Lettre 321 : Henri Justel à Pierre Bayle

[Londres,] le 22 aoust [16]84

• Monsieur

Je croy que vous aurez receu deux de mes lettres [1] par lesquelles je vous ai remercié de vos journaux et marqué l’estime qu’on en faisoit. On les a donnés à Mr Morice ou à un de ses commis. L’Academie [2] ne s’assemble plus et il n’y a personne à Londre c’est pourquoy je ne vo[u]s puis rien mander de considerable. Il y a une carte des endroits qui ont esté dessechés en Angleterre qui est assez grande [3]. Mr Raius aura bien tost achevé une Histoire des plantes [4] qui est generale. C’est un homme habile et qui est un excellent botanique. Il y a ici un traitté d’un scavant ministre qui prouve la venue [du] Messie. Dans sa seconde partie il respondra aux objections des juifs [5]. Vous scavez que l’epitre de Clement, l’ Athenago[ras] et le Theophilus Antiochenus ont esté imprimez à Oxford [6]. J’ay pre[s]senti* si on voudroit trocquer des Transactions avec vos Nouvelles : mais on m’a dit qu’on [n’]en imprimoit que peu et qu’on ne croioit pas que cela se pust faire. Je vous envoye la traduction d’un Journal ou Transaction dont vous jugerez et me direz vostre sentiment. Elle n’a pas esté reveue parce qu’il n’y a personne ici. Mr Blancart [7] qui s’en retourne s’en est chargé et m’a promis de vous la rendre aussi tost qu’il sera arrivé. Comme il est de vos amis je ne doute point qu’il ne fasse ce qu’il m’a promis. Si vous la trouvez à vostre gré faites le moy scavoir et ce que vous [voulez] donner au traducteur du cahier parce qu’il y en a [des] grandes et des petites. Il y a un medecin de Montpellier qui donnera bien tost un livre intitulé Neurographia [8]. Il y a un traitté à Paris contre le kinkina [9].

Je suis tout à vous.
Justel

A Monsieur/ Monsieur Bayle professeur/ en philosophie à Rotredam/ A Rotredam

Notes :

[1] Voir les Lettres 308 et 317 de Justel.

[2] C’est-à-dire la Royal Society.

[3] Il s’agit de la carte publiée par Sir Jonas Moore en 1657 ou 1658 (Public Record Office MPC 88) et dont une réédition devait figurer dans l’ouvrage attribué à Simon Fortrey (mort en 1688) intitulé : The History or narrative of the great level of the Fenns called Bedford Level : with a large map of the said level as drained, surveyed and described by Sir Jonas Moore, Knight (London 1685, 8°). L’assèchement des « fens » ou marais dans la région est de l’Angleterre avait été mené à bien par l’ingénieur hollandais naturalisé anglais Sir Cornelius Vermuyden entre 1626 et 1637, de même que celui des Great Fens du Cambridgeshire (appelés le Bedford Level en l’honneur du comte de Bedford, qui avait patronné les travaux), effectué entre 1649 et 1654 après leur inondation intentionnelle en 1642 en vue d’arrêter l’avancée des troupes royalistes. Le rôle de Sir Jonas Moore dans les travaux d’assèchement des années 1650 avait été aussi important que celui de Vermuyden. Il devait être nommé arpenteur géomètre en chef par le roi Charles II.

[4] L’ouvrage du grand botaniste anglais John Ray ou Wray devait être publié à partir de 1686 : Historia plantarum auctore Joanne Raio (Londini 1686, folio). L’ouvrage fait l’objet d’une courte notice dans le JS du 10 janvier 1684 ; Bayle en rendra compte dans les NRL de novembre 1686, art. VII ; les deuxième et troisième volumes furent publiés en 1688 et 1704.

[5] Il semble s’agir de l’ouvrage déjà publié du ministre puritain et homme d’Etat John Owen (1616-1683), Exercitations on the Epistle to the Hebrews : also concerning the Messiah ; wherein the promises concerning him to be a spiritual redeemer of mankind, are explained and vindicated ; His coming, and accomplishment of his work according to the promises, is proved and confirmed ; […] the opinions and traditions of the antient and modern Jews are examined ; their objections against the Lord Christ and the Gospel are answered […] with an exposition and discourses on the two first chapters of the said Epistle to the Hebrews, 4 vol. (London 1668-1684, folio) ; pour la réfutation des objections des juifs, voir i.243-54, Exercitation XVIII, « Jews, Objections against Christian Religion, Answered ».

[6] Sur ces publications à Oxford, voir Lettre 317, n.4.

[7] Il s’agit de Steven Blanckaert (1650-1704), médecin hollandais et auteur médical prolifique, qui fut aussi peintre et poète. Ses œuvres médicales devaient être recueillies dans ses Opera medica, theoretica, practica et chirurgica (Leiden 1701) : voir NNBW, iv.155-156. Il traduit les Philosophical transactions de la Royal Society, comme on l’apprendra par la Lettre 347, n.4.

[8] Raymond Vieussens, Neurographia universalis (Lyon 1685, folio). L’ouvrage fera l’objet d’une longue présentation, par le médecin Pierre Sylvestre, dans les NRL de novembre 1685 (art. III).

[9] Il s’agit ici de l’ouvrage de Minot, De la Nature et des causes de la fièvre, avec quelques expériences sur le quinquina, et des réflexions sur l’action de ce remède (Paris 1684, 12°), qui réfute le Traité de la guérison des fievres par le quinquina de François de Monginot : voir aussi Lettres 351, n.4, et 370, n.3.

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