], que lors qu’il vous escriroit, il n’oubliast point de vous faire ses complimens et à madame / sa mere. Le soir il me fit bailler* 5 ecus pour mener ses enfans et ses dames à l’opera d’ Amadis [10]. Ce que je fis, et son carrosse nous ramena fort heureusement. Il va partir dans 10 ou 12 jours pour la Provence, il va faire partir une armée navalle [11]. Mr de S[ain]t Martin le colonel fut voir ses enfans [12] il y a quelques jours, pour celuy là, il les caressa et les baisa mille fois parce que c’est un homme d’un temperament porté à cela. Il dit mesme qu’il vouloit les voir souvent mais je crains bien, qu’il ne s’en souviendra que lors qu’il passera devant notre maison. Je vous souhaite le bonsoir Mr et suis avec toute sorte d’attachement. J’oub[l]iois de vous dire qu’il exhorta Bonnac à etre un peu plus guay, et pour cet effet, / il me pria de le mener souvent à la comedie italienne, à la foire S[ain]t Germain afin de le resveiller un peu, et m’asseura qu’il me rembourseroit de tout ce que j’avancerois pour cela. •

 

Notes :

[1] Sur la dynastie des Cramoisy, Sébastien Cramoisy et Sébastien Mabre-Cramoisy, voir Lettre 182, n.12. Il s’agit ici du Mercurio overo Historia de’correnti tempi, di Vittorio Siri, consigliere, elemosinario e historiografo della Maestà christianissima (s.l.n.d., 4°, 15 t. en 17 vol.) du bénédictin Dom Vittorio Siri (1644-1682).

[2] Alain Manesson-Mallet (1630-1706), ingénieur, avait publié autrefois Les Travaux de Mars, ou la fortification nouvelle, tant régulière qu’irrégulière (Paris 1671, 8°). De fait, la nouvelle édition, en trois volumes in-8° et avec quatre cents planches gravées, allait encore un peu tarder : voir NRL, janvier 1685, cat. ii.

[3] Jean Vigneron, dit Veneroni, Le Maître italien, contenant tout ce qui est necessaire pour apprendre facilement et en peu de temps la langue italienne (Paris 1673, 12°) : Joseph Bayle, ignorant cette première édition, croit la seconde (Paris 1681, 12°) une nouveauté.

[4] Claude Lancelot, Nouvelle méthode pour apprendre facilement la langue espagnole (Paris 1660, 12°).

[5] L’ abbé Pierre Danet (vers 1650-1709), qui faisait partie de l’équipe travaillant sous les ordres de Montausier aux ouvrages ad usum Delphini (déjà citée Lettre 126, n.35), avait publié un Nouveau dictionnaire françois et latin, enrichi des meilleures façons de parler en l’une et l’autre langue (Paris 1683, 4°) : voir C. Volpilhac-Auger (dir.), La Collection Ad usum Delphini. L’Antiquité au miroir du Grand Siècle (Grenoble 2000), p.68.

[6] Il s’agit vraisemblablement de Marie, la fille de Philippe de Frégeville.

[7] François d’Usson de Bonrepos était l’oncle des pupilles de Joseph Bayle.

[8] Nous ne savons qui était ce Dessein.

[9] Claude-François d’Usson, marquis de Bonac, le fils de Salomon d’Usson, qui, avec son frère et avec ses cousins Frégeville et Saint-Martin d’Usson, était l’élève de Joseph Bayle.

[10] L’opéra d’ Amadis, dont le livret est de Quinault, et la partition de Lully.

[11] Bonrepos allait préparer à Marseille l’armement de l’escadre de la Royale qui devait plus tard si sévèrement bombarder Gênes, république alliée à l’Espagne, en mai 1684.

[12] Il s’agit d’un proche parent de Salomon d’Usson : nous conjecturons qu’il s’agit du Saint Martin d’Usson maître de camp des dragons de la reine : voir Lettres 144, n.29, et 153, n.24. C’est cette allusion qui nous incite à croire que les enfants de Saint-Martin d’Usson étaient parmi les élèves de Joseph Bayle : voir Lettre 246, n.18.

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