Lettre 289 : Vincent Minutoli à Pierre Bayle

[Genève,] Mardy 13/3 e juin [16]84

Vous auriez déja receu de mes nouvelles, mon tres-cher Monsieur, d’abord apres toutes les ennuyeuses* incombances* de mon rectorat, pendant tout le mois d’avril [1], si je n’avois été comme as[s]ommé par l’affligeante nouvelle que nous eûmes de Paris le jour propre de nos promotions* de la mort de Mons r vôtre frere, nôtre cher amy car je puis vous assurer que dés lors l’affliction a regné dans toute ma famille et qu’en mon particulier j’en suis entré dans un chagrin si grand que je ne croy pas de m’en pouvoir remettre de bien long-temps, d’autant plus que ce povre garçon nous quittant si à regret et ayant repugné comme par pressentim[en]t un an entier à faire ce voyage [2] il me semble que nous soyons coûpables de l’avoir laissé partir, nôtre surprise a été avec cela d’autant plus grande qu’on ne pouvoit avoir un plus grand fond de santé que celuy qu’il emporta d’icy, et ce qui m’en afflige le plus est que non seulement j’ay perdu en luy un parfait amy comme Mons r Ménage s’en exprime [3] mais que vous y perdez le meilleur de tous les freres qui sembloit ne vivre et ne respirer que pour vous[,] ne cherchant qu’à faire briller et éclater vôtre merite et sur cela je vous diray, mon cher Monsieur que quoy que je tienne pour indubitable que ce grand merite vous élevera encore sur quelque plus grand theatre, je savois pourtant bon gré à nôtre cher défunt de l’impatience que je luy voyois pour cela[,] ne cessant avec moy d’en imaginer les moyens et travaillant effectivement à les mettre en train, mais je ne m’apperçois pas que j’augmente par cette deduction* nôtre douleur, au lieu d’y chercher des remedes et des adoucissemens, je n’en sçache point que celuy de ranger nôtre volonté sous les ordres de la supreme, en considerant aussi que selon la maniere dont nous apprenons que celuy que nous regrettons les a suivis, il a effectivement fait passage à une immortelle felicité où il n’est plus, comme nous le sommes tous les jours, exposé à la necessité de verser de[s] larmes et de pousser des soûpirs.

Le propre jour que ce funeste avis nous vint je receus encore de son écriture, par le moyen d’un paquet qu’il m’avoit adressé renfermant les Epistolæ clarorum virorum receüillies par Michel Brutus et dont Mr Ménage me faisoit present par ce qu’il y en a de Jean Baptiste Minutoli mon trisaïeul [4], et il s’y trouva en meme temps un petit pot de terre blanche contenant que je pense, quelque essence ou pommade pour Madame la comtesse de Do[h]na que j’envoyay sur l’heure à S[on] E[xcellence] par un de mes fils et j’ay sceu que nôtre mort a été pleuré du cœur et des yeux de toutes les illustres personnes de cette maison là, où l’on songeoit tout de bon à reconnoître son zele en luy procurant quelque établissement* avantageux [5].

Mons r le comte étoit alors icy et comme il a / accoûtumé d’aller toûjours faire les Cenes à Copet il y est retourné pour celle de la Pentecôte[,] depuis laquelle il est icy attendu tous les jours, d’autant plus qu’il y est arrivé depuis peu de temps un prince regnant de Saxe-Zeits qui est un rameau nouvellement divisé de la branche Electorale, il est luy douzième [6] et loge à S[ain]t Gervais chez Mr Sarrasin [7] où son gouvern[eu]r avoit déja logé avec les Princes de Mærsbourg , cousins germains de celuy ci [8]. Pour le Prince de Slesvïc-Holstein  [9] que j’ay l’honneur d’avoir chez moy, il y demeurera jusqu’en automne qu’il fera place au jeune prince de Birkesfeldt [10] duquel on m’a déja écrit.

Je croy que vous aurez présentement Mons r de Heuqueville [11] arrivé chez vous en bonne santé et en état de profiter de vos lumieres et certes sans la considération du grand avantage que ce luy sera d’etre sous vôtre main je me serois opposé plus que je n’ay fait au dessein de Mons r son pere de le tirer si tôt d’icy, je seray ravi, mon cher Mons r d’apprendre de vous son état et ses occupations, et cependant je vous prie de luy dire que toute nôtre famille est encore Dieu mercy en bonne santé, que Jeannet a eu le prix en neuvieme, Mimy monté en 7eme[,] et Paulet laissé en 6ème où il se maintient le prem[ie]r étant entierem[ent] rangé, et que j’ay fait monter Mr du Rombosc en 4eme[,] et s’il desire de scavoir les prix de 1ere il saura que Dauphin a remporté celuy du latin[,] Fabri celuy des vers et Coste celuy du grec et que Lefort ne se tira pas mal de la harangue [12]. Vous luy pourrez encore dire que le jour méme qu’il partit sa chambre fut occupée par deux tres honnétes* gentils-hommes allemands de la connoissance de Mr Balke , que Mess rs d’ Albenas et de Ners sont presentem[en]t à Nîmes, et que Monsieur Bousenquet qui est de retour en cette ville parce qu’il n’y a point eu de synode en Dauphiné, est precepteur chez Mons r l’ancien châtelain Revillod  [13].

Mais je reviens à vous mon cher Monsieur pour vous rendre mille actions de graces pour l’excellent ouvrage dont vous avez voulu me faire present[,] je veux parler de vôtre admirable livre en deux parties touchant les cometes que je receus il y a une douzaine de jours sous le paquet de Mons r Turrettin [14][.] C’est une lecture que je vay faire avec un tres grand plaisir et en méme temps avec attachement pour[,] par mes premieres [15][,] en raisonner un peu avec vous aussi bien que sur ce que nous avons déja du Mercure scavant qui sont les mois de janv[ie]r et de fev[rie]r seulem[en]t [16] ; et là dessus il faut que je vous avoüe que la ligne de communication qui vient de nous étre ôtée par la perte dont nous avons parlé, nous ôte une grande commodité pour les avis et fournitures que j’aurois pû quelquefois vous donner mais quoy que ny vous ny moy n’en puissions jamais trouver d’une pareille confidence* si est ce qu’il faudra bien que nous en établissions quelqu’une dans ce lieu mitoyen pour ne faire pas toûjours des envoys de si longue haleine et pour faire soûvent d’une pierre plusieurs coups. Je joindray à ces lectures / celle de L’Esp[rit] de Mr Ar[nau]d [17] qu’on ne peut avoir qu’en cachette et où l’on dit qu’il se donne de terribles coups sur lesquels je vous diray aussi et ma pensée et celle de divers autres[.] Je vay bien tôt étre dehors de la revision du livre de Mr Ménage où nous sommes à la fin du T. [18] et quand il sera achevé je vous le marqueray, afin que le Catalogue du Mercure scavant en puisse parler aussi bien que de tout ce qui sortira icy de dessous la presse d’autant plus que ma charge presente de rect[eu]r me donne un plein droit sur les livres et sur les imprimeries.

J’achetay dernierem[en]t 2 ou 3 pieces du jesuite Oldoini c’est celuy qui a si amplem[en]t augmenté le Ciaconius de Vitis Pontificum et Cardinalium  [19][ ;] ce que j’en ay c’est son Athenaeum Romanum  [20] où il parle de tous les papes et de tous les cardinaux qui ont écrit[,] son Athenaeum Ligusticum [21] où il fait mention de tous ceux de Génes et de ses dépendances qui ont laissé des monumens de leurs sçavoir[,] et son Athenaeum Augustum [22] où il rapporte tous les écrivains de Perouse vous jugez bien qu’il n’omet pas parmy ces dern[ie]rs nôtre bon amy Lancelot dont il nous apprend ce qui suit [23][ :] Secundus Lancellottus Perusinus, Abbas et Sacer Orator eloquentissimus inter Monachos Olivetanos, vir sublimis ingenii, et tenacis memoriæ, in omni fere disciplinarum genera versatus et instructus, obiit Parisiis anno salutis humanæ 1643 cum edidisset latinè Venetiis in 4° anno 1623 Congregationis S[anctæ] Mariæ Montis Oliveti historiam. Italicè vero

Il Bartimeo Cieco di Gierico Perusiæ in 4° 1626 per Angelum Bartolum

Il vestir di bianco di diverse religioni Ibid. 1628

L’Oggidi seu gl’ingegni moderni non inferiori a i passati. Viterbii 1630

Oggidi secondo. Ibidem 1632

Farfalloni degli antichi historici Venetiis 1636

Farfalloni secondi Ibidem 1638

Chi l’indovina è savio, seu la prudenza humana fallacissima Ibidem 1640

Reliquit MSS Tractatus plures, asservatos in Bibliotheca Montis Morcini apud Perusim et sunt

Sfoghi di mente

Prospettiva de religiosi

Della ragione di Stato o politica de religiosi

L’asilo de Predicatori

Volumen Concionum

Volumina octo Conceptuum prædicabilium

Del Grifone arme di Perugia Discursum

Alium che Traiano Imperatore fosse da Todi /

La fortuna

La crudeltà fraterna

Pianto sopra i suoi Olivetani

Le Pittime de tribolati

Trecento Pittime diverse

Vitam propriam

Volumen discursuum latinorum

Aliud discursuum etruscorum

Notas historiales in sacram scripturam

Alphabetum cum decies mille distinctionibus ultimas literas

Acum nauticam super omnia Verba et nomina Civitatum Oppidorum et Dictionum in 22 magnis voluminibus

Indicem Auctorum quos refert in Acu nauticâ

Carmine elegiaco latino evulgato Perusiæ anno 1633 Georgii Boreæ nobilis Lugensis, obitum deflevit. Meminére cum laude nostri Secundi Ludovicus Jacobillus de Scriptoribus Umbriæ, Caesar Alexius in Elogiis. Carolus Cartharinus in Syllabo Advocatorum Consistorialium ad Scipionem Lancellottum, Crispoltus in Perugia Augusta [24].

Si chacun étoit ainsi soigneux mon cher Mr de nous donner l’histoire des hommes de lettres de son païs nous aurions bien tôt l’histoire savante bien complette et quelle utilité ne seroit ce pas que de sçavoir ainsi tous les traitez qui ont été composez sur toutes choses et qui sont ceux qui font mention de leurs autheurs. Si le hazard portoit que vous vissiez le brave Mr Francius [25] ou que vous eussiez occasion de luy écrire, je vous prierois de luy faire sçavoir que j’ay bien receu le beau present de ses poesies et que je ne manqueray pas de luy ecrire en remercîm[en]t. Les intéressez au Teatro britannico du s[ieu]r Leti c’est à dire ceux d’entre nous qu’il y a sanglamm[en]t lardez ne s’en tremoussent pas peu [26][ ;] ce sont des endroits que vous pourrez voir et dont l’auteur du Mercure sçavant pourra faire son profit, p[ou]r mon particulier il ne me maltraite point et il se souvient encore de m’avoir traité de compere dans le 4e tome de son Italia Regnante [27].

J’ay parcouru il n’y a pas long-temps un traité manuscrit qu’on attribüe au Pere Paul qui est intitulé Il Dominio del mar Adriatico della Seren[issi]ma Rep[ublica] di Venetia [28] où il prouve qu’il ne vient d’aucun privilege papal mais de conquéte. J’ay vû aussi une piece d’un Frangipani qui prouve incontestablem[en]t l’evenem[en]t qui regarde Alexandre 3 et Frideric Barberousse [29] et ces ouvrages là seront bien tôt sous la presse[.] Ce dern[ie]r servira contre Maimbourg qui traite la chose de fable dans sa Decadence de l’Empire [30].

Nos promotions* se sont passées à l’ordin[ai]re à l’occasion du Catalogue des prix et de ceux qui montent et qui contient à l’ordin[ai]re environ 200 noms que l’on preconise[ ;] je discourus de la necessité, de la diversité, des sources du choix et du changem[en]t des noms [31] ; Mr le Profess[eu]r en hebreu justifia que les 70 semaines de Daniel étoient semaines d’années [32]. Mr Choüet traita des taches du soleil [33] et Mr Turrettin l’ayné à défaut de Mr Mestrezat incommodé* fit la clôture en parlant des écoles en general et de l’obligation que la nôtre a de bien reconnoître les faveurs qu’elle reçoit du Ciel [34].

Vous aurez sceu par lettres du povre défunt que sur vôtre parole il m’a laissé un billet de 258 L[ivres] tournois • le billet étoit pour six mois sans interét afin de luy donner le temps de faire quelques petites épargnes et pour l’obliger cependant à y songer il portoit apres led[it] terme la livre au 5 p[ou]r cent [35][ ;] vous pouvez croire mon trés cher Mr que je n’en parlerois point si j’étois riche autrem[en]t qu’ in liberis et libris [36], étant entierem[en]t à vous.

  M.

Marquez moy je vous prie sous quel nom et quelle adresse il vous plaira que je vous écrive p[our] le faire sûrem[en]t.

 

Notes :

[1] En tant que recteur de l’Université de Genève, Minutoli devait officier aux cérémonies de remise des prix : voir ci-dessous, n.31. Le terme « incombances » est un néologisme expressif désignant ses obligations rébarbatives.

[2] Joseph était enfin arrivé à Paris à la fin de l’année 1683 : voir Lettre 238, p.418.

[3] Nous n’avons pas trouvé cette formule exacte dans les œuvres de Ménage. Il est possible que Minutoli ait à l’esprit un passage de Ménage sur son amitié avec Guez de Balzac : Observations sur la langue françoise, 2e édition, 2e partie (Paris 1676, 12°), p.112 : « Quand j’entray dans le monde, M. de Balzac y tenait le premier rang parmy les gens de lettres, pour les belles-lettres. Il me vit, il m’aima : je le vis, je l’aimay. Mais je ne l’aimay pas seulement, je l’admiray. Tous mes ecrits sont pleins de la passion et de l’admiration que j’avais pour luy. Tous ses ouvrages sont aussi remplis de l’amitié ou plustost de l’amour qu’il avait pour moy. » Voi aussi E. Samfiresco, Ménage, polémiste, philologue, poète (Paris 1902).

[4] Epistolæ clarorum virorum tribus libris a Joanne Michaele Bruto comprehensæ (Lugduni 1561, 8°).

[5] Joseph Bayle semble avoir été très apprécié par la famille Dohna : voir Lettre 227, p.381.

[6] Minutoli a bien écrit « douziéme », mais il s’agit sans aucun doute de Maurice-Guillaume, deuxième duc de Sachsen-Zeitz (1664-1718) : le 4 décembre 1681, il succéda à son père Maurice (1619-1681) comme prince régnant de la branche Sachsen-Zeitz ; le 18 avril 1717, il se convertit au catholicisme ; le 16 octobre 1718, il redevint protestant : voir Zedler, Grosses vollständiges Universal-Lexicon, xli (Leipzig, Halle 1749), col.938.

[7] Nous n’avons pu identifier avec certitude ce M. Sarrasin, Genevois, qui hébergeait Maurice-Guillaume, deuxième duc de Sachsen-Zeitz. Il pourrait s’agir de Jacques Sarasin (1641-1704), né et mort à Genève, consacré en 1665, ensuite (1666) pasteur en France (d’abord à La Terrasse, puis à Vinsobres en Dauphiné), ensuite à Genève en 1672, recteur de l’académie en 1677 et 1698, secrétaire de la Compagnie des pasteurs entre 1694 et 1702 : voir Stelling-Michaud, v.464, n°3588.

[8] Christian I von Sachsen-Merseburg (1615-1691) gouverna entre 1650 et 1691. Il s’agit ici de ses fils, les jeunes « princes de Mærsbourg » : Christian II (1653-1694), qui devait se marier avec sa cousine Dorothea von Sachsen-Zeitz (1661-1720), fille de Maurice et sœur de Maurice-Guillaume ; Auguste (1655-1715), seigneur de Zörbig ; Philippe (1657-1690), seigneur de Lauchstädt, et Henri (1661-1738), d’abord seigneur de Spremberg et ensuite successeur de Christian II. Les Sachsen-Merseburg sont, en effet, cousins des Sachsen-Zeitz, et, par le mariage de Christian II, ils deviendront également les beaux-frères de Maurice-Guillaume.

[9] Il s’agit très probablement d’un des deux fils de Christian Albrecht von Schleswig-Holstein-Gottorp (1641-1695) : Frédéric IV von Schleswig-Holstein-Gottorp (1671-1702) qui régna à partir de 1694 et mourut à la bataille d’Elissova, ou Christian Auguste von Schleswig-Holstein-Eutin (1673-1726), qui devint évêque du Stift Lübeck et régent du duché à la mort de son frère aîné : voir Zedler, Grosses vollständiges Universal-Lexicon, t.5, col.2077-2078, 2236.

[10] Il s’agit probablement de Christian III de Birckenfeld (1674-1735), fils de Christian II, lieutenent général à partir de 1704, prince régnant à partir de 1717, duc de Deux-Ponts en 1733, voir Zedler, Grosses vollständiges Universal-Lexicon, t.3, col.1910-1911, et Larousse du siècle (Paris 1928).

[11] Le fils de Guillaume de La Basoge, baron d’Heuqueville, qui s’appelait Adam, avait logé quelques années chez Bayle à Sedan ; ensuite, il s’était rendu à Genève, où Joseph Bayle déclina la proposition de lui faire faire des « répétitions » – au grand dépit de Pierre : voir Lettres 195, p.269, et 221, p.334.

[12] Minutoli cite les lauréats des prix de fin d’année au collège de Genève, où le fils Heuqueville avait enseigné.

[13] Apparemment, le fils Heuqueville avait logé chez Minutoli pendant son séjour à Genève – remplaçant sans doute Joseph Bayle. M. Balke servait d’intermédiaire à Minutoli, qui logeait des pensionnaires. C’est sans doute des anciens commensaux de Heuqueville qu’il donne des nouvelles. M. d’Albenas, d’une famille ancienne originaire de Nîmes, est peut-être celui qui devait jouer un rôle en 1704 comme représentant auprès du maréchal de Villars des huguenots hostiles à la révolte des Camisards (voir Haag, s.v.). Les autres personnes mentionnées nous restent inconnues.

[14] Il s’agit des Pensées diverses. La lettre de Bayle à Turrettini n’a pas survécu, mais la réponse de celui-ci est la Lettre 295.

[15] « par mes premières » : dans ma prochaine lettre.

[16] Minutoli donne par distraction aux NRL le titre de Mercure savant, périodique remplacé précisément par celui de Bayle (voir Lettre 256, n.9), et il suppose que les deux fascicules qu’il a reçus sont ceux de janvier et de février, alors qu’il s’agit de ceux de mars et d’avril.

[17] Sur l’ouvrage de Jurieu, L’Esprit de M. Arnaud, voir Lettre 238, n.15.

[18] Il s’agit sans doute de la révision de l’ouvrage de Ménage sur les origines de la langue italienne, qui devait paraître à Genève l’année suivante sous le titre : Le Origini della lingua italiana. Colla giunta de’ modi di dire italiani (Genève 1685, folio).

[19] Voir Vitæ et res gestæ Pontificum Romanorum et S.R.E. Cardinalium Ab initio nascentis Ecclesiæ usque ad Clementem IX P.O.M. Alphonsi Ciaconii Ordinis Prædicatorum et aliorum operâ descriptæ. Cum uberrimis Notis ab Augustino Oldoino Societatis Jesu recognitæ et ad quatuor Tomis ingenti ubique rerum accessione productæ ... cum indicibus locupletissimis, 4 vol. (Romæ 1677, folio). On reconnaîtra sous la forme macaronique de « Ciaconius » le nom du dominicain espagnol Alfonso Chacón (1540-1599). Son ouvrage parut pour la première fois en deux volumes à Rome en 1601 et fut augmenté par d’autres éditeurs avant de l’être par Oldoini, qui affiche complaisamment la grande richesse de ses notes, la vaste augmentation de matière qu’il apporte et la plénitude de ses indices. L’ouvrage ainsi complété est, en effet, exceptionnellement instructif.

[20] Agostino Oldoini, Athenæum Romanum ; in quo summorum Pontificum, ac pseudo-pontificum, necnon S.R..E. Cardinalium et Pseudo-Card. scripta publice exponuntur (Perusiæ 1676, 4° ; édition facsimile Farnborough 1969).

[21] Agostino Oldoini, Athenæum ligusticum, seu : Syllabus scriptorum ligurum nec non sarzanensium, ac cyrnensium, reipublicæ Genuensis subditorum (Perusiae 1680, 4° ; édition fac-similé, Farnborough 1969).

[22] Voir Athenæum Augustum in quo Perusinorum Scripta publice exponuntur studio Augustini Oldoini Societatis Jesu erectum. Raimundo Capisucco Palatii Apolostolici Magistro consecratum (Perusiæ 1678, 4° ; édition fac-similé, Farnborough 1969).

[23] Sur l’abbé Secondo Lancellotti, voir Lettre 89, n.38. Si la vie de Secondo se confond presque avec l’histoire de ses ouvrages, l’édition critique de son autobiographie sous le titre Vita in prosa e in versi, éd. M. Savini (Roma 1971) apporte de très utiles précisions à notre connaissance de ce personnage curieux. Voir aussi l’article de B. Maier « Lancellotti », in Dizionario critico della letteratura italiana, dir. V. Branco et al. (Torino, 1986, 4 vol.), ii.356-359. Il faut noter que, par suite de la suppression des corporations religieuses au siècle, les manuscrits de la bibliothèque du Monte Morcino ont été transférés à la Biblioteca Augusta de Pérouse. Pour la traduction du texte qui suit, voir l’appendice à cette lettre.

[24] « Ont célébré la mémoire de notre Secondo » : Ludovicus Jacobillus (Lodovico Jacobilli), Bibliotheca Umbriæ sive de scriptoribus provinciae Umbriae alphabetico ordine digesta (Fulginiæ 1658, 4°) ; réimpression facsimilé (Bologna 1973) ; Caesar Alexius (Cesare Alessi), Elogia Civium Perusinorum qui Patriam, Rerum, Pace, ac Bello gestarum gloria illustrarunt. Centuria Prima (Fulginiae 1635, 12°) ; Carolus Cartharius (Carlo Carthari), Advocatorum Sacri consistorii syllabus Ad Scipionem Lancellottum (Alma in Urbe 1656, folio) ; Cæsar Crispoltus, Perugia Augusta Descritta da Cesare Crispolti Perugino (Perugia 1658, 4°). Sur l’éminent cardinal Scipione Lancellotti (1527-1598), voir aussi Alfonso Chacón (Ciaconius) et Agostino Oldoini, Vitæ et res gestæ Pontificum Romanorum (Romæ 1677, 4°), iv.100-101, §xxxi. Les bibliographies de ces compilateurs, qui se répètent l’un l’autre, sont utilement corrigées et complétées dans le volume de G.B. Vermiglioli, Biografia degli scrittori perugini e notizie delle opere loro (Perugia 1829, folio, 2 vol.), ii.51-60.

[25] Sur Petrus Francius, voir Lettres 227, n.18, et 260, n.20.

[26] Bayle a longuement recensé Il Teatro Britannico, o vero Historia della grande Brettagna (Amsterdam 1684, 12°) de Gregorio Leti dans les NRL d’avril 1684, art. IV, en s’inspirant du compte rendu que lui avait fourni Jean Le Clerc (voir Lettre 263, n.1 et Lettre 281, n.1). Certains Genevois, comme le professeur Bénédict Calandrini, doutaient de la sincérité de la conversion au calvinisme du polygraphe italien. Ses répliques offensantes, l’éloge de Louis XIV dans son Histoire de Philippe II (voir Lettre 295, n.8) et la dédicace de cet ouvrage au duc d’York, le futur Jacques II lui valurent une condamnation de la Vénérable Compagnie des pasteurs et une amende du conseil des Vingt-Cinq : voir A. Barnes, Jean Le Clerc..., p.79, et Lettre 295, n.7.

[27] Sur cet ouvrage de Leti, voir Lettre 160, n.67. Leti y fait en effet, allusion au mérite de Minutoli : iv.452-455 : « questo mio auttorevolissimo [ sic] Padrone, e carissimo Compadre ».

[28] Une version latine de ce pamphlet fut publiée à Venise dès 1619 sous le titre : De iurisdictione Serenissimæ Reipublicæ Venetæ in Mare Adriaticum epistola, traduite par Nicolo Crasso (Eleutheropoli 1619) ; le texte italien fut publié pour la première fois en 1685 sous le titre : Dominio del mare Adriatico e sue raggioni per il jus belli della Serenissima republica de Venetia (Venetia 1685) : voir l’édition établie par R. Cessi (Padova 1945). Sur le rôle de Paolo Sarpi dans l’animation de la campagne vénitienne contre l’interdit pontifical, voir D. Foucault, Un Philosophe libertin dans l’Europe baroque. Giulio Cesare Vanini (1585-1619) (Paris 2003), p.154-156, et P. Sarpi, Histoire du Concile de Trente, éd. B. Dompnier et M. Viallon (Paris 2002), p.XVI-XXVII, qui comporte une abondante bibliographie.

[29] Claudio Cornelio Frangipane, Allegatione del consiglio in iure di Cl. Cornelio Frangipane per la vittoria navale contra Frederico I, imp., et atto di papa Alessandro III proposta da Cirillo Mechele per il dominio della Repub. di Venetia sopra il suo golfo contra alcune scritture de Napolitani. Parte prima (s.l.n.d. [Venise 1616], 4°).

[30] Après un contentieux long de dix-sept ans consécutif à l’élection d’ Alexandre III en 1159 –  Frédéric avait soutenu successivement les antipapes Victor IV, Pascal III et Callixte III –, une réconciliation s’opéra à Venise le 1 er août 1176 entre le pape et l’empereur. Maimbourg en raconte les cérémonies et ajoute : « Ainsi, ce qu’on a voulu dire qu’Alexandre, pour faire valoir en cette occasion la majesté pontificale, mit le pied sur le coup [ sic] de l’empereur en luy disant, Il est écrit, Tu marcheras sur l’aspic et sur le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon, est une ridicule fable, qui n’a nul fondement dans l’histoire : outre qu’elle est meslée de tant de sots contes, comme entre autres que le pape, de peur de tomber entre les mains de Frideric, se travestit en cuisinier pour aller à Venise, où il se fit jardinier dans un monastere, qu’elle [ sic] ne merite point du tout qu’on se donne la peine de la refuter. » L. Maimbourg, Histoire de la décadence de l’empire après Charlemagne et des differends des empereurs avec les papes au sujet des investitures et de l’independance (Paris 1679, 4°), ii.241-242.

[31] Cette harangue de Minutoli ne semble pas avoir été publiée.

[32] Michel Turrettini (1646-1721) fut professeur de langues orientales, à l’Université de Genève de 1676 à sa retraite en 1718 : voir Stelling-Michaud, vi.93, n° 3718. Le sujet de sa conférence, les soixante-dix semaines de la prophétie de Daniel (Daniel, 9,21-27), posait de redoutables problèmes aux exégètes bibliques, protestants et catholiques, et allait connaître une certaine notoriété par la traduction des chapitres pertinents du traité d’ Isaac Orobio de Castro, Prevenciones divinas contra la vana idolatria de las gentes, composé vers 1670. Voir M. Benitez, La Face cachée des Lumières. Recherches sur les manuscrits philosophiques clandestins à l’âge classique (Paris, Oxford 1996), n° 267, p.60-61, 147-154.

[33] Sur Jean-Robert Chouet et le cartésianisme, voir Lettre 5, n.11, et M. Heyd, Between orthodoxy and the Enlightenment : Jean-Robert Chouet and the introduction of Cartesian science in the Academy of Geneva (The Hague 1982).

[34] François Turrettini et Philippe Mestrezat, les professeurs de théologie à l’Université.

[35] Les craintes de Bayle quant aux dettes et aux indélicatesses de son frère Joseph se confirment : voir Lettre 288, n.11 et 13.

[36] « en enfants et en livres ».

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