Lettre 334 : Jacques Du Rondel à Pierre Bayle

[Maastricht, le 19 septembre 1684]

• Trois jours après, mon cher Monsieur, que je vous eus écris [ sic] d’un méteore [1] que je m’imaginois assez extraordinaire pour estre échapé à la diligence de bien des gens, j’en ay trouvé à peu près la description dans Seneque [2]. Je n’en suis pas fasché, comme vous pouvez croire, car au moins je me suis trouvé en mesme chemin avec un grand homme ; mais le nom qu’il luy donne apres Aristote, ne me plaist point du tout. J’aymerois mieux m’en tenir au mien, qui est celuy que luy a donné l’autheur du livre De mundo attribué à Aristote [3]. Je vous supplie donc tres humblem[ent], puis que mon météore / est une vieille nouveauté de ne luy point faire l’honneur de le mettre dans vos journaux. C’est un sycophante* de m’avoir attrappé de cette maniére là. Quand vous m’écrirez, faites moy la grace de me mander*, où se vend l’ Abrégé de Gassendy de la révision de Bernier [4] dont vous avez parlé à Mr Le Faucheur  [5]. Adieu, mon cher Monsieur, [je] suis toujours tout à vous. Du Rondel.

A Maestricht ce 19. septem[br]e
A Monsieur/ Monsieur Bayle prof/ esseur en philosophie/ A Roterdam/ •

Notes :

[1] Pour la description du « météore », ou plutôt de l’iris extraordinaire, voir Lettre 332, p..

[2] Pour la référence de Sénèque, voir Lettre 346, n.11.

[3] L’ecrit pseudo-aristotélicien intitulé De Mundo est un mélange de doctrines stoïcienne, peripatéticienne et néo-pythagoricienne, composé peut-être au premier ou au deuxième siècle ap. J.C. Il a joui d’une grande popularité tout au long du Moyen Age et à la Renaissance, époque où son caractère apocryphe était déjà connu. On peut consulter l’edition de J. Tricot, Traité du ciel [d’Aristote] : suivi du traité pseudo-aristotélicien du monde (Paris 1949). Sur cet ouvrage pseudo-aristotélicien, voir Lettre 346, n.10.

[4] La seconde édition de l’ Abrégé de la philosophie de Gassendi, en sept tomes. Seconde édition, reveue et augmentée par l’auteur (Lyon 1684, 12°, 7 vol.), établie par François Bernier, venait de paraître. Voir le compte rendu dans le JS du 24 juillet 1684.

[5] Sur Frédéric Le Faucheur, pasteur à Maastricht, voir Lettre 245, n.8 ; la lettre que Bayle lui avait adressée ne nous est pas parvenue, mais il s’agit peut-être d’une conversation lors d’une rencontre à Rotterdam.

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