Lettre 367 : Henri Justel à Pierre Bayle

[Londres, le] 8 e dec[embre] [16]84

Monsieur

• Je satisferai la personne qui a traduit la Transaction puisque vous voulez bien vous en rapporter à moy [1]. Je vous aurois fait part de plusieurs choses curieuses et de differentes experiences : mais j’ay peur qu’on ne le trouve mauvais et qu’on ne veuille les mettre dans les Transactions devant qu’elles ayent esté publiées. Vous en pouver deviner la consequence. A l’avenir je vous ecrirai plus souvent et mettrai mes lettres dans le pacquet de Madame la princesse d’Orange et Monsieur D’Alone vous les envoira [2]. Mr Thevenot qui est bibliothecaire du Roy doit faire imprimer une histoire de la Chine et une grammaire chinoise [3]. Vous scavez sans doute qu’on a traduit les livres d’ Origene contre Celse [4] dont on faict cas. On m’a mandé* qu’on imprime à Brusseles L’Esprit de Mr Jurieu  [5]. Le Traitté de la verité de la religion chretienne [6] est bien gros, ce qui m’epouvante. Il y a deux in 4° qui sont chers à ce qu’on m’a dit. Les scavans medaillistes seront obligez de travailler sur plusieurs sujects qu’on leur donnera [7]. Je vous donnerai avis de tout ce qui se pourra et aurai bien de la joye de vous servir. Je suis Monsieur votre t[res hum]ble et tres [obéissant] serviteur

  Justel

A Monsieur/ Monsieur Bayle/ professeur en philosophie/ a Rotredam/ a Rotredam

Notes :

[1] Le premier traducteur des Transactions de la Royal Society, recruté par Justel pour le compte de Bayle, était Steven Blanckaert : voir Lettre 347, n.4.

[2] Justel compte donc envoyer ses lettres dans le « paquet » diplomatique envoyé à Mary Stuart, épouse de Guillaume d’Orange. Thierry d’Alonne, son secrétaire, les fera suivre à Bayle : sur d’ Alonne, voir Lettre 247, n.1.

[3] Ferdinand Verbiest, S.J. (1623-1688), directeur de l’Observatoire de Paris, était l’auteur des Voyages de l’empereur de Chine dans la Tartarie auxquels on a joint une nouvelle découverte au Mexique (Paris 1685, 12°). Dans l’ Épistre au Roy, signée D.D., on lit que la relation des voyages de l’empereur de Chine a été traduite mot à mot d’après les lettres du P. Verbiest ; Bayle en rendra compte dans les NRL, février 1685, art. X. La « grammaire chinoise » signalée par Justel désigne peut-être les Elementa linguæ tartaricæ (Lutetiæ Parisiorum 1682, folio), publiés en effet par les soins de Melchisédec Thévenot dans la cinquième partie de ses Relations, attribués généralement au Père Philippe Couplet, ou au Père Jean-François Gerbillon, mais dont le véritable auteur serait Ferdinand Verbiest d’après P. Pelliot, « Le véritable auteur des Elementa linguæ tartaricæ  », T’oung Pao, 21 (1922), p.267-287 ; la Correspondance de Verbiest a fait l’objet d’une édition critique établie par H. Josson et L. Willaert (Bruxelles 1938).

[4] Malgré sa date peu récente, il doit s’agir de l’ 8. Origenis contra Celsum libri octo. Ejusdem Philocalia. Gulielmus Spencerus, utriusque operis versionem recognovit, et annotationes adjecit. Accedunt item notae Davidis Hoeschelii in octo libris Origenis, una cum notis Jo. Tarini in Philocaliam (Cantabrigiae 1677, 4°), première édition 1658. Il a fallu attendre jusqu’en 1700 la traduction française de cet ouvrage : voir Elie Bouhéreau, Traité d’Origène contre Celse. Ou, Défense de la religion chrétienne contre les accusations des païens, traduit du grec (Amsterdam 1700, 4°).

[5] Cette conjecture ironique porte sur une réponse hypothétique d’ Antoine Arnauld, en exil à Bruxelles, à l’attaque de Jurieu, L’Esprit de M. Arnaud.

[6] Cet ouvrage d’ Abbadie venait de paraître à Rotterdam ; l’ouvrage comportait quelque 950 pages in-8° : voir Lettres 238, n.16, et, 310, n.8, et NRL, octobre 1684, cat. iii, et novembre 1684, art. IX.

[7] Sur le bouleversement du monde des numismates, voir Lettre 356.

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