Lettre 260 : Pierre Bayle à Joseph Bayle

[Rotterdam,] le lundi 10 d’avril 1684

Je receus vendredi dernier vos 2 paquets M[onsieur] E[t] T[rès] C[her] F[rère], le premier adressé à Mr Ferrand, l’autre à Mr de Beaumont pour me le faire tenir ches Mr Leers (ches qui je ne logerai pas)[,] la suscription de celui ci etoit d’une main inconnuë, le premier contenoit vottre lettre du 10 mars et finie le 30 : la lettre pour Mr J[urieu] et les vers grecs adressez à Mr Francius [1] ; l’autre contenoit deux de vos lettres, l’une du 2 avril, l’autre du 31 mars [2], et deux Journaux de scavans l’un en grand qui est le 9 l’autre en petit qui est le second, mais il est venu imparfait, car au lieu de 12 pages qu’il doit contenir, je n’en ai receu que 8[ ;] le feuillet du milieu manque. Je vous prie de voir comment cela est arrivé. Vous me parliez d’un billet qui devroit etre encore dans ce meme paquet ; je vous aprens qu’il n’y a eu que ce que je viens de vous dire, excepté l’extrait de ce que vous appellez lardons [3]. Nous appellons cela ici la Gazete burlesque [4], qui est dans le dernier mepris. Il y a d’autres petites feuilles de nouvelles raisonnées en prose dont l’auteur s’appelloit S[aint] Guilain, qui faisoit aussi une gazette en francois et en prose sous le titre de Nouvelles solides et choisies [5] ; il est mort depuis quelque tems, on m’a dit que sa veuve continue • la meme chose, c’est à Amsterdam et non à La Haie que tout cela • se compose et s’imprime. Je m’en vais vous repondre exactem[en]t à toutes vos dernieres lettres.

1° Je vous avertis que je n’ai pas rendu votre lettre à Mr Jurieu, et que je ne croi pas que vous deviez lui ecrire de cette façon. Il y a des choses qu’il eust pris en mauvaise part comme ce que vous dites que parce que l’ Histoire du jésuitisme est ecrite d’une façon moderée, on ne croit pas qu’elle vienne de etc.[,] que quelques uns trouvent XX trop piquant [6] et qu’ils se fondent sur un passage des Proverbes [7]. Vous voiez bien que c’est vous eriger en homme qui veut aprendre la morale chrétienne, et la theologie à un profess[eur] et ministre. Je ne dis pas qu’il ne faille jamais le faire, mais il faut avoir ou un grand accez de familiarité avec les gens, ou une • égalité de caractere, ou etre en d’autres circonstances. Mais qu’un proposant donne ses avis à un professeur tel que celui là, je vous le dis sincerement, cela eust produit un mechant effet et eust mis en colere la personne. Cet autre endroit de votre lettre, « cet ouvrage à cela pres qu’il est propre à faire connoitre à chacun ce à quoi il est porté naturellem[en]t est estimé d’une commune voix » n’eust point non plus eté agreable, ni ce que vous dites que l’Ecole Illustre est peu fréquentée. / 

Quant à ce que vous dites sur mon sujet, qu’il devroit me servir pour un emploi auquel on vous a dit que je suis propre, je vous avouë que je serois bien faché qu’il l’eust veu, car outre qu’il sait très bien que ces emplois là ne sont pas mon fait, et qu’il me l’a oüi dire cent et cent fois, que pourroit-t-il s’imaginer sinon que, n’osant pas moi meme lui demander ses offices pour ces grands avancemens, je me sers de vous comme d’un détour. Or cela ne pourroit faire qu’un mechant effet. Premiérement, on verroit par là, ou que je n’ai pas la hardiesse de lui demander un service, ou que je n’ai pas asses de confiance en lui, et secondement, que je suis un hypocrite qui temoigne l’un et qui fait ecrire l’autre, et de plus, me connaissant comme l’on fait, on me traiteroit dans l’ame de ridicule si l’on s’imaginoit que je me crusse fort propre à etre homme de Cour. Ces considerations ont fait que j’ai eu du chagrin de ce que Mr   [8] a une fois sollicité Mr Jur[ieu] de m’introduire aupres du prince. Je ne laisse pas de lui en etre tres-obligé car il l’a fait à votre priere, comme aussi Mr Basnage, et à fort bonne intention, mais vous voiez bien ce qu’on peut penser quand on voit ces sollicitations indirectes, si peu conformes à tout ce que je leur parois et que je leur dis. Je garderai donc votre lettre sans la rendre, du reste elle est fort bien écrite. Si vous voulez ecrire à Mr Jur[ieu] evitez tout ce que je viens de vous marquer, et je vous promets que votre lettre sera rendue, et leue avec plaisir, et je vous prie qu’en voiant que j’ai supprimé celle cy, vous ne vous avisiez pas de lui ecrire directement, et à mon insceu. Voila pour un p[remi]er article. J’oubliois qu’il suffit de dire au commencem[en]t et à la fin M[onsieur] e[t] t[rès] H[onoré] P[ere], par tout ailleurs le terme de Mr suffit.

En second lieu, je repons à la lettre où vous me faites votre journal. Cela me plait infiniment et je vous en remercie de toute mon ame. Je dois recevoir au p[remi]er jour par Roüen le Mercure de janv[ier] et de fevrier, et outre cela celui de decembre que vous y avez envoié, j’ai aussi prié qu’on m’envoiast sept[embre,] oct[obre] et nov[embre] et on m’ecrit que les deux derniers, savoir oct[obre] et nov[embre] sont deja en chemin [9]. Je suis obligé au souvenir de Mrs Pagez et Jodouin [10] et vous me ferez plaisir de les asseurer de ma reconnoissance et de mon amitié tres particuliere. Je ne comprens pas par vos lettres que vous aiez recu la lettre que je vous ai ecrite sous le couvert du s[ieu]r Orthemels [11], dans laquelle je vous parlois du dessein que l’on m’avoit inspiré de faire un Journal des scavans. Le Mercure scavant est composé à Paris et c’est ce qu’il est bon de representer. C’est un medecin catholique qui a fourni les memoires, et qui reside actuellem[en]t à Paris [12]. Au reste on a grand tort de dire qu’il déchire l’auteur du Journal, le gazettier, et le Mercure galant. Il dit deux ou 3 mots tres forts contre ce dernier dans son avis au lecteur, il dit en general que les gazetiers se contredisent, et cela est vrai et regarde aussi bien les gazetes etrangeres que celle de France, et quant à Mr l’ abbé de La Roque [13], on ne le maltraite point, on dit seulem[ent] / • qu’il a eté parmi les jesuïtes, et qu’il y a deu aprendre la modestie. Mr de Fremont a plus de sujet de se plaindre, et la Faculté de medecine [14]. Au fond c’est un catholique de Paris qui fait cela et Des Bordes • n’imprimera plus ce Mercure [15]. A la place, il imprimera un Journal des scavans qui sera ecrit avec beaucoup de menagement, et qui ne dira rien contre les puissances, et qui parlera avec respect des catholiques [16]. Asseurez de cela tous nos bons amis.

J’ai peine à croire que le titre de Spanheim ne soit une erreur des gazetiers, qui prenent Spanheim pour une terre, car l’annoblissement ne change point le stile à cet egard. A t’on • jamais dit Mr de Colbert, quoi qu’il fut monté au plus grande charges. Pour l’auteur du Journal[,] comme il est Gascon, il n’est pas un bon garent, il a bien dit Mr de Basnage [17], contre la coutume et le titre meme du livre duquel il faisoit mention. Il est bien vrai que Mr Basnage e[st] gentilhomme, mais neanmoins, on ne l’appelle point de Basnage, combien de presidens et d’intendans y a t’il à qui on devroit donner de la qualité, cependant lors que leur nom n’est pas celui d’une terre on ne met point de. Si c’est le nom d’une autre chose, on y met le comme Le Tellier, mais peu importe. Vous me dites que Mr Menage vous a dit que Mr Carpzovius est l’auteur du Journal de Leipzic. Cependant Mr l’ abbé de La Roque • a dit plus d’une fois que l’auteur de ce journal s’appelle Mr Menkenius, et qu’il a receu de lui en present ses journaux [18]. Et moi je vous dis que les Journaux de Leipsic que j’ai veus depuis 2 jours ne nomment personne, et qu’on voit que ce sont plusieurs personnes qui y travaillent, ils signent l’Epitre dedicatoire aux 2 jeunes princes de Saxe du mois de decembre 1683 Actorum Collectores [19]. Eclaircissez un peu si vous pouvez, avec Mr Mesnage ou quelque autre cela.

Quand je vous ai dit que je connoissois Mr Francius [20], je n’ai pas entendu que je l’avois eté voir, et lui, moi : j’ai voulu dire que je savois qu’il etoit grand poete, et professeur en histoire et eloquence à Amsterdam. Mais je ne l’ai jamais veu. En ce pais-ci on ne fait pas des connoissances qui puissent etre fort agreables, si on n’est Hollandois d’origine. Je ne croi pas que Mr de Pradals entende les vers grecs, sa science quoi que grande ne va pas là, et peu de gens à Paris pourroient traduire l’ eclogue de Mr Mesnage [21]. La condition des enfans du duc Dormont n’est pas le fait de l’auteur des 27 lettres. Il a assez gouté de cette vie, et desormais il veut etre à • lui et independant. Si on ne demandoit pas tant de sciences et de connoissances, je vous conseillerois de vous la faire donner pourveu que nos amis le peussent faire. Cet auteur a en particulier l’obstacle que la France / lui est fermée [22]. Le c[omte] de Fer[rassières] est ruiné de reputation [23], et ses debauches l’ont rendu meprisable à tous les honnetes gens. Il n’a pas seulement eu l’adresse d’etre debauché en galant homme, comme il y en a d’autres. Que peut-on faire à cela, faire des exhortations ne sert à autre chose qu’à se faire traiter de pedant.

En 3e lieu je passe à l’importante affaire dont vous me parlez dans votre lettre du 31 mars. Je vous suis le plus obligé du monde M[on C[her] F[rère], je reconnois en cela votre singuliere et tendre amitié, et je voudrois de bon cœur vous en temoigner ma reconnoissance. Je reconnois aussi la singuliere et cordiale affection de l’illustre Mr Allix [24], et je vous supplie de l’en bien remercier de ma part. Tout ce qu’il vous a dit est le plus solide du monde. Il est fort vrai que le poste que j’occupe est un poste d’aneantissement et de tenebres, • que si je n’en sors pas je ne ferai jamais fortune. Il est encore fort vrai que pour faire quelque fortune[,] il faudroit etre intriguant, se remuer un peu, se faire connoitre aux ministres des princes ; j’avouë encore qu’il y a une maniere de faire cela tres digne d’un honnete homme, mais neanmoins, les choses en demeureront où elles sont[ :] 1° parce que la grande machine des actions de l’homme me retient, qui est le trahit sua quemque voluptas [25] ; de la manière que Dieu m’a fait, c’est mon element qu’un etat de mediocrité ; le grand jour m’incommode, j’aime l’obscurité. Si vous me demandez pourquoi j’aime l’obscurité et un etat mediocre et tranquille[,] je vous asseure que je n’en sai rien[,] non plus que pourquoi j’aime certaines viandes preferablement à d’autres. Je n’ai jamais peu souffrir le miel, • mais pour le sucre, je l’ai toujours trouvé agreable, voila deux choses douces que bien des gens aiment, pour moi je n’en aime qu’une et n’en sai point la cause. On ne dispute point des gouts. Il en va de meme des professions, et des divers etats de la vie. L’un se plait à etre honoré, à se meler dans tout, à gouverner les autres. Un autre n’est sensible qu’au repos, et à une vie sombre, à une retraite de cabinet[,] à la lecture des livres : il conte tout le reste pour rien, • que l’un s’empresse pour avoir un emploi ches un prince, qu’un autre cherche à s’enrichir en voiagean[t] dans les Indes, qu’un 3e remuë toute une ville pour en etre le p[remi]er magistrat, cet autre homme dont je parle regarde cela avec etonnement, et ne comprend pas quel plaisir on trouve à cela, il admire qu’on ne puisse pas vivre comme lui content d’une douce quoi qu’obscure tranquilité. Ainsi qu’on ne me blame point de ce que je croupis à Roterdam, et meme qu’on ne me plaigne pas, car ce qu’un autre regarderoit comme une prison et comme un aneantissement indigne, [je] le trouve pour moi si conforme à mon humeur, que je ne le changerois pas pour une / • condition lumineuse et brillante. Ce me seroit une peine qui m’inquieteroit sans relache que d’avoir à soutenir un grand caractere, • il faut faire toujours des efforts pour ne le laisser pas trainer, au lieu que dans un petit theatre vous faites votre devoir en vous jouant. Vous me direz que c’est un gout depravé, et qu’il faut s’en guerir, à quoi je repons qu’on ne change pas de gout quand on veut parce que la plus part du tems on regarde la peine qu’il faut prendre pour changer de gout, comme un mal plus grand que n’est le bien qu’on gagneroit en changeant de gout. Mais de plus toute la philosophie et toute la morale et toutes les idées de vertu que nous avons sont fausses si mon gout est depravé. Quoi[,] mepriser les richesses et les honneurs du monde, la reputation et la gloire, et se contenter d’un etat mediocre, dans lequel on s’occupe à des exercices innocens loin du tabut* et des passions qui transportent le reste des hommes, est avoir le gout depravé, et l’ame basse[?] • je ne sai pas où on trouveroit une telle definition et je connoi de gens illustres qui m’ont dit qu’un gout fait comme le mien est peutetre le plus grand present que la nature nous puisse faire.

La 2e chose que j’ai à vous dire[,] est que non seulement une condition mediocre et eloignée du grand jour est plus à mon gout, mais aussi plus proportionnée à mon genie. Si on me portoit à la vie active, et aux negociations publiques, je ferois d’abord connoitre que je n’en suis point capable, et je perdrois le peu d’estime qu’on peut avoir pour moi. Je me connois mieux que personne ne me connoit. Il ne faut pas s’arreter à ce que je puis avoir ecrit. On a pu remarquer que je puis parler des intérets des princes, et faire des reflexions de politique, mais il ne s’ensuit pas de là que si j’étois au timon, ou que si on me confioit une affaire, je m’en tirerois honnorablement. Je vous l’ai deja ecrit. On se trompe de juger des gens par leurs livres. • Plusieurs personnes apres avoir leu La Politique du clergé et l’ Apologie de la Reformation [26], ont cru que l’auteur etoit un homme du monde, du grand air* nourri à la Cour, qui avoit fait plusieurs campagnes. On eut parié que dans un cercle il se seroit fait admirer par ses fines railleries, par ses galanteries. Cependant cet auteur n’est point tout cela et dans un cercle de femmes[,] il ne paroitroit pas à beaucoup pres aussi bel esprit qu’un jeune academicien, qu’un petit plumet. Les jesuites ayant veu La Cour sainte du P[ere] Caussin [27] pleine de solides remarques de politique, et connoissant d’ailleurs que c’étoit un homme consommé dans les sciences s’aviserent de le nommer pour etre confesseur de Louis 13. Ce choix fut fort aplaudi à cause de la reputation que ce jesuite avoit acquise par ses ouvrages ; mais des qu’il fut à la Cour, on le regarda / comme un tres mal habile homme et les jesuites se repentirent bien d’avoir mis aupres du roi un homme si mal propre aux affaires. Autre chose est d’ecrire et autre d’agir. Ce sont 2 talens si differens que les plus habiles negotiateurs ne sont pas toujours capables d’ecrire, et en recompense les auteurs qui remarquent si bien les fautes des ambassadeurs, ne pourroient pas faire un pas sans broncher s’ils etoient dans les affaires. Souvenez vous donc M[on] C[her] s’il vous plait de ce que je vous dis ici confidemment*, que si je veux conserver quelque sorte de reputation, il ne faut pas que je me mele des affaires d’Etat, jamais homme n’y a eté moins propre. Je ne suis bon que pour la retraite du cabinet, et je ne pretens pas m’en servir pour faire des libelles, Dieu m’en garde. Je n’ai fait que ce que vous savez. Je me contenterai d’etudier pour moi, ou de faire quelques extraits de mes lectures qui serviront de Journal des scavans. Je ne crains pas de mourir pauvre, parce que je ne regarde pas pour un mal ni pour une inco[m]modité de n’avoir que le necessaire, et pour cela j’espere que je l’aurai toujours sans etre à charge à qui que ce soit. Ne sachant pas le manege de la Cour, et n’ayant jamais tourné mes pensées du coté du monde[,] vous voiez bien que la seule chose où je me pourrois pousser seroit une profession* à Leyde [28]. Pour cela Mr Paets sera toujours pret à m’y servir, car quoi qu’il ait bien de la bonté pour moi, • il sera le premier à m’exhorter de sortir de Roterdam des qu’il y aura lieu de trouver mieux, mon sejour icy ne lui est • presque d’aucun usage, je ne le voi gueres, et il a beaucoup d’affaires, il est bien vrai qu’il n’est pas bien ches Mr le prince [29], et que comme il est la cause de mon etablissement* à Roterdam, et que Mad e sa femme m’a laissé 2 m[ille] francs, l’honneur et la reconnoissance veulent que je n’embrasse pas un parti qui m’obligeroit à etre contraire aux intérets de ce patron, mais ce n’est pas assurement l’obstacle de mon avancement à la Cour de s[on] A[ltesse]. Quand je pourroi[s] avec honneur briguer un emploi ches elle, je n’y en trouverois pas et ceux qui vous ont parlé de charge de bibliothecaire, d’historiographe, de secretaire de ce prince ne savent rien de la carte du pays, c’est batir des chateaux en Espagn[e.]

Afin de vous decharger mon cœur pour une bonne fois, ceux qui ont connoissance de mon humeur et de mon gout et de la delicatesse de mon temperament* aprouvent fort la resolution que je leur dis avoir prise de me tenir ici, puis qu’à present j’ai mis les choses à n’avoir pas beaucoup de peine, car je ne fais plus que 2 lecons par semaine, et j’ai preparé la matiere de mes colleges* pour bien long tems. • Je suis traitté à la francoise à la table où je mange, qui est un grand article car dans une pension à la hollandoise, je souffrirois beaucoup. Je suis à couvert / • de [l’]esprit factieux et cabaliste qui desole nos academies, et qui y formant differens partis, y forme aussi un theatre perpetuel de medisances, d’envie, d’embuches, etc. Je rencontre ici beaucoup de Francois, j’y ai de la douceur, j’aurai de quoi subsister fort honnetement si le journal reussit. Allant à Leyde, je rentre dans une peine de 4 leçons par sepmaine, de plusieurs colleges* par jour qu’il faudra preparer sur nouveaux frais, outre la necessité de faire de nouvelles connoissances, de se menager entre les factions opposées, de se gener pour s’accomoder aux humeurs hollandoises, d’etre obligé souvent à boire dans des repas academiques jusqu’à s’enyvrer, ce qui me vaudroit chaque fois une maladie, et par dessus tout cela, n’avoir point de tems à moi. Ceci vous signifie que [n]o[n] seulem[en]t je ne songe pas à me mettre dans une Cour, mais que je ne songe pas meme à une profession d’academie. Ne vous en allarmez point. Si vous m’aimez, comme j’en suis asseuré, il vous suffira de savoir que mon etat quel qu’il puisse etre est le moins incommode qui me paroisse, de tous ceux que vous me conseilleriez. Je me leve et me couche quand je veux[,] je sors si je veux et je ne sors pas si je ne veux[,] excepté les 2 jours de lecon. Un courtisan n’en peut pas dire autant, il dort et il se leve quand il plait à son maitre. Mais ce n’est pas le tout, où trouve t’on les postes de secretaire d’ambassade, quand on ne sait point les langues du pays[?] Seroit-il bien à propos que je quitasse Rotterdam pour • aller faire le pied de grue à Berlin, et passer la journée à l’antichambre des favoris. Il faut avoir de quoi faire des avances et s’entretenir bien long tems.

Qui vous a dit que Mr le Burggrave [30] e[st] ambassadeur en Pologne[?] Ne confondez point ainsi les termes. Par la lettre que vous m’avez fait voir de lui j’ai compris que le general des troupes de Brandebourg l’avoit envoié à Berlin pour y porter des nouvelles ; on l’a renvoié en Hongrie et de là à la Cour de Pologne pour reigler des quartiers* d’hyver. Ce n’est pas ce qu’on appelle un ambassadeur, à moins que de faire comme les gens de notre pays qui confondent toutes les dignitez. Combien de gentilshommes envoie t’on aux Cours des princes ou pour aporter un present, ou pour dire de bouche aux ambassadeurs ce qu’on ne veut pas confier au papier, qui ne sont pourtant point ambassadeurs. Asseurez vous que Mr le Burggrave n’est ambassadeur que comme cela.

Pour ce qui regarde Mr J[urieu] je vous asseure qu’il lui importe peu que je demeure ici ou ailleurs. Je ne le voi presque point, parce qu’il est tout le jour enfermé dans son cabinet et que le soir, qui est le tems où il n’etudie pas et où je le voiois à Sedan presque tous les jours, je ne sors point ici, soit à cause de l’eloignement de mon logis du sien, soit principalement parce que nous soupons entre 8 et neuf et que quand nous sortons de table, il n’est plus tems d’aller veiller ches Mr Jur[ieu] qui soupe à sept et se couche environ à 10. On lui fait tort de s’imaginer qu’il souhaitte qu’on louë ses livres dans le journal [31], ils n’ont pas besoin qu’on les recommande, et de la maniere qu’il les compose, ils font • du bruit avant qu’on • ait publié dans des mémoires qu’ils sont imprimez.

Les difficultez qu’on trouve au dessein du Journal[ :] 1° qu’il faudroit etre à La Haye ou à Amsterdam[,] 2° qu’il est incertain si le debit s’en permettra en France, 3° qu’on deplaira à quelques theologiens[,] 4° qu’on deplaira quelquefois aux puissances, ces 4 difficultez[,] dis-je[,] ne sont rien, parce que Roterdam est si pres de La Haye et d’Amsterdam qu’on peut y aprendre tout ce qui se fait de nouveau aux autres villes, et quand meme le livre ne se debiteroit pas en France publiquem[en]t il en entrera à la sourdine*, et à tout le moins on le debitera en ce pais et en Angleterre, Allemagne, etc. et comme on parlera des choses non pas en prenant parti quand on y verra de la difficulté mais en simple raporteur, on ne s’exposera pas à des affaires.

Il ne faut pas s’etonner que Mr Rou ait une charge qui lui vaut plus de 900 ecus [32], car inter nos [33], c’est un emploi fort bas, et qui repond à celui de clerc dans un grephe ; aussi n’appelle t’on ceux qui exercent ces emplois que clercs. Ils ecrivent les copies des depeches et des instructions des Etats, et on leur paie tant par feuille. Comme Mr Rou a la main bonne qu’il ecrit vite et qu’il s’applique depuis le grand matin jusqu’à minuit, il gagne considerablement, mais vous voiez bien que sa science ne lui sert de rien pour cela car il ne s’agit que de copier.

Mr Abadie [34] est fort de mes amis, mais s’il avoit à me servir ce seroit pour me pousser dans quelque professorat, car on craindroit de se rendre ridicule si on demandoit autre chose pour un Francois qui n’entend pas un mot d’alleman, et qui n’a fait toute sa vie que le metier de regenter. Je n’ai pas eté à La Haye depuis 4 mois et à Amsterdam que 3 fois depuis que je suis en ce pays. Je ne saurois voiager l’hyver sans gagner des rhumes qui me dureroient 2 mois. Je vo[us] suplie de bien temoigner à Mr Allix ma reconnoissance, et de lui dire en general ce que vo[us] trouverez à propos sur mes raisons, car il ne faut pas lui particulariser toutes choses.

Ap[res] le bruit que notre dessein du journal a fait, il faut l’essaier. Je vous prie donc de vous souvenir de / la promesse que vous m’avez faite de ramasser des memoires de literature* ; si on pouvoit avoir quelque chose d’exact sur la reunion que l’ evesque de Tina en Croatie medite [35], et un extraict de la lettre que Mr All[ix] a receuë [36], cela nous feroit de l’honneur. Je vous enverrai le p[remi]er journal des qu’il paroitra. Je veux comme je vous l’ai deja dit paier le port de toutes les lettres que je vous ecris [37], et il faud[ra] desormais que vous m’ecriviez tous les 15 jours. Aussitot la presente receue, envoiez moi quelques Journaux de scavans, j’ai le 1. et le 9. et les 2 tiers du second. Cherchez s’il vous plait l’autre tiers, car il doit s’etre egaré ou ches vous o[u] ches Mr A[llix]. Envoiez le moi, ce tiers, avec le 4. et 5. Journal et le 10., et si vous jugez que les ayant rognez tant que faire se pourra, le paquet ne soit pas trop gros, joignez y en encore un autre. Contez moi le prix de tous ces journaux, et sachez moi dire combien coutera la Bibliotheque des auteurs jesuites par Alegambe continuée par Sotuel jusqu’à l’an 1675 et imprimée à Rome in fol[io] [38]. On vous le dira ches Mr Cramoisi [39]. Je vous prie aussi de faire partir incessamment les livres que vous avez achetez pour moi. Joignez y cette traduction du traité de Fra-Paolo Des benefices [40], j’en ferai donner les 2 loüis d’or qu’on en demande. Je me suis si fort etendu qu’il ne me reste point de tems pour ecrire à l’illustre Mr A[llix], j’ecris à Mr  [,] rendez lui ma lettre [41], tout à vous. Faites mes amitiez tres humbles au pays, et à Geneve, et y faites savoir de ma part à Mr Minutoli etc. mon dessein[.] Cachetez la lettre p[ou]r [42] •

 

• A Monsieur/ Monsieur Du Peyrat ches Mad le/ Goullon derriere les Grands Augustins/ au bout de la ruë de Savoie/ A Paris

 

Notes :

[1] Bayle précisera un peu plus bas, p. qu’il s’agit d’une églogue de Ménage.

[2] Ces lettres et les vers grecs sont perdus.

[3] La seconde édition du Dictionnaire de Furetière (revue, corrigée et augmentée par Henri Basnage de Beauval et publiée en Hollande en 1701) relate, à l’article « Lardon », que, selon Bayle, l’emploi du mot pour désigner un commentaire satirique de l’actualité politique avait débuté à Paris, puisqu’il en avait rencontré le premier exemple dans une lettre de son frère, alors dans la capitale française. Il semble que Ménage prenne ses informations à la même source, puisqu’il cite une lettre de Bayle dans son Dictionnaire étymologique, ou origines de la langue françoise (Nouvelle édition, Paris 1694, folio), art. « Lardon », p.438 : « Ayant consulté M. Bayle, professeur de Roterdam, touchant l’étymologie du mot de lardon, dans cette signification de gazette, voici ce qu’il me répondit : “Je croys que c’est à Paris que le titre de lardon a été donné à nos petites nouvelles raisonnées. Car dans le tems que personne ne les appelloit de la sorte en Hollande, et qu’elles n’y étoient connues que de peu de gens, mon frere m’écrivit de Paris qu’on y voyoit le lardon toutes les semaines : s’exprimant, comme si c’eust été un nom déjà établi. On croit qu’on a nommé ces gazettes de la sorte, du mot lardon, dans la signification d’un trait piquant : et que la figure longue et étroite du papier sur lequel on imprime ces nouvelles, a aussi contribué à les faire appeller de la sorte. » Un lardon est un feuillet hebdomadaire satirique concernant les événements récents. Imprimés, bien entendu, en Hollande, les lardons étaient anonymes et provenaient de plusieurs folliculaires français. Parmi eux, on a bien identifié l’ex-bénédictin Louis-François Chavigny de La Bretonnière (1653-1698), mort dans une cruelle prison du Mont-Saint-Michel, dont un imprudent retour en France entraîna le malheur. Sur un autre auteur de lardons, Jean Crosnier, voir la note suivante. D’Avaux, ambassadeur de France à La Haye, protesta à plus d’une reprise auprès des Etats contre la diffusion des lardons, mais les institutions décentralisées néerlandaises ne permettaient guère – à supposer qu’on en ait eu la volonté – de censurer efficacement les auteurs qui brocardaient la France.

[4] Jean Crosnier (?-1709) signait de ses initiales L’Année burlesque, ou recueil des pièces que le Mercure a faites pendant l’année 1682 (Amsterdam 1683, 4°), publication rédigée en vers de mirliton et d’une médiocrité affligeante. Revenu en France, Crosnier fut arrêté en 1687 sur un ordre de Seignelay qui le vouait à une prison à vie ; il mourut en effet dans le donjon de Vincennes : voir Archives de la Bastille, viii.337-339 et ix.2-11 ; Dictionnaire des journaux et Dictionnaire des journalistes s.v.

[5] Sur Gabriel de Saint-Glen (ou Ceinglen, ou Ceinglein) (1620 ?-1684), voir M. Francès, « Un gazetier français en Hollande : Gabriel de Saint-Glein, traducteur de Spinoza », Revue des sciences humaines, 20 (1955), p.407-420 ; P. Vernière, Spinoza et la pensée française avant la Révolution (Paris 1954), p.24-26. Les Nouvelles solides et choisies avaient commencé à paraître en 1683, deux fois par semaine : voir Dictionnaire des journaux, n° 1059, p.973-974 ; Dictionnaire des journalistes, n° 154, p.205-206. La veuve du journaliste, Marie Patoillat, continua épisodiquement plutôt que régulièrement la publication des Nouvelles solides et choisies, avec la collaboration, selon Bayle, d’ Aubert de Versé, de Flournois et d’autres ; elle fut bannie d’Amsterdam en 1686. Quand Bayle mentionne (Lettre 227, p.382) « notre gazetier », c’est vraisemblablement à Saint-Glen qu’il pense.

[6] Bayle utilise deux sigles distincts, qui semblent désigner tous deux Jurieu, puisque, par la suite, il reproche à son frère de vouloir faire la leçon au grand théologien.

[7] Peut-être Proverbes 9, 7-10.

[8] Nous ne saurions identifier cette personne que Bayle désigne par une lettre grecque ; il est possible qu’il s’agisse de François Janiçon : voir Lettre 261, n.19.

[9] En passe de devenir lui-même journaliste, Bayle cherche à se procurer un périodique qu’il estimait peu : le Mercure galant. Il avait apparemment demandé à Basnage de le lui faire parvenir depuis Rouen, en relations maritimes actives avec la Hollande.

[10] Salomon Pagès et François Jodoin (voir Lettre 195, n.8) étaient alors proposants à Paris.

[11] Cette lettre avait été envoyée sous le couvert du libraire Daniel Hortemels (sur lui, voir H.-J. Martin, Livres, pouvoirs et société à Paris (Genève 1969), p.723 et 726) ; Bayle y parlait pour la première fois du projet des NRL, mais cette lettre ne semble jamais avoir atteint son destinataire.

[12] Il s’agit de Nicolas de Blégny : voir Lettre 256, n.9.

[13] Rappelons que l’abbé Jean-Paul de La Roque était le responsable du JS.

[14] Le Mercure savant avait critiqué les Dialogues de la santé, anonymes mais qu’on savait venir de Frémont d’Ablancourt, et brocardé la médecine ; voir Lettre 247, n.6.

[15] Sur ce périodique, voir Lettre 256, n.9. O. Bloch observe à juste titre que ce que Bayle écrit ici est destiné à être répercuté par son frère auprès des lettrés parisiens ; il est loin d’être certain que Bayle s’exprime ici en toute sincérité ou en disant tout ce qu’il sait : voir Parité de la vie et de la mort, éd. O. Bloch, p.49-54.

[16] A savoir, les NRL, dont le premier fascicule portera la date de mars 1684 (prenant ainsi la suite du Mercure savant), mais ne fut mis en vente que le 27 mai. C’est seulement le 4 avril que Bayle signa son contrat avec Desbordes, mais il est patent que sa décision était prise avant d’être ainsi formalisée.

[17] Il s’agit certainement de l’ abbé de La Roque, né à Albi, rédacteur du JS. Bayle a bonne mémoire, car il s’agit ici de l’annonce faite dans le JS du 8 septembre 1681, parmi les « Nouveautés de la quinzaine », de l’ouvrage d’ Henri Basnage de Franquesnay, Traité des hypothèques (Rouen 1681, 4°), où l’auteur est en effet cité comme « M. de Basnage ».

[18] Otto Mencke (1644-1707), professeur de morale à Leipzig, avait commencé la publication des Acta eruditorum lipsiensium en 1682 : voir A.H. Laeven, De « Acta eruditorum » onder redactie van Otto Mencke. De Geschiedenis van een internationaal geleerdenperiodiek tussen 1682 et 1707 (Amsterdam et Maarssen 1986). Plusieurs membres de la famille Carpzov (ou Carpzovius) ont collaboré à la rédaction de ce périodique, dont en particulier Friedrich Benedikt Carpzov : voir Lettre 227, n.21.

[19] On désigne par les Actores Collectorum l’équipe anonyme de ceux qui éditaient le périodique Acta eruditorum sous la direction d’ Otto Mencke. Ce n’est qu’au cours de la troisième année d’existence du journal que la rédaction donna une déclaration détaillée de ses intentions rédactionnelles. Elle le fit dans une dédicace adressée aux deux jeunes princes de Saxe, Jean Georges IV et Frédéric Auguste, fils de Jean Georges III (1680-1691).

[20] Il s’agit de Petrus Francius (Petro Fransz), poète néo-latin très connu, professeur à Amsterdam depuis 1674 : voir Lettre 227, n.18.

[21] Voir ci-dessus n.1 : il s’agit d’une églogue grecque de Ménage dédiée à Francius.

[22] Bayle exprime son dégoût de la condition de précepteur, mais pousse son frère à se mettre sur les rangs pour devenir précepteur chez James Butler, duc d’Ormonde (ou Ormond), ancien Lord-lieutenant d’Irlande sous le règne de Charles . En effet, le duc s’était adressé aux pasteurs de Charenton afin qu’on lui propose des candidats pour gouverner son petit-fils, Charles, comte d’Arran, qui devait succéder au titre en 1721. Le poste fut rempli par Maximilien Misson (?-1722), qui accompagna son élève dans un tour d’Europe en 1687 et en tira des livres de voyage à succès, mais qui est surtout connu par l’appui qu’il accorda plus tard aux prophètes cévenols. Sur James Butler, duc d’Ormonde, voir T. Carte, Life of James, first Duke of Ormonde (London, 1735-1736, 3 vol. ; Oxford 1851, 6 vol.) et Dictionnaire de Port-Royal, s.v. ; sur Maximilien Misson, voir B. Conconi, «  Echi della République des Lettres nel Nouveau voyage d’Italie di Maximilien Misson  », in Parcours et rencontres. Mélanges de langues, d’histoire et de littérature françaises offerts à Enea Balmas (Paris 1993), i.787-819 ; sur Pierre Drelincourt (1644-1722), treizième fils du pasteur de Charenton, Charles Drelincourt, et précepteur d’un autre petit-fils, homonyme, de James Butler, voir J. McKee, «  Pierre Drelincourt et sa contribution à la vie intellectuelle en Angleterre et en Irlande  », in La Vie intellectuelle aux Refuges protestants, dir. J. Häseler et A. McKenna (Paris 1999), p.269-288.

[23] Le jugement de Bayle est évidemment une semonce indirecte à son frère, qui avait sans doute toujours mentionné Ferrassières très favorablement dans ses lettres ; celles-ci sont toutes perdues.

[24] Dans sa lettre à Jacob du 26 mars 1684 (Lettre 256 p.), Joseph évoquait les tentatives amicales d’ Allix de promouvoir son frère Pierre Bayle.

[25] Virgile, Bucoliques, ii.65 : « chacun a son penchant qui l’entraîne », vers célèbre, cité par Bayle, en particulier, Pensées diverses, §144.

[26] Bayle cite ici les titres de deux ouvrages de Jurieu qui avaient connu un grand succès et faisaient une large place à des analyses politiques.

[27] Nicolas Caussin, S.J. (1583-1651), La Cour sainte ou l’institution chrestienne des grands, avec les exemples de ceux qui dans les Cours ont fleury dans la saincteté (Paris 1624, 8°), souvent réédité. En mars 1637, Caussin devint confesseur de Louis XIII, mais, dès décembre de la même année, Richelieu l’exila en Bretagne : en effet, le jésuite s’était efforcé d’inspirer au roi des scrupules à l’occasion de l’alliance de la France avec les princes protestants allemands dans la guerre contre les Habsbourg, dite de Trente ans.

[28] Voir la Lettre 268. Bayle ne connaissait pas encore officiellement l’offre d’une chaire à Franeker, mais il est possible qu’il ait déjà été informé par ses amis du succès de leurs démarches, acquis deux jours plus tôt par le vote des Etats de Frise, le 29 mars v.s. (8 avril, style grégorien).

[29] Paets était apparenté aux frères De Witt et, comme eux, fort républicain ; favorable au maintien de bonnes relations avec la France de Louis XIV, il ne cachait pas son peu de sympathie pour la politique du prince d’Orange : voir B. Leeuwenburgh, « Pierre Bayle in Dutch politics (1682-1693) », in Libertinage et philosophie au siècle, 8 (2004), p.91-113.

[30] Le « Burggrave » est l’ancien élève de Bayle, Alexandre de Dohna-Schlobitten, fils aîné du comte Frédéric de Dohna : voir Lettre 246, n.22, et 256, n.8.

[31] Joseph avait rapporté ce jugement, qui courait alors à Paris et pourrait bien venir d’ Allix, peu favorable à Jurieu, et que reprendra Des Maizeaux dans sa Vie de M. Bayle.

[32] Rou était historiographe des Etats : voir ses Mémoires, i.200, et Lettre 209, n.5.

[33] « entre nous », confidentiellement.

[34] Jacques Abbadie était pasteur à Berlin à cette date.

[35] Christophe de Rojas y Spinola (?-1695), originairement franciscain, devenu confesseur de l’impératrice Marguerite-Thérèse, était évêque de Tina (aujourd’hui Knin, à la limite de la Croatie et de la Dalmatie) et le sera, en 1685, de Neustadt ; il travailla avec zèle à un rapprochement entre luthériens et catholiques romains, que souhaitait aussi Leibniz, rapprochement qui aurait été avantageux pour l’Empire et que, par conséquent, la France combattit activement. Tous les efforts iréniques de cette période n’aboutirent à rien : voir les articles que Bayle publie dans les NRL du mois d’avril 1684, et le commentaire de J. Orcibal, Louis XIV et les protestants (Paris 1951), p.58-61 et 82-84.

[36] Un extrait de la lettre de Jean-Christophe Wagenseil à Pierre Allix, datée du 5 février 1684, est reproduit dans les NRL, avril 1684, art. VII.

[37] Bayle a constaté que son frère Joseph a toujours besoin d’argent et qu’il emprunte à droite et à gauche ; pour lui éviter les frais d’affranchissement des lettres qu’il recevait de Rotterdam, il a annoncé son intention d’écrire moins souvent à son frère (Lettre 248, voir n.20) ; ensuite, apparemment dans une lettre qui s’est perdue, il a proposé de payer le port de ses propres lettres, qui incombait normalement au destinataire.

[38] Voir Lettre 149, n.17 : Bayle connaissait l’existence de ce livre par le JS, et à présent il peut envisager de l’acheter grâce au legs de Mme Paets.

[39] Sur Sébastien Mabre-Cramoisy, voir Lettre 182, n.12.

[40] L’ouvrage n’avait pas encore paru : Traité des bénéfices, de Fra Paolo Sarpi, théologien de la Sérénissime Seigneurie de Venise. Traduit et vérifié par l’abbé de Saint-Marc, academicien della Crusca (Amsterdam 1685, 12°). Le traducteur était Amelot de La Houssaye, ce que Bayle n’indiquera qu’à l’occasion de la seconde édition ( NRL, janvier 1687, cat. ii in fine). La première édition fut recensée dans les NRL de janvier 1686, cat. x. Il ne semble pas y avoir eu d’édition française avant celle d’Amsterdam, et si Bayle croyait l’ouvrage en vente à Paris, c’est probablement sur une fausse indication donnée par Joseph. La recension de janvier 1686 fait allusion aux difficultés qu’avait rencontrées l’impression du livre, désagréable pourtant à la Cour de Rome en mauvais termes alors avec la France.

[41] Cette lettre ne nous est pas parvenue. Sur M. «  », voir ci-dessus n.8.

[42] Bayle laisse le nom en blanc : on peut penser qu’il s’agit de sa lettre adressée à M. «  », qu’il vient de mentionner.

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